Créon — Roi de Thèbes : Hubris et Tragédie dans Antigone
Roi de Thèbes
Créon, roi de Thèbes, attira le malheur sur lui-même et sur sa famille en raison de son hubris. Créon interdit l’ensevelissement de Polynice, le qualifiant de traître. La manière dont il dirige son empire, ses erreurs et son orgueil l’empêchèrent de régner avec sagesse et justice.
Il se mua en tyran, infligeant des châtiments sévères et injustes à quiconque osait le défier. Dans Antigone, il incarne un adversaire redoutable qui s’élève contre la loi divine et son propre peuple pour imposer son autorité. Mais que se passa-t-il exactement pour qu’il qualifie son neveu de traître ?
Pour comprendre ses motivations, il convient de revenir sur les événements d’Antigone :
- Après la guerre qui causa la mort de Polynice et d’Étéocle, Créon s’empara du pouvoir et monta sur le trône
- Son premier décret fut d’ensevelir Étéocle et d’interdire la sépulture de Polynice, abandonnant son corps à la pourriture sur le champ de bataille
- Cette décision souleva l’indignation de la majorité du peuple, car elle transgressait la loi divine
- La loi divine, édictée par les dieux, prescrit que tout être vivant, après sa mort, doit recevoir une sépulture
- Celle qui en fut le plus profondément affectée fut, sans surprise, Antigone, nièce de Créon et sœur de Polynice
- Antigone s’entretint avec sa sœur Ismène du traitement injuste infligé à leur frère et lui demanda son aide pour l’ensevelir
- Face à la réticence d’Ismène, Antigone décida d’ensevelir son frère seule
- Créon fut pris d’une fureur indicible devant cette désobéissance
- Il fit arrêter Antigone pour avoir enseveli Polynice et la condamna à mort
- Hémon, fiancé d’Antigone et fils de Créon, supplia son père de la gracier
- Créon refusa, et Antigone fut conduite dans un tombeau pour y attendre son sort
- Tirésias, le devin aveugle, se rendit auprès de Créon et le mit en garde contre la colère des dieux
- Tirésias déclara : « L’entêtement, on le sait, encourt le reproche de folie. Non, accorde au mort son droit ; ne frappe pas le tombé ; quel exploit que de tuer à nouveau celui qui est déjà tué ? Je n’ai cherché que ton bien, et c’est pour ton bien que je parle : et il n’est rien de plus doux que d’apprendre d’un bon conseiller, surtout lorsque ce conseiller agit pour ton profit. »
- L’entêtement de Créon se manifeste dans les lois et les châtiments qu’il infligea à Antigone
- Les paroles de Tirésias avertissent Créon de la colère divine qu’il s’attire par son décret
- En faisant ensevelir une femme vivante et en refusant la sépulture à un mort, il s’attire la fureur des dieux et attire la souillure sur Thèbes, tant au sens propre que figuré
- Tirésias poursuit en décrivant ses songes avec vivacité. Il raconte avoir rêvé de deux oiseaux se battant, les mêmes oiseaux se disputant le corps de Polynice jusqu’à ce que l’un périsse
- Tirésias, pris de crainte, se hâte vers le tombeau d’Antigone
- Arrivé à la grotte, il découvre Antigone pendue et son fils sans vie
- Accablé par la mort de son fils, il ramène son corps au temple
- Eurydice (mère d’Hémon et épouse de Créon) se poignarde le cœur en apprenant la mort de son fils
- Créon vit dès lors dans la misère, accablé par la tragédie qui s’est abattue sur lui
L’Accession au Pouvoir de Créon
Créon accéda d’abord au pouvoir lorsqu’Œdipe s’exila par honte. Ce départ soudain laissa le trône de Thèbes à ses fils jumeaux, Étéocle et Polynice. Ceux-ci, trop jeunes, ne pouvaient gouverner. Pour résoudre ce problème, Créon prit les rênes du pouvoir.
Lorsque les deux frères furent en âge de régner, ils convinrent de se partager le trône de Thèbes par années alternées, Étéocle commençant le premier. Mais lorsque vint le moment de céder la couronne à son frère, il refusa et chassa Polynice.
Rongé par la colère et la honte, Polynice erra à travers les terres avant de s’établir à Argos. Là, il se fiança à l’une des princesses. Il exprima son désir de reconquérir le trône qui lui avait été si cruellement arraché. Le roi d’Argos accorda alors à Polynice les moyens de reprendre le trône par la force, déclenchant ainsi une guerre qui coûta la vie à Étéocle et à Polynice.
Créon en tant que Roi
Créon, en tant que roi, fut décrit comme un tyran. C’était un homme orgueilleux qui se considérait l’égal des dieux. Il s’opposa à leurs lois, sema la discorde, ignora les supplications de son peuple et infligea des châtiments cruels à ceux qui s’opposaient à lui.
Il fit preuve de sa tyrannie envers Antigone, qu’il punit malgré les requêtes de son fils et du peuple. Ce châtiment devait servir d’exemple pour quiconque songerait à le défier, attirant ainsi la colère des dieux.
Bien qu’il aimât son fils, il ne put accéder à sa demande de libérer sa fiancée. Celle-ci ayant contrevenu à ses ordres, il estimait qu’elle méritait la mort.
Créon ne prêta attention à aucun conseil jusqu’à ce que Tirésias, le devin aveugle, l’avertît de la tragédie qui le frapperait s’il ne réparait pas ses actes.
