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Minarets : Tours de la prière islamique

Les minarets sont apparus parce que les mosquées étaient structurellement modestes, et que les fidèles utilisaient de petites tours pour lancer leur appel à la prière. Selon les hadiths, la première communauté musulmane lançait l’appel à la prière depuis le toit de la maison du prophète Muhammad.

Les minarets de Sainte-Sophie

Les savants situent l’origine des minarets sous le califat omeyyade. Ces premiers minarets sont décrits comme des clochers d’églises en Syrie durant leurs premières années d’utilisation. L’architecture de ces minarets originels fut conçue pour s’harmoniser avec les tours d’églises syriennes.

Certains érudits avancent que ces tours syriennes s’inspiraient des ziggurats de Babylone et des sanctuaires assyriens de Mésopotamie. Les minarets ont fait l’objet de comparaisons tout au long de plusieurs siècles, héritage de ces antécédents que constituaient les clochers chrétiens.

Dans cet article, nos experts vous aideront à comprendre tout ce qu’il faut savoir sur les minarets, leur histoire, leur place dans le monde contemporain et leur signification dans la culture et la religion islamiques.

Qu’est-ce qu’un minaret ?

Le minaret est une caractéristique majeure de l’architecture islamique. On le décrit comme une tour de mosquée d’où l’appel à la prière islamique est lancé. Les minarets sont également désignés sous le terme manār ; en langue arabe, on les appelle manāra, qui désigne un lieu de feu ou de lumière. Des savants font également remonter le mot manāra à l’araméen, où il signifie « chandelier ». D’autres interprétations savantes rattachent le minaret au mot sawma’a — « cloître » ou cellule —, dont la traduction évoquerait la lumière brillante d’une lanterne dans un cloître. Un autre terme, mi’dhana, expression arabe moins courante, rend plus fidèlement le message du minaret et sa portée.

Un minaret est une tour islamique d’où les fidèles sont appelés à la prière cinq fois par jour par un crieur ou muezzin. Ces appels à la prière ont lieu à l’aube, à midi, dans l’après-midi, au coucher du soleil et enfin le soir. Ces hommes saints se tournent vers chacun des points cardinaux (est, ouest, nord et sud) lors de la récitation de l’appel ; cette disposition permet à leur voix de porter largement tandis qu’ils diffusent le message sacré.

Le muezzin est une personne tenue de faire preuve d’une grandeur de caractère, de compétences et d’une voix exceptionnelles. Il est responsable du maintien de la propreté de la mosquée à tout moment, notamment en déroulant les tapis, en nettoyant les toilettes et en veillant à ce que les lieux d’ablution — où les musulmans se lavent les mains, les pieds et le visage avant la prière — soient toujours impeccables.

Les minarets et les mosquées sont généralement reliés par un ou deux balcons ou galeries. C’est depuis ces galeries que le muezzin récite l’appel à la prière et annonce l’heure de la prière aux fidèles.

Les minarets se présentent sous des formes variées, qu’ils soient massifs et trapus, dotés de rampes en spirale, fins et délicats, ou encore élancés comme des crayons. Ces minarets, véritables emblèmes de l’islam, ont généralement une base carrée au point de jonction avec la mosquée. Au-dessus de cette base carrée, ils s’élèvent en étages circulaires, hexagonaux ou octogonaux, ponctués par un balcon en saillie. Le sommet est couronné d’un dôme bulbeux, d’un pavillon ouvert, voire d’un cône métallisé dont les parties supérieures sont richement ornées de sculptures. Les escaliers peuvent être intérieurs ou extérieurs. Certaines mosquées peuvent compter de un à six minarets.

À quoi sert un minaret ?

L’histoire ancienne atteste l’importance et l’origine du « minaret ». Le terme mi’dhanah désigne le lieu d’où l’heure de la prière est annoncée, bien qu’il apparaisse rarement dans les traités savants du Moyen Âge. Ce nom semble avoir totalement disparu depuis la découverte d’un autre mot courant, mandrah.

