Érec et Énide

Arthurian Legends

Le premier des romans arthuriens composés par Chrétien de Troyes vers 1170 fut intitulé Érec et Énide. Le nombre de versions rédigées dans d’autres langues témoigne de la popularité de ce poème.

La version galloise se trouve sous le titre Geraint et Enid, l’un des onze contes gallois du Mabinogion. La datation de Geraint et Enid demeure incertaine, mais la plupart des spécialistes modernes estiment aujourd’hui que la version de Chrétien est antérieure à celle des Gallois.

L’écrivain allemand Hartmann von Aue composa sa propre version, intitulée Erek (v. 1190).

Nous avons suivi la version de Chrétien, car elle est mieux écrite que la version galloise.

Le Cerf et l’Émérillon

L’histoire débuta à Pâques, au château de Cardigan, lorsque le roi Arthur souhaita chasser un cerf blanc, ravivant une coutume selon laquelle le vainqueur qui abattrait le cerf blanc aurait le droit d’embrasser la plus belle femme de la cour. Gauvain fit savoir au roi qu’il était imprudent de rétablir cette tradition, car chaque chevalier considérerait que sa dame était la plus belle. Cela susciterait des dissensions et des ressentiments parmi eux. Toutefois, sa décision ayant été prise devant la Table Ronde, Arthur refusa de revenir sur sa parole.

Au matin, tandis que le roi et les chevaliers s’enfoncèrent dans la forêt pour traquer le cerf blanc, Érec, fils du roi Lac, tenait compagnie à la reine Guenièvre et à ses demoiselles. Guenièvre aperçut un chevalier en armure d’azur et d’or chevauchant aux côtés d’une belle dame et d’un nain bossu. Guenièvre chargea l’une de ses compagnes de s’enquérir de l’identité du chevalier et de la dame.

Lorsque la demoiselle s’approcha du nain, celui-ci lui interdit de parler au chevalier et à la dame. La demoiselle ayant défié le nain, il déchaucha son fouet sur son visage. La demoiselle fut assez prompte pour parer le coup de la paume de sa main. La demoiselle blessée revint auprès de la reine, profondément affectée.

Guenièvre demanda à Érec de tenter de parler au chevalier et à la dame. Érec se heurta lui aussi au nain. Ce jour-là, Érec ne portait que son épée, sans armure. Il subit le même traitement que la demoiselle blessée : le fouet du nain s’abattit sur son visage et son cou. Bien qu’Érec souhaitât châtier le nain pour l’outrage commis envers lui et la demoiselle, il savait qu’il ne pourrait espérer vaincre le chevalier nain avec son seule épée, n’ayant point revêtu d’armure ce jour-là. Érec retourna donc auprès de la reine.

Érec fit savoir à Guenièvre qu’il souhaitait suivre le chevalier et la dame jusqu’à trouver un endroit où emprunter l’armure d’un autre chevalier, plutôt que de retourner à Cardigan. Érec espérait venger les offenses commises contre lui et la demoiselle de la reine. Érec quitta Cardigan et s’engagea sur les pas du chevalier et du nain.

Au terme de la journée, ce fut le roi qui captura le cerf blanc. Arthur devrait embrasser la femme de son choix, considérée comme la plus belle du royaume. Nombre de chevaliers mécontentèrent de cette coutume, chacun estimant que sa bien-aimée était la plus belle. Conscient du problème, Arthur sollicita le conseil de la reine. Guenièvre lui recommanda d’attendre le retour d’Érec. Gauvain approuva la suggestion de la reine. Cela accorderait au moins deux jours au roi avant de devoir embrasser la plus belle femme du royaume.

Érec suivit le chevalier et le nain jusqu’à la ville fortifiée de Laluth. Bien que la ville fût assez pauvre, de nombreux chevaliers se trouvaient dans les rues. Érec découvrit où ils logeaient pour la nuit et partit à son tour chercher un gîte.

Érec arriva à une humble demeure. Le vieux vavasseur accueillit le héros et offrit l’hospitalité à l’étranger. Érec fit la connaissance de l’épouse de son hôte et de sa belle fille. Érec tomba éperdument amoureux de la jeune fille.

Érec apprit de son hôte qu’il était le cousin du comte de Laluth ; cependant, il avait perdu ses terres à la suite de nombreuses guerres, ce qui expliquait qu’ils vécussent dans la pauvreté et ne pussent vêtir décemment leur fille.