Menacé dans la personne de son fils, il se précipita pour libérer Antigone, mais découvrit les cadavres d’Antigone et de son fils. Il arriva trop tard : le drame familial s’était déjà accompli. Il vécut dès lors le restant de ses jours dans la misère, pour avoir refusé d’ensevelir son neveu.
Pourquoi Créon Refusa-t-il d’Ensevelir Polynice ?
Dans sa tentative de stabiliser le pays, Créon aspirait à la loyauté. Sa méthode : le châtiment des actes de trahison. Ceux qui le trahissaient, lui et la nation, se voyaient refuser le droit à une sépulture décente.
Malgré ses liens familiaux avec Polynice, Créon décréta que le corps de son neveu serait laissé à la pourriture, abandonné aux vautours. Ses lois suscitèrent des troubles intérieurs parmi son peuple et, au lieu de la loyauté, il sema la discorde et finit par attirer la souillure sur Thèbes.
Comment Créon Provoqua-t-il la Souillure ?
Créon fut directement à l’origine de la souillure en permettant qu’un cadavre pourrisse à la surface de ses terres. Au sens figuré, Créon créa tant de discorde que ses lois finirent par corrompre son peuple. Comment ? En courrouçant les dieux, d’une part en faisant ensevelir Antigone vivante, d’autre part en refusant la sépulture aux morts, il s’attira leur fureur.
Les dieux rejetèrent toutes les prières et les sacrifices, souillant davantage la terre et la faisant qualifier de terre pourrie.
La Terre Pourrie et les Oiseaux
Le songe de Tirésias représente deux oiseaux identiques se battant à mort ; ces oiseaux sont les mêmes que ceux qui tournoyaient autour du corps de Polynice dans la pièce, et Créon prend soudain conscience du danger qu’il a fait courir à sa famille.
Comment les oiseaux se rapportent-ils au malheur de Créon ? Le conflit des oiseaux symbolise la division que Créon créa au sein de son peuple par son décret. On peut y voir également l’annonce d’un soulèvement possible.
Tirésias dit alors à Créon que ces oiseaux ne lui révéleront plus son avenir, car ils se sont déjà imprégnés du sang de l’homme qu’il a refusé d’ensevelir. Cela peut être interprété comme les dieux accordant leur faveur à Polynice et à sa famille plutôt qu’à Créon. Créon est qualifié de roi tyrannique, tandis qu’Antigone, dans la mort, est proclamée martyre.
La Désobéissance dans Antigone
Antigone désobéit à Créon en ensevelissant son frère malgré les volontés du roi. Bien qu’Antigone soit liée à Créon par les liens du sang, cela n’empêche pas le roi de Thèbes de la punir avec sévérité.
Il la fait emmurer vivante en punition, courrouçant les dieux et provoquant un oracle de Tirésias qui l’avertit du destin qui pourrait causer la perte de son fils et de son épouse.
La désobéissance d’Antigone dans la pièce témoigne de sa dévotion absolue envers le divin, et dans sa transgression, elle incarne l’obéissance à la loi divine.
Le châtiment infligé à Antigone dramatise le conflit entre deux ordres juridiques opposés et permet au public de ressentir la tension qui s’accumule. Mais Antigone ne fut pas la seule à faire preuve de désobéissance.
En contraste avec la désobéissance civile d’Antigone, Créon incarna l’insoumission divine. Il s’opposa à la loi divine en décrétant l’inverse, refusant la sépulture de Polynice, allant jusqu’à emmurer une personne vivante.
Les croyances contradictoires de Créon et d’Antigone les conduisent à un affrontement passionné qui dégénère en une question de vie ou de mort.
Conclusion
Maintenant que nous avons examiné Créon, son règne, son caractère, les symboles de la pièce et Antigone elle-même, revenons sur les points essentiels de cet article :
- Créon est le roi qui prit le pouvoir à Thèbes dans Antigone
- Créon tenta de stabiliser le pays en promulguant une loi interdisant la sépulture de son neveu Polynice ; cette décision provoqua des troubles parmi le peuple car le roi choisit de s’opposer à la loi divine
- Antigone, révoltée par cette injustice, ensevelit son frère malgré les ordres du roi. Découverte, elle est emmurée et condamnée à mort
- L’hubris de Créon courrouce les dieux, qui manifestent leur mécontentement par l’entremise de Tirésias
- Tirésias se rend auprès de Créon et l’avertit de la colère divine, le mettant en garde contre le danger qui menace sa famille
- Créon se précipite pour libérer Antigone mais, en arrivant, réalise qu’il est trop tard ; Antigone et son fils Hémon se sont tous deux donné la mort
- Eurydice, l’épouse de Créon, apprend la mort de son fils et, incapable de supporter le chagrin, s’enfonce un poignard dans le cœur, accomplissant ainsi la prophétie de Tirésias
- Créon vit le restant de ses jours dans la misère, accablé par la tragédie qui s’est abattue sur lui et sa famille
- Le combat des vautours symbolise la division que Créon créa en se plaçant sur un pied d’égalité avec les dieux
- Les dieux refusent d’accepter toutes les offrandes et prières de Créon et du peuple de Thèbes, si bien que Thèbes est considérée comme une terre pourrie, une terre de souillure — tant au sens propre que figuré
Voilà ! Une étude complète des raisons pour lesquelles Créon refusa d’ensevelir Polynice, de Créon en tant que roi, de la terre souillée de Thèbes et de la portée symbolique des oiseaux dans les songes de Tirésias.


