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Budic III — Roi de Bretagne, beau-frère du roi Arthur

Plusieurs personnages des légendes arthuriennes peuvent légitimement être désignés sous le nom de roi Budic de Bretagne. L’un d’entre eux entretenait toutefois un lien particulièrement étroit avec Arthur, puisqu’il était son beau-frère. Nous le nommerons Budic III. Que savons-nous des rapports entre ce Budic et Arthur ? Budic peut-il être identifié à un personnage historique ? Connaissons-nous quelque chose de son parcours ? Cet article se propose d’examiner ces questions et bien d’autres.

Qui était le roi Budic III de Bretagne ?

Le roi Budic III était un souverain de Bretagne dans les légendes arthuriennes. Il apparaît pour la première fois dans l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, rédigée vers 1137. Dans ce texte, il est le père d’un roi nommé Hoël. À propos de ces personnages, Geoffroy écrit :

« Hoël était le fils de la sœur d’Arthur et de Budicus, roi des Bretons armoricains. »

D’après cette mention, l’épouse de Budic était une sœur du roi Arthur, et leur fils commun n’était autre que Hoël. Budic lui-même est qualifié de roi des Bretons armoricains. Malheureusement, Geoffroy ne révèle pas le nom de cette sœur d’Arthur.

Certaines sources ultérieures affirment qu’elle se nommait Gywar, mais cette hypothèse est contredite par l’ensemble de la tradition. En réalité, Gywar semble avoir été une sœur d’Arthur entièrement distincte. Elle était l’épouse de Lot de Lothian et la mère de Gauvain, ce qui la rend beaucoup trop jeune pour avoir été la femme de Budic et la mère de Hoël.

En fait, il semble qu’aucune source ne fournisse un nom pour l’épouse de Budic qui puisse être raisonnablement identifié à la femme anonyme mentionnée par Geoffroy.

Le troisième Budic

Si l’on qualifie ce Budic de « troisième », c’est parce que deux autres personnages des sources sur la Bretagne du haut Moyen Âge portaient également ce nom. Tous deux sont d’ailleurs également attestés comme rois de Bretagne.

Le premier de ces deux rois antérieurs est mentionné par Geoffroy de Monmouth lui-même. Il s’agit du roi de Bretagne qui recueille Aurelius Ambrosius (l’oncle d’Arthur) et Uther (le père d’Arthur) lorsqu’ils doivent fuir la Bretagne insulaire encore enfants.

Sur cette base, Budic Ier devait vivre bien avant l’époque d’Arthur, appartenant à la génération de son grand-père, voire à une génération antérieure.

Le deuxième Budic était chronologiquement beaucoup plus proche de l’époque d’Arthur, mais il ne semble pas être celui qui figure dans les légendes arthuriennes. Il apparaît dans la Vie de saint Mélor, rédigée aux XIe ou XIIe siècles. Il y est présenté comme le père de Meliau et d’une fille qui épousa le comte Conomor. Cela situerait la naissance de Budic avant le tournant du VIe siècle.

Il existe en effet un récit où Budic tue un chef nommé Marchell, vraisemblablement identifiable à un certain Marchil mentionné comme assiégeant Nantes vers 497. La naissance de ce Budic est donc généralement placée aux alentours de 480.

En revanche, le Budic qui figure dans les légendes arthuriennes en tant que beau-frère du roi Arthur devait logiquement appartenir à la même génération que le souverain britannique, ce qui implique qu’ils seraient nés à peu près à la même époque.

Compte tenu des indices suggérant qu’Arthur demeura actif bien avant dans le VIe siècle (contrairement aux dates figurant dans les Annales Cambriae, probablement antidatées par erreur d’une trentaine d’années), il est vraisemblable que le Budic qui épousa sa sœur soit né vers 500.

Ainsi, divers éléments convergent pour identifier le roi Budic de Bretagne, beau-frère du roi Arthur dans les légendes arthuriennes, au troisième Budic de Bretagne.

