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Saint Efflam - Saint du VIe siècle, cousin du roi Arthur

Saint Efflam fut une figure religieuse du VIe siècle, qui joue un rôle mineur dans les légendes arthuriennes. Dans ce rôle relativement restreint, il aide le roi Arthur à vaincre un dragon. Il est en outre présenté comme un proche parent du roi. Que sait-on d’autre sur ce personnage, et comment contribue-t-il à la recherche de la véritable identité du roi Arthur ?

Saint Efflam, depiction à Carnoët

Qui était saint Efflam ?

Saint Efflam est une figure religieuse assez mineure issue de la Bretagne insulaire et de la Bretagne armoricaine du VIe siècle. Il n’apparaît pas dans de nombreux documents médiévaux, bien que l’un d’entre eux soit relativement ancien. Il s’agit de la Vie de saint Efflam, rédigée aux XIe ou XIIe siècles.

Ce texte, qui semble avoir vu le jour en Bretagne armoricaine, offre un aperçu général de la vie de cette figure religieuse. Cependant, l’événement principal de la Vie est le récit de la victoire d’Efflam et d’Arthur sur un dragon.

Dans l’église bretonne de Saint-Jacques à Perros-Guirec se trouvent deux sculptures qui semblent représenter l’histoire d’Efflam et d’Arthur. Ces dernières dateraient d’environ 1100.

La première sculpture représente trois hommes, dont celui du milieu gît à terre. L’un d’eux est interprété comme étant Efflam, tandis que celui allongé au sol est interprété comme Arthur, assisté par le premier. On aperçoit un objet ou une silhouette volumineuse à côté de ces hommes, qui pourrait représenter le dragon du récit.

L’autre sculpture montre un monstre rampant vers deux hommes, l’un armé d’une épée et l’autre tenant ce qui semble être une sorte de bâton. La tête du monstre a été brisée. Il s’agit vraisemblablement du dragon. Les deux hommes sont probablement Arthur et Efflam. Arthur serait logiquement celui qui tient l’épée, tandis qu’Efflam serait celui qui porte le bâton.

Un récit beaucoup plus tardif fut rédigé au XVIIe siècle par Albert Le Grand, un hagiographe breton. Il est globalement similaire à la version ancienne, mais présente quelques différences notables.

Famille

Que sait-on de la famille d’Efflam ? En vérité, nous en savons fort peu. Le membre de sa famille que nous connaissons le mieux est son père ; examinons-le donc plus en détail.

Le père d’Efflam

Le récit de sa vie affirme qu’Efflam était le fils d’un roi irlandais, bien que le nom de ce dernier ne soit pas mentionné. Fort heureusement, nous pouvons recourir à d’autres sources pour compléter le portrait de ce personnage mystérieux.

Par exemple, une ballade bretonne évoquant Efflam précise que son père était un roi de Demetia, c’est-à-dire du pays de Galles méridional. Bien que le terme « Demetia », équivalent latin de « Dyfed », désigne souvent spécifiquement le sud-ouest du pays de Galles, il est aussi fréquemment employé pour désigner le sud du pays de Galles en général.

Ces deux affirmations issues des sources pourraient sembler contradictoires, mais il n’en est rien. En réalité, il est aisé de concilier la thèse selon laquelle le père d’Efflam était un roi irlandais avec celle qui en fait un roi du sud du pays de Galles.

Pendant la plus grande partie — voire la totalité — du Ve siècle, le royaume de Dyfed, dans le sud-ouest du pays de Galles, fut gouverné par une dynastie irlandaise. Vers la fin du Ve siècle, aux alentours de 480, le royaume irlandais de Brycheiniog fut fondé plus à l’est, sur le territoire correspondant à l’actuel parc des Brecon Beacons.

Dès lors, le père d’Efflam peut logiquement être considéré comme un roi de Dyfed ou de Brycheiniog.

Selon le récit le plus ancien concernant Efflam, son père anonyme était engagé dans une guerre continuelle contre un autre roi. Ce dernier n’est pas nommé non plus. La version la plus ancienne de la légende décrit cet ennemi comme un autre roi irlandais, tandis que la version d’Albert Le Grand le qualifie de petit roi de Bretagne.

