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Les Frères musulmans d'Égypte : survivre à la répression

Les Frères musulmans d’Égypte, en arabe al-Ikhwan al-Muslimun, constituent un groupe religio-politique. L’érudit Hassan al-Banna a fondé le groupe en 1928 dans la ville orientale d’Ismaïlia. Dans les années 1930, la Confrérie a connu une croissance rapide de ses effectifs. La population la percevait comme offrant des services alors indispensables.

À ses débuts, elle se concentrait sur l’éducation et les programmes religieux. Dès 1952, la Confrérie s’était retirée dans la clandestinité. Lisez la suite pour découvrir comment les Frères musulmans ont dû constamment réadapter leur vision afin de survivre.

Qu’est-ce que les Frères musulmans en Égypte ?

Hassan al-Banna

Al-Banna avait 22 ans et était instituteur lorsqu’il a fondé la Confrérie. Il s’agissait d’un mouvement social, religieux et caritatif panislamiste dont le message central était « L’Islam est la solution ».

Ce mouvement revivaliste islamiste est apparu à la suite de la chute de l’Empire ottoman. Une interdiction du système de gouvernement califal s’en est suivie. Ce système avait unifié les musulmans pendant des siècles.

Au cours des vingt années suivantes, la Confrérie s’est développée en tant que mouvement populaire. Elle englobait l’éducation et la religion, mais s’est également engagée en politique par le biais du Parti des Frères musulmans.

Objectifs

Lorsqu’al-Banna a fondé le groupe, il a fondé son idéologie sur les enseignements du Coran. Le but initial d’al-Banna était de diffuser les morales islamiques et les bonnes œuvres, mais le groupe s’est vite impliqué en politique.

Le groupe s’est fait remarquer dans la lutte pour libérer l’Égypte de la domination coloniale britannique. Il voulait purger la nation de toute influence occidentale. « L’Islam est la solution » est son slogan le plus connu, utilisé dans le monde entier.

Le principal financier du parti était l’ancien candidat à la présidence Khairat al-Shater. Il a prononcé un discours fondateur en 2011 qui exposait certains des objectifs des Frères musulmans.

Voici quelques-uns de ces objectifs :

  • Instaurer la religion et « islamiser » la vie dans son intégralité — Le but déclaré d’al-Banna était d’appliquer la charia islamique à tous les aspects de la vie. La loi de la charia devait dominer toutes les sphères, de la gestion du gouvernement à la résolution des problèmes quotidiens.
  • Penser, planifier, sensibiliser et promouvoir l’idée de l’éveil de la communauté musulmane — Le nom arabe de ce concept est Ummah Nahda. Un autre des buts déclarés d’al-Banna était d’unifier les États et les pays islamiques. Il souhaitait tout particulièrement unir les États arabes et les libérer de l’impérialisme étranger.
  • Garantir que les gouvernements s’engagent à bâtir une vie politique stable — Le groupe voulait voir une rotation pacifique du pouvoir poursuivant les intérêts du peuple. Ce pouvoir devait respecter l’État de droit et garantir l’indépendance de la justice. Il devait également assurer la sécurité, développer le pays et ses citoyens, et résoudre leurs problèmes.

L’axe central de leur idéologie était la réforme des systèmes politiques existants dans le monde arabe. Les membres actuels ont aujourd’hui des interprétations très variées de l’idéologie originelle d’al-Banna, lorsque la Confrérie débutait comme acteur engagé dans un mouvement nationaliste. Par la suite, elle est devenue un groupe interdit, contraint de fonctionner dans la clandestinité.

En conséquence, elle s’est orientée vers une lutte armée pour son idéologie, avant de redevenir un parti réformiste. Ainsi, les objectifs ont dû évoluer à plusieurs reprises tout au long de l’histoire des Frères musulmans.

Pourtant, l’objectif ultime de la Confrérie reste controversé. C’est l’une des raisons principales pour lesquelles elle a opéré dans le secret pendant plus de quatre-vingt-dix ans. Cet objectif est de créer des États musulmans à l’étranger et, espèrent-ils, en Amérique également.

La branche américaine des Frères musulmans a exercé une influence continue et significative sur l’islam aux États-Unis. Elle a contribué à la création d’écoles et de mosquées islamiques, tout en promouvant des organisations musulmanes de premier plan et des camps de jeunesse estivaux.

Croyances

Quelle est la véritable nature des Frères musulmans ?

Il s’agit d’une organisation politique théocratique radicale, éloignée du libéralisme et de la démocratie. Aujourd’hui encore, elle poursuit dans la même voie.

Le projet politique de la Confrérie égyptienne, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, poursuit quatre objectifs principaux :

  1. Façonner « l’homme fidèle »
  2. Établir la polity théocratique
  3. Renforcer l’État interventionniste
  4. Prôner des politiques étrangères et de sécurité nationale fondées sur la confrontation

Al-Banna croyait en la formation et la diffusion d’un État islamique authentique. Il savait cependant que cela ne pourrait advenir que par l’éradication des visions occidentales. La Confrérie devait mettre fin à l’influence occidentale sur les lois doctrinales de la charia. Les partisans de la Confrérie adhèrent encore à cette doctrine aujourd’hui.

