Comment Œdipe se perçoit-il ?
Œdipe est un personnage éminent dans deux destrois pièces de Sophocle** le concernant et sa famille.**
Les pièces furent écrites sur une période de trente-six ans de la carrière du dramaturge, et bien qu’elles traitent des événements entourant Œdipe et sa famille, elles ne sont pas véritablement chronologiques. Sophocle n’a jamais conçu les pièces, connues sous le nom de Pièces Thébaines, pour être prises comme un ensemble.
Elles furent rédigées à diverses époques de sa carrière et furent, en fait, écrites dans le désordre chronologique. Les pièces furent composées dans l’ordre suivant : Antigone, Œdipe à Colone et Œdipe Roi. L’ordre chronologique des pièces est inversé, et on les lit le plus souvent dans l’ordre Œdipe Roi, Œdipe à Colone et Antigone.
Œdipe Roi — un commencement héroïque
Œdipe Roi s’ouvre sur Thèbes** souffrant terriblement d’une peste.** Les victimes meurent. Les récoltes pourrissent dans les champs. Même le bétail succombe à cette maladie terrible. C’est comme si les dieux avaient maudit la terre, et rien ne peut sauver Thèbes. Le peuple se tourne vers Œdipe, son roi héroïque, et le supplie de l’aider. Ils le prient d’intercéder auprès des dieux pour arrêter la peste qui détruit leur terre.
Œdipe est compatissant et assure son peuple qu’il fera tout en son pouvoir pour les débarrasser de cette peste. Désespéré, il envoie son beau-frère, Créon, à Delphes, auprès de l’oracle, pour chercher les causes de la peste qui décime la terre.
Créon revient avec la nouvelle qu’un meurtrier est hébergé à Thèbes, que le meurtrier de Laïos n’a pas été traduit en justice, et qu’ainsi la terre est sous la malédiction des dieux. Sans connaître les détails de la mort de Laïos, Œdipe déclare que le meurtrier sera trouvé et puni. Il est prêt à poursuivre la vérité jusqu’au bout pour sauver son peuple de son destin. Un mystère entoure la mort de l’ancien roi, et Œdipe jure de le percer.
« Connais-toi toi-même » — conseil et avertissement
Inscrite dans le pronaos du temple d’Apollon** à Delphes, une admonition : « Connais-toi toi-même.** » Cet avertissement en apparence anodin paraît bien inoffensif jusqu’à ce qu’Œdipe commence à chercher la vérité entourant la mort de Laïos. Au début de la pièce, alors qu’il cherche une solution pour son peuple accablé, Œdipe se considère, comme la plupart des gens, comme un grand Héros.
Il vint à Thèbes pour échapper à une prophétie qui prédisait qu’il assassinerait son propre père et prendrait sa propre mère pour épouse. Ayant entendu la prophétie, il fuit Corinthe pour Thèbes, estimant que s’il ne vivait pas près de ses parents, il ne pourrait jamais accomplir la terrible prédiction.
Lorsqu’Œdipe commence à chercher des réponses, il découvre des éléments qui commencent à révéler une vérité effrayante. Le premier défi se présente sous la forme du prophète aveugle, Tirésias. Dans un premier temps, le prêtre refuse de parler. Menacé et insulté, il révèle à Œdipe qu’il se cherche lui-même, un avertissement cryptique qu’Œdipe rejette. Le roi commence à croire que Tirésias est soit égaré par l’âge, un imbécile, soit de mèche avec son beau-frère Créon pour s’emparer du trône. Il confronte Créon à son retour à Thèbes, et les hommes en viennent à une dispute suffisamment bruyante pour amener l’épouse d’Œdipe, Jocaste, à les séparer.
Qui craint la fameuse prophétie ?
En entendant les paroles du prophète et les nouvelles de Créon, Jocaste se moque, affirmant qu’Œdipe ne devrait y prêter aucune attention. Elle utilise la mort même de Laïos comme exemple, soulignant qu’il devait mourir de la main de son propre fils. Puisque Laïos mourut lors d’une attaque de bandits sur la route du temple, elle ne croit pas possible que sa propre progéniture l’ait tué. Elle mentionne que les bandits « n’étaient même pas du pays » mais des étrangers. La prophétie ne s’est pas réalisée car Laïos, selon elle, fut assassiné par des inconnus.
Alors qu’elle relate certains détails de la tragédie, Œdipe se fait silencieux et sombre, puis commence à paniquer. Il exige d’en savoir plus sur les circonstances de la mort de Laïos et du fils nouveau-né que Jocaste et Laïos avaient abandonné pour mourir.
Il avait fait venir le serviteur au château lors de la mort de Laïos, mais l’homme ne peut guère lui en dire davantage. Il fait alors appeler le berger à qui Jocaste avait confié le nouveau-né. L’homme est réticent à révéler ce qu’il sait, mais sous la menace de la torture et de la mort, il révèle qu’il eut pitié de l’enfant et le confia à Corinthe, pour y être élevé par le roi et la reine.