L’épouse d’Efflam

Selon sa Vie, l’épouse d’Efflam se nommait Enora. Son nom est parfois orthographié « Honoria », ce qui semble en être la forme la plus ancienne. Elle était la fille du roi contre lequel le père d’Efflam menait la guerre.

Certaines sources modernes affirment qu’elle aurait été la fille d’un chef saxon, mais cela ne repose sur aucun fondement dans les documents les plus anciens. Comme nous l’avons vu, son père, l’ennemi du père d’Efflam, est décrit soit comme un roi irlandais, soit comme un petit roi de Bretagne (ces deux qualificatifs pouvant d’ailleurs être simultanément exacts).

Le cousin d’Efflam

De loin le parent le plus célèbre d’Efflam est son cousin. La Vie de saint Efflam présente le roi Arthur lui-même comme le cousin de cette figure religieuse.

Malheureusement, le lien de parenté exact entre Arthur et Efflam n’est jamais explicité. Néanmoins, savoir que les deux hommes étaient cousins contribue grandement à l’identification du roi Arthur historique.

Cela signifie que le Arthur historique aurait eu un oncle — au sens propre ou par alliance — qui était un roi irlandais du sud du pays de Galles et qui menait une guerre contre un autre roi irlandais en Bretagne. Il s’agit là d’une information potentiellement très précieuse.

La vie d’Efflam

Examinons à présent le récit de la vie d’Efflam. Là encore, il est principalement tiré du texte des XIe ou XIIe siècles, ainsi que de la version plus tardive d’Albert Le Grand.

Le mariage

On ne sait rien de l’enfance d’Efflam, si ce n’est qu’il était né d’un roi irlandais. D’après la ballade bretonne mentionnée plus haut, cela aurait eu lieu dans le sud du pays de Galles.

Après avoir longtemps combattu un certain roi irlandais, le père d’Efflam conclut une alliance matrimoniale avec la fille de ce roi. Efflam et la princesse furent alors mariés.

Cependant, Efflam était fort mécontent de cette union, car il avait déjà résolu de se faire moine. La nuit de leurs noces, les deux jeunes gens se livrèrent à une vive dispute à ce sujet, avant qu’Enora ne cède finalement.

Pendant la nuit, Efflam s’esquiva de la demeure et se rendit sur la côte, où il retrouva un certain nombre de compagnons partageant ses aspirations. Ensemble, ils traversèrent la mer vers la Bretagne armoricaine. Enora, dès lors, se retrouva abandonnée.

Les compagnons d’Efflam

Les noms des compagnons d’Efflam sont les suivants : Kemo, Kirio, Mellec, Eversin, Haran, Nerin et Tuder. Les noms de ces compagnons sont attachés à divers lieux de Bretagne armoricaine.

On trouve par exemple Plounérin, nommé d’après Nerin. Il y a également le village de Locquemeau, nommé d’après Kemo. Un autre exemple particulièrement intéressant est Tréduder, qui semble tirer son nom de Tuder.

Ce dernier compagnon, Tuder, est particulièrement intéressant car il est possible de l’identifier à un personnage mentionné dans un document contemporain. Grégoire de Tours, un écrivain du VIe siècle qui a abondamment relaté l’histoire des Francs et de la Bretagne armoricaine, évoque un roi de Bretagne nommé Bodic.

Ce Bodic est décrit comme ayant été remplacé par son fils Théodoric. Il existe de bonnes raisons de penser que Bodic et sa famille passèrent une grande partie de la première moitié du VIe siècle en exil dans le sud du pays de Galles.

Il est donc tout à fait possible que Théodoric, qui n’était pas l’héritier direct du trône (son frère aîné Hoel l’était), ait poursuivi une carrière religieuse pendant une grande partie de ses jeunes années. Cela permettrait de l’identifier à Tuder, l’un des compagnons d’Efflam.