Le Budic III historique de Bretagne

Le roi Budic III est l’un des rares personnages arthuriens que l’on puisse identifier avec une certaine confiance à un personnage historique. Le fait que Budic soit dit avoir épousé une sœur d’Arthur suggère qu’il entretenait des liens avec le Pays de Galles méridional, région avec laquelle Arthur est le plus étroitement associé.

En outre, comme nous l’avons vu, le lien familial entre ce Budic et le roi Arthur implique qu’ils seraient nés à peu près à la même époque, soit vers l’an 500.

Sur la base de ces deux éléments, il est très probable que Budic III puisse être identifié à un personnage figurant dans un texte du XIIe siècle connu sous le nom de Vie de saint Oudoceus. Ce récit relate la vie du saint éponyme, dont le père se nommait Budic.

À partir des indications chronologiques fournies par ce texte, le savant Peter Bartrum a conclu que ce Budic serait né vers 500. Comme on peut le constater, cela correspond parfaitement à la date de naissance présumée du Budic, beau-frère du roi Arthur.

Ce même Budic de la Vie de saint Oudoceus est également dit avoir séjourné un temps au Pays de Galles méridional, ce qui renforce l’identification entre les deux personnages.

En s’appuyant sur ces données chronologiques concernant Budic, père d’Oudoceus, Bartrum a suggéré qu’il pourrait bien s’agir du même personnage qu’un roi de Bretagne nommé Bodic, mentionné par Grégoire de Tours, historien du VIe siècle. Ce roi historique Bodic est présenté par Grégoire comme mourant vers 570. La chercheuse Rachel Bromwich a également soutenu cette identification.

Le lieu, le nom et la chronologie concordent tous pour identifier ce roi Bodic historique au roi Budic qui figure dans la Vie de saint Oudoceus.

Il est donc très vraisemblable que l’on puisse identifier le roi Budic III de Bretagne, le légendaire beau-frère du roi Arthur, au roi Bodic de Bretagne du VIe siècle attesté par Grégoire de Tours et au roi Budic qui apparaît dans des sources ultérieures comme le père d’Oudoceus. Cette conclusion fondamentale a été soutenue par Bromwich, contrairement à Bartrum, qui considérait le Budic de Geoffroy comme entièrement fictif.

Famille

Le fait que l’on puisse vraisemblablement identifier le Budic légendaire à ces deux Budics attestés indépendamment nous permet de reconstituer un grand nombre d’informations sur sa famille.

Parents

Néanmoins, la grande inconnue qui entoure Budic concerne sa lignée. Ce que nous savons, c’est que, du moins selon la Vie de saint Oudoceus, son père se nommait Cybrdan. Toutefois, on ne sait rien de Cybrdan lui-même.

La Vie susmentionnée nous apprend que Budic était de sang royal, mais c’est là la seule information qu’elle fournisse. Le fait qu’il soit décrit comme possédant une flotte corrobore également cette origine.

Cependant, à partir des informations explicites dont nous disposons, nous pouvons déduire de manière raisonnable plusieurs faits. Premièrement, le fait que Cybrdan n’apparaisse dans aucune source comme roi de Bretagne suggère qu’il n’a jamais détenu ce titre.

Deuxièmement, à l’inverse, le fait que Budic ait été choisi comme nouveau roi après la mort du souverain précédent indique qu’il n’était pas un prince éloigné du trône. Il devait au contraire se trouver assez proche de la succession.

Lignée probable

Dès lors, l’hypothèse la plus raisonnable semble être que Cybrdan était le frère du roi précédent de Bretagne. Cela permettrait à Budic d’être proche du trône tout en expliquant pourquoi Cybrdan n’apparaît nulle part comme roi de Bretagne.

Le roi anonyme de Cornouaille que Budic remplaça semble être mort vers 540, si l’on se réfère à la date de naissance d’Oudoceus (en suivant globalement les indications de l’Oxford Dictionary of Saints: Fifth Edition). Nous cherchons donc un roi ayant régné pendant une grande partie de la première moitié du VIe siècle.

