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Life Expectancy in Libya

Une espérance de vie élevée en Libye reste insaisissable et n’est en rien proche de constituer une panacée. On peut prendre le pouls d’une société en examinant ses chiffres d’espérance de vie. Une courbe ascendante est un signe positif, et une courbe stable implique une société établie. Cependant, la courbe libyenne n’a jamais été régulière, reflétant un chemin semé d’embûches pour le pays.

Cet article examine l’espérance de vie en Libye, la compare à celle des pays voisins et retrace son évolution sous le régime autoritaire. Nous avons consulté les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) afin d’en dégager des tendances et d’envisager les perspectives à venir.

Quelle est l’espérance de vie en Libye ?

Espérance de vie en Libye

L’espérance de vie est une estimation moyenne de la durée de vie d’un groupe de population donné. La récente évaluation de l’OMS situe l’espérance de vie en Libye à 71,9 ans — 75 ans pour les femmes et 69 ans pour les hommes. Cette estimation n’a rien de surprenant, les femmes vivant légèrement plus longtemps que les hommes à l’échelle mondiale, une tendance que la Libye reflète fidèlement.

Il convient toutefois de noter que différents groupes au sein de la population libyenne présentent des espérances de vie variables. Par exemple, les groupes marginalisés, en particulier les minorités, tendent à afficher des espérances de vie inférieures.

Comment l’espérance de vie en Libye se compare-t-elle ?

La Libye affiche une espérance de vie faible comparée à nombre de ses voisins d’Afrique du Nord. Son voisin tunisien est en tête, avec une espérance de vie estimée à 72,3 ans. L’Algérie, autre pays frontalier, surpasse également la moyenne libyenne. En revanche, l’espérance de vie libyenne dépasse légèrement celle de l’Égypte, mais la marge reste étroite.

Comparée à d’autres pays déchirés par la guerre dans la région, l’espérance de vie libyenne s’en sort plutôt bien. En Somalie, par exemple, l’espérance de vie peut descendre jusqu’à 55 ans. Les Libyens peuvent également espérer vivre plus longtemps que leurs homologues au Yémen, en Syrie, en Afghanistan et en Irak.

Mais comparée aux pays riches en pétrole, l’espérance de vie de la Libye n’approche même pas les standards de ces nations. Le Koweït et l’Arabie Saoudite, par exemple, affichent des résultats bien supérieurs. Le Koweït a une espérance de vie moyenne de 73,4 ans, en dépit des réserves pétrolières considérables de la Libye. Si la Libye disposait de paysages politiques et économiques stables, le pays pourrait viser des espérances de vie similaires à celles des autres États riches du Golfe. Cependant, un tel objectif reste difficile à atteindre à court terme.

Comment l’État libyen a-t-il influencé l’espérance de vie ?

La Libye est devenue indépendante en 1951, avec une espérance de vie de seulement 35 ans. Bien que la Libye soit considérée comme un pays « riche en ressources » grâce à ses réserves pétrolières, sa population demeurait en dessous du seuil de pauvreté. L’augmentation de l’espérance de vie entre 1950 et 1969 est restée faible, malgré une évolution comparable à celle des pays voisins eux-mêmes englués dans les conflits de la région.

Les premières années du régime révolutionnaire ont enregistré une croissance de l’espérance de vie. L’augmentation est restée toutefois modeste. L’augmentation annuelle en pourcentage était inférieure à celle de la fin des années 1960, mais la courbe demeurait stable. Le gouvernement a investi dans les soins de santé publics, mais ces améliorations n’ont pas compensé les conditions problématiques propres à un État post-révolutionnaire.

La guerre de 2011 a mis fin à cette tendance de croissance modeste. Entre 2009 et 2013, l’espérance de vie a légèrement diminué, d’environ 0,3 % seulement. Il convient de noter qu’une diminution, même minime en pourcentage, est significative. Les progrès de la médecine et de la technologie sont censés accroître la longévité des populations, mais les conflits affectent défavorablement l’espérance de vie globale. À mesure que les conflits se sont apaisés, de légères hausses de l’espérance de vie ont repris.

L’espérance de vie en Libye sous Kadhafi : pourquoi cette hausse fut-elle si modeste ?

Le dictateur libyen Mouammar al-Kadhafi

Lorsque le général Mouammar Kadhafi est arrivé au pouvoir après le soulèvement de 1969, il a aligné le pays sur l’URSS durant la guerre froide et promu des idéaux communistes en Libye. Il était un leader populiste célèbre dans le pays, mais mal vu par le monde occidental. Il a nationalisé des industries majeures, notamment en instaurant une gratuité des soins de santé pour tous. Cette mesure allait à l’encontre des démocraties capitalistes.

En dépit d’investissements massifs dans la santé, les gains d’espérance de vie sont restés minuscules. Entre 1970 et 1978, les augmentations en pourcentage n’étaient que de 1 à 2 % et ont commencé à décliner de façon continue les années suivantes. Les experts attribuent cette baisse à la direction du pays et aux bouleversements constants qu’il a connus. Après une révolution, les services et les approvisionnements sont perturbés, et le régime nouvellement institué a besoin de temps pour s’installer. Il comble le vide politique, et les réformes sanitaires, parmi bien d’autres questions cruciales de réforme nationale, ont été reléguées au second plan et n’ont pas pris effet immédiatement.

En plus de ces perturbations, le général Kadhafi est également devenu plus imprévisible et a concentré son attention sur la politique étrangère.

Quelles sont les principales influences sur l’espérance de vie en Libye ?