Pour des raisons chronologiques, l’identification de Théodoric à Tuder ne serait possible qu’à condition d’admettre que Tuder ne devint compagnon d’Efflam que longtemps après l’arrivée initiale de ce dernier en Bretagne armoricaine, puisque Théodoric n’était pas encore né au moment de cet événement.

La fondation du monastère

Avec ses compagnons, Efflam atteignit la côte de la Bretagne armoricaine. L’endroit où ils débarquèrent correspond à l’actuelle commune de Plestin-les-Grèves, dans le département des Côtes-d’Armor.

À leur arrivée, ils découvrirent une maison ou une cabane abandonnée. Ils décidèrent d’en faire leur demeure et la transformèrent en monastère. Chaque moine construisit sa propre cellule, et ils travaillèrent ensemble à édifier une église.

Le voyage d’Enora en Bretagne armoricaine

Pendant ce temps, Enora se sentait toujours rejetée et abandonnée dans l’île de Bretagne. Elle décida d’en finir avec la vie en demandant à un homme de la coudre dans une peau de bête et de la jeter à la mer.

Cependant, selon la légende, elle dériva à travers la mer et finit par atteindre la côte de la Bretagne armoricaine, où un pêcheur la découvrit.

Ce motif de l’emballage dans une peau avant d’être jeté à la mer, puis retrouvé et sauvé, se retrouve dans la légende de Taliesin. Il présente également des similitudes avec l’histoire d’une femme nommée Azenor, qui fut précipitée dans la mer dans un tonneau. Cela suggère qu’il s’agit simplement d’un motif narratif récurrent.

Certains spécialistes avancent que l’origine véritable de ce récit sur Enora dans la peau de bête serait tout simplement qu’elle traversa la mer vers la Bretagne armoricaine à bord d’un coracle, petite embarcation en peau couramment utilisée au pays de Galles à l’époque médiévale.

Quoi qu’il en soit, une fois Enora découverte, le chef de la région fut informé et désira se rendre auprès d’elle, vraisemblablement pour se l’approprier. Enora s’enfuit alors directement vers le monastère d’Efflam, son époux.

Les retrouvailles d’Enora et d’Efflam

Enora parvint au monastère juste à temps. Elle y pénétra, le chef sur ses talons. À l’instant même où il posa la main sur le linteau de la porte, celle-ci y resta collée. Il ne put la retirer jusqu’à ce qu’Efflam le libérât. De tels miracles sont courants dans les hagiographies médiévales.

Néanmoins, les retrouvailles d’Enora et d’Efflam ne furent pas joyeuses. Efflam était résolu à mener une vie monacale. Il fit donc construire une cellule séparée pour Enora et ne lui parla plus jamais qu’à travers la cloison, refusant même de lui montrer son visage.

Arthur et le dragon

Nous arrivons à présent à l’épisode le plus célèbre de la légende de saint Efflam : le récit de sa rencontre avec le roi Arthur et le dragon.

Selon la Vie de saint Efflam, le roi Arthur se trouvait en Bretagne armoricaine pour des raisons non précisées. Cela pourrait fort bien être lié à l’un des voyages d’Arthur en Gaule relatés par Geoffroy de Monmouth dans son Historia Regum Britanniae, rédigé vers 1137.

Toujours est-il que, pendant le séjour d’Arthur, un redoutable dragon terrorisait la contrée. Il vivait dans une caverne, mais il avait coutume d’y pénétrer à reculons. Ainsi, ses empreintes donnaient-elles l’impression qu’il était absent, ce qui le rendait plus difficile à traquer et à tuer.

Un certain jour, le roi Arthur affronta le dragon, mais sans succès. Ce combat laissa apparemment Arthur extrêmement altéré ; pour l’aider, Efflam fit jaillir miraculeusement de l’eau du rocher pour qu’Arthur puisse se désaltérer. C’est au cours de cette première rencontre entre Arthur et Efflam qu’ils se désignent mutuellement du titre de « cousin ».

Après cela, Efflam s’approcha du dragon lui-même et le bannit par le signe de la croix. En se retirant, la bête tomba d’une falaise voisine et périt.