Puisque le territoire d’origine de Budic est explicitement dit être la Cornouaille, et que c’est sur ce territoire qu’il devint roi, son père Cybrdan ne pouvait être le frère du roi Ionas. Bien que la chronologie soit globalement cohérente, Ionas était roi de Domnonée, et non de Cornouaille.

Ionas avait épousé la fille du Budic II évoqué précédemment, qui est mentionné comme roi de Cornouaille. Rien dans les sources concernant ce Budic ne permet d’étendre son règne au-delà de 540.

La conclusion la plus probable est donc que Cybrdan était le frère de Budic II. Cela s’accorderait parfaitement tant avec les dates de Budic II (v. 480) qu’avec celles de Cybrdan et de son fils Budic III (v. 500). Cela expliquerait également l’usage du nom « Budic », les noms étant fréquemment réutilisés au sein des dynasties.

Budic III serait ainsi le petit-fils d’un roi de Cornouaille nommé Daniel.

Malheureusement, il ne semble exister aucune information sur la mère de Budic III.

Le roi que Budic III remplaça

Il convient de préciser qu’il est peu probable que Budic III ait directement succédé à Budic II. Autrement dit, Budic II n’était probablement pas le roi mort juste avant le retour de Budic III en Bretagne et son accession au trône. La raison de cette conclusion est qu’il y a lieu de penser que les propres enfants de Budic II s’étaient également réfugiés à Dyfed à peu près à la même époque que Budic III.

L’argumentation est la suivante : la Vie de saint Paul de Léon indique que Samson et Iudual, un roi de Bretagne, étaient cousins. Samson était donc apparenté aux rois de Bretagne. Son père, Amon, est identifié dans la tradition postérieure comme Annun ap Emyr Llydaw (un titre générique désignant le roi de Bretagne). Compte tenu de la parenté alléguée de Samson avec les rois de Bretagne, cette identification est plausible.

La mère d’Iudual et épouse d’Ionas est réputée être une fille de Budic II. Ainsi, pour qu’Iudual et Samson soient cousins, il est tout à fait logique que le père de Samson, Amon, fils d’« Emyr Llydaw », ait été lui-même fils de Budic II.

Cependant, Amon et son frère sont décrits dans la Vie de saint Samson (une hagiographie ancienne et précieuse) comme résidant à Dyfed en tant que responsables de la cour du roi de cette région.

Le fait qu’Amon et son frère, probablement fils de Budic II, se trouvaient à Dyfed dans la première moitié du VIe siècle en tant que fonctionnaires de la cour du souverain local ne s’explique guère autrement que par un exil, tout comme ce fut le cas pour Budic III.

Cela suggère que Budic II n’est pas responsable de l’exil de Budic III, fils de Cybrdan, car il aurait peu de sens qu’il ait également chassé ses propres fils.

Budic II est mentionné comme ayant un frère nommé Maxence, lequel est réputé avoir été déposé par Tewdrig, un roi du sud-est du Pays de Galles, vers l’an 500. Ainsi, compte tenu de l’ensemble des faits, la conclusion la plus plausible est que Maxence reprit le trône à un moment donné, chassant ainsi Budic III et les fils de Budic II.

Le roi Maxence de Bretagne est donc le candidat le plus probable au titre du roi que Budic III remplaça.

Enfants

Dans les légendes arthuriennes, le seul fils attribué à Budic III est Hoël. Le nom de ce fils apparaît également sous les formes « Hywel » et « Howel ». Il fut un roi puissant, apparemment en tant que sous-roi sous l’autorité de son père, et l’un des plus grands alliés d’Arthur. Il est vraisemblablement identifiable à Hoël, mentionné comme père de Leonorius et Tudual.

Cependant, les informations tirées de la Vie de saint Oudoceus et de l’œuvre de Grégoire de Tours révèlent que Budic III eut d’autres fils. La première source nous apprend qu’il fut le père d’Ismaël, Tyfei et Oudoceus, tous trois réputés saints et figures religieuses éminentes.

