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Gamal Abdel Nasser : La vie et l'époque du leader charismatique de l'Égypte

Menée par Mohammed Naguib et Gamal Abdel Nasser, la révolution nationale égyptienne de 1952 constitue sans doute l’un des événements les plus décisifs de l’histoire de l’Afrique du Nord.

Gamal Abdel Nasser joua un rôle déterminant dans la fin d’une longue période de pouvoir politique détenu par la dynastie de Muhammad Ali depuis 1805. Cette révolution amorça la transition de l’Égypte, d’une forme de gouvernement monarchique séculaire vers un régime plus contemporain, apparenté à un système républicain.

Essentiellement, ce fut le début de ce que les historiens ont appelé l’« ère nassérienne », qui exerça une influence considérable sur l’ensemble du monde arabe.

Dans les sections suivantes, nous vous invitons à un bref voyage pour comprendre le règne de Gamal Abdel Nasser.

Nous examinerons les principes qu’il a défendus et les réalisations qu’il a accomplies, lesquelles restent gravées dans le cœur de tout Égyptien authentique.

Qui était Gamal Abdel Nasser ?

Gamal Abdel Nasser — Wikipédia

Gamal Abdel Nasser naquit en 1918 dans une famille modeste de cinq enfants, à Bakos, un quartier d’Alexandrie. Son père, Abdel Nasser Hussein, était employé des services postaux locaux. Sa mère, Fahima Nasser, était femme au foyer, veillant sur les enfants et maintenant le foyer familial. Un grand nombre des actions de Nasser plus tard dans sa vie furent probablement influencées par les convictions de sa famille et les enseignements reçus durant son enfance.

Par exemple, sa famille soutenait fermement l’idée de la supériorité et de la prééminence de la nation arabe. En grandissant, Nasser développa une propension à soutenir, défendre et renforcer ces convictions.

Durant son enfance, Gamal Abdel Nasser fut largement exposé à différents horizons, sa famille déménageant presque constamment. Ces déplacements fréquents étaient principalement dus à la profession de son père. Par ailleurs, Nasser dut également séjourner chez des parents tant paternels que maternels. Ces expériences lui permirent de mesurer l’ampleur de la fracture sociale en Égypte, le poussant ainsi à embrasser certaines convictions. Il devint notamment connu pour sa foi inébranlable en la justice sociale et l’équité.

Il convient de noter que le jeune Nasser effectua sa scolarité primaire à Alexandrie et à Helwan, respectivement, avant de retourner à Alexandrie pour ses études secondaires. C’est à peu près à cette époque qu’il commença à manifester un vif intérêt pour l’activisme politique et les causes de justice sociale. Selon ses propres récits, il avait rejoint une manifestation organisée par Hizb Masr El-Fatah, un parti politique égyptien, sans même savoir ce contre quoi ils protestaient. Pour Nasser, se tenir aux côtés du peuple était la chose juste à faire.

En 1933, alors élève au lycée El-Nahda du Caire, il se forgeait rapidement une réputation d’activiste et de figure publique. Il fut élu à la tête du syndicat étudiant. Il s’engagea dans la lutte contre le traité conclu entre le Royaume-Uni et l’Égypte en 1936. Il continua à s’affilier au mouvement du Parti de la Jeune Égypte (Masr El-Fatah) et fut arrêté à plusieurs reprises. Au cours d’une de ces altercations, Nasser reçut une profonde entaille au front, qui lui laissa une cicatrice qu’il évoquerait dans nombre de ses propos des années plus tard.

Fait remarquable, son ardeur pour l’activisme politique ne sembla pas faiblir. Il s’associa à plusieurs groupes tels que les Frères musulmans et continua à définir ses objectifs personnels tout en les poursuivant avec détermination. Il convient de souligner qu’un an plus tôt environ, il s’était également joint aux rangs de ceux qui exigeaient du Premier ministre Ismail Sidky la restauration de la constitution égyptienne de 1923, auparavant abrogée. Ces agitations portèrent leurs fruits, et la constitution fut effectivement rétablie.

Plus que tout, les années d’adolescence furent pour le jeune Nasser une période de grandes découvertes, et l’on peut affirmer que les exploits qu’il accomplit à cette époque le préparèrent aux années plus mouvementées qui suivirent. En juin 1944, il épousa Tahia Kazim, d’origine iranienne. Ils restèrent mariés pendant environ vingt-six ans et eurent cinq enfants. Tahia écrivit plus tard un mémoire sur leur proximité et leur tendresse, intitulé « Mon Mari ».

Nasser : L’homme militaire

À l’âge de 19 ans, Gamal Abdel Nasser manifesta l’intention de rejoindre les forces armées et de s’inscrire à l’Académie militaire royale. Cette décision découlait en partie de la conviction de Nasser que l’Égypte avait besoin d’un plan d’action plus concret contre les irrégularités sociales et politiques, au-delà des simples discours rhétoriques. Par ailleurs, son désaveu de l’ingérence britannique dans les systèmes politiques égyptiens était nourri par son mécontentement face à la suspension de la constitution du pays. En conséquence, Abdel Nasser croyait que l’engagement militaire lui fournirait la force nécessaire pour corriger certaines de ces injustices.