Pour la première fois, ces croyances commencent à se brouiller. L’attaque militaire impitoyable de 2013 a aggravé les persécutions, et l’oppression s’est intensifiée. La situation tendue a, à plusieurs égards, réduit les objectifs originels de l’organisation.

Selon al-Banna : « Il est dans la nature de l’Islam de dominer, et non d’être dominé, d’imposer sa loi à toutes les nations et d’étendre son pouvoir à la planète entière. » Les Frères musulmans résistent ainsi aux tendances laïcisantes des nations islamiques et appellent à un retour aux enseignements du Coran. La devise de l’organisation est : « Allah est notre objectif. Le Prophète est notre guide. Le Coran est notre loi. Le jihad est notre voie. Mourir sur le chemin d’Allah est notre plus grand espoir. »

Les Frères musulmans d’Égypte après la révolution de 1952

Partisans des Frères musulmans dans les rues d'Égypte

La politique égyptienne a pris une tournure nettement dictatoriale dans les années 1950. La Confrérie est devenue l’une des cibles principales de la répression du régime. Bien qu’elle n’ait pas eu d’existence légale officielle pendant six décennies, elle demeure l’un des mouvements politiques et sociaux les plus influents de l’histoire contemporaine.

La classe moyenne inférieure constituait le principal bassin de soutien du groupe et est devenue l’opposition organisée la plus efficace à l’occupation britannique de l’Égypte lorsqu’elle s’est alliée aux Officiers libres, des chefs militaires nationalistes. Les Officiers libres voulaient soustraire l’Égypte à la monarchie soutenue par les Britanniques.

En juillet 1952, une junte militaire a renversé le roi Farouk lors d’un coup d’État. La Confrérie s’est opposée à cette junte et a rejeté sa vision d’un mouvement panarabe, laïque et socialiste.

Le groupe avait prospéré sous la monarchie égyptienne et s’était rapidement propagé en Égypte et dans le monde entier avant de subir sa première répression. Cette répression a fait suite aux actes d’un prétendu adepte de la Confrérie qui avait tenté d’assassiner le chef des Officiers libres, Gamal Abdel Nasser, en 1954.

Le gouvernement a emprisonné des milliers de Frères présumés en représailles. Ils n’ont été libérés que vingt ans plus tard, en 1974.

Nasser a exclu le groupe du gouvernement, mais celui-ci est néanmoins resté une force dans la société. Il a bâti une allégeance populaire en tant qu’alternative à l’État égyptien. L’État offrait peu à ses citoyens et subissait aussi des défaites militaires répétées face à Israël.

Sayyid Qutb, un théoricien très influent, figurait parmi les emprisonnés. Avant son exécution en 1966, Qutb a publié un manifeste. Il y proclamait que la société musulmane était devenue Jahiliya (n’étant plus islamique). Il ajoutait qu’il était impératif de rétablir l’Islam et prônait la prise de contrôle des États musulmans par une avant-garde islamique.

Il a également redynamisé le modèle de l’universalisme islamique. La philosophie de Qutb est devenue très influente au-delà de la Confrérie égyptienne. La direction des Frères musulmans s’est dissociée de Qutb, adoptant alors une posture d’activistes pacifiques.

La Confrérie est devenue la principale faction d’opposition officielle d’Égypte. Puis, en janvier 2011, un mouvement de protestation laïque de la jeunesse est né. Ce mouvement contestait le régime de Moubarak en Égypte.

Après une brève hésitation, la haute hiérarchie des Frères musulmans a approuvé le mouvement. Elle a appelé ses membres à se joindre aux manifestations. Le mouvement est devenu célèbre sous le nom de révolution du Printemps arabe.

Le 5 janvier 2011, la révolution a renversé l’ancien président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis trente ans. Des dizaines de milliers de manifestants ont envahi la place Tahrir, exigeant le renversement de Moubarak. Le dirigeant de longue date envisageait une dynastie en préparant son fils à lui succéder.

Les Frères musulmans d’Égypte suscitent la controverse depuis leur fondation. Tout au long de leur existence, ils se sont heurtés à l’opposition de dictateurs. Ceux-ci craignaient leur force organisationnelle et leur attrait auprès des musulmans modérés, les considérant comme la menace ultime pour leur pouvoir.

Enfin, la Confrérie a obtenu sa chance de gouverner après la révolution de janvier 2011. Fin avril 2011, elle a fondé le Parti de la liberté et de la justice. Les citoyens ont élu ses candidats au parlement et à la présidence en 2012.

Mohamed Morsi fut le premier président du pays élu par un processus démocratique. Il a tenté d’élargir ses pouvoirs en décembre de cette même année, déclenchant une vague de protestations.

Abdel Fattah el-Sisi, son ministre de la Défense, a fomenté un coup d’État un an plus tard. Il s’est autoproclamé président et a écrasé le groupe. Cette intervention militaire a fait suite à des jours de protestations antigouvernementales massives. Morsi avait également rejeté l’injonction de certains généraux lui demandant de résoudre la pire crise politique de l’Égypte depuis le départ de Moubarak en 2011.