La seconde, les écrits de Grégoire de Tours, nous apprend qu’il eut un fils nommé Thierry. Il fut le successeur de Budic. Cela indique que Hoël mourut avant la fin du règne de son père, raison pour laquelle Grégoire ne mentionne pas Hoël comme successeur de Budic.

Le fait que Hoël ait eu des frères et sœurs ne contredit pas ce qu’écrivit Geoffroy de Monmouth. Bien qu’il ne le précise pas explicitement, il nous dit que Hoël avait une nièce. Celle-ci devait être soit la fille d’un frère ou d’une sœur de Hoël, soit la fille d’un frère ou d’une sœur de l’épouse de Hoël.

Épouses

Il semblerait que Budic ait eu au moins deux épouses. La base de cette conclusion est que, comme nous l’avons mentionné plus haut, le fils de Budic, Oudoceus, était manifestement né vers 540. Or, puisque Hoël participa à certaines batailles d’Arthur contre les Saxons (que l’Historia Brittonum donne fortement à entendre s’être poursuivies jusqu’au règne d’Ida de Bernicie, lequel commença vers 547), Hoël devait être né bien avant cette date.

L’écart entre la naissance de Hoël et celle d’Oudoceus devait être si considérable qu’il requiert presque certainement deux épouses distinctes pour Budic.

Par conséquent, Hoël aurait été le fils de la première épouse de Budic, tandis qu’Oudoceus serait le fils de sa seconde épouse.

La seconde épouse de Budic

Cette seconde épouse est expressément identifiée dans la Vie de saint Oudoceus sous le nom d’Anauued (également orthographié « Anawfedd »). Elle y est décrite comme la fille d’Ensic, par ailleurs mentionné comme le père de Teilo. Cela ferait d’Oudoceus, né de Budic et d’Anawfedd, le neveu de Teilo, ce qui correspond exactement à ce qu’affirme la Vie.

La mère d’Anawfedd, quant à elle, était une femme par ailleurs inconnue nommée Gwenhaf, fille de la non moins inconnue Liuonui.

Outre sa maternité d’Oudoceus, Anawfedd était également la mère des deux enfants aînés de Budic, Ismaël et Tyfei.

La première épouse de Budic

Quant à la première épouse, la mère de Hoël, Geoffroy de Monmouth nous dit directement qu’il s’agissait d’une sœur du roi Arthur. Malheureusement, il ne nous dit pas qui était cette sœur, et aucune source ultérieure ne nous fournit d’identification plausible.

Le seul nom que lui attribuent certaines sources est Gywar, mais l’ensemble de la tradition montre qu’il s’agissait en réalité du nom d’une sœur d’Arthur beaucoup plus jeune, celle qui épousa Lot de Lothian et devint la mère de Gauvain et de Mordret.

Cette première épouse, dont nous ne pouvons connaître le nom, était probablement aussi la mère de Thierry, le successeur de Budic. La raison de cette affirmation est que Thierry n’est pas mentionné parmi les enfants de Budic et d’Anawfedd.

Parcours

En combinant les informations provenant de diverses sources, nous pouvons reconstituer un récit assez détaillé de la vie et de la carrière de Budic III.

Mariage avec la sœur d’Arthur

Commençons par ce qui est chronologiquement la plus ancienne information dont nous disposions à son sujet. Comme l’affirme Geoffroy de Monmouth, Budic épousa la sœur du roi Arthur. Il était vraisemblablement jeune à l’époque, n’ayant probablement pas plus de vingt ans.

Budic et son épouse anonyme eurent un enfant nommé Hoël. Par la suite, ils eurent vraisemblablement un fils nommé Thierry.

Durant cette période, Budic n’était pas roi de Bretagne, mais seulement prince. Il semble que son père, Cybrdan, était également prince, probablement le frère du roi Budic II de Cornouaille.

