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Deir el-Bahari : Découvrir les secrets du temple mortuaire de la reine Hatchepsout

Sur la rive ouest du Nil, directement en face du complexe temple de Karnak à Louxor, se trouve Deir el-Bahari, un complexe de temples mortuaires et de tombes, et la demeure finale de la reine Hatchepsout.

Temple de Deir el-Bahari

Le complexe est surtout connu aujourd’hui pour le temple mortuaire d’Hatchepsout, taillé dans la roche au pied des falaises surplombant le Nil.

Certaines des tombes et des temples mortuaires remontent au Moyen Empire (v. 2040 – v. 1782 av. J.-C.), mais le site est surtout connu comme le tombeau du pharaon du Nouvel Empire Hatchepsout. Il est considéré comme l’un des plus beaux temples au monde en raison de son architecture unique et novatrice.

Qu’est-ce que Deir el-Bahari ?

Deir el-Bahari est un complexe de temples mortuaires et de tombes surtout célèbre pour les temples mortuaires du pharaon de la 11e dynastie Mentouhotep II et du pharaon de la 18e dynastie Hatchepsout. Il abrite en outre le temple mortuaire de l’héritier d’Hatchepsout, le conquérant roi Thoutmosis III. De nombreuses tombes non royales appartenant à des fonctionnaires et des artisans ont été découvertes aux abords du complexe.

Le début de la période du Moyen Empire marque une nouvelle étape de l’histoire égyptienne

Des siècles avant que le temple d’Hatchepsout ne soit édifié, l’Égypte traversait une période de fragmentation politique connue sous le nom de Première Période intermédiaire (v. 2181 – v. 2055 av. J.-C.). L’effondrement de l’Ancien Empire entraîna la création de deux royaumes distincts en Haute et Basse-Égypte. Les tensions entre les deux royaumes culminèrent la 14e année du règne du roi Mentouhotep II, qui gouvernait la Haute-Égypte depuis Thèbes.

Mentouhotep II réunifie l’Égypte sous son autorité

Mentouhotep II vainquit la 10e dynastie basée à Héracléopolis et réunifia l’Égypte v. 2040 av. J.-C., inaugurant une nouvelle ère. Le pharaon entreprit de restaurer l’autorité royale en réduisant le pouvoir des nomarques dans les provinces.

Mentouhotep nomma un vizir à la tête du gouvernement ainsi que de nombreux autres fonctionnaires qui contrôlaient les nomarques et renforçaient le pouvoir du roi. Une fois sa base de pouvoir assurée, le roi se sentit libre de se lancer dans une série de projets de construction ambitieux à travers l’Égypte.

Le pharaon rompt avec la tradition de l’Ancien Empire et bâtit un type de tombe nouveau

Avec le début du Moyen Empire, le siège du pouvoir passa de l’ancienne capitale de Memphis, dans le delta du Nil, à Thèbes. L’antique pratique de la construction de pyramides fut abandonnée au profit de temples mortuaires, que les Égyptiens appelaient « Temples de Millions d’Années. »

Relief en pierre à Deir el-Bahari en Égypte

Le temple mortuaire de Mentouhotep II et ses innovations architecturales

Le temple mortuaire de Mentouhotep fut le premier temple mortuaire de ce type à être construit en Égypte. Il se compose d’une cour antérieure et d’une porte d’entrée, et est ceint de murs sur trois côtés. On y trouve une grande structure carrée dressée sur une terrasse. La proximité de Karnak a conduit les égyptologues à penser que le temple était la destination finale de la barque d’Amon apportée annuellement à Deir el-Bahari depuis Thèbes.

Dans la partie intérieure du temple taillée dans la roche, on trouve une cour péristyle et un hypostyle, ainsi qu’un couloir souterrain menant au tombeau du roi. Les ruines jonchées de débris du temple mortuaire furent d’abord fouillées en 1859, lorsque le tombeau vide de l’une des épouses du pharaon fut découvert. Si le tombeau lui-même avait été pillé dans l’Antiquité, les archéologues ont trouvé plusieurs statues bien conservées du roi.

Qu’est-ce qui rend le temple mortuaire de Mentouhotep unique ?

Le temple mortuaire de Mentouhotep II perpétua la tradition de l’Ancien Empire de construire deux temples distincts : le temple haut et le temple de la vallée. Le premier fut construit à Deir el-Bahari, tandis que le second se dressait près du Nil.

