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Qui est le héros tragique d'Antigone ? Le roi Créon et Antigone

Créon est souvent mentionné comme le héros tragique d’Antigone, la troisième des pièces thébaines. Est-il cependant possible qu’une dissertation sur le héros tragique d’Antigone emprunte une autre voie ? Est-il possible qu’il y ait plus d’un héros tragique dans Antigone ?

Un héros tragique est le plus souvent un personnage qui, en dépit de ses bonnes intentions, est voué à l’échec, à la souffrance ou à la défaite. Ordinairement, l’hubris du héros ou un autre défaut de caractère est la cause de sa chute. Le héros tragique par excellence, bien entendu, est Œdipe lui-même. Condamné même avant sa naissance par une prophétie, Œdipe fait tout ce qui est en son pouvoir pour échapper à son destin. Son propre orgile et son manque de connaissance s’élèvent contre lui, et en fin de compte, il accomplit la prophétie tragique.

Son récit prend fin, et celui de ses enfants reprend dans Antigone. Les récits de héros tragiques comportent ordinairement un personnage qui succombe à sa propre hubris.

Antigone - héros tragique dans la tragédie grecque

En quoi Antigone est-elle un héros tragique ?

La tragédie de son héroïsme est quelque peu plus subtile que celle de Créon, car son « défaut fatal » est un trait positif plutôt que négatif. Son défaut n’est ni l’orgueil ni l’hubris, mais plutôt un dévouement féroce et un amour profond pour sa famille.

En quoi Antigone est-elle un héros ?

Le premier critère pour être un « héros tragique » est, bien entendu, qu’un personnage soit un héros. Un héros se distingue par un « courage inhabituel, des réalisations exceptionnelles ou des qualités nobles ». Antigone remplit ces trois critères. Elle fait preuve d’un grand courage tant dans Œdipe à Colone, où elle accompagne son père avec constance, que dans Antigone. Son courage apparaît dès les premiers vers de la pièce, lorsqu’elle promet àsa sœur Ismène** qu’elle enterrera leur frère, avec ou sans l’approbation de Créon**. Sa loyauté envers sa famille est plus forte que la crainte du châtiment promis par le roi.

Ses réalisations exceptionnelles incluent le fait de s’être rendue, la nuit, pour braver les ordres de son oncle, Créon, afin d’enterrer son frère Polynice. Pour ce faire, elle doit se faufiler devant les gardes et accomplir un travail difficile et pénible très rapidement et probablement dans l’obscurité, avec la plus grande discrétion.

Son caractère noble s’exprime dans sa loyauté indéfectible envers sa famille. Son caractère est subtilement mis en relief au début de la pièce lorsqu’elle rencontre Ismène pour l’informer de ses projets. Ismène, craignant la colère de Créon, refuse d’accompagner sa sœur ou de l’aider. Antigone annonce qu’elle agira avec ou sans l’aide d’Ismène. Ismène la supplie de ne pas commettre un acte aussi insensé et téméraire, mais Antigone est déterminée et quitte le palais tandis que sa sœur regagne ses appartements, trop effrayée par les conséquences pour tenir tête à l’entêtement de Créon.

La tragédie d’Antigone

La dimension « tragique » est quelque peu plus complexe. Ordinairement, un héros tragique est condamné par un défaut de son propre caractère. Œdipe fut condamné par son manque de connaissance — ignorant qu’il avait été adopté. Il fut la victime de deux traits négatifs : l’ignorance et l’hubris. Ses tentatives de contourner la prophétie et la volonté des dieux naissent de sa conviction qu’il peut échapper à la prédiction. Œdipe, apprenant la prophétie selon laquelle il assassinera son père et épousera sa mère, s’enfuit. Et en fuyant sa demeure de Corinthe pour tenter d’échapper à la prophétie, il se place sans le savoir en position de l’accomplir.

Antigone ne souffre pas d’hubris, et elle n’est pas ignorante de sa situation. Elle comprend l’édit de son oncle et le danger de le transgresser, mais elle choisit de s’exposer à la colère de Créon au nom de sa loyauté familiale. Antigone reconnaît l’entêtement de Créon et s’obstine à s’opposer à son décret injuste pour enterrer son frère défunt, un geste noble. S’il l’on peut soutenir que c’est l’orgueil d’Antigone qui la pousse, il est difficile de nier le courage de son sacrifice.

Pourquoi Antigone est-elle le héros tragique ?

La pièce Antigone est inhabituelle car elle contient deux héros tragiques. Le plus évident est Créon, dont l’orgueil entêté lui coûte presque tout. Ayant déjà perdu ses deux neveux à la guerre, il perd sa nièce et son propre fils. Les pertes tragiques d’Antigone et du fils de Créon auraient pu être évitées. Mais pourquoi Antigone est-elle un héros tragique ? En grande partie, la cause de son martyre est l’orgueil de Créon.

