La cité antique de La Mecque à l'époque moderne : comment la capitale islamique se transforme-t-elle ?
L’antique cité de Bakkah (arabe Makkah), connue de la plupart sous le nom de La Mecque, se trouve dans l’ouest de l’Arabie Saoudite. Elle est située dans les monts Sirat, à l’intérieur des terres, loin de la côte de la mer Rouge.
La ville s’élève sur une petite montagne culminant à 909 pieds d’altitude, dans les lits asséchés du ouadi Ibrahim et de plusieurs de ses courts affluents. Ces dernières années, la ville a entrepris d’immenses projets de construction.
La Mecque peut ainsi accueillir un nombre toujours croissant de pèlerins, ou hajjis, mais à quel prix ?
Qu’est-ce que La Mecque ?
La Mecque est une ville sainte d’Arabie Saoudite, au Moyen-Orient. C’est là que les musulmans accomplissent le hajj, un pèlerinage qui se déroule chaque année. Il a lieu pendant Dhu al-Hijjah, le dernier mois du calendrier islamique.
Le hajj est un événement considérable en raison de son importance dans l’islam. Il représente également un défi logistique monumental d’accueillir tant de personnes de toutes origines. Des fidèles venus de chaque coin du monde convergent en même temps vers ce petit espace. Mais que se passe-t-il exactement lors du hajj ?
Le mot « hajj » signifie « pèlerinage » en arabe. Il s’agit d’un pèlerinage religieux vers La Mecque et les lieux saints avoisinants en Arabie Saoudite, d’une durée de cinq jours. Chaque année, des millions de musulmans effectuent ce voyage, se rendant à La Mecque depuis leur lieu de résidence.
En 2020, les autorités de La Mecque ont dû instaurer des règles spéciales, dans le cadre des efforts de l’Arabie Saoudite pour endiguer la propagation de la COVID-19.
Les musulmans prient cinq fois par jour. Depuis 624 apr. J.-C., ils orientent ces prières vers la Kaaba à La Mecque et ne se tournent plus vers Jérusalem.
Chaque mosquée indique la direction de La Mecque (la qibla, en arabe). Cela permet aux fidèles de savoir vers où se tourner lorsqu’ils prient.
Tout musulman doit s’efforcer d’accomplir le hajj vers la Kaaba une fois dans sa vie, s’il en a la capacité. C’est le cinquième pilier de l’islam, l’un des principes les plus fondamentaux de la foi.
La Mecque est le lieu de naissance de Muhammad et le site de sa première révélation du Coran. Les musulmans la considèrent donc comme leur ville la plus sainte. Elle abrite le site le plus vénéré de l’islam, la Masjid al-Haram, ou Mosquée sacrée, également appelée Grande Mosquée de La Mecque.
La Masjid al-Haram est la plus grande mosquée du monde. Ce vaste édifice comprend des couloirs et des galeries dans la cour de la Kaaba, le bâtiment cubique situé au centre. Les musulmans considèrent la Kaaba comme la Maison de Dieu.
La ville est administrée par un conseil municipal appelé Municipalité de La Mecque, composé de 14 membres élus et dirigé par un maire. Le gouvernement d’Arabie Saoudite nomme ce conseil.
La Mecque a connu une expansion très significative en taille et en infrastructures à l’époque moderne. Elle abrite l’Abraj al-Bait, également connu sous le nom de Makkah Royal Clock Tower Hotel, l’un des plus grands et plus hauts bâtiments du monde.
La Mecque a perdu certains sites archéologiques et édifices historiques au cours de cette expansion. L’exemple de la forteresse d’Ajyad en est une illustration.
Où se trouve La Mecque ?
La Mecque est une oasis située à 43 miles à l’intérieur des terres depuis Jeddah, sur la mer Rouge, dans la vallée sablonneuse d’Abraham (Wadi Ibrahim). Les érudits musulmans utilisent le mot « La Mecque » pour désigner l’espace sacré de la ville. Cette zone entoure directement la Kaaba et l’englobe. Certains historiens estiment qu’il s’agit du nom ancien de la vallée qui s’y trouve. Le Coran mentionne la ville de Makkah dans le chapitre (ou Sourate) sur Al Imran :
En vérité, la première Maison [d’adoration] établie pour les hommes est celle de Makkah
Coran 3:96
La Mecque compte un peu plus de deux millions d’habitants. Elle est la capitale de la province du Hedjaz et constitue la première destination de pèlerinage pour les musulmans. C’est également la capitale de la région de Makkah, qui inclut la ville voisine de Jeddah.
