1. Accueil
  2. Récits
  3. Amurru : L'histoire unique d'un pays antique et de son dieu des montagnes

Amurru : L'histoire unique d'un pays antique et de son dieu des montagnes

Amurru était le dieu des immigrants arabes, les Amorrites, selon les anciens peuples de Mésopotamie. Ces derniers s’établirent dans les terres attenantes aux actuels pays de Syrie, Jordanie, Israël et Liban. Par la suite, ils firent de ce territoire le pays d’Amurru.

Le dieu Amurru

Nos historiens vous livrent l’histoire authentique de cette civilisation antique et de son apparition. Cet article répond aux questions relatives à la formation, à la chute et aux croyances religieuses des Amorrites et de leur dieu Amurru.

Le pays des anciens Amorrites : Amurru

Le mot Amurru signifie « occidental » dans différents dialectes égyptien, akkadien et hébreu. Vers 2000 av. J.-C., avant l’émergence du pays d’Amurru, de nombreuses petites tribus vivaient le long de la côte syrienne.

Ces tribues se composaient d’immigrants venus d’Arabie, communément appelés les Amorrites. Ils constituaient un groupe de peuples de langue sémitique nord-occidentale, dotés d’une forte constitution, d’une grande taille et de compétences exceptionnelles dans l’art de la guerre et de l’artisanat. Beaucoup les considéraient comme une bande de sauvages et de bandits de grand chemin. Au lieu de cela, ils allaient former un État souverain qui marqua l’histoire.

Qui était Abdi Ashirta ? Le fondateur d’Amurru

Parmi ces tribues surgit un chef : Abdi Ashirta. On sait peu de choses sur son enfance, mais c’était un Amorrite de la région qui rêvait de unir les tribues éparses d’immigrants le long du littoral afin de former un État indépendant, pleinement fonctionnel et autosuffisant.

Son idée gagna rapidement en popularité et les tribus le soutinrent de tout ce qu’ils possédaient, que ce fût les économies d’une vie ou la vie même. Fort du pouvoir que lui conféraient les siens, il se mit à mettre en œuvre son projet d’unification de toutes les tribus d’Amurru en un royaume : un plan visionnaire sans précédent à l’époque.

Après avoir uni les tribus, Abdi Ashirta se tourna vers l’occupation des villes voisines. Il leur offrit une protection contre le pillage et les massacres perpétrés précisément par les bandits et les voleurs qu’il contrôlait, en échange de leur allégeance.

Parmi ces villes vacillantes figurait Gubla. Le siège imposé à cette ville s’avéra d’une importance capitale pour nous, tandis que nous tentons de reconstituer le parcours d’Abdi Ashirta à travers les rues de la Mésopotamie. C’est de cette ville, en effet, que nous vint l’un des plus précieux trésors archéologiques de l’histoire : les Lettres d’Amarna. Reculons d’un pas pour comprendre de quoi il retourne.

L’importance des Lettres d’Amarna : la correspondance royale dans l’Antiquité

Rib-Hadda était le souverain héréditaire de Gubla et, entre autres choses, il fut le correspondant prolifique des aventures d’Abdi Ashirta auprès du pharaon égyptien Akhenaton. Tout ce que nous savons d’Amurru et de sa formation, ainsi que de ses chefs, nous vient des 70 lettres que Rib-Hadda adressa au Pharaon.

Découvertes à l’origine dans les ruines de la ville d’Akhenaton, ces lettres sont collectivement appelées les Lettres d’Amarna. La seule différence qu’elles présentent avec une missive sur papier ordinaire réside dans leur support : elles furent gravées sur des tablettes d’argile.

Dans un rebondissement curieux, les lettres d’Amarna ne sont aujourd’hui exposées dans aucun musée au monde. Cela s’explique par les informations, les promesses et les secrets présumés de l’Empire égyptien qui y sont consignés. Qui sait, peut-être renferment-elles le secret de la construction des merveilleuses pyramides. Peut-être ne le saurons-nous jamais.

La reconnaissance d’Amurru en tant que pays

La popularité croissante des Amorrites et leur habileté guerrière constituaient une menace imminente pour les Égyptiens. Le meilleur moyen pour ces derniers de préserver leurs terres, leurs richesses et leur accès à la côte était d’accepter le nouvel État et de former une alliance. C’est ce qu’ils firent.

La cour égyptienne reconnut le pays d’Amurru, et son chef Abdi Ashirta reçut le titre de maire d’Amurru. Après s’être alliés aux Égyptiens, ces derniers tentèrent d’imposer aux Amorrites l’application du cadre des lois impériales égyptiennes, mais Abdi Ashirta avait d’autres projets.

Tout au long de la vie d’Abdi Ashirta, Amurru demeura une terre décentralisée. En tant que telle, le pays comprenait de nombreuses entités politiques indépendantes. Selon les lettres d’Amarna, Abdi souhaitait modifier le paysage géopolitique de l’État en le maintenant décentralisé.

Pour cette raison, il plaça de nombreuses villes et tribus sous son autorité, s’étendant des montagnes jusqu’aux contreforts, établissant sa base à Ardata, et entrant au contact le plus étroit de Sumur, siège du commissaire égyptien local (à ne pas confondre avec Sumer, une civilisation bien antérieure), et de sa garnison.