L’effondrement d’Œdipe
Œdipe, réalisant la portée des paroles du berger, reconnaît la terrible vérité. Il était le nouveau-né qui avait été confié au roi. Dans un premier temps, il cherche la vérité, croyant qu’il devait être l’enfant d’un esclave, abandonné comme foundling, mais le berger confirme ses pires craintes : l’enfant confié au roi et à la reine de Corinthe était en réalité l’enfant du palais, de Laïos et Jocaste. C’est lui-même qui assassina Laïos sur la route et poursuivit jusqu’à Thèbes pour vaincre leSphinx** et épouser Jocaste**, prenant la place de son père comme roi. La perception qu’Œdipe a de lui-même change si radicalement à cet instant qu’il fuit la salle du trône, envisageant peut-être de mettre fin à ses jours.
La honte de Jocaste
Jocaste avait reconstitué le puzzle avant Œdipe, et tandis qu’il cherchait la dernière pièce, elle s’était réfugiée dans leur chambre et s’était pendue. En découvrant son épouse et mère sans vie, Œdipe arrache les broches de sa robe et se crève les yeux. Il supplie Créon de le bannir, d’épargner à ses enfants la honte de l’horreur de leur père, mais Créon refuse et fait consulter l’oracle pour connaître son destin. La pièce s’achève sur Œdipe, homme brisé, remettant son royaume à Créon.
La rédemption tragique d’Œdipe
Dans Œdipe à Colone, Thèbes est une fois de plus plongée dans le chaos. Les deux fils d’Œdipe, Polynice et Étéocle, se disputent le trône. Œdipe espère restaurer la paix en accomplissant une dernière prophétie. Apollon lui a révélé qu’il mourra en un lieu sacré desÉrinyes** et sera une bénédiction pour l’endroit où il sera enseveli.** Œdipe s’est rendu à Athènes pour prier le roi Thésée de protéger ses filles de la folie guerrière de leurs frères et de l’autoriser à y être enterré. Il informe Thésée que son lieu de sépulture protégera Athènes dans une guerre prochaine contre Thèbes.
À la fin de sa vie, Œdipe reconnaît enfin qu’un sacrifice désintéressé peut seul racheter ses tragédies. Tout ce qu’il a entrepris a mal tourné parce qu’il s’est dressé contre les dieux et a tenté de détourner les prophéties. Dans la dernière pièce, tout en niant toute responsabilité morale pour ses crimes, il embrasse la prophétie finale et cherche à l’accomplir de manière à apporter la paix et la justice à son peuple.
Bien que Colone contienne moins d’action et de drame qu’Œdipe Roi, la philosophie et la discussion sur l’origine des événements de la vie d’Œdipe y sont plus fortes et plus détaillées. Œdipe convainc Thésée de défendre ses fidèles filles contre Créon, qui tente de les utiliser, ainsi que lui-même, pour mettre un terme au combat entre les frères. À la fin, la mort d’Œdipe est un événement quasi surnaturel, disparaissant sous les yeux du roi et de ses serviteurs. Bien que les filles souhaitent ardemment voir le lieu où leur père est enseveli, Thésée refuse, leur rappelant qu’Œdipe lui-même voulait que son lieu de sépulture restât secret afin que les dieux regardent le peuple avec bienveillance. Les sœurs rentrent chez elles pour affronter les événements d’Antigone, alors que les dernières malédictions sur la famille d’Œdipe sont enfin déposées.
Tout au long des pièces, Œdipe fait preuve d’un sens moral prononcé. Lorsqu’on lui annonce qu’il assassinera son père et souillera sa mère, il fait tout son possible pour échapper au destin tracé devant lui. Son fier orgueil et son sens du bien et du mal le poussent à tenter de défier les dieux, qui l’ont désigné comme instrument de châtiment pour son père, Laïos. Ce n’est qu’après avoir accompli la prophétie qui le concerne qu’Œdipe réalise qu’il ne peut contourner la volonté des dieux, et à la fin, il cherche une fin significative à sa vie.
Jusqu’aux tout derniers instants de son existence, on peut dire qu’Œdipe souffre d’hubris, bien qu’il soit un homme bien plus humble aux dernières heures de sa vie qu’il ne l’était en tant que jeune héros effronté. Il croyait pouvoir sauver son peuple de la peste, lui qui avait vaincu le Sphinx et son énigme. La victoire même qui le porta à la gloire et lui valut le titre de roi fut sa perte. Devenu roi et prenant la reine pour épouse, il accomplit la prophétie. Même en tant que héros, il ne put échapper à la volonté des dieux, et Œdipe mourut plus triste et plus humble.