Le Hedjaz se trouve au pied des monts Sirat, une magnifique bande de la péninsule Arabique et le site de nombreux sanctuaires sacrés. Malheureusement, la famille régnante d’Arabie Saoudite n’accorde pas sa protection à ces sanctuaires, pas plus qu’elle ne s’efforce de préserver les autres édifices d’importance historique.
En tant que wahhabites, ils considèrent qu’une telle préservation équivaudrait à de l’idolâtrie. Le conseil religieux du Royaume a rendu sa position claire dans une proclamation de 1994, déclarant que la conservation des bâtiments historiques favoriserait le polythéisme.
La Mecque est également le site de Jabal al-Nour, la « Montagne de la Lumière ». Cette montagne abrite la grotte de Hira, une faille dans les reliefs. Les musulmans croient que la grotte de Hira est l’endroit où Muhammad a reçu les premiers versets du Coran. Ces versets lui ont été transmis par Dieu par l’entremise de l’ange Gabriel.
La ville se trouve à proximité du mont Arafat, et le deuxième jour du hajj est le « Jour d’Arafat ». Les pèlerins s’y rendent pour accomplir les prières de midi et de l’après-midi dans la plaine entourant la montagne sainte. Muhammad y a guidé les pèlerins lors de son dernier hajj et a un jour déclaré : « Le hajj, c’est Arafat. »
Les hommes et les femmes accomplissent ensemble nombre des rituels du hajj. La Grande Mosquée ne sépare pas les fidèles. C’est la seule mosquée majeure à ne pas le faire.
Les autorités municipales interdisent aux non-musulmans l’entrée dans la ville. Pour y pénétrer, il faut être de confession musulmane. L’application de cette interdiction est rigoureuse. La Mecque possède même des panneaux routiers pour guider les musulmans afin qu’ils évitent la ville.
La sanction minimale est l’expulsion du pays. Les autorités vérifient les documents de chacun. Elles refusent l’entrée à quiconque ne peut prouver sa confession musulmane.
La plupart des pays requièrent un visa pour se rendre en Arabie Saoudite. Les missions diplomatiques délivrent des permis spéciaux aux pèlerins. Elles attribuent les visas du hajj selon un système de quotas fondé sur le nombre de musulmans dans chaque pays. L’aéroport international Roi-Abdulaziz de Jeddah constitue la porte d’entrée, avec des terminaux dédiés au hajj. De là, les pèlerins en route vers La Mecque peuvent emprunter la voiture, le train, le taxi ou le bus.
Une brève histoire de La Mecque
La création et les premières traditions islamiques
Selon la tradition arabe, Dieu chassa Adam et Ève du Paradis. Ève atterrit près de la mer Rouge, là où se trouve aujourd’hui le port de Jeddah. Adam tomba sur terre dans l’actuel Sri Lanka. Ils errèrent seuls pendant de longues années. Puis Dieu les réunit sur le mont Ararat.
Ils finirent par mourir, et Adam fut enterré à La Mecque. L’arche de Noé fit sept fois le tour de son corps exhumé. Les musulmans perpétuent aujourd’hui ce rituel en effectuant les circumambulations de la Kaaba lors du hajj. Ces sept cercles, accomplis dans le sens antihoraire, constituent le tawaf. Ils symbolisent l’unité des croyants, priant et suppliant ensemble.
L’islam enseigne qu’Abraham et son fils aîné Ismaël ont construit la Kaaba. Ils ont érigé le sanctuaire à l’endroit indiqué par l’ange Gabriel. L’ange a apporté la Kaaba, et les fidèles ont prié devant la pierre.
Auparavant, à La Mecque, Allah avait ordonné à Abraham de laisser Ismaël et sa mère, Hagar. À La Mecque, Allah fit jaillir l’eau du puits de Zamzam, sauvant la vie d’Ismaël et d’Hagar. Ce puits permit ensuite à La Mecque de se développer en un lieu habitable. Ainsi, dès les temps les plus anciens, La Mecque devint un lieu de pèlerinage. Elle s’est imposée comme un endroit où les fidèles pouvaient adorer.