L’explication du dragon

Bien que cet épisode de la Vie de saint Efflam puisse paraître purement fantaisiste, il n’est en réalité pas dénué d’explication. De fait, plusieurs documents font état d’un dragon terrorisant la Bretagne armoricaine au VIe siècle.

Il n’est presque certainement pas fortuit que Grégoire de Tours signale l’apparition de plusieurs comètes remarquables dans la région de la Bretagne armoricaine et de la France au VIe siècle. Il rapporte également l’éruption de plusieurs pestes majeures, dont il associe au moins une directement à l’apparition d’une comète.

Les comètes étant souvent associées aux dragons — et parfois décrites figurativement comme telles — il paraît très probable que la légende du dragon terrorisant la Bretagne armoricaine à l’époque du roi Arthur soit le souvenir déformé d’une ou plusieurs de ces comètes et des pestes qui s’ensuivirent.

La rencontre d’Efflam avec Iestyn

Après cela, la partie suivante de la Vie d’Efflam relate sa rencontre avec le propriétaire originel de la maison qu’il avait convertie en monastère.

Ce propriétaire était un homme nommé Iestyn. Il se présenta et fit connaissance avec Efflam. Il n’était pas fâché de la prise de possession d’Efflam ; au contraire, il insista pour qu’il conservât le bâtiment, tandis qu’Efflam insistait tout autant pour le lui restituer.

Finalement, il fut convenu qu’Efflam garderait l’édifice. Cependant, le lieu serait nommé en l’honneur d’Iestyn. Il fut donc appelé Plou-Iestyn, par la suite abrégé en Plestin. Aujourd’hui encore, cette localité se nomme Plestin-les-Grèves.

L’identité d’Iestyn

Il a été suggéré que l’Iestyn mentionné dans ce récit n’est autre qu’Iestyn, fils de Geraint. C’est envisageable, bien que cela suppose que tous les détails du récit ne soient pas rigoureusement exacts.

Le nom « Iestyn » n’était pas courant à cette époque. En fait, Iestyn ap Geraint n’est l’un des deux seuls personnages portant ce nom mentionnés dans le A Welsh Classical Dictionary de Peter Bartrum. Et bien qu’Iestyn fût un prince de Dumnonia (le Devon et les Cornouailles), il existait d’étroits contacts entre la Dumnonia et la Bretagne armoricaine.

Dès lors, en apparence, l’identification d’Iestyn ap Geraint à l’Iestyn de la Vie d’Efflam est séduisante.

Elle n’est cependant pas sans difficultés. Geraint naquit vers 510. Iestyn, par conséquent, serait vraisemblablement né vers 530 ou plus tard. Il n’aurait donc probablement été en mesure de construire une maison qu’autour de 550 ou plus tard.

Compte tenu de la parenté d’Efflam avec Arthur, ainsi que d’autres considérations chronologiques que nous examinerons plus en détail ultérieurement, il est fort peu probable qu’Efflam soit né après l’an 500. Dans ces conditions, la maison abandonnée qu’il trouva aurait dû exister dès environ 525 au plus tard, puisque le récit présente Efflam comme un jeune homme au moment de son mariage avec Enora et de sa fuite en Bretagne armoricaine.

Par conséquent, nous ne pouvons identifier Iestyn ap Geraint à l’Iestyn de ce récit en conservant tous les détails. Il serait toutefois raisonnable de suggérer que certains détails sont inexacts, le texte ayant été rédigé des siècles après les événements.

Il se peut que la maison ait appartenu à l’origine à la famille d’Iestyn et que ce ne soit pas Iestyn lui-même qui l’ait construite. Cette solution simple permettrait de maintenir l’identification des deux Iestyn.

La fin de la vie d’Efflam

Quelque temps après cet événement, Efflam ressentit la nécessité de s’installer ailleurs. Cela pourrait bien indiquer que les relations entre Efflam et Iestyn n’étaient en réalité pas aussi amicales que la Vie le suggère.

