Haemon: Antigone's Tragic Victim
Hémon dansAntigone représente un personnage souvent oublié de la mythologie classique — la victime innocente. Souvent enfants des personnages principaux, ces victimes voient leur existence gouvernée par le destin et les décisions d’autrui.
À l’instar d’Antigone elle-même, Hémon est la victime de l’hubris de son père et de son insensé défi à la volonté des dieux. Œdipe, père d’Antigone, et Créon, père d’Hémon, se sont tous deux livrés à des actes défiant la volonté divine, et leurs enfants ont finalement payé le prix à leurs côtés.
Qui est Hémon dans Antigone ?
Qui est Hémon dans Antigone ? Fils du roi Créon et fiancé d’Antigone, nièce du roi et fille d’Œdipe. Comment meurt Hémon est une question qui ne peut trouver de réponse qu’en examinant les événements de la pièce.
En résumé, il périt en se jetant sur sa propre épée, mais les événements ayant conduit à sa mort sont bien plus complexes. L’histoire d’Hémon plonge ses racines dans le passé, avant même sa naissance.
Le père d’Hémon, Créon, était le frère de la feue reine Jocaste. Jocaste fut célèbre pour être à la fois la mère et l’épouse d’Œdipe. Cette union incestueuse ne fut que l’aboutissement d’une série d’événements dans lesquels des rois tentèrent de défier la volonté des dieux et de contourner le destin, pour n’en payer que le prix terrible.
Laïos, père d’Œdipe, avait transgressé la loi grecque de l’hospitalité dans sa jeunesse. Il fut donc maudit par les dieux : son propre fils le mettrait à mort, puis partagerait la couche de son épouse.
Horrifié par la prophétie, Laïos tente de faire tuer Œdipe au berceau, mais ses efforts échouent, et Œdipe est adopté par le roi de Corinthe, un royaume voisin. Lorsqu’Œdipe entend la prophétie qui le concerne, il fuit Corinthe pour empêcher son accomplissement.
Malheureusement pour lui, sa fuite le mène directement à Thèbes, où il accomplit la prophétie, tuant Laïos, épousant Jocaste et engendrant quatre enfants avec elle : Polynice, Étéocle, Ismène et Antigone. Dès leur naissance, les enfants d’Œdipe semblent frappés d’une malédiction.
Les deux fils se disputent la direction de Thèbes après la mort d’Œdipe, et périssent tous deux au combat. Ce sont leurs morts qui précipitent la série d’événements menant au suicide tragique d’Hémon.
Pourquoi Hémon s’est-il suicidé ?
La réponse courte à la question pourquoi Hémon s’est-il suicidé est le chagrin. La mort de sa fiancée, Antigone, le pousse à se jeter sur sa propre épée.
Créon, le nouveau roi désigné après la mort des deux princes, a décrété que Polynice, l’agresseur et traître qui s’est allié à la Crète pour attaquer Thèbes, ne recevrait pas de sépulture digne de ce nom.
Laïos avait encouru sa malédiction en transgressant la loi grecque de l’hospitalité ; Créon transgresse de même la loi divine en refusant à son neveu les rites funéraires.
Pour punir cette conduite traîtresse, donner l’exemple, mais aussi affirmer son propre pouvoir et sa position de roi, il prend une décision précipitée et sévère, et s’y enferme en promettant la mort par lapidation à quiconque contreviendrait à son ordre. La mort d’Hémon découle directement de l’insensate décision de Créon.
Hémon et Antigone, sœur de Polynice, doivent se marier. La décision précipitée de Créon pousse Antigone, sœur aimante, à braver son interdit et à accomplir les rites funéraires pour son frère. À deux reprises elle
revient verser des libations et recouvrir le corps d’au moins une « fine couche de poussière » afin de satisfaire aux exigences rituelles pour que son esprit soit accueilli dans l’au-delà.
Créon, furieux, la condamne à mort. Hémon et Créon s’affrontent, et Créon consent jusqu’à un certain point à l’emmurer vivante dans un tombeau plutôt que de la lapider, déclarant qu’il ne veut pas pour son fils d’une femme qu’il considère comme une traîtresse envers la couronne.
Au fil de la dispute, il apparaît que les traits de caractère de Créon et d’Hémon se ressemblent. Tous deux sont d’un tempérament vif et impitoyables lorsqu’ils se sentent lésés. Créon refuse de revenir sur sa condamnation d’Antigone.
Il est déterminé à se venger de la femme qui a non seulement osé le défier, mais aussi souligner son erreur en refusant d’ensevelir Polynice. Reconnaître qu’Antigone avait raison d’agir ainsi signifierait pour Créon admettre qu’il avait été trop hâtif dans sa déclaration contre son neveu défunt.
Son incapacité à le faire le place dans une position où il ne peut plus revenir sur son ordre de mort, même face à la détresse de son fils. L’affrontement entre père et fils commence par Hémon tentant de raisonner son père. Il s’approche de lui avec respect et révérence, lui témoignant son affection.
Lorsqu’Hémon commence à contester le refus obstiné de son père d’autoriser l’ensevelissement, celui-ci devient insultant. Toute analyse du personnage d’Hémon doit prendre en compte non seulement l’échange initial avec Créon, mais aussi la scène du suicide d’Hémon.
Lorsque Créon pénètre dans le tombeau et libère sa nièce de son injuste emprisonnement, il la trouve déjà morte. Il tente de demander pardon à son fils, mais Hémon n’en veut point.
Dans un accès de rage et de désespoir, il brandit son épée contre son père. Il le manque, puis retourne l’arme contre lui-même, tombant auprès de son amour défunte et mourant en la serrant dans ses bras.
