Creation
La Création telle que la conçoit la mythologie nordique fut singulière et diffère de celle de la mythologie grecque classique. Elle n’en est pas moins fascinante, en raison des rôles qu’y jouent les géants et les dieux.
Ymir
Au commencement, il n’y avait rien d’autre qu’un gouffre apparemment sans fin appelé le Ginnungagap. Le Ginnungagap était un vide comparable au Chaos grec. Il était bordé par le Niflheim, royaume de ténèbres et de glaces, au lointain nord ; et par le Muspelheim, royaume de feu, au lointain sud. De ce chaos surgit le premier être, formé d’une goutte d’eau lorsque la glace du Niflheim et le feu du Muspelheim se rencontrèrent.
Ce premier être était Ymir, un géant primordial. Les géants de givre le nommaient Aurgelmir, mais tous les autres l’appelaient Ymir. Ymir devint le père d’une race de géants de givre.
Ymir fut le père d’un fils à six têtes, nourri par une vache cosmique nommée Audumla. Audumla se nourrissait en léchant une pierre de givre salée, jusqu’à ce que cette pierre fût léchée en une forme humaine. Cet homme de pierre fut nommé Buri et il fut le premier dieu primordial. Buri fut le père de Bor.
Bor épousa la géante Bestla, fille du géant de givre Boltha. Ils devinrent les parents des premiers dieux Ases : Odin, Vili (Hoenir) et Vé.
Ymir grandit tellement et devint si malfaisant que les trois dieux le mirent à mort. Le sang qui s’écoula de la blessure d’Ymir fut si abondant que presque tous les géants de givre se noyèrent dans le torrent. Seuls les géants de givre Bergelmer et son épouse échappèrent au déluge dans un coffre, parvenant à la montagne de Jötunheim (Jotunheim), qui devint le séjour des géants.
Yggdrasill et les Neuf Mondes
Odin et ses frères utilisèrent alors le corps d’Ymir pour créer l’univers. Cet univers se composait de neuf mondes. Ils déposèrent le corps au-dessus du vide appelé Ginnungagap.
Ils employèrent sa chair pour façonner la terre et son sang pour former la mer. Son crâne, soutenu par quatre nains (Nordri, Sudri, Austri et Vestri), servit à créer les cieux. Puis, au moyen d’étincelles issues du Muspelheim, les dieux créèrent le soleil, la lune et les étoiles. Les sourcils d’Ymir furent utilisés pour former un lieu où la race humaine pourrait demeurer ; un lieu appelé Midgard (Terre du Milieu).
Un grand frêne nommé Yggdrasill (« Arbre-Monde ») soutenait l’univers, dont les racines reliaient entre eux les neuf mondes. L’une des racines d’Yggdrasill s’étendait vers le Muspelheim (« monde de feu »), tandis qu’une autre plongeait vers le Niflheim (« monde du froid » ou « de la glace »). Le Niflheim était parfois confondu avec Niflhel ; Niflhel étant connu sous un autre nom — Hel, le monde des morts. Hel était parfois employé de manière interchangeable avec Niflhel par de nombreux auteurs pour désigner le monde des défunts.
Le nom Yggdrasill signifie « Monture d’Ygg ». Ygg est un autre nom d’Odin, qui signifie « le Redoutable ». Par conséquent, le grand arbre se traduit en français par « la Monture du Redoutable ». Le cheval d’Odin se nomme Sleipnir, mais nous n’avons trouvé aucun lien entre l’arbre et Sleipnir.
L’une des racines d’Yggdrasil reliait Asgard (séjour des Ases), une autre le Vanaheim (séjour des Vanir). Les géants de givre habitaient le Jötunheim (Jotunheim). Midgard était le monde des humains. Alfheim était la demeure des elfes de lumière (ljósálfar). Il existait également un monde souterrain pour les elfes noirs (svartálfar), appelé Svartalfheim. Les nains peuplaient le monde de Nidavellir.
Outre les trois racines d’Yggdrasill, il y avait trois puits.
Les Nornes gardaient le Urdarbrunnr, souvent désigné sous le nom de « Puits de Weird », « Puits de Wyrd » ou « Puits d’Urda ». Le Puits de Weird était considéré comme très sacré. Les Nornes étaient Urda ou Weird ou Wyrd (« Passé »), Verdandi (« Présent ») et Skuld (« Futur »). Deux cygpes buvaient à ce puits.