Quoi qu’il en soit et quelle que soit la raison de son départ, Efflam quitta son monastère et se rendit en Cornouaille, un autre royaume de Bretagne armoricaine. Là, il fonda de nouveaux établissements et acquit une grande renommée. Le récit ne précise pas ce qu’il fit, mais il « laissa un tel souvenir de sa sainteté qu’il y fut dès lors honoré ».

En dépit de son déménagement, son tombeau — ou du moins un tombeau réputé contenir ses reliques — se trouve dans l’église Saint-Efflam à Plestin.

Quel était le lien entre Efflam et le roi Arthur ?

Comme nous l’avons vu, Efflam était réputé être le cousin du roi Arthur. Cependant, l’arbre généalogique exact n’est pas explicité. Néanmoins, les informations relatives au père anonyme d’Efflam se révèlent très utiles. Le premier fait intéressant est qu’il était dit avoir été un roi irlandais.

Un roi du Dal Riata ?

Certains chercheurs ont tenté de relier ce fait à la théorie selon laquelle le roi Arthur historique serait en réalité Artuir mac Aedan, un prince du Dal Riata. Il s’agissait d’un royaume irlandais situé dans les Highlands d’Écosse.

Bien qu’il s’agisse d’un rapprochement séduisant, il convient de rappeler que la ballade bretonne évoquée précédemment fait du père d’Efflam un roi de Demetia, c’est-à-dire du sud du pays de Galles. Cela indique qu’il appartenait à l’un des royaumes irlandais de cette région, Dyfed ou Brycheiniog, ce qui exclut le Dal Riata.

En outre, le fait qu’il se soit rendu apparemment directement de son royaume natal vers la Bretagne armoricaine suggère qu’il provenait d’un royaume méridional. Le Dal Riata ne correspond absolument pas.

Un roi de Dyfed ?

L’hypothèse selon laquelle il aurait été un roi de Dyfed est beaucoup plus raisonnable. D’une part, cela concorde avec le détail mentionné plus haut concernant le voyage direct d’Efflam vers la Bretagne armoricaine. D’autre part, c’est la conclusion la plus naturelle au vu du terme « Demetia ».

Cela pourrait éventuellement s’inscrire dans l’argumentation selon laquelle le roi Arthur historique serait Arthur ap Pedr, un prince de Dyfed.

Néanmoins, le terme « Demetia » peut tout aussi bien désigner le sud du pays de Galles en général, si bien qu’il ne faut pas surinterpréter son emploi.

De plus, il existe des preuves manifestes que la dynastie irlandaise qui régnait sur Dyfed fut chassée vers 500. Cela ressort clairement du passage soudain de noms irlandais à des noms romains et brittoniques, ainsi que de traditions postérieures relatant cette expulsion.

Arthur ap Pedr apparaît dans les listes généalogiques de nombreuses générations après le dernier nom irlandais. Dès lors, l’idée d’identifier le père anonyme d’Efflam à un roi de Dyfed et de s’en servir pour étayer la théorie d’Arthur ap Pedr n’est pas recevable.

Un autre problème est qu’il n’existe aucune trace d’un quelconque conflit entre les derniers rois de la dynastie irlandaise de Dyfed et un autre roi irlandais. Nous ne savons tout simplement pas grand-chose des rois irlandais de Dyfed.

Cela ne signifie pas que le père d’Efflam ne pouvait pas être un roi de Dyfed, mais cela implique qu’aucun élément ne vient étayer cette conclusion.

Un roi de Brycheiniog ?

La seule autre possibilité satisfaisant au critère du père d’Efflam comme roi irlandais du sud du pays de Galles est qu’il ait été un roi de Brycheiniog. En matière de véritable roi irlandais, il n’existe qu’un seul candidat au sein de cette dynastie.

Le premier roi, Anlach, était un roi ou prince irlandais qui épousa Marchell, une princesse brittonique. Ils se marièrent en Irlande après que Marchell y eut été envoyée par son père, le roi Tewdrig. Peu après, ils s’installèrent dans le sud du pays de Galles et prirent possession de l’héritage de Marchell.

