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Quel Est Le Défaut Tragique D'Œdipe

Un oracle informe Laïos à Delphes qu’il ne peut sauver la ville de Thèbes d’une destruction certaine que s’il ne procrée jamais. La prophétie prédit en outre que s’il engendre un fils, celui-ci le tuera et prendra son épouse pour sienne. Laïos prend la prophétie au sérieux et jure de ne jamais avoir d’enfant avec Jocaste, son épouse.

Une nuit, sa nature impulsive prend le dessus, et il s’abandonne à l’excès de vin. En état d’ivresse, il s’unit à Jocaste, qui tombe enceinte d’Œdipe. Horrifié et effrayé par la prophétie, Laïos mutile le nourrisson en lui enfonçant une broche dans les pieds. Il ordonne ensuite à Jocaste d’emmener l’enfant dans la nature sauvage et de l’y abandonner.

Jocaste, incapable de se résoudre à assassiner son propre enfant de sang-froid, confie le nourrisson à un berger errant. Le berger, refusant de répandre le sang d’un innocent, emmène le bébé dans la Corinthe voisine, où Polybe et Mérope, souverains sans descendance de la région, l’accueillent avec joie pour l’élever comme le leur.

Quel est le défaut tragique d’Œdipe, ou hamartia ?

Il s’agit de l’hubris, ou l’orgueil. Parvenu à l’âge adulte et ayant entendu la prophétie selon laquelle il tuera son père et prendra sa mère pour épouse, il tente de fuir le destin que les dieux ont tracé pour lui en quittant Corinthe. À son insu, il s’engage sur la voie qui mènera à l’accomplissement de la prophétie.

Le défaut tragique d'Œdipe

Le défaut tragique d'Œdipe

L’évolution d’une tragédie

En quoi Œdipe est-il un héros tragique ?

Examinons la question. Dans son œuvre, Aristote écrit qu’un héros tragique doit susciter trois réactions chez le public : la pitié, la crainte et la catharsis. Pour qu’un personnage soit un héros tragique doué d’une hamartia, ou défaut tragique, il doit remplir ces trois conditions. La première exigence est que le héros doit inspirer la pitié du public. Il est confronté à une épreuve qui le rend encore plus noble qu’il n’aurait pu paraître autrement.

Œdipe naît d’un père qui le torture et le mutile d’abord, puis tente de le faire assassiner. Ce nourrisson sans défense qui survit à un tel début de vie capte immédiatement l’attention du public. Sa fidélité envers ses parents adoptifs, Polybe et Mérope, lui attire encore davantage la sympathie. Ignorant ses origines de fils adoptif, Œdipe se lance dans un périple difficile, quittant le confort de Corinthe pour se rendre à Thèbes afin de les protéger. Par sa naissance noble et son courage, il est dépeint comme un homme qui mérite la pitié du public.

La deuxième exigence est d’inspirer un sentiment de crainte au public. Au fil de la pièce, le public prend conscience du passé tragique d’Œdipe et des interrogations qui pèsent sur son avenir. Il commence à le redouter. Sachant que les dieux et la prophétie s’acharnent contre lui, le public s’interroge sur ce qui pourrait advenir de cet homme qui a sauvé Thèbes. Alors que la ville est frappée par la peste, le défaut fatal du noble Œdipe est son refus d’accepter ce que la prophétie a décrété comme son destin.

Enfin, l’exigence de la catharsis. La catharsis est plus difficile à cerner, mais elle exprime essentiellement la satisfaction que le public éprouve face au dénouement de la pièce. Dans le cas d’Œdipe, son acte de se crever les yeux, plutôt qu’un suicide véritable, fait de lui le héros souffrant qui ne peut mourir pour échapper aux conséquences de ses actes. La souffrance devient l’état naturel d’Œdipe après l’horreur de ce qui s’est accompli. Puisque la tragédie découle de son ignorance de sa propre identité, le public est ému par la pitié pour son sort plutôt que pour un choix délibéré.

Des oracles incomplets et les choix de l’hubris

Le problème des oracles transmis tant à Laïos qu’à Œdipe résidait dans l’incomplétude des informations. Il est dit à Laïos que son fils le tuera et prendra son épouse, mais il n’est pas informé que c’est sa propre intention meurtrière qui déclenchera la série d’événements. Œdipe a reçu la même prophétie, mais sans connaître ses véritables origines, ce qui l’a conduit à retourner dans sa patrie et à accomplir la prophétie à son insu.

Quel était véritablement le défaut tragique d’Œdipe ?

Était-ce l’hubris, l’orgueil de croire qu’il pourrait surpasser les dieux en ruse ? Ou était-ce un manque de discernement ? Si Œdipe avait cédé le passage à l’homme qu’il croisa dans les bois, au lieu de se jeter sur lui et de le tuer avec ses gardes, il n’aurait pas été accusé du meurtre de son père. S’il avait fait preuve d’humilité après avoir vaincu le sphinx et libéré Thèbes, il n’aurait peut-être pas pris la main de Jocaste en mariage, se condamnant ainsi à épouser sa propre mère.

Cependant, tout cela aurait pu être évité si les prophéties avaient fourni davantage d’informations à leurs destinataires. Il y a largement matière à débat quant à savoir qui est véritablement responsable du défaut tragique d’Œdipe Roi.

Le voyage d’Œdipe

Le voyage d'Œdipe

Le voyage d'Œdipe

Bien que les événements chronologiques de la pièce se soient déroulés d’une certaine manière, les informations sont révélées à travers une série d’événements et de révélations qui conduisent Œdipe à réaliser, beaucoup trop tard, ce qu’il a accompli. Au début de la pièce, Œdipe est déjà roi et cherche à mettre fin à la peste qui s’est abattue sur Thèbes.