L’oncle et sa nièce sont tous deux des personnages à la volonté forte. Antigone fait preuve d’un courage inhabituel pour une femme dans la mythologie grecque. Tandis que la plupart des femmes sont dépeintes comme des épouses, des filles ou des mères, Antigone a perdu son père, et son mari joue un rôle relativement mineur dans le conflit. Sa loyauté envers son frère et son insistance à lui accorder des rites funéraires appropriés contrastent vivement avec le comportement des autres personnages.

Sa propre mère, Jocaste, avait jadis tenté de faire assassiner son fils, Œdipe, alors qu’il était nourrisson afin d’empêcher la prophétie tragique. Parce que Jocaste manqua de volonté et de force pour accomplir elle-même l’acte, Œdipe survécut. C’est le destin qui fit qu’Antigone et ses frères et sœurs existent parce que Jocaste échoua. Ils n’existeraient pas si Œdipe était mort nourrisson. La très existence des fratrie était maudite par la relation qu’Œdipe avait nouée avec sa propre mère biologique, qui devint également la mère de ses enfants.

Ismène et Antigone - sœurs dans la tragédie grecque

Le personnage d’Ismène est plus typique d’une femme dans la mythologie grecque. Indécise et consciente de sa « place » dans la hiérarchie du palais, Ismène refuse de s’opposer à l’autorité. Elle supplie Antigone de penser à elle, sachant qu’elle sera seule si l’acte d’Antigone est découvert. Elle est terrifiée pour Antigone, mais pas assez forte pour se joindre à sa défiance. Ce n’est qu’après l’accomplissement de l’acte qu’Ismène tente de partager le châtiment d’Antigone, afin de ne pas avoir à vivre sans sa sœur.

Ismène est faible et indécise, mais sa sœur possède une force de caractère. La loyauté et la constance d’Antigone lui ont donné la force d’accomplir ce qu’elle jugeait juste. Elle s’est dressée contre le décret de Créon pour se rendre sur le champ de bataille et offrir à Polynice une sépulture digne de ce nom. Elle avait déjà perdu son père et ses deux frères, et elle refuse de voir le corps de son frère profané.

Les femmes dans la mythologie grecque affrontaient des défis très différents de ceux de leurs homologues masculins. Le combat d’Œdipe contre l’autorité fut plus ouvert. Il affronta Laïos, et tua sans le savoir son propre père. Par la suite, il affronta le Sphinx qui terrorisait la région, et le vainquit également.

Antigone agit en defiance de l’autorité, s’élevant contre les ordres injustes de son oncle. Son combat fut beaucoup plus passif que celui d’Œdipe, mais il fut tout aussi ardu. Braver le roi signifiait la mort certaine. Antigone s’engagea dans son combat pleinement consciente des conséquences de ses actes. Elle considéra sa propre vie comme un prix acceptable à payer pour la dignité de son frère défunt et pour sa loyauté à la mémoire de son frère.

Antigone paie le prix

Lorsque Créon apprend sa désobéissance, il la confronte, mais elle refuse de céder, lui rappelant que la loi même de la nature et des dieux est de son côté. Créon, furieux d’être bravé par une femme, déclare qu’il préfère la faire exécuter plutôt que de l’épargner en tant que future épouse de son fils. Hémon, le fils de Créon, est comme prévu bouleversé par le refus obstiné de son père de gracier sa cousine et épouse. Même avec Ismène suppliant pour la vie de sa sœur, Créon refuse de l’épargner. Finalement, il est convaincu de l’ensevelir dans un tombeau plutôt que de la faire exécuter directement. Il déclare que, puisqu’elle souhaitait son frère enterré, elle verra son vœu exaucé, mais elle le rejoindra, scellée pour l’éternité dans un tombeau.

Une fois de plus, le manque de force d’Ismène sert de contraste subtil pour souligner le courage d’Antigone. Ismène supplie qu’on lui permette de rejoindre sa sœur dans la mort, mais Antigone refuse, déclarant que sa vie « suffit ». Ismène, accablée de chagrin, quitte la pièce et n’apparaît plus dans la pièce. Elle n’avait pu se joindre à sa sœur dans le crime de braver Créon. Antigone ne lui accordera ni l’horreur ni l’honneur de la rejoindre dans la mort pour un crime qu’elle n’a pas commis.

Ce n’est que lorsque le prophète aveugle, Tirésias, vient informer Créon qu’il a attiré la colère des dieux sur Thèbes par son refus obstiné d’accomplir la loi naturelle et d’enterrer Polynice, qu’il cède. Il se rend au tombeau avec Hémon pour libérer Antigone, mais ils découvrent qu’Antigone s’est pendue dans le désespoir.

Le dernier acte de défiance d’Antigone fut de rejoindre son père et ses frères dans la mort. En cet instant, elle devient un véritable héros tragique. L’orgueil et la peur l’ont poussée à se pendre juste avant d’être sauvée et libérée de son destin. Hémon, fou de rage et de chagrin, brandit son épée pour tuer son propre père en vengeance de sa promise. Il le manque et se poignarde lui-même. Il meurt avec Antigone, et Créon ne reste qu’avec la plus faible des sœurs.

Créé : 16 février 2024

Modifié : 17 février 2024