À l’origine, les mosquées étaient construites sans minarets. Celles édifiées du temps de Mahomet à Kuba et Médine étaient si modestes qu’il n’y avait pas d’espace pour y construire des minarets, même si l’expertise nécessaire avait existé à l’époque. Les savants rapportent que lorsque la première communauté musulmane s’installa à Médine, les fidèles priaient sans recourir à un appel à la prière (adhan). Mais lorsque les musulmans constatèrent que les Juifs utilisaient un cor et les chrétiens une crécelle, ils décidèrent d’adopter un procédé analogue.

Minaret de mosquée

Muhammad ordonna alors : « Lève-toi, ô Bilal, et rassemble les fidèles pour la prière. » Cette tradition ne tarda pas à s’enraciner. Al-Nawawi formula également cette injonction : « Rends-toi en un lieu élevé et lance l’appel à la prière. » Comme on pouvait s’y attendre, Bilal choisissait un emplacement où il pouvait être vu et entendu de tous.

Lors d’un autre épisode, Bilal lança un appel à la prière depuis le haut d’une maison voisine de la mosquée. Dans des ouvrages ultérieurs, des savants ajoutèrent qu’un muezzin pouvait également lancer l’appel à la prière en chemin. Les exemples de Muhammad et Bilal furent suivis, bien qu’ils ne fussent pas formellement codifiés.

Ainsi, s’il s’agit d’une grande mosquée, il n’y a aucun inconvénient à ce que le muezzin lance l’appel à la prière dans plusieurs directions afin de rassembler les fidèles et de commencer la prière en même temps. Avant Maslamah ibn Mukh, l’un des gouverneurs d’Égypte, ordonna l’agrandissement de la mosquée. Le gouverneur souhaitait construire une hauteur surélevée pour l’adhan, aussi Maslamah fit-il édifier quatre clochers surélevés aux quatre coins pour les muezzins.

Les premiers minarets célèbres apparurent au IXe siècle sous le règne abbasside mais ne furent véritablement utilisés qu’à partir du XIe siècle. Ces premiers minarets se dressaient au milieu du mur opposé au mur de la qibla et comprenaient trois étages. Les plus anciens minarets connus se trouvent dans la Grande Mosquée de Kairouan, en Tunisie, dont la construction remonte à 836 apr. J.-C.

Depuis lors, les minarets se déclinent en formes rondes, carrées, spiralées ou octogonales. Construits à partir de matériaux aisément disponibles, leur apparence varie également en fonction de la région. Le plus haut minaret du monde est celui de la mosquée Hassan-II à Casablanca, au Maroc, culminant à 210 mètres. S’il n’existe pas de nombre prescrit de minarets par mosquée, leur présence y est néanmoins attendue.

Si la construction de ces tours mosquées varie, leur vocation reste la même : permettre aux hommes saints, les muezzins, de lancer l’appel à la prière au moment opportun.

La croyance des musulmans concernant les minarets : leur signification

Mosquée avec minarets

Les musulmans considéraient que les minarets, qui constituent la meilleure confirmation de la proximité d’une mosquée, remplissaient plusieurs fonctions. Les minarets servaient de centre d’activités sociales, de lieu de prière, où tous les enseignements relatifs à Mahomet et au Saint Coran étaient orchestrés et dispensés. Ils servaient également de tribunal, de lieu de transactions financières et monétaires, et enfin de centre administratif et bureaucratique.

Le minaret, tour qui a rempli des fonctions défensives et de communication, était perçu dans l’Antiquité comme un symbole de pouvoir et de domination. Cela s’explique par l’association durable entre l’élévation, la supériorité, la divinité et le pouvoir absolu. Ainsi, les cités et les nations considèrent-elles leurs tours avec la plus grande vénération. Le minaretsymbolise également divers principes, traditions, systèmes de valeurs et formes de sagesse.

