Pourquoi Antigone a-t-elle enterré son frère ?
Pourquoi Antigone a-t-elle enterré son frère ? Était-ce uniquement par respect de la loi divine ? Avait-elle raison de défier le roi Créon ? Dans cet article, examinons en détail ce qui l’a conduite à un tel acte.
Antigone
Dans la pièce, Antigone enterre son frère en dépit de la menace de mort. Pour comprendre ce geste, il convient de retracer le déroulement de la tragédie :
- La pièce s’ouvre sur une dispute entre Antigone et Ismène, sa sœur, concernant l’enterrement de Polynice
- Créon a promulgué un décret interdisant que leur frère reçoive des funérailles dignes de ce nom ; quiconque tenterait d’enterrer le corps serait lapidé
- Antigone, estimant que la loi divine l’oblige à ensevelir son frère défunt, décide de le faire sans l’aide d’Ismène
- Surprise en train d’enterrer son frère, Antigone est arrêtée pour avoir bravé l’interdit de Créon
- Créon fait enfermer Antigone dans une grotte-tombeau pour y attendre la mort
- Hémon, le fiancé d’Antigone et fils de Créon, plaide pour sa libération
- Créon repousse la demande de son fils
- Tirésias, le devin aveugle, met Créon en garde contre la colère des dieux ; il a vu en songe des présages annonçant le courroux divin
- Créon tente de faire valoir son point de vue auprès de Tirésias
- Tirésias le réfute et le met derechef en garde contre la tragédie qui attend son destin
- Au même instant, Hémon se précipite pour sauver Antigone et la découvre pendue dans la grotte
- Accablé de douleur, Hémon se donne la mort
- Créon, ébranlé par les paroles de Tirésias, accourt aussitôt vers la grotte où Antigone est emprisonnée
- Il constate la mort de son fils et reste pétrifié de chagrin
- Créon ramène le corps d’Hémon au palais
- Apprenant la mort de son fils, Eurydice, l’épouse de Créon, se suicide
- Créon vit dès lors dans la misère
Pourquoi Antigone a-t-elle enterré Polynice ?
Antigone a enterré son frère par dévotion et fidélité envers les dieux aussi bien que sa famille. Sans l’une ou l’autre, elle n’aurait jamais eu le courage — ni même l’idée — de transgresser la loi de Créon et de risquer sa vie.
Permettez-moi de développer : sa loyauté fraternelle lui donne la force de se battre pour lui et pour son droit à la sépulture, mais cela ne suffit pas à expliquer qu’Antigone sacrifie sa vie pour un simple enterrement.
Sa dévotion ardente envers les dieux joue également un rôle dans l’obstination qui la mène à sa perte. Elle croit fermement à la loi divine selon laquelle tout défunt doit recevoir la sépulture, mais cela ne signifie pas qu’elle se serait sacrifiée pour n’importe qui.
C’est la conjonction de sa loyauté envers son frère et envers les dieux qui affermit la conviction d’Antigone d’enterrer son frère et d’affronter finalement la mort.
Elle estime que l’honneur rendu aux dieux prime sur toute loi mortelle ; c’est ce qui lui confère l’assurance d’aller au-devant de sa fin.
Pourquoi Antigone s’est-elle donné la mort ?
Pourquoi Antigone s’est-elle donné la mort** plutôt que d’attendre l’exécution de sa sentence ?** Antigone, persuadée d’être dans son droit d’enterrer son frère au nom de la loi divine, est enfermée dans un tombeau destiné aux défunts, dans l’attente de sa condamnation à mort. La pièce ne précise pas pourquoi elle a choisi de se pendre, mais on peut conjecturer qu’il s’agit d’un moyen d’échapper à la mort atroce que Créon lui aurait infligée.
Créon et son orgueil
En montant sur le trône, Créon a décrété le refus d’ensevelir Polynice. L’homme qui avait déclaré la guerre à Thèbes devait pourrir à la surface de la terre, et quiconque tenterait d’enterrer son corps serait lapidé. Cette décision s’opposait directement à la loi divine et plongeait davantage son peuple dans la tourmente.
Ce châtiment sévère visait à affermir son emprise sur le trône ; il estimait que la désobéissance à sa loi devait entraîner une juste rétribution. Aveuglé par le désir de s’assurer la fidélité de son peuple, il ne perçoit pas la piété divine ; au lieu de rassurer ses sujets, il engendre sans le savoir leur trouble.
Loi mortelle contre loi divine
Le trouble qui agite le peuple est manifeste dès le premier acte de la pièce. Antigone incarne ceux dont la ferveur religieuse est assez profonde pour ne pas se laisser fléchir par les lois humaines. Ismène, en revanche, représente ceux qui éprouvent un attachement partagé aux deux ordres.
Ismène se comporte comme une personne ordinaire, tiraillée entre des allégeances contradictoires : elle souhaite enterrer son frère conformément à la loi divine, mais ne veut pas mourir en transgressant la loi humaine.
Créon, quant à lui, incarne la loi mortelle. Sa conviction inébranlable dans la voie qu’il a choisie l’empêche de régner avec sagesse. Il s’est placé au rang des dieux, ce qui a excité leur colère et semé le doute parmi les croyants.
Plus loin dans la pièce, les dieux châtient Thèbes en refusant ses sacrifices et ses prières. Ces sacrifices non consumés symbolisent la pourriture d’une cité gouvernée par un homme qui s’égale aux dieux.