Érec apprit également du vavasseur qu’un concours pour un magnifique émérillon bleu se tenait chaque année (faucon émerillon dans le Geraint et Enid du Mabinogion). Seule une dame d’une grande beauté pouvait prétendre au prix. Si une autre dame souhaitait participer au concours, son chevalier devait défier le vainqueur précédent. Si la même dame remportait le prix trois années consécutives, elle pouvait conserver l’oiseau.

Ce qui intéressa le plus Érec, c’est que la dame accompagnée du chevalier et du nain qu’il suivait avait remporté l’émérillon les deux années précédentes. Personne n’avait osé contester son droit au prix en raison de son chevalier, connu sous le nom de Chevalier de l’Émérillon dans le Mabinogion.

Duel entre Érec et le Chevalier de l'Émérillon

Duel entre Érec et le Chevalier de l'Émérillon
Illustration d'Alan Lee, 1984

Érec comprit qu’il avait là une occasion de venger les offenses commises contre lui et la demoiselle de la reine, s’il disposait d’une armure. Le vieux vavasseur s’offrit à lui prêter sa propre armure. Érec demanda une autre faveur à son hôte : il souhaitait présenter la fille du vavasseur au concours de l’émérillon. Érec fit également savoir au vavasseur son intention d’épouser la fille de son hôte. Le père se réjouit de donner sa fille en mariage à un prince. La mère et la fille partagèrent cette allégresse.

Au matin, après avoir entendu la messe, Érec revêtit l’armure du vavasseur. Il monta sur son destrier, la fille de son hôte chevauchant à ses côtés sur un palefroi.

Une foule s’était déjà réunie pour assister au concours. Le chevalier à l’armure d’azur et d’or ne s’attendait à nul défi et invita sa dame à prendre l’émérillon. Érec le provoca immédiatement. Aucun des deux chevaliers ne voulut céder devant l’imminence du combat.

La foule dégagea le terrain, sachant qu’une bataille allait se dérouler. Les deux chevaliers s’équipèrent de lances et brandirent leurs boucliers avant de s’élancer l’un vers l’autre. Lors de la joute, ils firent jeu égal et furent tous deux désarçonnés. Les deux puissants chevaliers bondirent sur leurs pieds. Ils jetèrent leurs lances brisées et dégainèrent leurs épées.

Les deux chevaliers s’attaquèrent avec acharnement et habileté. Ils combattirent pendant des heures. Leurs boucliers n’étaient plus que lambeaux, et tous deux portaient de nombreuses blessures.

Galvanisé par l’amour qu’il portait à la jeune fille rencontrée la veille, Érec assaillit son adversaire avec une vigueur renouvelée. Il prit l’avantage en portant un coup à la tête de l’autre chevalier. Le coup étourdit son adversaire, et Érec s’empara de son casque qu’il arracha d’un geste vigoureux.

Le chevalier vaincu implora la merci et se rendit prisonnier d’Érec. Érec ordonna à son prisonnier de se rendre avec sa dame et le nain au château de Cardigan. Érec apprit que le chevalier n’était autre que messire Yder, fils de Nut (dans le Mabinogion, il est appelé Edern, fils de Nudd). Yder devait se mettre à la merci de Guenièvre et devenir son prisonnier. Yder devait également relater les événements survenus à Laluth. Yder accepta toutes les conditions d’Érec et se mit immédiatement en route pour Cardigan avec sa dame et le nain bossu.

Érec avait remporté le concours ; sa dame put recevoir le précieux émérillon. Le comte de Laluth reconnut sa nièce, qui s’appelait Énide. Le comte invita Érec dans sa demeure, ce que ce dernier déclina. Néanmoins, le comte et sa famille accompagnèrent Érec jusqu’à la maison d’Énide.

On célébra dans la demeure du vavasseur, non seulement la victoire d’Érec, mais aussi ses fiançailles avec Énide. Érec souhaitait partir dès le lendemain matin avec sa nouvelle épouse pour Cardigan.

La fille du comte estima que la robe d’Énide était trop modeste pour se présenter devant le roi Arthur. Elle proposa de donner à sa cousine l’une de ses propres robes somptueuses. Érec refusa catégoriquement, car il voulait que ce soit la reine (Guenièvre) qui habille sa nouvelle épouse à son retour à Cardigan. La cousine d’Énide décida alors de lui offrir l’une de ses meilleures montures.

