Le Cadre de l'Odyssée — Comment le décor a façonné l'épopée
Dans l’Odyssée d’Homère, le cadre détermine bon nombre des épreuves d’Ulysse et constitue un élément aussi essentiel du récit que les personnages et les événements eux-mêmes.
Bien que l’histoire relate un voyage qui dura plus de dix ans, le récit se déroule au cours des six dernières semaines du périple d’Ulysse.
Après la chute de Troie, l’action commence lorsqu’Ulysse se met en route pour regagner son foyer, Ithaque. Lassé par la guerre et pressé de retrouver sa femme et son enfant, Ulysse prit la mer vers sa famille, un voyage qui n’aurait dû durer que quelques mois tout au plus.
Malheureusement pour Ulysse, de nombreuses forces, tant naturelles qu’immortelles, entravèrent sa route. Tout au long de son périple, il se heurta à des êtres divins et à la fureur des éléments de la terre et de la mer.
Quel est le cadre de l’Odyssée ?
On peut diviser le cadre de l’Odyssée en trois parties :
- Le lieu et l’environnement dans lesquels s’inscrit le rôle de Télémaque dans le récit, tandis qu’il parcourt son propre chemin d’initiation et part à la recherche de son père
- Le lieu où se trouve Ulysse lorsqu’il raconte son histoire — durant son séjour à la cour d’Alcinoos et des Phéaciens
- Les lieux où se déroulent les récits qu’Ulysse relate
L’épopée se structure selon le temps, le lieu et même le point de vue. Bien qu’Ulysse soit le protagoniste principal de l’épopée, il n’entre en scène qu’au Chant V.
Quel est le cadre de l’Odyssée dans les quatre premiers chants ? L’épopée s’ouvre sur Télémaque. Le récit se concentre sur sa difficulté à surmonter le mépris de la familiarité dans sa propre patrie. Jeune homme connu des notables de l’île comme un enfant en bas âge, il peine à s’imposer. Athéna vint à son secours et rassembla les chefs de l’île pour protester contre les prétendants qui convoitaient la main de sa mère.
La jeunesse de Télémaque et son absence de stature dans l’île jouent contre lui. Finalement, reconnaissant la nécessité du retour de son père et souhaitant protéger Pénélope d’un mariage non désiré, il partit demander de l’aide à Pylos et Sparte.
Là, il sollicita des nouvelles des alliés de son père. Dans ce nouveau cadre, où il se présenta en jeune homme devant ceux qui connaissaient son père mieux que quiconque, sa jeunesse fut moins désavantage.
Il s’arrêta d’abord à Pylos, où il reçut de la sympathie, mais guère plus. De là, il se rendit à Sparte pour rencontrer le roi Ménélas et la reine Hélène. À Sparte, il obtint enfin des résultats : le roi Ménélas lui apprit qu’Ulysse est retenu par la nymphe Calypso.
Il reprit alors la route d’Ithaque afin de rassembler des soutiens pour aller délivrer son père. Le lecteur est laissé en suspense : les prétendants complotent déjà pour assassiner le jeune héritier du trône.
Les errances d’Ulysse
Le Chant V opère un changement de cadre et de point de vue pour se tourner vers Ulysse. L’île de la nymphe marine était luxuriante, un environnement qui formait un contraste saisissant avec le désir d’Ulysse de rentrer à Ithaque, l’île rocailleuse où l’attendaient sa femme et son fils.
Se réjouissant de son évasion, il quitta l’île de Calypso, seulement pour être de nouveau accablé par le dieu de la mer vengeur, Poséidon. Repoussé hors de sa route, il échoua sur l’île de Phéacie, où il raconta au roi et à la reine les récits de ses voyages, aux Chants IX à XII.
Au cours de son entretien avec le roi Alcinoos, Ulysse expliqua comment il avait entamé son voyage depuis Troie, où les Achéens avaient vaincu les Troyens et détruit la cité.
Il introduisit habilement son récit en demandant à un aède de cour de chanter l’épisode du cheval de Troie, ce qui lui fournit une transition naturelle vers le récit de sa venue en Phéacie et des péripéties survenues en chemin.
En quittant Troie, ils se dirigèrent d’abord vers Ismaros, où Ulysse et ses hommes attaquèrent les Cicones. Ils mirent à sac la population, s’emparant des vivres, des boissons et des trésors que contenait la cité côtière, et réduisant les femmes en esclavage.
Les compagnons d’Ulysse, après avoir passé les dix dernières années de leur vie à la guerre, étaient bien décidés à jouir de leur butin. Ils demeurèrent sur le rivage, savourant leurs dépouilles et festoyant, en dépit des exhortations d’Ulysse à regagner les navires et à prendre la mer vers le retour.
Quelques survivants parmi les Cicones s’enfuirent à l’intérieur des terres. Ils rallièrent les forces de leurs voisins et revinrent, mettant en déroute les hommes d’Ulysse et les repoussant vers leurs navires et le large. Ce fut la dernière véritablement paisible qu’Ulysse visita avant son échouage en Phéacie.
Les décors de l’Odyssée variaient de la vie palatiale, tranquille et luxuriante, aux horreurs de la caverne du cyclope, jusqu’aux rivages rocailleux d’Ithaque qu’Ulysse appelle son foyer. Chaque cadre offrait à Ulysse l’occasion de révéler une facette de sa personnalité ou de manifester son habileté et sa ruse.
