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Le Traité anglo-égyptien de 1936 — Un traité de l'entre-deux-guerres dans un monde d'après-guerre

Comprendre le traité anglo-égyptien exige de connaître ce qui se déroula en Égypte durant l’entre-deux-guerres. Au cours de cette période, une Égypte instable négocia avec l’Empire britannique. Les dirigeants égyptiens s’efforcèrent de reconquérir leur indépendance par la signature d’un traité.

Pour comprendre le traité, il convient d’examiner les points suivants :

  • La situation de l’Égypte en 1936
  • Les dispositions du traité
  • Les changements qui en résultèrent
  • Le succès ou l’échec du traité
  • Les développements que le traité influença

Mais avant d’approfondir ces points, prenons un aperçu rapide des promesses du traité.

Que promettait le traité anglo-égyptien ? Un résumé rapide

Troupes britanniques stationnées en Égypte lors du traité anglo-égyptien

Les traités internationaux sont complexes, et celui-ci ne fit pas exception.

Voici un résumé des principales dispositions du traité anglo-égyptien de 1936 :

1. Les troupes britanniques stationnées en Égypte sont limitées à 10 000 hommes en temps de paix.

Cependant, cette limitation permettait encore d’ajouter du personnel administratif au-delà du plafond de 10 000 soldats. Le traité autorisait également 400 pilotes supplémentaires stationnés dans la zone du canal de Suez avec les troupes.

2. Toutes les troupes britanniques devaient être redéployées hors des villes égyptiennes et stationnées dans la zone du canal de Suez.

La zone du canal de Suez représentait la position stratégique la plus importante de l’Empire britannique, car elle lui assurait un accès direct vers l’Inde et servait de base pour les communications.

3. En 1944, en temps de paix, les troupes britanniques devaient quitter Alexandrie.

Dans le traité, cette clause constituait un changement stratégique majeur pour la présence militaire britannique sur la mer Méditerranée, car Alexandrie revêtait une importance stratégique considérable.

4. L’Égypte enverrait un ambassadeur au Royaume-Uni et en recevrait un en retour, remplaçant ainsi le traditionnel haut-commissaire.

Un haut-commissaire était présent dans les protectorats et territoires britanniques avant le traité. Recevoir un ambassadeur constituait dès lors le protocole plus approprié pour un État indépendant. Ce changement représentait une reconnaissance tacite de l’indépendance de l’Égypte.

5. L’Égypte obtint le droit de conclure des traités avec d’autres pays de manière indépendante.

Cependant, ce droit souverain de conclure des traités avec d’autres pays n’était envisageable qu’à la condition que les traités conclus par l’Égypte n’entrent pas en contradiction avec le traité anglo-égyptien de 1936.

6. La présence des troupes britanniques dans la zone du canal de Suez était soumise à un examen futur. Si l’armée égyptienne pouvait protéger le commerce d’ici 1956, les troupes britanniques devaient se retirer. 7. L’armée égyptienne retournerait au Soudan. Une fois l’armée égyptienne au Soudan, le traité stipulait qu’elle établirait une gestion conjointe et appropriée.

L’Empire britannique et l’Égypte avaient conquis le Soudan ensemble à l’origine. Au fil des années, le contrôle avait glissé de l’Égypte vers le Royaume-Uni. L’Égypte souhaitait recouvrer ce contrôle.

Le traité consacra également certaines parties du statu quo en Égypte.

8. En temps de guerre, les forces britanniques conservaient le droit d’utiliser les ports, les routes et les aéroports égyptiens.

9. L’Égypte promit également de fournir toute l’assistance disponible aux forces britanniques en temps de guerre. 10. Le droit des forces britanniques à une présence au Soudan fut formellement reconnu.

Quelle était la situation de l’Égypte en 1936 ?

Pyramides d'Égypte en 1936

L’Égypte était formellement indépendante en 1936, sous le règne du roi Fouad Ier. Ce statut d’indépendance était intervenu en 1919, après un soulèvement généralisé. Le gouvernement britannique avait admis que le statut de protectorat n’était plus approprié. Cette indépendance demeurait cependant une simple technicalité pour l’Égypte, et la véritable autonomie n’était pas encore au rendez-vous.

En 1936, le traumatisme de la Première Guerre mondiale était encore très présent dans l’esprit des Égyptiens. Beaucoup de fils et de maris avaient été recrutés, conscrits pour prêter assistance aux forces britanniques. Les civils se souvenaient que leurs écoles, hôpitaux et rues avaient été réservés à un usage militaire.

Le parti nationaliste Wafd était populaire, même après l’arrivée d’une indépendance nominale. Les sujets égyptiens avaient conscience qu’une présence militaire britannique significative demeurait. Des expatriés britanniques possédaient de grandes entreprises et conservaient une influence considérable dans la société égyptienne. De nombreux sujets britanniques en Égypte n’étaient pas soumis au droit égyptien.