De nombreux historiens soulignent le rayonnement et la puissance de la Mecque préislamique. Pourtant, la ville n’apparaît dans aucune histoire connue rédigée au cours des trois siècles ayant précédé l’essor de l’islam. Elle ne figure pas non plus dans les géographies de cette période.
La Kaaba était un lieu saint pour les nombreuses tribus bédouines de la péninsule Arabique avant l’islam. Elles se rendaient à La Mecque une fois par an pour vénérer Allah dans la Kaaba (bien qu’elles croyaient en de multiples divinités).
Elles commerçaient ensuite entre elles dans la ville. Elles interdisaient toute violence à l’intérieur de La Mecque pendant ce mois sacré. Cette règle permit au commerce de prospérer. La Mecque devint ainsi un important centre commercial.
La naissance de Muhammad en 570 apr. J.-C. allait transformer La Mecque à jamais. Elle passa du statut de comptoir commercial doté d’un temple notable à celui de berceau et centre de l’islam.
Muhammad avait une quarantaine d’années lorsque les révélations commencèrent, alors qu’il se trouvait assis dans une grotte sur le Jabal al-Nour, la Montagne de la Lumière. Ces révélations restaurèrent l’antique religion du Dieu unique auprès du peuple arabe et firent de La Mecque la ville la plus sainte du monde islamique.
Une brève histoire des confinements du Hajj
Les musulmans accomplissant le pèlerinage du hajj lors d’une année ordinaire boiraient de l’eau d’un puits sacré et embrasseraient la Pierre Noire. Puis, avant de quitter La Mecque, ils ramasseraient des cailloux pour la lapidation rituelle du diable. Ils jetteraient ces cailloux sur une série de piliers symboliques.
Le hajj s’est tenu en 2020 pendant la pandémie de COVID-19 avec seulement 1 000 pèlerins. Le ministère du Hajj et de la Omra avait demandé aux musulmans qui prévoyaient d’y participer de différer leurs réservations. Cela s’expliquait par l’incertitude entourant la pandémie.
Le ministre du Hajj a exprimé des inquiétudes quant à la sécurité des pèlerins et a invité la population à « attendre avant de conclure des contrats tant que la situation n’est pas claire. » Les autorités avaient déjà suspendu la omra, le pèlerinage mineur. Il s’agissait d’une mesure de précaution pour tenter de limiter la propagation du coronavirus.
Par la suite, l’Arabie Saoudite a pratiquement interrompu toutes les activités à La Mecque et à Médine. Le Royaume a imposé un couvre-feu de 24 heures dans les villes saintes, paralysant presque toute activité commerciale. Seules les pharmacies, les épiceries, les stations-service et les banques sont restées ouvertes.
Le Royaume avait déjà interdit la prière dans les mosquées et restreint les entrées et sorties de Riyad, Jeddah et des deux villes saintes. Les voitures ne pouvaient transporter qu’un seul passager à la fois.
Lors de l’édition du hajj sous COVID-19, la Pierre Noire était interdite de toucher et d’embrassement. Les autorités saoudiennes ont distribué de l’eau embouteillée provenant du saint puits de Zamzam. Cette année-là, les pèlerins n’ont pas été autorisés à boire dans des coupes à la mosquée.
Ils ont même stérilisé les cailloux que les pèlerins jettent sur le diable. Ils tenaient à éviter qu’une flambée de coronavirus ne vienne entacher le pèlerinage.
Ensuite, en avril 2021, les autorités saoudiennes ont publié une nouvelle déclaration. Elles n’autoriseraient que les personnes immunisées à accomplir le pèlerinage de la omra. Ce pèlerinage commence au début du Ramadan.
Le ministère a indiqué qu’il considérerait trois catégories de personnes comme immunisées. La première catégorie comprenait ceux ayant reçu une dose unique du vaccin 14 jours auparavant. La deuxième regroupait ceux ayant reçu deux doses. La troisième était constituée des personnes guéries de l’infection.