Les Nornes prenaient soin de la racine voisine du Puits de Weird. Chaque jour, elles puisaient l’eau du puits sacré et la versaient sur la racine et la terre, afin que du moins cette racine ne pourrît ni ne se décomposât comme les autres. La vase était de couleur blanche. Cette vase blanche provoquait la chute d’une rosée miellée sur la terre, maintenant la vallée autour du puits éternellement verdoyante.
Chaque jour, les Ases siégeaient à la cour du Puits de Weird. Des chevaux transportaient les Ases jusqu’à cette cour. Odin montait Sleipnir. Dix autres chevaux portaient un nom : Glad, Gyllir, Glær, Skeidbrimir, Silfrtopp, Sinir, Gils, Falhofnir, Gulltopp (appartenant à Heimdall) et Lettfet. Le cheval de Balder fut brûlé avec lui. À l’exception de Sleipnir et Gulltopp, aucun cheval spécifique n’était assigné à un dieu en particulier. Les Ases devaient traverser Bifrost (le Pont de l’Arc-en-ciel) pour atteindre le Puits de Weird.
Thor ne se donnait pas la peine de se rendre à la cour à cheval. Thor marchait et guéait les rivières Kormat et Ormt ainsi que les deux Kerlaug.
Le second puits était Mímisbrunnr (Mimisbrunnr) ou le « Puits de Mimir », également connu sous le nom de « Puits de la Connaissance ». On disait que ce puits était gardé par le dieu Ase nommé Mimir, un dieu nordique de la sagesse. Voir le Puits de la Connaissance dans la Quête de la Sagesse pour découvrir comment Odin paya Mimir pour boire à ce puits.
Le troisième puits s’appelait Hvergelmir ou la « Chaudière Mugissante », où un gigantesque serpent nommé Nidhogg rongeait sans relâche la racine du Niflheim. À terme, Nidhogg parviendrait à traverser la racine, provoquant l’effondrement d’Yggdrasill. Mais cela ne se produirait qu’à l’avènement du Ragnarok. Nidhogg aimait également sucer les corps des défunts.
Bien d’autres créatures peuplaient les abords d’Yggdrasill. Outre Nidhogg, d’innombrables serpents vivaient aux côtés du grand serpent. D’en haut, quatre cerfs ou daims se nourrissaient du feuillage. Les cerfs portaient les noms de Dain, Duneyr, Durathror et Dvalin. Ainsi, tandis que Nidhogg rongeait une racine par le bas et que les cerfs broutaient par le haut, le flanc de l’arbre se décomposait et Yggdrasill souffrait grandement.
Juché sur l’une des branches se trouvait un grand aigle, d’une sagesse qui dépassait ses années. Un épervier nommé Vedrfolnir était perché entre les yeux de l’aigle. De surcroît, un écureuil appelé Ratatosk semblait prendre plaisir à grimper et descendre le long du grand frêne, livrant des messages malveillants entre l’aigle, dans les hauteurs, et Nidhogg, dans les profondeurs.
Voir l’article sur Asgard pour une description plus approfondie d’Asgard, le séjour des Ases.
Informations complémentaires
Nom
Yggdrasill – « la Monture du Redoutable ».
Sources
Voluspa (« Prophétie de la Sibylle ») de l'Edda poétique.
Vafthrudnismal (« Dits de Vafthrudnir ») de l'Edda poétique.
Grimismal (« Dits de Grimnir ») de l'Edda poétique.
Gylfaginning, tiré de l'Edda en prose, rédigé par Snorri Sturluson.
Les Neuf Mondes
Niflheim - glace
Muspelheim - feu
Asgard - Ases
Vanaheim - Vanir
Jötunheim - géants
Midgard - humanité
Alfheim - elfes
Svartalfheim - elfes noirs
Nidavellir - nains
Puits d'Yggdrasil
Urdarbrunnr – « Puits d'Urda »
« Puits du Destin ».
Mímisbrunnr – « Puits de Mimir »
« Puits de la Connaissance ».
Hvergelmir – « Chaudière Mugissante »