Le soutien à une plus grande autonomie nationale était omniprésent. Les Égyptiens divergeaient quant à la forme que devait prendre ce changement. Nationalistes libéraux et conservateurs religieux s’affrontaient. La plupart convergeaient toutefois sur un point : le changement était souhaitable.

Qui gouvernait l’Égypte au moment du traité ?

Le roi Fouad négocia une grande partie du traité avec les membres de son gouvernement. Différentes factions de la classe politique égyptienne participèrent à l’équipe de négociation. L’Égypte disposait d’un parlement composé de factions aux visions variées pour l’avenir du pays. Le roi jouissait d’un avantage considérable pour faire avancer ses politiques préférées. Il pouvait dissoudre le Parlement, ce qu’il fit lorsque celui-ci s’opposa à son programme.

Fouad jouissait d’une réputation solide. Il manœuvra habilement face à ses adversaires intérieurs et internationaux. La tourmente survint après la mort du roi Fouad, alors que le traité de 1936 entrait officiellement en vigueur.

Le nouveau roi, Farouk Ier, était un jeune homme rappelé pour pleurer son père au milieu de ses études. Le roi Farouk préparait son entrée à la Royal Military Academy de Woolwich, mais il échoua à l’examen. Selon certains de ses précepteurs, il manquait de capacité d’application.

Rappelé pour monter sur le trône à la mort de son père, le jeune Farouk avait une tâche ardue sur les bras. Les troupes britanniques occupaient encore des casernes dans toute l’Égypte. L’armée britannique déplaçait des hommes et établissait des bases en toute impunité. Ils ne servaient pas l’Égypte directement et n’étaient pas soumis au droit égyptien. Dans un monde troublé, le désir d’indépendance s’opposait au risque d’une nouvelle invasion.

Quels changements le traité promut-il ?

Forces britanniques lors du traité

Les principes du traité soutinrent une progression atténuée vers l’indépendance. L’Égypte pouvait agir plus librement, mais pas autant que les nationalistes l’espéraient. Les forces britanniques pouvaient toujours intervenir en période de conflit. À la fin des années 1930, les conflits ne manquaient pas, et de surcroît, la Seconde Guerre mondiale se profilait à l’horizon.

Bien que l’Égypte pût nominalement mener une politique étrangère indépendante, ses marges de manœuvre demeuraient réduites. Les clauses du traité l’obligeant à aider les forces britanniques limitaient ses options.

L’Égypte fut privée du contrôle effectif de la zone du canal de Suez en raison des encampements britanniques qui s’y trouvaient.

Le canal réduisait considérablement la distance maritime entre l’Asie et l’Europe, ce qui en faisait un atout stratégique de premier ordre.

Le canal de Suez était crucial pour le commerce international, même en temps de paix. La présence de troupes britanniques autour du canal limitait l’influence du gouvernement égyptien à l’étranger.

La plupart des dispositions du traité devaient être révisées vingt ans plus tard, en 1956. Les événements mondiaux et leurs conséquences sur l’Égypte firent que le traité n’eut jamais l’occasion d’atteindre sa date de révision.

Le traité anglo-égyptien de 1936 a-t-il fonctionné ?

On peut décomposer cette question en trois parties. D’abord, il convient de se demander : « le traité a-t-il atteint les changements promis ? » Ensuite, il faut examiner s’il s’agissait du changement que les signataires avaient l’intention d’obtenir. Enfin, il faut réfléchir à son efficacité à plus long terme.

1. Le traité anglo-égyptien de 1936 a-t-il produit des changements ?

Oui, le traité atteignit certains des changements promis, mais pas tous. Les forces britanniques furent redéployées dans la zone du canal de Suez, et leur rôle fut considérablement réduit. L’influence britannique en Égypte devint moins visible.

La police recruta moins d’officiers britanniques. Le rôle de l’armée britannique se concentra davantage sur la formation des Égyptiens.

L’héritage de l’implication britannique fut toutefois profond. De nombreuses institutions n’étaient pas faciles à transformer, et les changements demeurèrent très modestes.

2. Les changements satisfirent-ils tous les signataires ?

Les progrès vers l’autonomie furent bienvenus, mais ils restèrent en deçà des attentes. Le parti Wafd, les nationalistes et la Confrérie musulmane de l’époque voulaient tous davantage. La gouvernance égyptienne était entravée par l’obligation de porter assistance aux troupes britanniques en temps de guerre. Cette obligation affectait également le commerce international de manière indirecte.

Les nationalistes en Égypte étaient prêts à voir le pays fonctionner de manière indépendante. Le traité n’eut jamais véritablement de chance de satisfaire ces espoirs, bien qu’il constituât un petit pas vers son objectif.

Le Soudan resta également un point de discorde. Le traité stipulait que l’Empire britannique et l’Égypte poursuivraient une gestion conjointe. Cet objectif ne satisfaisait personne. De nombreuses personnalités politiques égyptiennes voulaient que les Britanniques cédassent le contrôle du Soudan à l’Égypte. L’Empire britannique ne montra aucune intention de le faire, et cette question évolua ultérieurement en conflit.