Cette région du royaume de Tewdrig portait à l’origine le nom de Garth Madrun. Fait intéressant, dans le récit médiéval de ce mariage et de la fondation de ce sous-royaume hiberno-brittonique, il est expressément indiqué que ce territoire faisait partie de la « Demetia ».

Puisque tous les rois ultérieurs de cette dynastie n’étaient que partiellement irlandais — à commencer par Brychan, fils d’Anlach et de Marchell —, Anlach lui-même est sans doute le seul à pouvoir être simplement qualifié de « roi irlandais ».

La guerre entre Anlach et l’autre roi irlandais

Existe-t-il un quelconque récit d’une guerre entre Anlach et un autre roi irlandais ? Contrairement au cas des rois irlandais de Dyfed, certains documents décrivent directement les activités d’Anlach. Ces sources se révèlent très utiles.

L’un d’eux est connu sous le nom de Cognatio Brychan. Il relate l’histoire de la vie de Brychan, fils d’Anlach et de Marchell. Ce texte mentionne explicitement l’existence d’une guerre entre Anlach et un autre roi nommé Banadl.

Un document légèrement antérieur, le De Situ Brecheniauc, ne décrit pas directement une guerre entre Anlach et Banadl, mais il fait allusion au fait qu’Anlach fut contraint de livrer son fils Brychan comme otage à ce roi. Cela corrobore donc l’hypothèse d’un conflit entre ces deux souverains.

Banadl l’usurpateur irlandais

Anlach correspond donc au père anonyme d’Efflam en ce qu’il est décrit comme menant une guerre contre un autre roi. Cependant, le père d’Efflam était réputé avoir combattu un roi irlandais, alors que Banadl était un roi de Powys.

D’un autre côté, nous avons vu qu’une source faisait de l’ennemi du père d’Efflam un petit roi de Bretagne. Cette dernière description correspondrait à Banadl, d’autant plus qu’il n’apparaît jamais dans les listes royales de Powys.

Mais existe-t-il des preuves que Banadl était un roi irlandais ? De nombreuses sources en ligne le qualifient d’usurpateur irlandais. Si cela est exact, il constituerait une identification parfaite pour l’ennemi du père d’Efflam.

La source de cette qualification est toutefois difficile à retracer. On ne sait pratiquement rien de Banadl en dehors de son apparition dans le récit de la guerre qui l’opposa à Anlach. Il semble que son identification comme roi irlandais repose sur une théorie selon laquelle il pourrait être confondu avec Benlli, un roi de Powys mentionné dans l’Historia Brittonum.

Comme pour Banadl, de nombreuses sources en ligne qualifient Benlli de roi irlandais ou d’usurpateur irlandais de Powys, bien que sans fondement évident. Néanmoins, nous en savons davantage sur Benlli que sur Banadl.

Son apparition dans l’Historia Brittonum indique clairement qu’il s’agissait d’un roi païen. Elle situe également son règne vers la fin du Ve siècle, voire au début du VIe (il est l’adversaire de Garmon, évêque de l’île de Man envoyé en Bretagne insulaire par Patrice ; il n’existe aucun lien authentique entre Benlli et le Garmon d’Auxerre antérieur).

Le christianisme s’étant déjà largement répandu dans une grande partie de la Bretagne insulaire vers l’an 500, il est très probable que le paganisme de Benlli soit révélateur de son origine irlandaise. En outre, la présence de personnages irlandais de haut rang dans le Powys vers 500 est confirmée par des pierres inscrites contemporaines, telles que la pierre de Wroxeter.

Lorsqu’on examine le nom de l’ennemi d’Anlach, « Banadl » (orthographié « Benadel » dans sa forme la plus ancienne), il est manifeste qu’il pourrait s’agir d’une forme développée du nom « Benlli ». Compte tenu de la correspondance entre le royaume qu’ils régissaient et la période de leur règne, il existe de solides arguments en faveur de l’identification de Banadl à Benlli, le probable roi irlandais de Powys.

