Nestorianisme : faits et légendes derrière cette doctrine chrétienne
Le nestorianisme, une doctrine chrétienne, s’articule autour de l’œuvre de Nestorius, l’un des premiers évêques de Constantinople.
Sa littérature comprend toutefois d’autres sources théologiques et historiques fondées sur ses travaux. Dans cet article, nous aborderons ses origines tumultueuses et son histoire. Préparez-vous à une immersion complète dans cette hérésie chrétienne singulière !
Qu’est-ce que le nestorianisme ?
Le nestorianisme est une doctrine chrétienne originaire de Syrie et d’Asie Mineure. Les croyances nestoriennes soulignaient l’indépendance des natures divine et humaine du Christ. Autrement dit, selon le nestorianisme, le Christ est deux personnes distinctes, unies en une seule.
En particulier, Jésus serait composé d’une entité divine et d’une personne humaine. Par conséquent, lorsque Jésus mourut, ce n’est pas le Fils de Dieu qui souffrit, mais seulement sa nature humaine. Lorsqu’il accomplit un miracle, c’était le divin agissant indépendamment de la personne humaine de Jésus.
Les fondateurs du nestorianisme
La théologie de Nestorius fut profondément influencée par les enseignements de Théodore de Mopsueste, le théologien le plus éminent de l’École d’Antioche.
De nombreux chrétiens de langue syriaque se sentirent attirés par les enseignements de Théodore. C’est pourquoi l’Église de l’Orient adopta Théodore, Nestorius et Diodore comme autorités de la doctrine ecclésiale. Théodore de Mopsueste est aujourd’hui reconnu par les nestoriens comme le plus grand exégète biblique de l’histoire.
Dans la mariologie nestorienne, Marie ne reçoit pas le titre de « Mère de Dieu ». Cela met en relief la distinction entre les aspects divins et humains de l’Incarnation. Le christianisme nestorien adhère au concept d’union prosopique des deux natures en Jésus.
Cette position christologique est qualifiée de dyophysitisme radical dans le monde chrétien. Elle se distingue également du dyophysitisme orthodoxe, qui fut réaffirmé au concile de Chalcédoine.
Définition du nestorianisme
Selon le dictionnaire Oxford, le nestorianisme est « la doctrine de Nestorius, patriarche de Constantinople, selon laquelle le Christ aurait eu des personnes humaine et divine distinctes. »
Le nestorianisme est un terme employé en théologie chrétienne pour désigner des ensembles d’enseignements apparentés mais doctrinalement distincts. La première acception du terme est liée aux enseignements du théologien chrétien Nestorius, qui promut des doctrines de christologie et de mariologie.
La seconde acception du terme renvoie à un ensemble d’enseignements théologiques qualifiés de nestoriens mais qui se distinguaient des œuvres de Nestorius par leur origine, leur portée et leur terminologie.
L’hérésie nestorienne
Le nestorianisme est la dernière grande hérésie. En tant que telle, elle suscita la réponse définitive de l’Église concernant la personne du Christ lors du concile de Chalcédoine, en 451 apr. J.-C.
Les nestoriens croient que le Christ existe comme deux personnes partageant un même corps. La controverse nestorienne naît de la conviction que les natures divine et humaine du Christ sont distinctes et séparées. Cette idée s’oppose à la doctrine chrétienne orthodoxe de l’union hypostatique, qui affirme que le Christ est pleinement Dieu et pleinement homme en une seule personne.
Les origines du nestorianisme
Les idées nestoriennes trouvèrent d’abord leur source dans les écrits de Diodore de Tarse, qui s’opposait à l’hérésie d’Apollinaire. En rejetant l’apollinarisme, Diodore écrivit sur le moment de l’Incarnation.
Selon lui, après l’Incarnation, les natures divine et humaine de Jésus-Christ étaient divisées à tel point qu’il y avait une complète indépendance des natures et qu’aucune union n’était possible.
Ces idées furent étudiées et développées par Théodore de Mopsueste. Théodore était un érudit de la tradition antiochienne. Il expliqua que les natures humaine et divine du Christ étaient si totalement séparées qu’il n’y avait entre elles qu’un simple contact, sans aucune union.
Le nestorianisme dans les écrits de Théodore de Mopsueste
En exposant ses idées, Théodore réfléchit également à la naissance de Jésus de la Vierge Marie. Dieu, ayant prévu le triomphe de l’Homme sur le péché, choisit de racheter la race humaine par Lui en s’unissant à Lui par la Grâce dès le moment de Sa conception. Il rendit également l’Homme Jésus digne d’être appelé Son Fils.
Jésus-Christ devint en définitive l’instrument de Dieu pour le salut de l’humanité. À partir de ces idées, Théodore s’opposa à l’usage du mot « Dieu » pour décrire Jésus-Christ. Il refusait de dire « Dieu fut crucifié » ou « Dieu est né » car, selon lui, seul l’Homme Jésus est né et Dieu demeurait dans l’Homme Jésus.
C’est pourquoi Théodore qualifia Jésus de « Théophore », c’est-à-dire Porteur de Dieu. Il s’opposait également au terme « Théotokos », qui signifie Celle qui donne naissance à Dieu, pour la Vierge Marie.