Le temple de la vallée était relié au temple haut par une chaussée de 0,7 mille et de 150 pieds de large qui ne fut pas préservée. La structure centrale était entourée de terrasses et de promenades couvertes qui représentent une innovation architecturale majeure. Le temple mortuaire de Mentouhotep servit d’inspiration pour les temples érigés à Deir el-Bahari plusieurs siècles plus tard.

L’âge d’or de l’Égypte antique sous la 18e dynastie

Le Moyen Empire d’Égypte, largement pacifique et prospère, tomba aux mains d’envahisseurs étrangers au XVIIe siècle av. J.-C. Un peuple asiatique belliqueux, les Hyksos, qui vivaient déjà en Basse-Égypte depuis des siècles, vainquit la dynastie égyptienne autochtone et établit la sienne dans le delta du Nil.

Les Hyksos dominèrent l’Égypte pendant deux siècles. Leur règne changea l’Égypte à jamais, car les Hyksos introduisirent le cheval et le char, ainsi que des armes perfectionnées que les Égyptiens utiliseraient plus tard dans leurs propres conquêtes.

La dynastie la plus puissante d’Égypte bâtit un empire

Ahmôsis Ier est crédité d’avoir vaincu les Hyksos et d’avoir réunifié l’Égypte une fois de plus. Ses successeurs poursuivirent sa politique expansionniste. Thoutmosis Ier** mena des campagnes profondément en Syrie** et atteignit le fleuve Euphrate, ayant déjà placé une grande partie du Levant sous son contrôle.

Ce fut une époque de grande prospérité pour l’Égypte. Les rois successifs édifièrent des monuments spectaculaires à travers l’Égypte, dont beaucoup ont été préservés jusqu’à nos jours. Il fallut cependant une reine pour ériger l’un des édifices les plus emblématiques de l’histoire de l’Égypte ancienne.

Hatchepsout : La souveraine femme la plus puissante d’Égypte

L’un des pharaons les plus célèbres d’Égypte entra dans les annales de l’histoire comme la fille de Thoutmosis Ier et la demi-sœur de son fils et héritier, Thoutmosis II. Suite au décès de son mari et demi-frère, Hatchepsout devint régente, mais assuma par la suite les pleins pouvoirs pharaoniques et régna en son propre nom.

Bien que la durée de son règne reste incertaine, les égyptologues s’accordent à dire que son règne fut l’une des périodes les plus pacifiques et prospères de l’histoire égyptienne. Hatchepsout construisit un temple mortuaire à Deir el-Bahari, lui-même partie intégrante de la nécropole thébaine.

Une architecture monumentale en l’honneur des dieux

Hatchepsout commanda de nombreux projets de construction à travers l’Égypte. Des temples dédiés à Amon, Hathor, Horus, et d’autres divinités importantes soulignaient le lien de la reine avec les dieux et légitimaient son règne aux yeux de ses sujets.

L’ardeur d’Hatchepsout à accroître son prestige se manifeste également dans l’attention considérable accordée à la restauration des monuments existants tels que les temples et les obélisques, tant en Haute qu’en Basse-Égypte. Le temple de Deir el-Bahari d’Hatchepsout constitue l’accomplissement suprême du règne de la reine.

Un joyau dans le désert : Le temple mortuaire d’Hatchepsout

Le temple mortuaire d’Hatchepsout à Deir el-Bahari fut probablement conçu par l’architecte de la reine, Sénènmout, le Surintendant des Travaux, qui pouvait aussi être son vizir. La caractéristique principale du temple est ses trois terrasses, chacune aboutissant à un portique.

Une chaussée longue de 0,62 mille reliait le temple haut au temple de la vallée. Les terrasses, à leur tour, étaient accessibles par des rampes de 121 pieds de long. La terrasse inférieure mesure 390 sur 75 pieds et contient des portiques de 82 pieds de large avec 22 colonnes chacun. La terrasse médiane mesure 246 sur 300 pieds avec deux portiques, celui de l’ouest et celui du nord, contenant respectivement 22 et 15 colonnes, chacune disposée en deux rangées.

Sur cette terrasse, on trouve la représentation de la célèbre expédition au pays de Pount, initiée par Hatchepsout. Les angles sud-ouest et nord-ouest de la terrasse médiane abritent les chapelles d’Hathor et de Rê. Une chapelle plus petite dédiée à Anubis se trouve à l’extrémité nord.

