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Le navire d'Ulysse (Odysseus) — Le vaisseau sans nom de l'Odyssée

Le navire d'Ulysse et son équipage

Le navire d'Ulysse et son équipage

L’Odyssée est le récit d’un voyage à bord du navire d’Ulysse, alors que notre héros tentait de retrouver le chemin de la patrie après une conquête. Malheureusement pour Ulysse, les dieux s’opposèrent à lui à presque chaque étape de son périple.

Sans quelques interventions bienveillantes, il n’aurait jamais retrouvé le chemin de sa bien-aimée Pénélope ni de son foyer, Ithaque.

Un navire sans nom

L’Odyssée suit les pérégrinations d’Ulysse, tandis qu’il parcourt les mers avec un équipage nombreux et une flotte de navires. Dans la culture grecque de l’époque, les navires portaient généralement des noms de femmes ou recevaient des noms évoquant la puissance et la vélocité.

Dans des pièces bien antérieures, comme Les Oiseaux d’Aristophane, les navires sont généralement désignés par un nom. Un bateau de cette pièce, le Salaminia, tire son appellation d’une île où les marins avaient remporté une victoire décisive. Les navires utilisés pour des missions sacrées ou envoyés vers des batailles importantes recevaient souvent un nom. Le navire de travail qu’Ulysse utilisait pour regagner Ithaque après la guerre ne justifiait pas un tel honneur, du moins pas un qu’Homère jugea digne de mention dans son œuvre.

Ulysse parcourut presque l’intégralité du trajet depuisTroie** jusqu’à son foyer d’Ithaque par la mer**. L’itinéraire était entièrement maritime, bien qu’il s’arrêtât à plusieurs reprises en divers lieux. C’est au cours de ces escales que se déroulèrent la plupart de ses mésaventures. Il semble que chaque étape fut l’occasion de nouvelles épreuves. En certains endroits, il perdit des hommes et des navires, si bien qu’il voyagea entièrement seul à la fin de son périple.

Quel était le nom du navire d’Ulysse ?

Dès lors que le navire ne portait pas de nom propre, comment Homère le désigne-t-il ? Bien que le navire de l’Odyssée ne possédât pas de titre spécifique, il est qualifié de galère homérique. La galère n’était pas un navire de croisière, mais plutôt un bâtiment ramassé qui flottait bas sur l’eau, dont l’essentiel de l’espace se trouvait sous le pont, là où les rameurs, assis, propulsaient le navire en avant. On suppose que les guerriers se relayaient aux avirons, car emporter des esclaves ou des serviteurs uniquement pour manœuvrer les rames aurait occupé une part excessive du peu d’espace et de ressources disponibles.

Les navires qu’Ulysse commandait devaient être rapides et élancés, des bâtiments de haute mer spécialement conçus pour fendre les vagues à grande vitesse. Ils se prêtaient aisément aux eaux peu profondes près du rivage et se dégageaient tout aussi facilement lorsqu’il fallait une retraite expéditive. À chaque occasion où Ulysse et ses hommes débarquèrent, les navires purent être amenés dans un port ou un autre refuge sûr, d’où l’équipage pouvait se lancer dans ses aventures à terre.

Combien de navires Ulysse possédait-il

Ulysse quitta Troie avec une douzaine de navires et six cents hommes. Ils venaient de remporter la victoire à Troie, et Ulysse était prêt à regagner Ithaque, son foyer. Il était absent depuis vingt ans et ne désirait rien tant que rentrer. Ulysse était las de la guerre et voulait retrouver son propre royaume, où il serait accueilli en héros.

La première escale d’Ulysse fut l’île des Cicones. Ses hommes débarquèrent et terrorisèrent le petit village côtier, pillant et massacrant sans retenue, un comportement jugé acceptable à l’époque. Forts de leur victoire sur ces indigènes sans défense, ils s’installèrent pour une nuit de festivités et de chants ivres. Malheureusement pour les hommes d’Ulysse, les Cicones établis sur le rivage n’étaient pas les seuls habitants de l’île. Les survivants s’enfuirent à l’intérieur des terres pour chercher du renfort et revinrent en force pour repousser Ulysse et ses hommes vers leurs navires, vaincus et les mains vides.