Érec promit aux parents d’Énide qu’ils recevraient une nouvelle demeure dans l’un des châteaux forts de son père lorsqu’il épouserait leur fille. Tous étaient heureux.

Au matin, Érec et Énide se mirent en route pour Cardigan. Énide n’emporta aucune de ses affaires, hormis la robe qu’elle avait portée la veille et l’émérillon qu’Érec avait gagné pour elle.

À leur arrivée, Arthur et Guenièvre les accueillirent avec joie. Guenièvre avait donné un bon conseil à son époux en lui recommandant de différer le baiser coutumier à la plus belle dame lorsque quelqu’un abattait le cerf blanc lors de la chasse. Personne à la Table Ronde ne doutait qu’Énide fût l’une des plus belles demoiselles du royaume. Arthur déposa un baiser sur le front d’Énide.

Érec était éperdument amoureux d’Énide et brûlait d’impatience de célébrer les noces au plus vite. De nombreux seigneurs assistèrent au mariage, célébré par l’archevêque de Canterbury.

Après leur union, ils demeurèrent à la cour d’Arthur. Érec prit part à un tournoi où il se distingua au combat. Peu après le tournoi, Érec jugea qu’il était temps de rentrer chez lui avec sa nouvelle épouse. Érec et Énide se rendirent à Ester-Gales, où Lac accueillit chaleureusement son fils. Son père accueillit Énide avec affection au sein de la famille.

Informations complémentaires

Sources

Érec et Énide, composé par Chrétien de Troyes, v. 1170.

Geraint et Enid, l'un des contes gallois du Mabinogion (date incertaine).

Noms

Érec (français).
Geriant, Gereint (anglais et gallois).
Erek (allemand).

Énide (français).
Enid (gallois).

Contenu

Les Épreuves de la Loyauté

Énide était très heureuse qu’Érec l’eût épousée. En vérité, il lui consacrait tant de temps qu’Érec négligea les occupations habituelles d’un chevalier : la chasse, les tournois et les aventures. Érec passait chaque heure à ses côtés.

Nombre de chevaliers en furent contrariés et murmurèrent entre eux que leur prince n’avait plus goût ni pour la guerre ni pour l’aventure. Ils imputèrent à Énide l’inactivité d’Érec. Énide, qui entendit leurs propos, fut blessée par leurs commentaires tant sur elle que sur son époux. Cependant, elle craignait d’en parler à Érec.

Une nuit, le tourment fut tel qu’elle fondit en larmes. Érec parvint à la persuader de lui confier ce qui la tourmentait. Bien qu’elle lui eût dit la vérité, Érec la comprit de travers. Il crut qu’Énide partageait l’opinion des autres ; il pensa que sa femme le considérait comme un oisif et un lâche.

Dès le lendemain matin, Érec ordonna à sa femme de s’habiller tandis qu’il s’armait. Il fit seller les montures par son serviteur. Son père, perplexe et quelque peu affligé, vit son fils refuser toute compagnie pour ce voyage mystérieux, à l’exception d’Énide.

Érec et Énide partirent ce matin-là. Érec enjoignit à sa femme de chevaucher devant lui et de ne point lui adresser la parole.

Bien qu’Énide lui obéît, elle enfreignit son ordre lorsqu’elle aperçut trois brigands prêts à les attaquer. Elle alla avertir son mari. Érec la réprimanda aussitôt pour ne pas avoir accordé davantage de foi à son courage et à sa prouesse. Érec vainquit aisément les trois chevaliers dévoyés et s’empara de leurs montures.

À nouveau, Érec lui ordonna de chevaucher devant, menant les trois montures supplémentaires. Il lui interdit derechef de lui parler tant qu’il ne lui aurait pas adressé la parole.

Alors qu’ils s’éloignaient, ils n’avaient pas parcouru une lieue que cinq autres chevaliers dévoyés résolurent de tuer Érec et de s’emparer de sa femme et de ses biens. Énide, qui aperçut ces bandits, s’inquiéta davantage encore pour la sécurité de son mari, car ils le surpassaient en nombre de cinq à un.