L’exil

Pour des raisons non précisées, Budic III fut chassé de son pays. Puisqu’il ne revint qu’à la mort du roi de Cornouaille, il semble raisonnable de supposer que ce fut le roi qui imposa son exil.

Nous ne pouvons que formuler des hypothèses : une lutte dynastique a peut-être éclaté entre Maxence et Cybrdan. Maxence ayant été déposé à un moment donné au début du VIe siècle par Tewdrig, il avait de bonnes raisons de tenter de recouvrer ses terres. Cela conduisit probablement Budic III et ses cousins, les fils de Budic II, à fuir le pays.

Selon la Vie de saint Oudoceus, Budic III se réfugia dans le sud du Pays de Galles. Plus précisément, il se rendit à Dyfed, la partie occidentale de la région. Il y séjourna durant le règne d’Aircol Lawhir, roi de ce territoire. Il finit par prendre femme et eut d’elle deux fils, Ismaël et Tyfei.

L’accession au trône

Au bout d’une durée non précisée, mais qui s’étendit de toute évidence sur plusieurs années au moins, le roi de Cornouaille mourut. Il s’agissait très probablement de Maxence. Le frère de Maxence, Budic II, était soit mort naturellement entre-temps, soit péni au cours du renversement de Maxence.

Dans tous les cas, la mort de Maxence laissa un problème dynastique. Des messagers furent donc envoyés de Bretagne pour prier Budic III de revenir et de devenir leur nouveau roi. Comme nous l’avons vu, il était très probablement le neveu des deux rois précédents, Budic II et Maxence. Il constituait donc un choix logique pour leur successeur.

Quelle que fût sa relation exacte avec eux, Budic III rentra en Bretagne avec sa famille et devint roi de Cornouaille. À l’époque, son épouse était enceinte d’Oudoceus. Elle le mit au monde après leur retour en Bretagne.

L’aide de Teilo

La Vie de saint Oudoceus ne nous fournit aucune information supplémentaire sur Budic. Cependant, ce n’est pas la seule Vie où il apparaît. Il figure également dans la Vie de saint Teilo, rédigée à peu près à la même époque.

Selon ces deux Vies, Teilo et nombre d’autres Bretons insulaires s’enfuirent en Bretagne pour échapper aux effets d’une terrible épidémie connue sous le nom de Peste jaune, ou Peste fulgurante. C’est là que, nous dit la Vie de saint Oudoceus, Teilo rencontra son neveu Oudoceus et le ramena en Bretagne insulaire.

La Vie de saint Teilo nous fournit cependant davantage de détails sur ce qui se passa durant le séjour de Teilo en Bretagne armoricaine.

Une fois les pires effets de la peste passés, Teilo jugea qu’il était temps pour lui et pour les autres Bretons de regagner l’île de Bretagne. Cela affligea profondément Budic, qui ne voulait pas perdre un si éminent chef religieux. Il se rendit auprès de Teilo à la tête d’une armée nombreuse et se prosterna devant lui, le suppliant de rester.

La raison invoquée par Budic était que son pays avait récemment été attaqué par un grand serpent, ultérieurement identifié à un dragon. Teilo s’approcha alors du monstre et le mena miraculeusement jusqu’à la mer.

Ce n’est pas le seul récit médiéval évoquant un dragon au « souffle pestilentiel » terrifiant la Bretagne au VIe siècle. Il semble très probable que ces récits se rapportent tous à une ou plusieurs des épidémies et comètes signalées par Grégoire de Tours.

La nomination de Teilo

Malgré tout, Budic tenait à ce que Teilo restât. Il s’approcha donc de lui, accompagné d’un important détachement de troupes et de l’évêque Samson de Dol (peut-être le prélat le plus éminent de Bretagne à cette époque), et le supplia de demeurer.

En guise d’encouragement, Budic offrit à Teilo la charge d’évêque de Dol. Teilo accepta, y ayant été invité par un ange en songe. Ainsi, Teilo devint le nouvel évêque de Dol en remplacement de Samson.