Sa prochaine escale fut le pays des Lotophages. Là, il faillit perdre ses hommes à cause du nectar consommé parles Lotophages et par l’attrait d’une existence oisive. Il parvint à les arracher à leur torpeur et à poursuivre leur route. On pourrait croire qu’Ulysse avait eu son compte des îles, mais il ne semblait pas en tirer la leçon. Ses hommes étaient plus méfiants lors de l’escale suivante, mais ils découvrirent une caverne remplie de nourriture, de boisson et de trésors, apparemment abandonnée. C’est là qu’ils se trouvèrent prisonniers de le cyclope Polyphème. Ulysse parvint à aveugler le cyclope et à le vaincre, mais il attira sur lui et son équipage la colère dePoséidon** en agissant ainsi**. Ulysse dut bientôt repartir avec ses douze navires et les survivants de son équipage.

Naufrage

Ulysse et les Sirènes

Ulysse et les Sirènes

Ulysse poursuivit sa route et accosta sur l’île d’Éole. Il reçut en cadeau les vents enfermés dans un sac, à l’exception du vent d’ouest, maintenu libre pour le pousser vers Ithaque. L’avidité de son équipage fut toutefois leur perte. Alors qu’Ithaque était en vue, ils ouvrirent le sac confié à Ulysse, pensant qu’il recelait un grand trésor. Les vents s’échappèrent et rejetèrent les navires au large. Ils revinrent auprès d’Éole, mais celui-ci refusa de les aider à nouveau. Le voyage d’Ulysse, si proche de son terme, devait recommencer. Jusqu’alors, Ulysse avait réussi à ne perdre aucun navire, bien qu’il eût déjà perdu nombre de ses hommes, victimes de monstres et de villageois vindicatifs.

Sa chance tourna à nouveau au pays des Lestrygons. Prudent après tant de revers, Ulysse ordonna à son équipage de pénétrer dans le petit port, tandis qu’il restait à l’écart, à l’abri dans une anse protégée. Onze des douze navires s’approchèrent du rivage et leurs équipages débarquèrent. Ils se rendirent au château pour solliciter l’aide des habitants du pays. La reine les accueillit et leur demanda de patienter. Lorsque son époux rentra, le redoutable géant se saisit de membres de l’équipage et les dévora. Les survivants s’enfuirent vers les navires, désespérés de s’échapper, mais furent rattrapés et écrasés sous les rochers que les Lestrygons précipitèrent sur eux. Les navires et la totalité de leurs équipages furent anéantis.

Le navire d’Ulysse et Circé

Contrairement à son navire, Ulysse portait un autre nom. Il était aussi appelé Ulysses. Par conséquent, le navire d’Ulysse et celui d’Ulysses ne font qu’un. Accablés par le deuil après le massacre perpétré par les géants anthropophages, Ulysse et les survivants de son équipage poursuivirent leur route. Meurtris, découragés et désespérés, ils abordèrent une nouvelle île. À ce stade, ses hommes avaient assez connu l’aventure et ne voulaient plus rien avoir à faire avec l’île ni avec ses habitants.

Dans un premier temps, ils refusèrent d’explorer l’île ou de risquer le moindre pas à terre. Ulysse exigea l’obéissance et leur déclara que leur crainte ne leur servirait à rien. Que la perte de leurs compagnons serait vaine s’ils abandonnaient maintenant. Poussés par ses encouragements et sa persuasion, l’équipage finit par s’aventurer à terre, la moitié d’entre eux restant toutefois en arrière avec Ulysse.

Ils s’enfoncèrent dans l’île jusqu’à atteindre un autre château. Là, ils furent invités à entrer, et tous, sauf le chef de la petite troupe, franchirent le seuil. Ils furent accueillis par une hôtesse gracieuse qui les convia à un somptueux festin. Malheureusement pour l’équipage, leur hôtesse n’était autre que la magicienne Circé, qui les abreuva de mets et de breuvages enchantés. Tout l’équipage fut métamorphosé en porcs.

Ne les voyant pas revenir, leur chef retourna auprès d’Ulysse, qui attendait près de l’unique navire restant, et lui annonça leur disparition.

