La Cité d'Ys

Celtic

Il existe plusieurs légendes de cités ou de civilisations anéanties par un déluge ou une raz de marée, à jamais disparues si ce n’est à travers des traditions depuis longtemps oubliées. La plus ancienne est celle de l’Atlantide, dont un philosophe du IVe siècle av. J.-C., nommé Platon, avait fait le récit dans deux de ses dialogues : le Timée et le Critias. Puis, au Moyen Âge, apparut le royaume perdu de Lyonesse ou Léonoys, patrie du héros celte Tristan (Tristram).

Cependant, nul récit n’est plus inspirant que celui de la cité d’Ys, une ville qui disparut au large du sud-ouest de la Bretagne. La légende situe son engloutissement dans la baie de Douarnenez. Ys était la cité de Gradlon le Grand et de la princesse Dahut.

Née de la mer

Gradlon était le roi d’Armorique (Bretagne), ou du moins le souverain du royaume le plus occidental.

La fuite du roi Gradlon

La fuite du roi Gradlon
Evariste-Vital Luminais
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts, Quimper

Selon une version, Gradlon tomba amoureux d’une magicienne/druidesse (voire d’une fée) qui pratiquait l’ancienne religion païenne. D’abord heureux ensemble, le roi rencontra saint Guénolé, reçut le baptême et se fit chrétien. Cela courrouça son épouse, qui résolut de le quitter.

Gradlon, qui l’aimait encore, la poursuivit, la suppliant de ne pas l’abandonner. Lorsqu’elle traversa la rivière, elle l’avertit qu’il mourrait s’il tentait de la franchir. Ignorant sa mise en garde, Gradlon s’engagea dans le cours d’eau profond et impétueux. Le roi aurait péri, mais la femme le sauva, prouvant ainsi qu’elle l’aimait encore. Elle demeura auprès de lui assez longtemps pour donner naissance à Dahut. Dans certaines légendes, celle-ci est appelée Ahès.

Cet épisode — la traversée du torrent et le salut accordé par la femme — rappelle un lai breton intitulé Graelent. Toutefois, dans ce récit, nulle Dahut ni cité du nom d’Ys.

Une autre version, fort répandue, affirme que la belle magicienne se nommait Malgven, déjà mariée à un vieux roi de Sjælland (île du Danemark) nommé Sverðlun. Malgven séduisit le jeune Gradlon pour en faire son amant. Ensemble, ils conspirèrent pour assassiner Sverðlun. Gradlon lui transperça le corps de son épée pendant son sommeil, puis les deux amants s’enfuirent.

C’est au cours de leur errance en mer que Malgven tomba enceinte, puis mourut en mettant au monde une fille, à bord du navire. Gradlon la prénomma Dahut (Dahud) ou Ahé (Ahés).

Une troisième version situe la rencontre de Gradlon et Malgven en Alban (Écosse), terre des Pictes. Gradlon la ramena en Bretagne avec lui, ainsi que son cheval magique, Morvarc’h. Celui-ci avait le pouvoir merveilleux de galoper à la surface de la mer comme si le rivage eût été terre ferme.

La clé de la destruction

Dahut grandit et devint une belle jeune femme, et son père en était épris. Comme sa mère, Dahut pratiquait l’ancienne religion païenne plutôt que la nouvelle foi, le christianisme. Soit Gradlon éleva la cité en l’honneur de Malgven ou de Dahut, soit sa fille lui demanda de construire une ville afin d’être proche de la mer ou d’échapper aux persécutions des chrétiens.

Quelle que fût l’origine de sa construction, ce fut la plus belle cité du monde, avec de grands palais blancs et des temples dédiés aux anciens dieux. La ville s’appelait Kér Is ou simplement Ys. Grâce à sa situation, la cité prospera et devint un grand centre commercial. Les richesses et les somptuosités affluaient dans Ys.

Mais Ys s’élevait sur des terres basses, si bien que Gradlon construisit de hauts digues pour protéger sa capitale des caprices de la mer. Il y avait une porte de bronze ou vanne dont lui seul possédait la clé. Cette clé d’or était attachée à son collier. Une autre version affirme que la ville était protégée par un chêne enchanté.

L’un de ceux qui condamnaient ces richesses et ces somptuosités était saint Guénolé, qui dénonça les habitants comme des pervers, y compris la propre fille de Gradlon. Guénolé accusa Dahut de pratiquer l’ancienne religion et d’entraîner le peuple dans le péché par des réjouissances nocturnes et des débauches.

Plusieurs récits divergent sur la manière dont la ville fut détruite.

Le plus ancien raconte que Dahut et son amant étaient ivres lorsqu’elle déroba la clé des digues, si bien que la ville tout entière fut submergée par les eaux. Dahut périt avec d’innombrables habitants d’Ys.

Un autre récit rapporte qu’un garçon nommé Kristof captura un poisson magique à l’aide d’un bâton et d’une pierre. Ce poisson aurait accordé à Kristof tout ce qu’il souhaitait en échange de sa liberté. Dahut se moqua de cet échange avec dédain, et le poisson usa de sa magie pour rendre la princesse enceinte. Kristof, furieux, s’empara du chêne enchanté qui protégeait Ys.

Une nuit, Dahut rencontra un chevalier rouge qui offrit son amour à la princesse. L’homme rouge lui demanda de dérober la clé de son père. Avec la clé, il ouvrit les digues, laissant la mer engloutir la cité. Cet homme était dit être le Diable en personne.

Guénolé réveilla le roi et lui enjoignit de fuir. Gradlon enfourcha son cheval Morvarc’h et tenta de galoper vers la sécurité. Dahut supplia son père de la sauver. Voyant sa fille courir pour sauver sa vie, Gradlon la hissa sur son cheval et poussa de toutes ses forces. Morvarc’h aurait dû les mener facilement tous les deux à l’abri, mais cette nuit-là, Gradlon constata que Morvarc’h ne pouvait distancer les eaux montantes.

Guénolé pressa le roi de précipiter la princesse, car elle était la cause de la destruction de la cité. Gradlon refusa de sacrifier sa fille. Cependant, lorsque l’eau lui atteignit la taille, la voix de Dieu ordonna à Gradlon de « rejeter le démon ». Gradlon, accablé de douleur, obéit et précipita sa fille dans les flots. Les eaux se retirèrent aussitôt, lui permettant de gagner la colline hors de la ville.

Mais Ys fut entièrement engloutie, et le lieu devint la baie de Douarnenez. Gradlon quitta sa capitale et se dirigea vers le sud-est, où il s’établit à Quimper.

Dahut, toutefois, ne mourut pas. Elle fut métamorphosée en ondine ou sirène, et on la vit parfois assise sur un roc, peignant sa longue et belle chevelure. À l’instar des Sirènes, sa voix attirait les marins vers les récifs, où leurs navires se brisaient.

Quant à la cité d’Ys, lors des marées exceptionnellement basses, certaines de ses hautes tours étaient visibles sous la surface. Les cloches de la magnifique cathédrale pouvaient aussi parfois être entendues.

Informations complémentaires

Nom

Kêr Is, Kêr-Is, Kêr Iz, Kêr-Iz, Is, Iz (breton).
Ys (français, anglais).

Sources

La Légende de la ville d'Ys (1979) fut rédigée par Charles Guyot.

Folk Tales of Brittany (1929) fut rédigé par Elsie Masson.

Articles connexes

Créé :20 mai 2002

Modifié :16 mai 2024