La remise de ses fils à son ancien ennemi

Rappelons que le père d’Efflam est réputé avoir conclu un mariage entre sa dynastie et celle de son ancien ennemi après la fin de leur guerre. C’est cette alliance qui mena au mariage entre Efflam et Enora, cette dernière étant la fille du roi irlandé anonyme qui avait combattu le père d’Efflam.

Ce concept trouve-t-il un appui dans les sources relatives à Anlach et Banadl ? Assurément. Comme mentionné précédemment, Anlach est décrit comme ayant livré son fils Brychan en otage à Banadl. À un moment donné, la paix fut rétablie entre les deux rois.

Pendant le séjour de Brychan à la cour de Banadl, il est relaté que Brychan viola la fille de Banadl, qui mit ensuite au monde un fils.

Bien que les détails diffèrent, le récit concernant Anlach et celui concernant le père d’Efflam présentent des similitudes évidentes. Dans les deux cas, le roi fait la paix avec le roi contre lequel il menait la guerre. En outre, le fils du roi, dans les deux récits, est lié à la fille du roi ennemi (bien qu’Efflam n’aurait prétendument jamais consommé son mariage).

Ce que cela implique pour Anlach et le père d’Efflam

Il ressort de l’ensemble de ces éléments qu’il existe un argument très solide en faveur de l’identification du père d’Efflam à Anlach. C’était un roi irlandais installé dans le sud du pays de Galles, tout comme le père d’Efflam était censé l’être.

Anlach mena une guerre contre un roi qui peut être plausiblement interprété comme un roi irlandais, tout en étant également un roi de Bretagne insulaire, ce qui correspond exactement à la description de l’ennemi du père d’Efflam.

Anlach envoya son fils chez ce roi ennemi, et la paix fut établie entre les deux dynasties à un moment donné, ce qui rappelle fort ce qui est décrit dans le récit du père d’Efflam.

Enfin, le fils d’Anlach, Brychan, eut des relations avec la fille de son ancien ennemi, de même qu’Efflam fut contraint d’épouser la fille de l’ancien ennemi de son père. En outre, le fait que Brychan et Efflam aient tous deux déshonoré leurs femmes respectives — bien que de manières opposées — pourrait fort bien être lié.

Au vu de toutes ces preuves, il est très probable qu’Efflam puisse être considéré comme le fils d’Anlach et donc le frère de Brychan. Son mariage avec Enora et les relations de Brychan avec la fille de Banadl pourraient bien avoir été des événements connexes. Il se peut que ce qui se passa réellement, dans le cadre de l’alliance matrimoniale évoquée dans la Vie d’Efflam, fut que les deux fils épousèrent deux filles.

En tout état de cause, on constate qu’Anlach est quasi certainement le roi irlandé anonyme, père d’Efflam, mentionné dans la Vie de saint Efflam. Il est indéniable qu’aucun autre candidat issu des sources historiques n’offre une probabilité comparable.

Comment Efflam était-il le cousin du roi Arthur ?

En identifiant le père d’Efflam à Anlach, nous pouvons enfin comprendre comment il était le cousin du roi Arthur, comme l’affirme sa Vie. Anlach, nous l’avons vu, était marié à Marchell. Celle-ci était la fille de Tewdrig, un roi du sud du pays de Galles.

L’héritier de Tewdrig était un fils nommé Meurig. Il aurait donc été l’oncle de tout fils d’Anlach, tels que Brychan et, de toute évidence, Efflam. Les fils de Meurig auraient par conséquent été les cousins germains de Brychan et d’Efflam.

Or, l’un des fils de Meurig est l’un des candidats les plus populaires et les plus probables au titre de roi Arthur historique. Son nom est consigné dans des sources postérieures de plusieurs siècles sous la forme « Athrwys » (et orthographes similaires). Certains chercheurs estiment qu’il s’agit d’une corruption d’« Arthurus » ou d’une autre forme attestée du nom « Arthur ».

Selon l’ensemble des preuves chronologiques, Athrwys était un contemporain exact du roi Arthur, leurs carrières respectives couvrant toutes deux une grande partie du VIe siècle. En outre, le théâtre d’opérations d’Arthur est le plus solidement localisé dans le sud-est du pays de Galles, précisément là où régnait la dynastie d’Athrwys.