3. Les changements étaient-ils viables à long terme ?

Non, la date de révision de vingt ans pour nombre des dispositions du traité s’avéra wildly optimiste. En 1956, le monde avait changé et l’influence britannique en Égypte était moribonde. Une opposition à grande échelle ne se mobilisa pas immédiatement, cependant. La Seconde Guerre mondiale occupa l’essentiel de l’agenda politique de la décennie qui suivit 1936.

Certains Égyptiens ressentaient une rancœur d’être entraînés dans la guerre aux côtés de la Grande-Bretagne. Des pans de la population, ainsi que le roi Farouk Ier, eurent des moments de sympathie envers les puissances de l’Axe. Malgré tout, l’organisation nationaliste mit encore plusieurs années à prendre de l’ampleur.

Pourquoi le traité échoua-t-il ?

Soldats dans une tranchée lors du traité anglo-égyptien

La Seconde Guerre mondiale constitua un bouleversement majeur pour tous les Européens et la majeure partie de l’Afrique du Nord. La guerre ne fit que démontrer à quel point le traité était inadapté au nouvel ordre mondial. Les Égyptiens avaient combattu et péri dans les deux guerres, avec peu de reconnaissance. Des régimes s’effondrèrent, les anciennes puissances devinrent des fantômes lourdement endettés d’elles-mêmes, et les alliances étaient en pleine mutation. Cela signifiait qu’une nouvelle relation devrait évoluer entre le Royaume-Uni et l’Égypte.

La réputation de l’Empire britannique souffrit au Moyen-Orient de l’après-guerre. La création d’Israël par la Grande-Bretagne provoqua une opposition furieuse. Elle unit des groupes d’opposition qui, habituellement, ne collaboreraient pas. Les troupes et les entreprises britanniques en Égypte se heurtèrent à l’hostilité, car les Égyptiens les considéraient encore comme des prolongements de l’impérialisme britannique.

La structure du gouvernement égyptien changea également après la Seconde Guerre mondiale. La monarchie vivait sur du temps emprunté — le roi Fouad Ier avait servi de point de convergence entre les soutiens britanniques et le Parlement égyptien. Farouk n’avait ni l’habileté ni l’inclination pour accomplir un exercice d’équilibriste aussi délicat.

Quand le traité échoua-t-il ?

Farouk était, nominalement, le roi d’Égypte en octobre 1951 lorsque le traité tomba. Le Premier ministre, Nahas, abrogea le traité de 1936. Le Premier ministre Nahas avait exigé un retrait des forces britanniques de la zone du canal, mais un conflit éclata lorsque les forces britanniques ignorèrent les exigences de Nahas.

La zone du canal de Suez devint une zone de guerre. Les ouvriers et le personnel égyptiens se retirèrent tandis que le gouvernement coupait les lignes d’approvisionnement. Les forces égyptiennes et les troupes britanniques s’affrontèrent lors d’escarmouches de guérilla, et pendant plusieurs années, aucune résolution ne fut trouvée. Les actionnaires privés britanniques et français conservèrent le contrôle financier du canal jusqu’en 1956. Farouk Ier finit par abdiquer le trône en 1952 et vécut le reste de ses jours en exil.

Quelles furent les conséquences de cet échec ?

Armée égyptienne lors du traité anglo-égyptien

L’échec du traité de 1936 contribua à la crise de Suez en 1956. La Grande-Bretagne et la France s’allièrent à Israël et lancèrent une invasion pour occuper la zone du canal. L’Empire britannique avait presque disparu à ce stade, mais le canal demeurait commercialement utile.

Le général Nasser, dirigeant de l’Égypte, avait tenté de nationaliser le canal, et ces conséquences furent appelées la crise de Suez. Les États-Unis et l’Union soviétique s’impliquèrent tous deux. Le président Eisenhower fit finalement pression sur les forces britanniques, françaises et israéliennes pour qu’elles concèdent. Finalement, les troupes invasives se retirèrent en 1957.

Résumé

Le traité anglo-égyptien de 1936 reflétait les certitudes politiques du monde colonial. Il partait du postulat que la Grande-Bretagne demeurerait une puissance majeure. Les signataires ne savaient pas à quel point les transformations de leur monde seraient profondes. Le traité anglo-égyptien de 1936 s’inscrivit dans l’évolution d’une crise internationale majeure.

Voici les points essentiels à retenir :

  • Le traité fut un compromis. Il visait à créer une indépendance légèrement accrue pour l’Égypte tout en maintenant la capacité militaire britannique.
  • L’accord ne satisfit pas un grand nombre de groupes politiques égyptiens.
  • Les dispositions ne furent pas suffisantes pour rendre l’Égypte fonctionnellement indépendante.
  • Le traité fut incapable d’apaiser les tensions régionales croissantes.
  • Il fut abrogé en 1951 après un changement de régime, ce qui déclencha un conflit qui mena à la crise de Suez de 1956.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 18 mars 2024