Certains se demandaient si c’était le premier confinement de l’histoire. Il n’en était rien. D’autres événements historiques avaient déjà empêché les musulmans de se rendre à La Mecque par le passé.
Voici quelques exemples :
- L’attaque de la Kaaba par le gouverneur yéménite Abraha (l’Année de l’Éléphant). Les habitants de La Mecque ont fui à l’avancée de son armée. L’armée d’Abraha ne put soutenir le siège, frappée qu’elle fut par des puissances « divines ».
- Le massacre des pèlerins par les Qarmates. L’État qarmate chiite (actuel Bahreïn) a mené un raid sur La Mecque en 930. Les assaillants ont massacré des dizaines de milliers de pèlerins. Ils ont ensuite profané le puits de Zamzam en y jetant les corps des pèlerins assassinés. Les Qarmates ont alors interdit le pèlerinage pendant plus de dix ans.
- Les épidémies. Le XIXe siècle a connu des flambées de méningite, de choléra et de peste. Les autorités n’ont pas autorisé le pèlerinage en 1814 en raison d’une épidémie de peste qui a tué 8 000 personnes dans la région du Hedjaz. En 1837 et 1846, de dévastatrices épidémies de choléra ont sévi. Ces flambées ont entraîné la suspension du hajj.
- La prise de la Kaaba par Juhayman al-Otaybi. Juhayman critiquait la famille régnante du Royaume et appelait à un retour à ce qu’il considérait comme l’islam originel. En 1979, il a pris d’assaut la Kaaba pendant la prière du matin, obligeant la Kaaba à rester fermée pendant deux semaines. Les forces saoudiennes, avec l’aide de la France, ont fini par contenir la rébellion.
Il y eut aussi des périodes où certains pèlerins ne pouvaient pas se rendre au hajj. Par exemple, en 2014, l’Arabie Saoudite a suspendu la délivrance de visas pour les pays frappés par Ebola, tels que le Liberia, la Guinée et la Sierra Leone.
Quarante années se sont écoulées depuis le dernier confinement orchestré par Juhayman. Sa prise d’armes de la Grande Mosquée a transformé le lieu le plus saint de l’islam en un champ de bataille. Par ailleurs, les dirigeants appartenaient à un mouvement plus large de conservatisme religieux et social, réagissant contre le modernisme.
Bien que les autorités aient exécuté Juhayman, ses actes ont stoppé net tout effort de modernisation. L’une de ses exigences était, par exemple, le retrait des présentatrices de télévision. En conséquence, aucune femme n’est apparue à l’antenne après l’incident du Haram.
La Mecque est-elle la véritable capitale de l’islam ?
La Mecque est la ville la plus importante de la religion islamique. C’est là que Muhammad est né et qu’il a fondé la religion de l’islam. Les musulmans se tournent vers La Mecque lorsqu’ils prient chaque jour.
Pourtant, la première capitale de l’islam fut Médine, aujourd’hui la deuxième ville sainte après La Mecque. Médine incarne une histoire islamique glorieuse. Elle abrite la Mosquée du Prophète, l’une des premières construites par Muhammad. C’est également là que se trouve la Masjid Quba, la deuxième plus grande mosquée de Médine et la plus ancienne de l’histoire islamique. C’est l’un des sites sacrés les plus importants et les plus prestigieux de l’islam.
Ali ibn Abi Talib régna en tant que quatrième calife de 656 à 661 et fut l’une des figures centrales de l’islam chiite. En janvier 657, il décida de transférer le siège de son gouvernement de Médine à Kufa, en Irak. Les historiens estiment qu’il a pris cette décision pour plusieurs raisons. Principalement, il souhaitait préserver Médine des conflits intestins et de la profanation par les forces ennemies.
Damas fut la capitale islamique sous les califes omeyyades, qui y construisirent la Grande Mosquée. La capitale islamique fut transférée à Bagdad en 750, lorsque la dynastie abbasside s’empara de Damas. Par la suite, les forces turques et perses dévastèrent Bagdad.
En 836, le calife abbasside al-Mu’tasim déplaça la capitale de Bagdad à Samarra. Il avait fondé Samarra sur le Tigre, en Irak. Al-Mu’tasim et son fils, le calife al-Mutawakkil, y édifièrent plusieurs structures abbassides.