La chapelle d’Amon : Le cœur sacré du temple

Hatchepsout dédia son temple au dieu d’État Amon, dont le siège cultuel se trouvait à Karnak, à Thèbes, et qui était associé à la majesté de l’Égypte et au pouvoir pharaonique. La chapelle d’Amon est située à l’arrière du temple, et c’est là que les cérémonies sacrées étaient accomplies par les grands prêtres et le pharaon.

La demeure finale de la reine se trouve dans la proche Vallée des Rois

Deir el-Bahari garde l’entrée de la Vallée des Rois, où la plupart des pharaons des 18e et 19e dynasties ultérieurs furent inhumés. Le tombeau du pharaon Hatchepsout est situé dans la partie la plus orientale de la vallée.

Le tombeau fut agrandi et recréusé à plusieurs reprises, notamment du vivant d’Hatchepsout elle-même, pour accueillir la sépulture de son père Thoutmosis Ier et de la reine elle-même. Les héritiers d’Hatchepsout construisirent leurs propres tombeaux dans la vallée en raison de sa position favorable et de la proximité de Thèbes et de Deir el-Bahari.

Hatchepsout et Thoutmosis III : Une relation troublée

À bien des égards, Hatchepsout établit un modèle d’inhumations royales qui serait suivi par ses successeurs sur le trône. D’autres pharaons de la 18e dynastie cherchèrent à égaler ses monuments grandioses, mais son temple mortuaire à Deir el-Bahari demeure une pièce d’architecture unique.

Hatchepsout jouit peut-être d’un règne de 21 ans, une époque de prospérité sans précédent durant laquelle l’Égypte resta en paix avec ses voisins et commerça abondamment avec la Nubie et le Levant. La reine succomba probablement à un cancer des os vers l’âge de 50 ans.

Thoutmosis III tente d’effacer la mémoire d’Hatchepsout

Le successeur d’Hatchepsout, Thoutmosis III, ordonna que son nom soit retiré du registre pharaonique dans ce qui fut peut-être une tentative de délégitimer son règne. Ses cartouches et ses statues furent renversés ou fracassés, et même son temple mortuaire à Deir el-Bahari fut vandalisé. Les égyptologues ont avancé plusieurs théories quant au mobile de Thoutmosis pour retirer le nom de sa tante des registres historiques.

La théorie la plus ancienne et la plus populaire parmi les égyptologues d’autrefois affirmait que Thoutmosis agissait par vendetta personnelle contre Hatchepsout, qui l’avait marginalisé et s’était emparée du trône pour elle-même au lieu de se satisfaire de la position de régente.

Cette théorie a été largement rejetée par les égyptologues modernes car elle n’explique pas pourquoi le pharaon attendit deux décennies pour assouvir sa vengeance. Selon une autre théorie, Thoutmosis décida d’exclure Hatchepsout du registre royal en raison de son sexe. Une femme pharaon couronnée de succès pourrait créer un précédent dangereux encourageant d’autres femmes royales à revendiquer le trône en leur propre nom.

Le mobile de Thoutmosis demeure un mystère, cependant, et il ne semble pas y avoir eu d’effort systématique pour effacer la mémoire d’Hatchepsout.

Conclusion

Temple mortuaire d'Hatchepsout à Deir el-Bahari

Le temple mortuaire d’Hatchepsout à Deir el-Bahari se distingue comme un exemple du génie créatif des anciens Égyptiens. Il marqua le début d’un âge nouveau et glorieux de l’histoire égyptienne. Voici pourquoi Deir el-Bahari est l’une des réalisations les plus importantes de l’Égypte antique :

  • La construction du temple mortuaire de Mentouhotep marqua une rupture avec le style architectural de l’Ancien Empire
  • Il présagea l’essor du culte d’Amon comme dieu le plus important du panthéon égyptien
  • Le temple présente certains des plus beaux exemples de l’art de l’Égypte antique
  • Il s’agit de l’un des temples égyptiens les mieux préservés antérieurs à la période ptolémaïque

Le temple funéraire de la reine Hatchepsout à Deir el-Bahari nous offre un aperçu unique du passé et s’érige en rappel de la grandeur de l’Égypte ancienne.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 29 février 2024