Gamel Abdel Nasser à l'Académie militaire royale

Cependant, l’admission à l’Académie militaire royale ne lui fut pas aisée, car il fut recalé lors de sa première tentative. Les raisons principales en étaient ses nombreuses participations à des manifestations anti-gouvernementales, la situation financière précaire de sa famille et son manque de relations avec de hauts dignitaires (communément appelé wasta).

En deuxième recours, Nasser s’inscrivit à l’Université du Caire pour y étudier le droit, mais se retira après six mois pour tenter à nouveau sa chance à l’Académie militaire. Cette fois-ci, il veilla à s’assurer le soutien d’un « contact » (wasta) auprès d’un haut gradé, également membre de la commission de recrutement. Il s’agissait du général Ibrahim Khairy, qui ne tarda pas à s’intéresser au ambitieux Nasser.

À sa deuxième tentative, Gamal Abdel Nasser parvint à intégrer l’Académie grâce à l’appui du général. Il fit preuve de détermination et de sens du but dans sa formation, devenant successivement sous-lieutenant puis colonel en un temps remarquable. Durant son séjour à l’Académie, le colonel Nasser fut directement chargé de la formation des nouveaux officiers, ce qui le mit en contact avec Abdel Hakim Amer. En raison des besoins en officiers lors de l’intervention au canal de Suez en 1938, le gouvernement britannique dut redéployer ses troupes vers le canal. L’Égypte avait par conséquent besoin de davantage d’officiers actifs. C’était le dix-septième mois de Nasser à l’Académie militaire royale. Les circonstances du moment conduisirent à son diplôme relativement anticipé.

Son premier fait d’armes en tant qu’officier eut lieu en 1939 à Minkabad, aux côtés d’autres officiers militaires respectés tels que Zakaria Mohieddin et Anwar El-Sadat, qui devinrent plus tard les successeurs de Nasser à la présidence. Tout au long de ses premières années de carrière militaire, le colonel Nasser s’opposa à la présence continue des troupes britanniques sur le sol égyptien, en raison de la manipulation perçue de la part du gouvernement britannique. À mesure que Nasser se rapprochait des rangs dirigeants, il put constater à quel point le roi Farouk subissait une pression injuste de la part des Britanniques.

Par exemple, en février 1942, Miles Wedderburn Lampson, ambassadeur britannique, ordonna que des chars d’artillerie militaire soient postés devant le palais du monarque. Cette manœuvre visait à contraindre le roi à céder une partie de son pouvoir à une faction wafdiste dirigée par Mostafa El-Nahhas Pacha. Ce type de manipulation et le niveau croissant de corruption dans le pays irritèrent profondément Abdel Nasser. C’est notamment ce qui motiva son engagement parmi les quatorze individus qui fondèrent le Mouvement des officiers libres.

Le Mouvement des officiers libres, la Révolution et la Présidence de Nasser

Gamel Abdel Nasser et le Mouvement des officiers libres

Le Mouvement des officiers libres devint la principale force d’opposition au gouvernement et aux puissances coloniales britanniques. Il commença comme un petit groupe d’« officiers militaires rebelles » désireux d’un changement en Égypte.

Abdel Nasser n’en était pas à son premier acte d’activisme et s’imposa rapidement comme un leader de cette lutte. Parmi les autres membres notables figuraient Khaled Mohieddin, Saad Tawfik, Salah Nasr, Hussein Hamouda et quelques autres. Par la suite, le premier président égyptien, Mohammed Naguib, rejoignit le mouvement et en prit la direction.

Le groupe connut une croissance rapide de ses soutiens et planifia et exécuta avec succès le coup d’État qui mena à la destitution du roi Farouk Ier le 23 juin 1952. Après la révolution, le Mouvement des officiers libres poursuivit l’élaboration de plans de transition.

En juin 1953, Naguib — devenu célèbre et aimé de nombreux Égyptiens — fut investi président. Cependant, au fil du temps, Naguib tomba en disgrâce auprès de certains membres du Mouvement des officiers libres. Il dut démissionner de la présidence, 514 jours après son arrivée au pouvoir. Cette situation ouvrit la voie à Abdel Nasser, qui fut par la suite élu président par référendum. Il accéda à la présidence le 14 novembre 1954 et l’exerça jusqu’à sa mort en 1970.

Héritages

Plusieurs décennies après sa mort, certains des héritages les plus marquants d’Abdel Nasser continuent d’être évoqués au Caire et ailleurs.