En dépit de son injonction, Énide ne put garder le silence et avertit son mari d’une nouvelle attaque. Une fois de plus, Érec la réprimanda pour sa désobéissance et son manque de confiance dans ses capacités. Encore une fois, Érec triompha des bandits et s’empara de leurs chevaux.

Ils voyagèrent jusqu’à la nuit tombée et s’installèrent sous un arbre. Énide refusa de dormir. Elle dit à son mari qu’elle monterait la garde tandis qu’il se reposerait. Énide se reprocha amèrement d’avoir rapporté à Érec les propos des hommes de son père. Elle se désolait.

Au matin, ils poursuivirent leur route jusqu’à rencontrer un écuyer qui leur apporta de la nourriture. L’écuyer les avait vus se diriger vers le château du comte Galoain. Il les guida vers une hôtellerie dans le château. Érec récompensa l’écuyer en lui offrant l’un des destriers qu’il avait capturés.

Lorsque le comte Galoain vit son écuyer mener le nouveau cheval à l’écurie, il s’enquit de l’origine de cette monture. L’écuyer conta à son seigneur l’histoire du généreux chevalier et de la belle dame.

Le comte Galoain se rendit auprès d’Érec et de sa dame. Bien que le comte se montrât courtois envers Érec, il convoitait Énide. Galoain tenta de séduire Énide, qui comprit ses intentions lubriques. Elle craignait pour la vie de son mari. Elle feignit d’accepter ses avances et promit de devenir son épouse si Galoain tuait son mari au matin. Galoain accepta sans tarder.

Tandis qu’Érec dormait, Énide s’angoissait de la détermination de Galoain à tuer son mari et à la prendre de force. À l’aube, Énide réveilla son mari et lui révéla les desseins de Galoain. Érec comprit alors qu’elle lui était fidèle.

Érec lui dit de se préparer au départ. Il dédommagea l’aubergiste de son réveil en lui remettant tous les destriers capturés la veille. Ils se mirent aussitôt en route.

Le comte Galoain arriva à l’endroit où Érec avait logé, mais constata qu’ils étaient déjà partis. Galoain comprit qu’Énide s’était joué de lui. Il ordonna immédiatement à ses cent hommes de poursuivre le couple.

Avant qu’Érec et Énide ne puissent atteindre la forêt, Énide l’avertit une nouvelle fois des hommes qui les pourchassaient. Il la réprimanda derechef pour son avertissement. Érec se retourna aussitôt et transperça de sa lance le sénéchal de Galoain, le tuant sur le coup.

Érec affronta ensuite le comte, qui le frappa à la poitrine sans parvenir à rompre les mailles de son haubert. Érec le désarçonna et blessa grièvement Galoain, qui avait eu l’imprudence de ne point porter d’armure. Érec rebroussa aussitôt chemin et s’enfonça dans la forêt avec sa femme.

Les hommes de Galoain voulurent venger leur seigneur et le sénéchal, mais Galoain leur ordonna de rebrousser chemin. Il estimait que Dieu le punissait d’avoir tenté de séduire la fidèle épouse d’Érec.

Érec et Énide chevauchèrent jusqu’au château de Pointurie, qui appartenait au roi Guivret le Bref. Guivret défia immédiatement Érec. Ils combattirent et se blessèrent grièvement l’un l’autre. Lorsqu’Érec vainquit Guivret, le roi se rendit. Il offrit son médecin pour le soigner ainsi que l’hospitalité de sa demeure. Érec déclina ses offres mais lui demanda, s’il apprenait jamais qu’Érec était en péril, de venir à son secours. Guivret acquiesça.

Érec et Énide quittèrent Guivret et voyagèrent jusqu’à la forêt où la cour du roi Arthur séjournait pour une partie de chasse.

Sire Keu, qui avait emprunté le cheval de Gauvain, défia Érec sans le reconnaître. Cependant, Érec reconnut Keu ainsi que le destrier de Gauvain. Érec désarçonna Keu sans difficulté. Plutôt que de garder le destrier, il ordonna à Keu de rendre le cheval à Gauvain. Lorsqu’Arthur et Gauvain apprirent que c’était Érec qui avait vaincu Keu, le roi chargea son neveu de les inviter.