Fait intéressant, ce même épisode figure dans l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy. Il y est présenté comme se déroulant à peu près au même moment que le couronnement spécial d’Arthur, plus de douze ans après sa victoire au mont Badon.

La seule différence entre les deux récits est que Geoffroy attribue cette nomination à Hoël, fils de Budic. Cela ne constitue pas nécessairement une contradiction. On peut tout simplement y voir la participation conjointe d’un sous-roi et d’un suzerain à un même événement. De même, le Livre de Llandaff rapporte qu’une donation de terres fut effectuée par le roi Meurig au nom de son fils Athrwys.

Mort et succession

Selon les informations fournies par le contemporain Grégoire de Tours, la mort du roi Bodic (c’est-à-dire du roi Budic III) survint vers 570. Elle eut probablement lieu peu après l’événement relaté précédemment.

À sa mort, son fils survivant (à l’exclusion de ceux qui avaient embrassé la vie religieuse) était Thierry. Budic avait conclu un serment mutuel avec un autre roi breton, Macliau, par lequel chacun s’engageait à défendre les fils de celui qui mourrait le premier.

Malgré ce serment, Macliau chassa Thierry du pays après la mort de Budic. Il y a lieu de penser que Thierry se réfugia à Dyfed, comme son père l’avait fait des décennies plus tôt. En tout état de cause, Thierry parvint à recouvrer le royaume en 577, assurant ainsi la continuité de la dynastie de son père.

Budic III dans les sources galloises

Budic III est mentionné dans les sources galloises, bien que sans grande importance. Il n’apparaît jamais dans les textes gallois que comme patronyme de Hoël, généralement appelé Hywel. Cependant, ce n’est pas le nom de « Budic » qui est employé. À la place, on utilise pour ce Budic le nom d’Emyr Llydaw.

Il s’agit en réalité d’un titre, qui se traduit par « Empereur de Bretagne ». Le mot « Emyr » paraît apparenté au latin imperator. Il peut également être employé dans un sens moindre de « roi » ou même de « seigneur ». Quant à « Llydaw », c’était l’une des désignations de la Bretagne dans les textes médiévaux.

Ainsi, « Emyr Llydaw » est un titre purement descriptif, et il n’y a aucune raison de conclure qu’il n’a jamais été utilisé que pour Budic III. En fait, il existe des indices qu’il fut également employé pour Budic II, ce dernier étant le meilleur candidat au titre de père du personnage connu dans les sources galloises sous le nom d’Annun ap Emyr Llydaw.

Emyr Llydaw figure dans de nombreux documents généalogiques, mais ce n’est qu’en tant que père de Hywel (Hoël) que nous pouvons l’identifier avec certitude à Budic III.

Conclusion

En conclusion, Budic III fut un roi de Bretagne du VIe siècle. Selon les légendes arthuriennes, il était le beau-frère du roi Arthur, ayant épousé la sœur d’Arthur. Le nom de cette sœur demeure, malheureusement, un mystère. Le fruit de cette union fut Hoël, un éminent souverain de Bretagne qui prêta assistance à Arthur dans ses guerres.

Ce Budic peut assurément être identifié à Budic ap Cybrdan. Son père, Cybrdan, très probablement ne fut jamais roi lui-même, mais il était sans doute le frère des rois Budic II et Maxence, ce qui faisait de Budic III leur neveu. Il peut également être identifié au roi Bodic mentionné par Grégoire de Tours.

Sources

Bartrum, Peter, A Welsh Classical Dictionary, 1993

Bromwich, Rachel, Trioedd Ynys Prydein: The Triads of the Island of Britain, 2014

Davies, John Reuben, The Book of Llandaf and the Norman Church in Wales, 2003

Baring-Gould, Sabine et Fisher, John, The Lives of the British Saints: The Saints of Wales and Cornwall and Such Irish Saints as Have Dedications in Britain – Volume I, 1907

Budic

Hoël

Créé : 26 septembre 2024

Modifié : 6 décembre 2024