Il fait venir le devin aveugle, Tirésias, pour l’aider à trouver les réponses dont il a tant besoin. Le prophète l’informe que le seul moyen de mettre fin à la peste est de rechercher le meurtrier de Laïos, le roi précédent. Œdipe, souhaitant assumer ses devoirs royaux avec sérieux, entreprend de percer le mystère.

Il interroge le prophète plus avant, mais constate que Tirésias refuse de parler. Frustré par ce manque d’informations, il accuse Tirésias de conspirer avec son beau-frère Créon contre lui. Le prophète l’informe alors que le meurtrier s’avérera être à la fois le frère de ses propres enfants et le fils de son épouse.

Cette révélation suscite une vive inquiétude et engendre des querelles entre Créon et Œdipe. Jocaste, arrivant et entendant la dispute, se moque de la prophétie, affirmant à Œdipe que Laïos a été tué par des brigands dans les bois, malgré une prophétie qui prédisait que son propre fils le tuerait.

La mort d’un père

Œdipe est troublé par la description de la mort de Laïos, se rappelant sa propre rencontre qui présente des similitudes frappantes avec ce que décrit Jocaste. Il fait venir le seul survivant de l’escorte et l’interroge avec insistance. Il n’obtient guère de nouvelles informations de cet interrogatoire, mais un messager arrive pour l’informer que Polybe est mort et que Corinthe le réclame comme nouveau souverain.

Jocaste s’en réjouit. Si Polybe est mort de causes naturelles, alors Œdipe ne peut assurément pas accomplir la prophétie de tuer son propre père. Il craint néanmoins la seconde partie de la prophétie, selon laquelle il prendra sa propre mère pour épouse, et Mérope est toujours en vie. Entendant la conversation, le messager apporte une nouvelle qu’il espère réconfortante pour le roi : Mérope n’est pas sa véritable mère, non plus que Polybe n’était son véritable père.

Contre la volonté de Jocaste, Œdipe fait venir le berger mentionné par le messager et exige qu’on lui raconte l’histoire de ses origines. Jocaste, qui a commencé à soupçonner la vérité, s’enfuit au château et refuse d’en entendre davantage. Sous la menace de la torture, le berger avoue qu’il a pris le nourrisson de la maison de Laïos sur l’ordre de Jocaste. Pris de pitié et estimant que la terrible prophétie ne pourrait se réaliser si le nourrisson était élevé loin de sa patrie, il l’avait remis à Polybe et Mérope.

La tragédie d’Œdipe Roi

En entendant les paroles du berger, Œdipe se convainc de la vérité. Il a accompli la prophétie à son insu. Jocaste est sa propre mère, et Laïos, l’homme qu’il a tué en entrant à Thèbes, était son véritable père.

Submergé d’horreur, Œdipe se précipite au château, où il découvre des horreurs encore plus grandes. Jocaste, dans un accès de désespoir, s’est pendue. Accablé de chagrin et de haine de soi, Œdipe arrache les broches de sa robe et se crève les yeux.

Le règne de Créon

Œdipe supplie Créon de le tuer et de mettre fin à la peste qui frappe Thèbes, mais Créon, reconnaissant peut-être l’innocence foncière d’Œdipe en la matière, refuse. Œdipe cède le pouvoir à Créon, faisant de lui le nouveau roi de Thèbes.

Il vivra le reste de ses jours brisé et accablé de douleur. Bien qu’nés de l’inceste, ses fils et ses filles sont innocents de toute faute et continueront de vivre. Œdipe Roi s’achève comme une véritable tragédie, le héros ayant tout perdu. Œdipe n’a pu vaincre la volonté des dieux. À son insu, il a accompli la terrible prophétie avant même que la pièce ne commence.

Une tragédie parfaite

L’hamartia d’Œdipe résidait dans son ignorance de ses propres origines, conjuguée à l’hubris de croire qu’il pourrait, par sa propre volonté et ses propres actes, triompher du décret des dieux. La véritable tragédie d’Œdipe résidait dans le fait qu’il était condamné dès le commencement. Avant même sa naissance, il était voué à tuer son père et à épouser sa mère. Le châtiment que les dieux avaient prononcé contre son père était inéluctable. Même l’innocence d’Œdipe ne pouvait le soustraire à ce terrible destin.

La chute d’Œdipe était-elle véritablement la faute des dieux ? La responsabilité peut-elle être imputée à son père impulsif, imprudent et violent ? Ou bien le défaut résidait-il en Œdipe lui-même, qui tenta de fuir et d’empêcher ce qui avait été prophétisé ? Jocaste elle-même partage la responsabilité, ignorant les volontés de son époux et permettant à son fils nourrisson de survivre. Son refus de tuer le nourrisson était noble, mais elle l’avait confié à des inconnus, abandonnant son sort à la cruauté des dieux.

La pièce de Sophocle renfermait trois enseignements. Le premier est que la volonté des dieux est absolue. L’humanité ne peut vaincre ce qui a été décrété pour sa vie. Le second est qu’il est d’une pure folie de croire pouvoir contourner le destin. L’hubris n’engendrera que davantage de souffrance. Enfin, les péchés du père peuvent, et souvent le font, se transmettre aux enfants. Laïos était un homme violent, impulsif et imprudent, et son comportement a non seulement condamné sa propre mort, mais a également condamné son fils à un sort tragique.

Depuis le moment où il a abusé de Chrysippe jusqu’à la tentative de meurtre de son propre fils, il a fait preuve d’un jugement défaillant. Sa volonté de sacrifier une vie innocente pour prévenir la prophétie a scellé le destin de Laïos et d’Œdipe.

Créé : 16 février 2024

Modifié : 17 février 2024