Leur plan prévoyait un réseau de canaux et de rues, qui devaient accueillir de nombreuses maisons, mosquées, palais et jardins. Les ruines de la résidence du calife comprennent six complexes palatiaux et deux hippodromes. Le site comportait également de l’espace pour au moins 125 autres édifices majeurs, s’étendant sur 25 miles le long du Tigre.
La Mecque n’a cessé d’attirer des pèlerins de tout le monde islamique à mesure que la religion se développait. De plus en plus de musulmans venaient participer au pèlerinage du hajj.
La ville a également attiré une population permanente d’érudits. Elle a séduit des musulmans fervents qui aspiraient à vivre près de la Kaaba. Des Saoudiens s’y sont installés pour servir les pèlerins.
La ville a retrouvé son statut de capitale naturelle de l’islam, la ville vers laquelle les musulmans se tournent lorsqu’ils prient.
Qu’est-ce qui anime la ville sainte de La Mecque ?
La Mecque importe sa nourriture, car l’eau et les terres arables sont rares. Son économie est axée sur les services et le commerce. Les installations liées au hajj et aux transports constituent les principaux secteurs. Ses services se sont développés ces dernières années, permettant à la ville d’accueillir davantage de pèlerins.
La ville s’adapte également au tourisme. Elle encourage les visiteurs musulmans à découvrir ses sites culturels et historiques. Certains de ces sites font partie du hajj, à l’instar de la Grande Mosquée.
Un autre site est Safa et Marwa, deux petites collines situées dans la Grande Mosquée. Les musulmans doivent parcourir la distance entre ces deux collines sept fois.
Le Maqam Ibrahim est un autre lieu remarquable. Il s’agit d’une pierre associée à Abraham et à son fils Ismaël lorsqu’ils ont reconstruit la Kaaba.
La facilité et l’accessibilité du transport aérien ont fait des merveilles. Elles ont accru le nombre de pèlerins participant au hajj.
Le transport aérien a également augmenté la demande de main-d’œuvre. Des milliers de Saoudiens vivent et travaillent désormais à l’année à La Mecque. Ils supervisent le hajj et assurent le fonctionnement des commerces et hôtels dédiés aux pèlerins. Des centres commerciaux et des autoroutes font leur apparition au fil de l’expansion de la ville.
L’islam salafiste (la branche à laquelle appartiennent les wahhabites) domine en Arabie Saoudite. Sa doctrine considère la glorification des sanctuaires et des sites historiques comme de l’idolâtrie. Le gouvernement approuve donc la démolition de telles structures. Il les rase pour faire place à de nouvelles routes et constructions.
Le pèlerinage du hajj est en passe de devenir l’un des principaux moteurs économiques du Royaume saoudien. Son objectif est d’atteindre 30 millions de visiteurs de pèlerinage par an d’ici 2030. La ville développe les infrastructures nécessaires pour soutenir ce chiffre.
Le gouvernement envisage de désaisonnaliser le hajj afin de réduire la congestion. À l’heure actuelle, le nombre de personnes présentes dans la ville évolue en fonction du calendrier islamique.
La ville de La Mecque exerce une influence sur la sainteté des individus. Elle façonne également les identités des communautés islamiques de manière intense à travers le monde.
Un pèlerinage à La Mecque figure parmi les cinq piliers de l’islam. Il rassemble des hommes et aux femmes d’une grande diversité d’origines ethniques et culturelles. Ils s’unissent dans l’expérience partagée du hajj annuel. La Mecque exerce cette attraction singulière sur les musulmans de toutes les régions du globe.
La Mecque et Médine : les deux sanctuaires
Le nom officiel de Médine est al-Madinah al-Munawwarah, ou la Cité illuminée. Elle est la capitale de la province de Médine en Arabie Saoudite. La ville existait depuis plus de 1 500 ans avant la migration (l’Hégire) de Muhammad depuis La Mecque.
Le Prophète reçut une part importante du Coran à Médine.