Après avoir quitté les Cicones, Ulysse retourna sur la « mer couleur de vin ». Là, le décor se manifesta à nouveau dans toute sa puissance, la mer se révélant une hôte impitoyable.
Des tempêtes envoyées par Zeus rejetèrent les navires si loin de leur route qu’ils finirent par atteindre la contrée lointaine des Lotophages.
Là, les hommes furent séduits par les habitants, qui les incitèrent à manger le fruit et le nectar des fleurs de lotus, lesquels leur firent oublier toute pensée de retour.
Une fois encore, le confort de ce cadre luxuriant contrastait avec le désir d’Ulysse de rentrer chez lui. Ce n’est qu’en les traînant un par un jusqu’aux navires et en les y enfermant qu’Ulysse parvint à les arracher aux attraits de l’île.
Ulysse poursuivit son récit en relatant sa pire erreur. Ses navires abordèrent l’île mystérieuse du Cyclope, où Polyphème le captura lui et ses hommes. Le relief accidenté et la caverne où habitait Polyphème rendaient toute évasion impossible tant que le cyclope montait la garde.
Ulysse parvint à aveugler le monstre et à s’enfuir avec ses compagnons, mais son orgueil insensé — avoir révélé son véritable nom à son ennemi — attira sur sa tête la colère de Poséidon.
Le retour à la maison : comment le cadre révèle-t-il le caractère d’Ulysse ?
Lorsqu’Ulysse acheva son récit au Chant XIII, le lecteur quitta le cadre le plus épique de l’Odyssée : la mer et les lieux sauvages et magnifiques qu’Ulysse avait visités au cours de ses voyages.
Séduits par ses récits, les Phéaciens acceptèrent d’aider le roi errant à regagner sa patrie.
Les derniers chants de l’Odyssée se déroulent dans la patrie d’Ulysse, Ithaque. Formé et grandi par ses épreuves, il n’est plus le même homme que celui qui s’était hardiment attaqué aux Cicones.
Il n’est plus le guerrier audacieux qui s’avance avec plusieurs navires et hommes à son service. Il aborde sa chère Ithaque avec prudence et entre dans un cadre entièrement nouveau : la demeure d’un porcher.
La noblesse de comportement d’Ulysse contrastait avec la humble hutte de l’esclave chez qui il avait trouvé refuge. Eumée, un serviteur fidèle, et Euryclée, la nourrice qui l’avait élevé, le reconnurent et s’engagèrent à l’aider à reconquérir son trône.
Il retrouva Télémaque, et ensemble ils ourdirent un plan pour vaincre les prétendants afin qu’Ulysse puisse recouvrer son trône. Le cadre chronologique de l’Odyssée, situé à l’âge du bronze, contribua à la nécessité pour Ulysse d’être reconnu pour sa force et son habileté au combat. Sa ruse constitua un atout supplémentaire face à ce qui s’avéra être son épreuve finale, et sans doute la plus éprouvante sur le plan personnel.
En rentrant chez lui, Ulysse devait non seulement recouvrer son honneur perdu et sa place dans le royaume, mais aussi combattre les prétendants et convaincre Pénélope de son identité. Dans le cadre plus familier de sa patrie, Ithaque, la force et le caractère d’Ulysse s’affirment.
Toutes les épreuves qu’il avait traversées l’avaient conduit à ce moment. Pour achever son voyage, il devait affronter les prétendants et les chasser pour reconquérir sa place de maître de son foyer. Ce n’est qu’alors que Télémaque accomplirait son propre rite de passage, tandis qu’Ulysse transmettrait la direction de l’île à son fils.
Dans sa patrie, Ulysse était réputé pour ses exploits éclatants de prouesse et de force. Pénélope, s’efforçant encore de s’assurer que, si elle était contrainte de se remarier, elle choisirait au moins un époux digne de la mémoire d’Ulysse, imposa une épreuve. Elle exigea que les prétendants soient capables de tendre le grand arc d’Ulysse et de tirer à travers douze haches, comme il l’avait fait autrefois.
Ulysse, dans la familiarité de sa patrie, retrouva sa confiance. Il fut le seul à pouvoir tendre l’arc et à accomplir l’exploit exigé. Une fois sa prouesse démontrée, il se retourna contre les prétendants et les massacra pour leur audace et les outrages infligés à Pénélope.
La familiarité du cadre de sa propre demeure s’avéra être le dernier atout d’Ulysse. Pénélope exigea que l’on déplace son lit de la chambre nuptiale qu’elle avait autrefois partagée avec son époux, si elle devait se remarier. L’exigence était un stratagème, un piège qu’Ulysse ne manqua pas de détecter. Il répondit que son lit ne pouvait être déplacé, car l’un des pieds était constitué d’un olivier vivant.
Il le savait parce qu’il avait lui-même planté cet arbre et construit le lit pour elle. Enfin convaincue que son époux était revenu auprès d’elle, Pénélope l’accepta.
Athéna et le père vieillissant d’Ulysse,Laerte, conclurent la paix avec les familles des puissants prétendants qui avaient convoité la main de Pénélope, laissant Ulysse passer le reste de ses jours en paix. En même temps, Télémaque prend la place qui lui revient de droit comme héritier et roi d’Ithaque.