Gauvain ne parvint pas à persuader Érec de se rendre auprès d’Arthur, car le héros refusait de s’arrêter avant la nuit tombée, bien qu’il fût blessé. Gauvain envoya l’un de ses écuyers prévenir le roi de marcher trois lieues depuis leur campement et d’établir un nouveau camp devant Érec et Énide. Lorsqu’il fut l’heure de s’arrêter pour la nuit, Érec s’aperçut que Gauvain l’avait habilement conduit à passer la nuit dans le nouveau camp d’Arthur.

Arthur et Guenièvre accueillirent chaleureusement Érec et Énide. La sœur d’Arthur, Morgane la Fée, appliqua son onguent et guérit Érec. Bien qu’Arthur souhaitât qu’Érec restât auprès de lui une semaine afin que ses blessures guérissent complètement, Érec s’obstina à refuser de se reposer plus d’une nuit.

Au matin, Érec et Énide quittèrent le camp, en dépit des instances d’Arthur et de la reine pour qu’ils restassent plus longtemps.

Le couple s’enfonça dans la forêt jusqu’à ce qu’ils entendissent le cri d’une demoiselle. Érec dit à Énide de l’attendre tandis qu’il irait porter secours à la demoiselle en détresse.

La demoiselle raconta le malheur de son amant, un chevalier fait prisonnier par deux géants. Érec promit de venir en aide au chevalier captif.

Érec découvrit que le chevalier avait été dépouillé de ses vêtements et roué de coups par les géants. Érec les provoqua et, après un rude combat, les tua. Le héros délivra le prisonnier et ramena le chevalier blessé auprès de la demoiselle.

Érec se hâta de retourner auprès d’Énide, mais la blessure reçue les jours précédents s’était rouverte. Érec perdit connaissance et tomba de son cheval.

Geraint (Érec) gît blessé

Geraint (Érec) gît blessé
Illustration d'Eleanor Fortescue-Brickdale

Énide crut son mari mort ; elle était inconsolable, accablée de douleur. Énide allait se donner la mort avec l’épée d’Érec lorsqu’un comte survint. Le comte lui arracha l’épée des mains. Il promit de faire inhumer le corps de son mari. Le comte emmena Énide et le corps d’Érec dans son château.

Le comte Oringle de Limors estima qu’Énide était la plus belle femme du monde et qu’il l’épouserait, dût-il y contraindre. Énide repoussa le comte, mais Oringle refusa de l’entendre. Personne ne vint à son secours.

Le prêtre célébrait la cérémonie nuptiale du comte et d’Énide, mais celle-ci ne cessait de pleurer, implorant de mourir avec son mari. Le comte, exaspéré, la gifla.

Érec avait recouvré la conscience en entendant les sanglots d’Énide et les vociférations du comte. Il se leva, dégaina son épée et trancha la tête d’Oringle. On devine l’effet que cela produisit sur les convives. Ils crurent qu’un démon s’était emparé du corps d’Érec. Au lieu d’arrêter Érec pour le meurtre du comte Oringle, les gens s’enfuirent épouvantés. Même les plus aguerris des chevaliers refusèrent d’affronter Érec. En un instant, l’église se vida, ne laissant qu’Érec et Énide.

Érec et Énide montèrent un seul cheval et s’éloignèrent du château. Personne n’eut le courage de s’opposer à leur départ.

Érec demanda pardon à sa femme de l’avoir mise à l’épreuve, de lui avoir fait subir de telles angoisses pour tester sa loyauté et sa fidélité. Il lui confia la profondeur de son amour.

Informations complémentaires

Contenu

Le Cerf et l'Émérillon
Les Épreuves de la Loyauté
La Joie de la Cour

Articles connexes

La Joie de la Cour

Guivret le Bref apprit qu’Érec avait été blessé et que le comte Oringle cherchait à contraindre Énide au mariage. Puisque Guivret avait promis en amitié de porter secours à Érec en cas de besoin, il rassembla son armée pour châtier le comte.

Guivret rencontra Érec mais ne reconnut point son ami. Il défia Érec de jouter avec lui. Érec fut désarçonné. Énide empêcha Guivret de porter atteinte à son mari en se jetant sur Érec. Ce n’est qu’alors qu’il reconnut Érec et Énide.

Guivret fit établir le campement sur place et chargea son médecin de soigner les blessures d’Érec. Le lendemain, Guivret ramena Érec et Énide au château de Pointurie en tant qu’hôtes. Ils demeurèrent chez Guivret jusqu’à ce qu’Érec fût complètement guéri.