Le gouvernement a jugé Morsi ainsi que quatorze hauts responsables de la Confrérie. Il était accusé d’avoir incité ses partisans à tuer. On lui a imputé la mort de deux manifestants de l’opposition et d’un journaliste. Il aurait également ordonné l’emprisonnement illégal et la torture d’autres personnes.

L’armée a détenu des dizaines de milliers de partisans de la Confrérie et en a assassiné des centaines d’autres dans les rues. Le coup d’État et la répression qui a suivi ont laissé la Confrérie désemparée. Ce fut le coup le plus dur qu’elle ait subi dans ses quatre-vingt-douze ans d’histoire.

Sisi s’est fait une mission d’écraser le groupe islamiste depuis le coup d’État de 2013. La Confrérie se revendiquait autrefois du mouvement non étatique le plus puissant du monde arabe. Elle avait établi un réseau mondial et inspiré des groupes tels que le Hamas, la société révolutionnaire palestinienne. Sisi l’a réduite à une organisation faible et divisée.

Les Frères musulmans ont une capacité remarquable à travers de longues périodes d’oppression. Cette aptitude réside dans les détails de leur structure organisationnelle, dont la structure pyramidale centrale est restée constante. Le Bureau extérieur de la Confrérie égyptienne, composé de membres exilés de haut rang, la complète.

Le groupe a persisté tout au long de l’ère de répression des années 1950 et 1960. Le gouvernement de l’époque, dirigé par Gamal Abdel Nasser, a torturé et emprisonné de nombreux membres.

La persécution de la Confrérie sous Nasser a engendré trois évolutions :

  1. Une faction de la Confrérie a choisi la voie de la violence. Elle estimait que c’était le seul moyen de renverser le régime de Nasser. Cette approche pourrait également s’appliquer à tout gouvernement qui ne serait pas suffisamment islamique.
  2. Une autre aile a estimé que seules des initiatives de base — une « islamisation ascendante » — était la bonne voie.
  3. La troisième aile a émigré vers d’autres pays. Ses membres ont préféré partir plutôt que de participer au système ou de recourir à la violence.

Le président égyptien des Frères musulmans, Mohamed Morsi

Né Muhammad Muhammad Mursi Issa al Ayyat le 20 août 1951, Morsi était ingénieur. Il est né dans le gouvernorat d’al-Sharqiya, sur la rive orientale du delta du Nil.

Il a étudié à l’Université du Caire et a obtenu son doctorat de l’Université de Californie du Sud en 1982. Il a enseigné l’ingénierie à la California State University, Northridge, jusqu’en 1985. Ensuite, il est rentré en Égypte. Il est devenu professeur d’ingénierie à l’Université de Zagazig, poste qu’il a occupé jusqu’en 2010.

L’ancien président Morsi est mort dans un tribunal égyptien le 17 juin 2019. Il avait exercé ses fonctions pendant un an et quatre jours avant sa destitution par un coup d’État militaire. Morsi était un candidat peu probable dès le départ, mais il avait accédé au pouvoir dans le sillage du Printemps arabe.

La Confrérie a écarté le candidat initial, Khairat el-Shater, pour un vice de procédure. Elle a présenté Morsi peu après. La presse l’a surnommé al-istabn « le pneu de secours ». La Confrérie l’avait sorti comme une roue de rechange.

Morsi, comme d’autres dirigeants de la Confrérie, a loué les idéaux de liberté. Ils ont fait l’éloge de la démocratie lorsqu’ils s’adressaient aux médias étrangers. Devant d’autres audiences, il avait l’habitude de tenir des propos plus préoccupants. Ses meetings de campagne pouvaient être dérangeants.

Le premier bras politique officiel de la Confrérie était le Parti de la liberté et de la justice. Morsi dirigeait ce parti. Il se tenait au sommet de sa lutte politique, sociale et idéologique. La mort de Morsi a clos un chapitre de l’histoire égyptienne.

Sisi continue de persécuter la Confrérie. En août 2020, le ministère de l’Intérieur égyptien a mené une descente dans un appartement du Caire. Ils y ont capturé Mahmoud Ezzat, le dirigeant par intérim de la Confrérie. Ezzat avait échappé aux autorités pendant sept ans.

Les autorités ont déclaré avoir trouvé des téléphones et des ordinateurs équipés de logiciels de chiffrement. Elles ont affirmé qu’Ezzat utilisait cet équipement pour communiquer avec les membres de la Confrérie, tant à l’intérieur qu’à l’étranger.

Conclusion : Il y aura un soulèvement en Égypte, déclarent les Frères musulmans

Les Frères musulmans d'Égypte

Le porte-parole officiel de la Confrérie égyptienne est Talaat Fahmy. Il a averti qu’une nouvelle révolution balayerait le régime actuel. « Aucune injustice ne peut durer éternellement », a-t-il déclaré à l’AFP à Istanbul. « La patience et la capacité des gens à tolérer ce qui se passe ne sont pas éternelles. »

La Confrérie a traversé bien des épreuves au cours de son histoire. La prédiction de Fahmy se réalisera-t-elle ? Seul le temps nous le dira.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 18 mars 2024