Qui est responsable de la mort d’Hémon ?
Il est difficile de désigner un seul coupable lorsqu’on examine la mort d’Hémon dans Antigone. Techniquement, puisqu’il s’est suicidé, la faute lui incombe. Cependant, les actes d’autrui l’ont conduit à ce geste insensé. L’insistance d’Antigone à braver l’ordre de Créon a précipité les événements.
On pourrait soutenir qu’Ismène, sœur d’Antigone, est également coupable de l’issue. Elle refusa d’assister Antigone mais jura également de protéger sa sœur par son silence. Sa tentative de revendiquer la responsabilité et de rejoindre Antigone dans la mort renforça davantage chez Créon la conviction que les femmes sont trop faibles et émotionnelles pour participer aux affaires de l’État.
C’est cette conviction qui pousse Créon à punir Antigone avec d’autant plus de sévérité pour sa defiance.
Antigone, pour sa part, connaît parfaitement la sentence qu’elle encourt en bravant les ordres de Créon. Elle dit à Ismène qu’elle mourra pour ses actes et que sa mort « ne sera pas sans honneur. »
Elle ne mentionne jamais Hémon et ne semble pas le prendre en considération dans ses plans. Elle parle de son amour et de sa loyauté envers son frère, qui est mort, mais ne songe jamais à son fiancé vivant. Elle risque la mort avec imprudence, déterminée à accomplir l’ensevelissement à tout prix.
Créon est le méchant le plus évident dans Antigone. Son comportement déraisonnable se poursuit durant les deux premiers tiers de l’action. Il formule d’abord la déclaration précipitée refusant la sépulture à Polynice, puis s’enferme dans sa décision malgré la defiance et les reproches d’Antigone.
Même le chagrin de son propre fils et les arguments persuasifs contre sa folie ne suffisent pas à émouvoir le roi pour qu’il change d’avis. Il refuse même de discuter de la question avec Hémon ou d’écouter son opinion. D’abord, Hémon cherche à raisonner son père :
« Père, les dieux implantent la raison dans les hommes, la plus haute de toutes les choses que nous nommons nôtres. Ce n’est point à moi — loin de moi cette prétention ! — de dire en quoi tu ne parles pas justement ; et cependant un autre, peut-être, pourrait avoir quelque pensée utile. »
Créon répond qu’il n’écouterait pas la sagesse d’un garçon, ce à quoi Hémon rétorque qu’il ne cherche que le bien de son père et que, si la sagesse est bonne, peu importe sa source. Créon continue de s’enfermer, accusant son fils d’être le « champion de cette femme » et de vouloir uniquement changer son avis pour défendre sa fiancée.
Hémon avertit que toute Thèbes est sympathique au malheur d’Antigone. Créon soutient qu’il est dans son droit, en tant que roi, de régner comme bon lui semble. Les deux échangent encore quelques répliques, Créon demeurant inflexible dans son refus obstiné de libérer Antigone de sa sentence, et Hémon s’exaspérant de plus en plus devant l’hubris de son père.
Finalement, Hémon sort en tempêtant, disant à son père que si Antigone meurt, il ne posera plus jamais les yeux sur lui. Sans le savoir, il a prophétisé sa propre mort. Créon consent jusqu’à un certain point à aménager la sentence, remplaçant la lapidation publique par l’emmurement d’Antigone dans un tombeau.
Le suivant à parler avec Créon est Tirésias, le devin aveugle, qui l’informe qu’il a attiré la fureur des dieux sur lui-même et sur sa maison.
Créon continue d’échanger des insultes avec le devin, l’accusant d’accepter des pots-de-vin et de contribuer à saper le trône. Créon est grincheux et incertain dans son rôle de roi, refusant les bons conseils quelle qu’en soit la source et défendant sa décision jusqu’à ce qu’il réalise que Tirésias a dit la vérité.
Son refus a mis les dieux en colère, et le seul moyen de se sauver est de libérer Antigone.
Créon se précipite pour ensevelir Polynice lui-même, se repentant de son hubris insensée, puis vers le tombeau pour libérer Antigone, mais il arrive trop tard. Il découvre Hémon, venu retrouver sa bien-aimée, qui s’est pendue de désespoir. Créon s’écrie vers Hémon :
« Malheureux, quel acte as-tu commis ! Quelle pensée t’est venue ? Quel funeste accident a troublé ta raison ? Viens, mon enfant ! Je t’en supplie — moi qui t’implore ! »
Sans même lui répondre, Hémon s’élance pour attaquer son père, brandissant son épée. Son attaque étant vaine, il retourne l’arme contre lui-même et tombe pour mourir auprès de sa fiancée défunte, laissant Créon à son deuil.
La mère d’Hémon et épouse de Créon, Eurydice, en entendant un messager relater les événements, rejoint son fils dans la mort, s’enfonçant un couteau dans la poitrine et maudissant l’hubris de son mari de son dernier souffle. L’entêtement, l’impulsivité et l’hubris qui avaient commencé avec Laïos ont fini par détruire toute la famille, y compris ses enfants et même son beau-frère.
De Laïos à Œdipe, à ses fils qui se battirent jusqu’à leur mort mutuelle, jusqu’à Créon, les choix de tous les personnages contribuèrent, en fin de compte, à la chute finale.
Hémon lui-même fit preuve d’un chagrin et d’une rage incontrôlés à la mort de sa bien-aimée Antigone. Il tient son père responsable de sa mort, et lorsqu’il est incapable de la venger en le tuant, il se tue lui-même, la rejoignant dans la mort.