La fin d’Abdi Ashirta d’Amurru : la chute d’Amurru

Abdi Ashirta

Les lettres d’Amarna mentionnent Abdi Ashirta pour la dernière fois à Sumur, et l’on soupçonne qu’il y trouva la mort. Les causes de son décès font l’objet de vifs débats : certains penchent pour un assassinat de sang-froid, tandis que d’autres avancent une mort naturelle.

Après sa disparition, Amurru échut à Aziri, le fils d’Abdi, et, comme l’histoire le révèle, le pays ne fut plus jamais le même. Aziri ne sut gouverner l’État aussi habilement que son père. Il s’ensuivit que l’État fut déchiré par des forces étrangères qui attendaient ce moment depuis longtemps.

Finalement, la ruine d’Amurru survint. Par la suite, de nombreux chefs tentèrent de remettre l’État d’Amurru sur la carte, mais ils échouèrent lamentablement, confrontés à des armées et des civilisations plus puissantes.

Les guerres saintes et les Amorrites

Dans l’histoire qui précéda, le mot Amurru apparaît à de nombreuses reprises dans divers témoignages historiques. Les historiens conclurent que la nature des Amorrites était sauvage et impitoyable. Les civilisations antiques se mirent à qualifier d’Amorrite quiconque menaçait leur sécurité, leurs moyens de subsistance et professait un ensemble de croyances religieuses différentes. C’est pourquoi de nombreuses guerres saintes furent menées contre les Amorrites.

Les Amorrites — également appelés Amurra et Amurri à travers l’histoire — étaient si célèbres que la Bible les évoqua comme les montagnards des hautes terres, de forte constitution, qui occupaient des régions de Jordanie. Le Livre de Josué, le sixième livre de la Bible hébraïque, relate que Josué vainquit les Amorrites à cinq reprises distinctes. L’une des raisons du conflit avec les Amorrites résidait dans leur croyance en des dieux païens.

Amurru : le dieu païen

Selon la littérature, les Amorrites vénéraient de nombreux dieux, mais le plus célèbre était Amurru, accompagné de l’une de ses épouses, Ashérah, la dame du désert.

Amurru et ses diverses incarnations

Amurru, également connu sous le nom de Mar Tu, était le dieu des Amorrites vivant dans les périphéries de la Mésopotamie (l’actuelle Syrie). Dans la religion mésopotamienne, Anu, An ou Ilu est la personnification divine du ciel, et Amurru est considéré comme son fils.

De multiples adaptations du dieu Amurru existent. La plus célèbre le décrit comme le dieu solitaire des montagnes akkadiennes, le dieu des peuples nomades et de leurs troupeaux. Il est parfois également appelé bêlu šadī ou bêl šadê : « le Dieu qui réside sur les montagnes. » Cela s’explique par le fait que les Amorrites descendirent des hautes terres montagneuses.

L’agriculture était alors l’activité la plus répandue, et il n’est pas inhabituel que des nomades croient en une puissance supérieure qui serait la salvatrice de leurs moyens de subsistance et, en l’occurrence, de leur bétail. C’est pourquoi les symboles d’Amurru sont une gazelle et un bâton de berger.

Une autre adaptation célèbre d’Amurru est Ba’al, le dieu de la fertilité. Dans les inscriptions hébraïques, le prophète Élie combattit et vainquit Ba’al. Dans certaines parties du royaume amorrite, Amurru était réputé posséder des attributs de dieu de l’orage. Cette facette portait le nom d’Adad, signifiant « le tonnant » ou « le lanceur de foudre. »

Les autres dieux des Amorrites

À mesure que les Amorrites conquirent territoire après territoire, de nombreuses divinités solaires s’ajoutèrent à leurs croyances religieuses, en particulier les dieux des Sumériens, des Babyloniens et des Mésopotamiens. Ils vénéraient sept dieux majeurs : quatre dieux primaires et trois dieux célestes :

Dieux primaires :

Dieux célestes :

Comme dans les mythologies romaine et grecque, chaque dieu d’Amurru possède un pouvoir unique, lui conférant un contrôle sur certains phénomènes naturels :

Nom du dieuDomaines d’influence
AnuCiel, Dieu suprême
EnlilVent, Air, Terre et Tempêtes
EnkiEau, Connaissance, Malice et Création
Ninhursag (Déesse)Fertilité et Montagnes
Ishtar (Déesse)Amour, Beauté, Sexe, Guerre et Justice
SinLune et Planète
ShamashSoleil et Moralité

Conclusion

Les hommes d'Amurru

Les points essentiels relatifs à Amurru peuvent se résumer ainsi :

  • Amurru était le dieu du peuple amorrite.
  • Les Amorrites étaient des immigrants venus d’Arabie il y a quelque 4 000 ans, qui s’établirent dans le sud de la Syrie.
  • Abdi Ashirta unit les tribus éparses et forma l’État d’Amurru.
  • Les Amorrites étaient également appelés Amurra et Amurri.
  • Dans le christianisme et le judaïsme, les Amorrites étaient perçus comme des ennemis en raison de leurs croyances religieuses différentes.
  • La majeure partie des connaissances existant sur Amurru et son peuple nous parvient à travers les Lettres d’Amarna.

Nous comprenons dès lors comment les Amorrites ébranlèrent la Mésopotamie et devinrent un pays d’immigrants. Comment ils s’élevèrent au pouvoir grâce à un seul homme et finirent par tomber. Ce chapitre de notre histoire mérite assurément réflexion lorsque l’on discute des racines de notre civilisation.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 5 mars 2024