Lorsqu’Érec jugea qu’il était temps de partir pour la cour d’Arthur, Guivret décida de les accompagner.

Érec et Énide

Érec et Énide
Rowland Wheelwright
Huile sur toile

Un jour, ils arrivèrent aux abords d’une ville. Guivret souhaitait contourner la bourgade en raison de la coutume maléfique qui y était pratiquée. Érec ne résistait jamais à une aventure et insista pour que son ami lui révélât la nature de cette coutume malfaisante. À contrecoeur, Guivret lui décrivit la coutume de la Joie de la Cour.

Érec insista alors pour séjourner dans la ville, désireux de connaître la Joie, espérant y conquérir une grande renommée chevaleresque. Ils furent accueillis par le roi Évrain, qui les invita à séjourner dans son château appelé Brandigan.

Après un festin somptueux, Érec pria le roi de lui permettre de se rendre à la Joie de la Cour. Tous les habitants de la cour furent consternés, le roi tout particulièrement, craignant qu’Érec ne cherchât sa propre mort en sollicitant la coutume de la Joie, et ce malgré les efforts d’Évrain pour le détourner de son dessein.

Au matin, Érec s’arma et fut escorté vers la Joie de la Cour par Évrain. Érec tenta de rassurer Énide, angoissée et bouleversée à la perspective du combat à venir.

Érec parvint à la Joie de la Cour, à laquelle on n’accédait que par une seule entrée. À l’intérieur de l’enceinte, des rangées de crânes encore casqués étaient fichés au bout de piques. Une seule pique demeurait inoccupée, et un cor y était suspendu. Le roi expliqua au héros que s’il remportait le combat, il pourrait souffler dans le cor et briser ainsi le sortilège et la coutume maléfique de la Joie de la Cour. S’il perdait le combat, sa propre tête serait exposée au bout de la pique vacante.

Érec s’engagea sans crainte dans la Joie de la Cour et aperçut une dame assise dans un lit somptueux. Avant qu’il pût s’approcher d’elle, un chevalier grand et robuste se dressa devant lui et le provoqua immédiatement.

Érec combattit l’autre chevalier, qui portait une armure rouge, jusqu’à ce qu’il vainquit le gardien de la coutume malfaisante. Érec épargna le chevalier vaincu, qui lui révéla l’origine de la coutume.

Le chevalier déclara se nommer Maboagrain et expliqua que la dame qu’Érec avait aperçue sur le lit était prisonnière de cette coutume. Dans leur jeunesse, ils s’étaient épris l’un de l’autre, et il avait promis de rester auprès d’elle. Malgré cela, il ne souhaitait pas participer à cette coutume malfaisante, mais n’avait d’autre choix que de combattre chaque chevalier qui pénétrait dans la Joie de la Cour. Maboagrain ne pourrait quitter les lieux que lorsqu’un chevalier le vaincrait et soufflerait dans le cor.

Maboagrain indiqua à Érec que la coutume ne pouvait prendre fin que s’il soufflait dans le cor. Érec se rendit au cor et souffla. Le sortilège fut brisé. Maboagrain fut libéré de la Joie de la Cour.

Tous fondirent en larmes de joie, la coutume ayant pris fin. Tous, sauf la dame du lit, qui pleura la perte de son amant.

Seule Énide alla consoler la dame. Ses paroles apportèrent du réconfort à la jeune femme, car elle découvrit qu’Énide était sa cousine.

Pendant quatre jours, toute la ville célébra la fin de la coutume de la Joie de la Cour. Érec jugea qu’il était temps de partir. Érec et Énide quittèrent la ville en compagnie de Guivret le Bref.

Ils arrivèrent à la cour d’Arthur, où le roi et Guenièvre accueillirent leurs amis avec allégresse. Arthur pria Érec de rester auprès d’eux, ce à quoi le héros ne consentit qu’à la condition que Guivret fût également admis. Arthur accepta volontiers la proposition d’Érec et accueillit Guivret le Bref dans sa maison.

Sept ans plus tard, Érec séjournait à Tintagel lorsqu’il apprit le décès de son père. Arthur et toute la cour se rendirent à Nantes, en Bretagne, où Érec fut couronné roi et Énide reine.

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Créé :12 avril 2000

Modifié :7 juin 2024