D’abord appelée Yathrib, Médine se dresse à 250 pieds au-dessus du niveau de la mer sur une oasis fertile. La Mosquée du Prophète, que Muhammad lui-même a contribué à édifier, se trouve au centre-ville. La Mecque abrite également la Mosquée des deux Qiblas. Cette mosquée commémore le changement de direction de la prière, de Jérusalem vers La Mecque. À al-Rimlah, on peut trouver la tombe de Hamza, oncle du Prophète, et de ses compagnons. Ils sont tombés à la bataille d’Uhud, au cours de laquelle le Prophète fut blessé. La grotte dans le flanc du mont Uhud où le Prophète trouva refuge existe encore.
Les historiens considèrent que la Mosquée du Prophète est l’une des toutes premières jamais construites. Elle devint l’archétype de l’architecture mosquée qui suivit. La mosquée a subi plusieurs modifications à l’époque moderne.
Aujourd’hui, le Royaume continue d’en agrandir les dimensions. Les autorités municipales souhaitent accueillir les millions de pèlerins qui visitent la mosquée chaque année. Les pèlerins viennent du monde entier pour rendre hommage à la tombe du Prophète.
Le gouvernement d’Arabie Saoudite accorde une attention particulière à ces lieux saints. Il est même allé jusqu’à réglementer le tabac dans les deux villes. Le ministère saoudien de la Santé a adopté cette approche radicale afin de rendre La Mecque et Médine non seulement sans fumée, mais aussi exemptes de tabac.
L’expansion de la ville sainte en Arabie Saoudite
Le hajj est l’un des plus grands rassemblements annuels musulmans au monde. Le seul pèlerinage ayant enregistré une foule plus considérable fut celui des mosquées de Husayn ibn Ali et d’Abbas. Ces pèlerinages eurent lieu à Kerbala, en Irak, en 2012, avec une assistance atteignant trois millions de fidèles.
La Mecque compte une population résidente croissante. Ce fait, conjugué à l’afflux annuel de pèlerins, pose des défis aux autorités. Les infrastructures et les services sont insuffisants. Le gouvernement contrôle donc le nombre de visas du hajj et de la omra qu’il délivre.
Les lieux saints offrent un espace limité, ce qui soulève des préoccupations quant à la surpopulation. Ainsi, les deux villes font l’objet de nombreux plans de développement depuis des décennies.
L’Arabie Saoudite assume une responsabilité particulière en tant que gardienne de ces deux lieux saints, une confiance sacrée exercée au nom de tous les musulmans. Le Royaume manifeste son dévouement envers cette responsabilité par l’excellent entretien et les plans d’extension des deux villes.
Les villes saintes ont toujours constitué une priorité essentielle pour l’Arabie Saoudite. Le Royaume dispose même d’un ministère doté d’un budget alloué aux pèlerinages. Le gouvernement d’Arabie Saoudite régule le flux de pèlerins par le biais de quotas. Chaque pays peut envoyer un pèlerin pour mille citoyens musulmans.
L’Arabie Saoudite occupe une position unique en exerçant un contrôle sur l’islam moderne en raison de sa souveraineté sur ces deux villes. Les titres du roi incluent « Le Gardien des deux saintes mosquées. » La famille régnante, la maison des Saoud, est la « Gardienne des Clés », ce qui fait référence à son accès au sanctuaire de la Kaaba.
Les chiites d’Arabie Saoudite et d’Iran ont vivement contesté le contrôle saoudien sur les deux villes saintes. Ils ont des vues différentes sur La Mecque et sur la manière dont le hajj est conduit. Ce conflite se manifeste par des débats autour des projets de construction saoudiens à La Mecque. Les chiites s’opposent également à la destruction par l’Arabie Saoudite de sites historiques et religieux pour faire place aux nouveaux édifices.
Quelle est la signification de La Mecque ?
Le prophète Muhammad a commencé sa prédication religieuse à La Mecque. La ville est également son lieu de naissance, et elle a été centrale dans le développement de la foi et de la pratique islamiques. Chaque disciple de l’islam doit effectuer au moins un voyage à La Mecque au cours de sa vie pour accomplir le hajj en tant que cinquième pilier de l’islam. Par ailleurs, les musulmans du monde entier se tournent vers La Mecque lorsqu’ils prient. Elle constitue le point de mire géographique de la prière islamique.