La défiance d’Antigone
Antigone brave Créon et se bat pour le droit de son frère à une sépulture décente. Elle marche courageusement au-devant des conséquences de son acte et ne manifeste nul remords. Même dans son enfermement, Antigone garde la tête haute, fidèle à ses convictions jusqu’à l’heure de sa mort.
La défiance d’Antigone peut se lire sous plusieurs angles. La résistance la plus évidente est son action contre la loi de Créon : elle l’affronte ouvertement en invoquant la loi divine et, lorsque cela s’avère vain, elle enterre son frère de ses propres mains. Une autre manifestation de l’obstination d’Antigone apparaît dans l’un des chœurs.
Le chœur célèbre le courage avec lequel Antigone tente de reprendre en main son destin, de défier la malédiction de sa famille, mais tout fut vain, car elle périt à la fin. On peut toutefois avancer qu’elle a, en un sens, changé son destin : elle n’est pas morte d’une mort tragique, mais de sa propre main, sa moralité et sa fierté demeurant intactes.
Antigone après la mort
Après la mort d’Antigone, le malheur s’abat sur Créon, mais le peuple de Thèbes la tient pour une martyre. Elle s’est courageusement opposée à leur souverain tyrannique pour défendre sa vie et ses convictions. Les Thébains considèrent qu’Antigone a sacrifié son existence pour combattre la loi mortelle qui engendrait un conflit intérieur au sein de la cité ; ils ne la voient plus comme un membre de la famille maudite, mais comme une martyre luttant pour leur religion.
La malédiction familiale
La malédiction qui pèse sur sa famille remonte à son père et à ses fautes. Pour mieux la comprendre, rappelons brièvement les événements d’Œdipe Roi :
- Le roi et la reine de Thèbes reçoivent un oracle annonçant que leur fils nouveau-né tuera le roi régnant
- Craintifs, ils chargent un serviteur de noyer le nourrisson dans le fleuve
- Le serviteur, refusant de commettre cet acte, choisit de l’abandonner sur la montagne
- Un berger le découvre et le confie au roi et à la reine de Corinthe
- Le couple royal de Corinthe nomme l’enfant Œdipe et l’élève comme leur propre fils
- Œdipe apprend qu’il est adopté et se rend au temple d’Apollon à Delphes
- Dans le temple, l’oracle déclare qu’Œdipe est destiné à tuer son père
- Il décide de se rendre à Thèbes ; en chemin, il croise un vieil homme et sa suite, qu’il provoque en dispute
- Pris de rage, il tue le vieillard et ses compagnons, n’en laissant qu’un seul survivant
- Il vainct le Sphinx en résolvant son énigme et est acclamé comme un héros à Thèbes
- Il épouse la reine régnante de Thèbes et engendre quatre enfants avec elle
- Une sécheresse s’abat sur Thèbes et un oracle se manifeste
- La sécheresse ne cessera que lorsque le meurtrier de l’ancien souverain sera découvert
- Au cours de son enquête, Œdipe découvre qu’il a tué le précédent monarque, que celui-ci était son père et que son épouse n’était autre que la veuve du roi défunt
- En réalisant la vérité, Jocaste, la reine de Thèbes, se donne la mort, et c’est ainsi qu’Œdipe la trouve
- Dégoûté de lui-même, Œdipe se crève les yeux et cède le trône à ses deux fils
- Frappé par la foudre au cours de son errance, Œdipe finit par périr
Dans les événements d’Œdipe Roi, on constate que les erreurs d’Œdipe condamnent sa famille à périr par la discorde ou par le suicide. Ses fautes hantent les siens au point qu’il ne reste plus qu’un seul membre pour perpétuer la lignée. En quittant Thèbes précipitamment, il n’envisage pas que de laisser le trône à partager entre ses fils plongera le royaume dans un bain de sang.
Ses fils se font la guerre pour le pouvoir et finissent par s’entre-tuer. Créon, leur oncle maternel, s’empare du trône et perpétue la malédiction familiale en refusant d’honorer la mort de Polynice. Cette décision entraîne la mort d’Antigone, puis celle de l’épouse et du fils de l’empereur.
La tragédie de la malédiction familiale s’achève avec Antigone**, que les dieux avaient favorisée**, ne laissant qu’Ismène comme dernière descendante d’Œdipe.
Conclusion
Maintenant que nous avons examiné Antigone, son caractère, les raisons pour lesquelles elle a enterré son frère et la malédiction qui frappe sa famille, rappelons les points essentiels de cet article :
- Antigone est la suite d’Œdipe Roi
- Elle a trois autres frères et sœurs : Ismène, Étéocle et Polynice
- Étéocle et Polynice trouvent la mort dans la guerre pour le trône
- Créon accède au pouvoir et interdit l’enterrement de Polynice
- Antigone enterre son frère conformément à la loi divine, poussée par son profond sens de la loyauté et de la dévotion
- Antigone est alors emprisonnée, où elle se donne la mort, déclenchant ainsi la tragédie qui s’abat sur Créon
- Averti de la mort prochaine d’Hémon en raison de ses actes, Créon s’empresse de libérer Antigone, mais il est trop tard : Hémon s’est déjà suicidé
- Antigone défie son destin et la loi de Créon
- Créon, cherchant à stabiliser le pays, s’oppose à la loi divine et sème la discorde parmi son peuple
- L’orgueil de Créon l’a non seulement empêché de régner avec sagesse, mais a aussi attiré le malheur sur sa propre famille
Voilà donc l’essentiel — Antigone, sa chute, les raisons de son acte et la manière dont elle a résolu la malédiction de sa famille.