Le minaret a rassemblé les multiples significations possibles des éléments de l’existence humaine dans les domaines politique, social et religieux, tout en conservant sa finalité première : réunir les membres de la communauté. Face aux défis mondiaux contemporains, la nécessité de coopération et de solidarité impose de unir les forces pour relever les défis à venir, d’où l’importance de l’unité du genre humain face à ces minarets élevés.

L’époque contemporaine

Par ailleurs, les architectes modernes ont prouvé qu’ils peuvent concevoir des mosquées contemporaines qui parlent aux jeunes générations de la religion islamique tout en préservant la tradition religieuse. Cependant, l’idée de construire une mosquée dotée d’un minaret commence à s’estomper. Les architectes ont pris conscience que la construction de mosquées avec minarets apparaît de plus en plus désuète et démodée.

Ils estiment que cette approche moderne décrit mieux l’identité des musulmans d’aujourd’hui, perçus comme des personnes attachées à leurs convictions religieuses et à leur patrimoine tout en relevant positivement les défis de la modernité urbaine.

Les mosquées modernes se composent souvent de deux bâtiments : l’un est utilisé comme dépôt par une entreprise de sécurité, tandis que l’autre est construit sous la forme d’un cube de béton doté d’un voile d’ornementation en réseau ancien. Ce dernier masque les fenêtres dans le style mashrabiya ; en l’absence des décorations et de l’enseigne sur la porte, il serait difficile de deviner qu’il s’agit d’une mosquée.

Mosquée roi Abdallah Ier

D’autres modifications incluent l’abandon de la diffusion de l’adhan par haut-parleurs : le muezzin entame donc l’appel à la prière de sa voix naturelle, debout devant la porte de la mosquée. La nécessité de diffuser l’adhan dans plusieurs directions ne pose plus de difficulté, puisque le muezzin se tient à la porte de la mosquée. Ainsi, la fonction du minaret a été supprimée au fil de la modernisation.

Un exemple encore plus frappant d’une petite mosquée sans minaret est le centre communautaire Bishop’s Way à Londres, qui s’intègre discrètement dans le paysage urbain londonien.

Le seul moyen de l’identifier comme une mosquée est le symbole qui rappelle la tradition ancienne de la mosquée, ainsi que l’enseigne à l’entrée. Un autre exemple se trouve au cœur du quartier Muhimmat dans la ville de Nasr, au Caire, en Égypte. Ces mosquées sont dépourvues de minarets et possèdent un lanterneau incliné caractéristique qui les distingue de la mosquée classique au dôme arrondi.

L’adhan est diffusé par des haut-parleurs de 3,5 m de haut ; l’un est placé près du mur extérieur à proximité de l’entrée, l’autre à l’arrière près du lanterneau, les deux orientés dans des directions opposées.

Ces haut-parleurs permettent de transmettre efficacement le message de l’adhan à tout le quartier ; ainsi, malgré le volume élevé de l’appel à la prière de certaines mosquées voisines, le son des haut-parleurs est audible jusque dans la rue. Les inscriptions calligraphiées sur le mur permettent aux passants d’identifier l’entrée principale de la mosquée et de comprendre qu’un lieu de culte se trouve à cet endroit.

D’autres conceptions atypiques de mosquées ont également été observées, comme la Globe Town Mosque à Londres. Les architectes de ces mosquées s’efforcent de s’intégrer à la modernité urbaine, face aux craintes de pressions sociales et politiques, si bien que ces édifices ressemblent parfois à des supérettes ou des bureaux.

Ces changements audacieux dans les mosquées modernes sans minarets font que les architectes contemporains donnent à ces édifices une apparence qui s’éloigne de celle d’une mosquée traditionnelle. Sur le plan de la forme et des prescriptions religieuses, les mosquées modernes ne répondent plus à un modèle attendu permettant aux passants, aux piétons et aux musulmans de les identifier d’emblée.

Néanmoins, les mosquées et les lieux de culte sont des équipements publics. Il est essentiel de disposer de moyens d’identification, que ce soit par le biais de motifs et d’ornements décoratifs, et non uniquement en lisant des enseignes pour les trouver.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 20 mars 2024