En 2018, l’OMS a indiqué que la première cause de mortalité parmi les Libyens est la maladie coronarienne. Celle-ci est responsable de 25,9 % des décès en Libye. Ce pourcentage est élevé selon les normes mondiales. Le manque d’accès à une alimentation saine contribue à ce problème. Si les maladies cardiaques étaient réduites, l’espérance de vie libyenne pourrait augmenter de manière significative.

En Libye, on observe des taux d’obésité élevés et une prédilection pour les aliments riches en cholestérol. Les régimes traditionnels incluant couscous, pois chiches, fèves et produits frais, par exemple, sont difficiles à maintenir dans le pays. L’importation de denrées fraîches est également complexe, ce qui affecte négativement l’alimentation libyenne.

La Libye affiche le troisième taux de maladies rénales le plus élevé au monde. Cette pathologie survient souvent chez les patients souffrant d’hypertension ou de diabète. Le mauvais accès à une alimentation saine est un facteur important dans ces deux affections. Une économie plus stable en Libye pourrait permettre de meilleurs réseaux d’importation de fruits et de légumes. Une plus grande disponibilité de fruits et légumes frais pourrait accroître l’espérance de vie de la population.

Homme libyen fumant le narguilé

Un autre problème de santé est le taux élevé de tabagisme chez les adultes libyens. Les données montrent que les adultes libyens consomment des produits liés au tabac à un taux relativement plus élevé que leurs homologues européens. Environ 25 % des hommes adultes en Libye consomment du tabac quotidiennement, tandis que la proportion de fumeuses est bien inférieure. Les Libyens sont cependant conscients des risques associés à la consommation de tabac. De nombreux adultes ont cessé de fumer de leur propre initiative. Un système fonctionnel de soins préventifs constituerait un atout majeur pour réduire les décès liés au tabac.

Les choix de mode de vie sain ne sont pas toujours accessibles aux Libyens. En raison de cette absence apparente d’options, les praticiens médicaux ont exprimé des préoccupations majeures. Des problèmes de santé tels que la maladie d’Alzheimer, les maladies rénales et les maladies pulmonaires auraient pu être évités grâce à des soins préventifs. Une réduction du tabagisme et une alimentation plus saine pourraient atténuer ces risques.

Après les crises cardiaques, les guerres et les conflits constituent une cause significative de mortalité libyenne. Comme tout conflit affecte négativement tout pays ou communauté, la Libye n’échappe pas à ses effets néfastes sur l’espérance de vie. Les décès liés à la guerre représentent environ 11 % de la mortalité, bien que ces chiffres restent imprévisibles. Les jeunes meurent davantage en temps de guerre que de toute autre cause pathologique. Plutôt que de vivre plus longtemps et de mourir de causes naturelles, les jeunes sont plus exposés au risque de décès en période de conflit.

Comment les privations ont-elles affecté l’espérance de vie en Libye ?

L’ampleur des problèmes internes et externes de la Libye est difficile à mesurer. Les tensions persistent, et la réalisation d’enquêtes précises peut s’avérer délicate. Les données de l’OMS montrent que plus d’un million de Libyens ont souffert de la faim au cours de la dernière décennie. Au total, 650 000 personnes n’ont eu qu’un accès intermittent à l’eau potable et à des installations sanitaires adéquates. Ces privations engendrent une multitude de problèmes de santé qui ne se résolvent pas rapidement.

Le conflit a causé des blessures physiques à 30 000 personnes en Libye. Certaines ont été blessées pendant les combats, mais ce sont les personnes déplacées qui ont été les plus touchées. Les Libyens pourraient mettre des décennies à se remettre de leurs blessures, et certaines seront permanentes. Ce problème exercera une pression sur les chiffres de l’espérance de vie. Il est encore impossible de déterminer l’ampleur des dommages à long terme.

Longévité moyenne en Libye : les perspectives

Les perspectives d’une espérance de vie plus élevée en Libye restent plutôt sombres, pour ne pas dire incertaines. Il semble toutefois y avoir une lueur d’espoir. De nos jours, un nombre croissant de Libyens ont accès à l’assainissement de base, tandis que d’autres accèdent progressivement à l’approvisionnement alimentaire. Cependant, il ne s’agit pas nécessairement d’une alimentation standard et saine. Les taux de vaccination infantile sont relativement élevés.

En matière d’alphabétisation, les Libyens sont généralement lettrés et bien instruits. Lorsque cela est disponible et réalisable, ils peuvent participer aux soins de santé et les financer. La baisse de leurs taux de tabagisme témoigne de leur engagement.

Malheureusement, l’instabilité n’est pas terminée en Libye. L’instabilité systémique contribue à la plupart des affections limitant l’espérance de vie dans le pays. Actuellement, deux gouvernements revendiquent le pouvoir en Libye. L’un est basé à Tobrouk, l’autre à Tripoli. Un règlement du différend est indispensable. Une fois la paix revenue, les Libyens pourront, espérons-le, envisager une vieillesse plus longue.

Conclusion

Drapeau national de la Libye

L’espérance de vie en Libye est passée d’environ 35 à 72 ans. C’est un changement significatif et positif. Il a cependant fallu 70 ans pour y parvenir. La quasi-totalité des pressions exercées sur l’espérance de vie en Libye pourrait être allégée par la stabilité. Une alimentation plus saine, des soins préventifs et l’absence de guerre y contribueraient grandement.

La plus grande menace pesant sur l’espérance de vie en Libye reste la perspective de nouveaux conflits. Le changement de régime de 1969 a eu des effets contrastés. Malheureusement, une guerre future est une possibilité bien réelle.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 20 mars 2024