Le hajj est un voyage éprouvant. Les musulmans croient qu’il offre l’opportunité d’effacer les péchés passés et de recommencer à neuf auprès de Dieu. Les musulmans estiment que l’accomplissement du hajj apporte le pardon des péchés. Il les rapproche de l’accès au paradis après la mort. Ils font remonter les rites du hajj à Abraham et Ismaël, suivant un parcours que le prophète Muhammad a autrefois emprunté.
Hagar, l’épouse d’Abraham, courut sept fois entre deux collines, cherchant de l’eau pour son fils mourant. Les pèlerins retracent également son chemin. De nombreuses personnes dépendant de béquilles et de canes insistent pour accomplir les parcours à pied. Ils mènent le voyage à bien en dépit des difficultés physiques.
La tradition islamique rapporte que Muhammad reçut sa première révélation à La Mecque en l’an 610. Il commença alors à enseigner le monothéisme face à l’animisme mecquois. Les Mecquois n’acceptèrent pas d’emblée l’enseignement de Muhammad, car il menaçait leur culture et leur système de croyances polythéistes.
Muhammad dut fuir La Mecque en raison des persécutions subies pour sa nouvelle foi. Il réapparut ensuite à la tête d’une multitude de partisans et s’empara de La Mecque au nom de l’islam en l’an 630. Muhammad purifia La Mecque de toutes ses idoles et de toutes les images cultuelles de la Kaaba lorsqu’il prit possession de la ville. Le Prophète mit également fin à la tradition de l’adoration des idoles en brisant la statue de Hubal. Il détruisit 360 autres idoles à la Kaaba et redédia l’édifice à Allah, l’unique Dieu véritable.
Le Coran affirme que la Kaaba fut la première maison édifiée à La Mecque pour que l’humanité vénère Allah. La Mecque est ainsi la ville la plus sainte de l’islam et le but du hajj annuel des musulmans.
Les musulmans affirment que La Mecque et Médine possèdent une dimension spirituelle unique. Les croyants ont décrit un sentiment émotionnel accablant. Ils rapportent que ce sentiment les enveloppe lorsqu’ils pénètrent dans ces villes. Ils évoquent un sentiment d’unité, en particulier ceux qui accomplissent le pèlerinage du hajj. Le hajj est une expérience personnelle profonde où beaucoup prennent conscience de leur égalité devant Dieu Tout-Puissant.
La sainte Mecque
Les musulmans considèrent la Kaaba comme le lieu le plus sacré sur terre. L’édifice cubique mesure environ 50 pieds de haut et environ 35 sur 40 pieds à sa base. La Pierre Noire de La Mecque est enchâssée dans son angle oriental. Un anneau de pierre entoure ses fragments brisés, maintenus ensemble par une lourde bande d’argent.
Chaque musulman qui effectue le pèlerinage doit marcher sept fois autour de la Kaaba. Au cours de ce rituel, il ou elle embrasse et touche la Pierre Noire.
Le voyage vers La Mecque
Autrefois, le voyage vers La Mecque était long et souvent périlleux. Les pèlerins arrivaient en Arabie Saoudite par la mer, puis entreprenaient la traversée terrestre à dos de chameau. L’aller-retour pouvait durer deux ans. De nos jours, bien entendu, les pèlerins du monde entier s’y rendent en avion.
Les visiteurs peuvent séjourner au Raffles Makkah Palace, au Makkah Hotel ou au Hilton Suites Makkah. La Mecque propose également un éventail d’autres hôtels adaptés aux petits et grands budgets. Certains pèlerins choisissent de séjourner dans la cité de tentes de Mina, qui peut accueillir jusqu’à trois millions de personnes.
La ville offre également plusieurs lieux où dîner et même festoyer. On peut citer Albaik (pour les en-cas rapides) et Oasis (adapté aux végétariens). Il y a aussi Al Tazaj (pour les amateurs de cuisine du Moyen-Orient).
En conclusion
Le pèlerinage de La Mecque est une entreprise colossale. D’immenses foules se pressent dans de petits lieux saints. Comme nous l’avons vu, les pèlerins sont vulnérables aux contagions, aux bousculades et à la violence. Pourtant, les récompenses spirituelles sont immenses. C’est pourquoi les pèlerins se rendent en pèlerinage depuis l’époque de l’antique Mecque.