Déterminé à ne pas perdre davantage d’hommes, Ulysse s’enfonça dans l’île pour tenter de sauver son équipage. En chemin, il fut interpellé parHermès sous un déguisement. Hermès lui conseilla de ne pas toucher à la nourriture de la magicienne et de la menacer de son épée. Lorsqu’elle lui proposerait de rester auprès d’elle comme amant, il devrait obtenir d’elle le serment qu’elle ne lui ferait aucun mal. Ulysse suivit ce conseil et parvint à vaincre Circé. Il la convainquit de lever la malédiction qui frappait son équipage et resta sur l’île en sa compagnie pendant un an.

Un différend avec un dieu

Finalement, Ulysse se détacha de son amante et, à la supplication de son équipage qui souhaitait rentrer, il repartit. Suivant les conseils de Circé, qui lui avait recommandé de se rendre sur une île où il convoquerait Tirésias et d’autres ombres de l’au-delà, il mit les voiles.

Après cette terrifiante épreuve, il traversa le détroit hanté parles redoutables Sirènes, n’échappant à leur chant qu’en se faisant attacher, ainsi que son équipage, au mât du navire. Face à l’alternative entre un gigantesque tourbillon et un monstre qui dévorerait six de ses hommes, il choisit le monstre et perdit six compagnons supplémentaires dans ses griffes. Enfin, la fortune sembla tourner : l’équipage accosta sur un rivage où de grasses bovines leur fourniraient de la viande fraîche.

Malheureusement pour Ulysse, le troupeau appartenait àHélios, le dieu du soleil. Pour ce sacrilège, l’équipage tout entier fut foudroyé par Zeus, ne laissant qu’Ulysse en vie. Ulysse, seul survivant, est rejeté sur une île habitée par la nympheCalypso. Elle le retient captif sur son île pendant sept années. Durant ce temps, Ulysse construit de ses mains un remplaçant pour son navire, abattant vingt arbres et les façonnant lui-même au ciseau à bois.

Il faut attendre qu’Athéna intercède auprès de Zeus** et le prie d’ordonner la libération d’Ulysse pour que Calypso accepte de le relâcher**.Naviguant à nouveau à bord de son navire de fortune, seul, Ulysse accomplit la dernière étape de son voyage vers la patrie. Il aborde sur l’île des Phéaciens, où il relate l’intégralité de son histoire au roi. Ayant gagné leur bienveillance et leur appui, il obtient leur assistance pour regagner Ithaque.

Tout au long de ses péripéties, Ulysse s’appuie sur son équipage et ses douze navires jusqu’à ce qu’il n’en conserve qu’un seul, perdu face aux géants anthropophages. Poursuivant seul sa route, il finit par perdre son équipage puis son dernier navire sous les coups de la colère de Zeus. Lorsqu’il rentre enfin chez lui, son dernier navire est l’œuvre de ses propres mains, construit au cours de sept années. Peut-être Homère ne nomme-t-il pas les navires d’Ulysse parce qu’ils sont progressivement arrachés au héros au fil du récit. Les navires sans nom n’étaient ni sacrés ni les ressorts qui faisaient avancer l’histoire.

Ils n’étaient pas les véhicules qui le porteraient jusqu’au bout du chemin. Comme l’orgueil, l’astuce et l’arrogance d’Ulysse, ses navires lui furent retirés afin que, lorsqu’il retrouve enfin Ithaque, il ait été forgé en l’homme dont on aura besoin. Son royaume exige un souverain, un héros instruit par ses voyages et ses aventures, un homme trempé aux feux de la perte et du deuil.

Ulysse perd tout au long de son voyage : son équipage, ses navires et son goût pour l’aventure. Lorsqu’il revient et découvre sa femme harcelée de prétendants, sa mère disparue et son père retiré du monde, il aurait pu reprendre la mer. Au lieu de se détourner, il poursuit la seule chose qui lui reste importante — son foyer et sa famille. En définitive, ce n’était pas le navire qui comptait, mais le voyage vers la maison.

Créé : 16 février 2024

Modifié : 10 janvier 2025