Parmi tous les présidents égyptiens, Nasser fut celui qui rendit l’accès aux services de base relativement plus aisé pour tous les Égyptiens, sans distinction de classe sociale ou d’affiliation. Son mandat présidentiel contribua grandement à l’adaptation du pays nouvellement indépendant après la domination coloniale. Les réformes agraires de Nasser et la construction du barrage d’Assouan furent notamment des chantiers prioritaires qui offrirent à la nation un bon point de départ.

Gamel Abdel Nasser nationalise le canal de Suez

Outre ces réalisations, Nasser sut maintenir l’Égypte en avance sur de nombreux autres pays arabes dans les domaines des arts et de l’artisanat, de la production d’émissions de télévision, de la littérature et même de la musique. Fait notable, les statistiques révèlent que l’économie égyptienne connut une croissance d’environ 10 % par an pendant près de dix ans. Le produit intérieur brut connut également une hausse significative, passant d’environ 15 % vers 1948 à plus de 35 % à la fin de son mandat.

L’une des actions les plus significatives entreprises par Nasser fut la nationalisation du gigantesque projet du canal de Suez. Cette mesure plaça le canal de transport sous le contrôle total du gouvernement égyptien — une décision qui ne recueillit aucun soutien du Royaume-Uni ni de la France. Pour le monde arabe, cette initiative fit du leader égyptien un homme véritablement préoccupé par les intérêts de son pays et désireux de libérer son peuple de toute influence coloniale néfaste. Bien que cette action ait entraîné l’invasion de l’Égypte par Israël, la France et la Grande-Bretagne, ses alliés arabes soutinrent fermement l’un des leaders les plus remarquables qu’ils aient connu. Ils respectaient son aspiration à l’unité et à la coalition entre les pays d’origine arabe, et cette quête demeura l’un de ses objectifs fondamentaux jusqu’à son dernier souffle.

Sa position à l’égard des Juifs fut cependant condamnée de divers côtés. À différentes périodes, Nasser expulsa plusieurs centaines de Juifs d’Égypte et mena une guerre ouverte contre eux.

Comment Gamal Abdel Nasser est-il mort ?

Le 27 septembre 1970, Nasser accueillit les leaders arabes au Caire pour le sommet de la Ligue arabe. La première journée se déroula avec succès et les délégués commençaient à rentrer dans leurs pays respectifs. Le 28, cependant, Abdel Nasser fut victime d’une crise cardiaque et fut immédiatement ramené chez lui, où son équipe médicale le prit en charge. Il s’éteignit quelques heures plus tard et fut inhumé lors d’une grandiose procession réunissant des millions de personnes en deuil.

Avant cet événement, il souffrait de problèmes de santé sous-jacents, notamment liés au diabète et à des maladies cardiaques.

Conclusion

Le Caire sous la présidence de Gamal Abdel Nasser

Voici un résumé de ce que nous avons abordé :

  • Gamal Abdel Nasser naquit en 1918 à Bakos, un quartier d’Alexandrie, en Égypte.
  • Il commença l’activisme politique dès l’adolescence, au lycée, et maintint cette détermination jusqu’à son accession à la présidence.
  • Il intégra l’Académie militaire royale vers l’âge de 19 ans, après avoir été recalé lors de sa première tentative.
  • Il étudia brièvement le droit à l’Université du Caire pendant seulement six mois.
  • Le colonel Nasser devint d’abord sous-lieutenant, puis colonel après dix-sept mois passés à l’Académie militaire.
  • En 1949, il rejoignit environ quatorze autres officiers militaires pour fonder le Mouvement des officiers libres.
  • Ce mouvement visait à susciter un changement positif dans les systèmes politique et colonial de l’Égypte.
  • Le Mouvement fut à l’origine de la révolution égyptienne de 1952, qui produisit le coup d’État destituant le roi Farouk.
  • Mohammed Naguib exerça la présidence brièvement, après quoi Nasser accéda au pouvoir en tant que président en 1954.
  • En tant que président, Abdel Nasser développa la plupart des secteurs de l’économie égyptienne et fit croître significativement le PIB du pays.
  • Il nationalisa le projet du canal de Suez, recueillant un soutien massif de la nation arabe, mais suscitant le mécontentement de la France et du Royaume-Uni.
  • Trois nations — Israël, la France et la Grande-Bretagne — envahirent l’Égypte pour manifester leur mécontentement face à l’action de Nasser et, éventuellement, le renverser.
  • Gamal Abdel Nasser sortit victorieux de la crise du canal de Suez et gagna en stature politique.
  • Abdel Nasser accueillit les dirigeants des pays arabes lors d’un sommet en 1970.
  • Il s’effondra le lendemain du sommet, victime d’une crise cardiaque.

Gamal Abdel Nasser fut un homme d’idéologie, toujours animé par la conviction de faire ce qu’il jugeait juste. Si ses détracteurs lui reprochent un autoritarisme perçu comme populiste, il conserve le respect d’une grande proportion d’Égyptiens, même après sa mort.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 8 mars 2024