Outre cette correspondance générale manifeste entre les deux personnages, il existe également des preuves beaucoup plus spécifiques. Par exemple, il existe des indices selon lesquels Athrwys avait des frères et sœurs prénommés « Anna » et « Madoc », tout comme Arthur. Tous deux semblent avoir eu un oncle maternel nommé Gwrfoddw. Et tous deux sont enregistrés comme ayant eu un fils et successeur nommé Morgan, qui régna sur le sud du pays de Galles.

Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux éléments probants en faveur de l’identification d’Athrwys au roi Arthur. Dès lors, on comprend aisément pourquoi Efflam est appelé le cousin du roi Arthur dans sa Vie. Cela tient au fait qu’Efflam, en tant que fils d’Anlach, était bel et bien le cousin d’Athrwys ap Meurig.

Quand Efflam a-t-il vécu ?

Pour conclure, examinons la question de l’époque à laquelle vivait Efflam. Comme nous l’avons établi, il était presque certainement le fils d’Anlach et de Marchell. D’après les données chronologiques relatives à la dynastie de Marchell, nous pouvons situer la naissance de Brychan (évidemment peu après le mariage d’Anlach et de Marchell) aux alentours de 480 (à comparer avec l’estimation de Bartrum en 1993 d’environ 470 pour « Brychan II »).

Efflam serait vraisemblablement né dans les vingt années qui suivirent. Il est donc presque certain qu’il naquit entre 482 et 500 environ.

L’épisode du dragon peut très probablement être mis en rapport avec la peste jaune qui sévit vers le milieu du VIe siècle. Dans la Vie de saint Teilo, on trouve le récit d’un événement fort similaire à celui impliquant Efflam.

Selon ce récit, alors que Teilo se trouvait en Bretagne armoricaine après avoir fui la peste jaune, le roi Budic de Bretagne supplia Teilo de bannir de son royaume un dragon qui le terrorisait.

Fait intéressant, Geoffroy de Monmouth associe l’un des voyages d’Arthur en Gaule à l’apparition d’un dragon dans le ciel qui « illumina le pays de l’éclat de ses yeux ».

Tout cela indique fortement que tous ces récits dérivent d’un même événement fondamental — vraisemblablement une comète et une peste — et qu’ils se situent donc à peu près à la même époque, vers le milieu du VIe siècle.

Une comète particulièrement notable signalée par Grégoire de Tours apparut en l’an 563 et fut associée par ce dernier à une peste dévastatrice. C’est peut-être cette comète précise qui fut le « dragon » de ces légendes médiévales.

Conclusion

En conclusion, Efflam était le fils d’un roi irlandais, presque certainement identifiable à Anlach. Il épousa Enora, ou Honoria, la fille d’un roi qui peut manifestement être identifié à Banadl, ou Benlli, roi de Powys. Cependant, Efflam choisit de s’enfuir pour mener une vie monacale. Il se rendit en Bretagne armoricaine, où il fonda un monastère et vécut avec plusieurs compagnons.

L’événement le plus célèbre de sa vie fut son aide au roi Arthur pour vaincre un dragon qui terrorisait la Bretagne armoricaine. Cela peut vraisemblablement être mis en rapport avec les témoignages historiques sur les comètes et les pestes de cette époque. Efflam était réputé être le cousin du roi Arthur, ce qui repose de toute évidence sur le fait que le cousin d’Efflam n’était autre qu’Athrwys, le probable roi Arthur.

Sources

Charles-Edwards, T M, Wales and the Britons, 350-1064, 2013

Baring-Gould, Sabine, The Lives of the Saints, 1898

Lacey, Norris J & Grimbert, Joan Tasker, A Companion to Chretien de Troyes, 2005

Arthur et Efflam combattant un dragon

Vie de saint Efflam

Saint Efflam

Saint Efflam de Bretagne

Créé : 26 septembre 2024

Modifié : 30 décembre 2024