Les chrétiens considérèrent les croyances de Théodore comme hérétiques car elles niaient la rédemption et le salut. Car si seul l’Homme Jésus souffrit sur la Croix et mourut pour les péchés des hommes, comment la souffrance d’un homme peut-elle racheter toute la race humaine ?
Histoire
Lorsque Constantin déplaça la capitale politique de Rome à Byzance, l’Église d’Occident centralisa le pouvoir religieux de l’Église catholique romaine. L’Église d’Orient n’emprunta pas la même voie. Elle conserva au contraire plusieurs églises importantes réparties dans la région. Alexandrie et Antioche comptaient parmi les plus anciennes et les plus importantes de ces églises.
Au cours des premiers siècles de l’Église, un débat suscita de vives discussions parmi les chrétiens. Ils cherchaient à répondre à cette question : quelle est la nature exacte du Christ ? Comment peut-il être à la fois divin et humain ? En Occident, l’Église catholique romaine décréta que Jésus était « deux natures en une personne » et passa à autre chose. En Orient, la discussion sur la nature du Christ se prolongea bien davantage.
Les singularités de la théologie de l’Église d’Orient
Les Alexandrins affirmaient que Jésus était divin. Ils croyaient en l’unité de la personne du Christ. Apollinaire de Laodicée résuma l’idée en disant que le Verbe de Dieu avait pris la place d’une âme rationnelle afin qu’un corps humain puisse prêcher la vérité de Dieu. Le corps n’était qu’un instrument, un porte-voix.
Les Antiochiens d’Antioche n’acceptèrent pas cette idée. Les Antiochiens soulignaient les deux natures et la véritable humanité du Christ. Ils affirmaient qu’un sacrifice qui n’était pas pleinement humain ne pouvait racheter les humains. Ils croyaient donc que Dieu avait Sa présence en Jésus mais qu’Il était aussi humain. En somme, Jésus possédait deux natures distinctes.
Leurs vues divergentes ne constituaient pas initialement un problème, jusqu’à ce qu’on prît conscience du risque de perte de contact. D’une part, l’accent mis par les Alexandrins pouvait aboutir à une vision du Christ qui minimisait son humanité, tandis que l’approche antiochienne pouvait conduire à une interprétation de la figure du Christ qui divisait les deux natures plutôt qu’elle ne les distinguait.
Qui est Nestorius ?
Nestorius, celui qui créa l’hérésie nestorienne, naquit à Germanicia, en Syrie. La date de sa naissance est inconnue mais il mourut en Égypte en 451 apr. J.-C. Nestorius était moine au monastère d’Euprepius. Il fut également l’élève de Théodore de Mopsueste.
Théodore influença les théologiens chrétiens du IVe siècle originaires d’Antioche, dont Nestorius. Ce dernier popularisa les enseignements de Théodore et les fit nommer d’après lui-même. Il fut choisi par l’empereur Théodose II pour devenir patriarche de Constantinople en succession à Sisinnius.
Nestorius était réputé pour son éloquence. Il rejeta la doctrine traditionnelle de l’Incarnation en niant l’union hypostatique des natures humaine et divine de Jésus. Il rédigea également sa doctrine antiochienne de l’Incarnation. Son accession à l’épiscopat de la cour fut favorisée par la popularité du souvenir de saint Chrysostome parmi le peuple de la ville impériale.
La carrière de Nestorius
Nestorius fut consacré en avril 428 apr. J.-C. Quelques jours après sa consécration, il fit détruire une chapelle arienne. Il persuada également Théodose de promulguer un sévère édit contre l’hérésie le mois suivant.
Nestorius s’empara également des églises des Macédoniens de l’Hellespont. Il prit des mesures contre les Quartodécimans qui vivaient en Asie Mineure. Nestorius s’en prit aussi aux Novatiens, bien que ceux-ci eussent un bon évêque.
Nestorius distinguait également entre l’aspect humain et l’aspect divin du Christ. Il croyait que Dieu ne pouvait souffrir sur la croix car Il est omnipotent. Par conséquent, seul l’aspect humain du Christ mourut sur la croix pour sauver les hommes.
Il devint patriarche de Constantinople en 428 et commença à prêcher contre l’usage du titre de « Mère de Dieu » pour la Vierge Marie. Il suggéra d’appeler Marie plutôt « Mère du Christ. » Il déclara qu’appeler Marie Mère de Dieu revenait à impliquer que Marie était de nature divine, qu’elle était une déesse, ce qui n’est pas le cas car elle est simplement humaine.
En raison de ses enseignements peu orthodoxes, Nestorius entra en conflit avec d’autres chefs de l’Église, dont Cyrille d’Alexandrie. Ce dernier le détestait tellement qu’il lança 12 anathèmes contre lui. Cependant, le premier à exprimer sa désapprobation fut Eusèbe, un laïc.
Après lui vinrent l’évêque de Dorylée et l’accusateur d’Eutychès. Bientôt, les deux prêtres de la ville, Philip et Proclus, prêchèrent contre Nestorius. Philippe, originaire de Sidé, accusa Nestorius d’hérésie.
Les controverses autour du nestorianisme
Proclus, qui succéda à Philippe, prononça le même sermon orthodoxe fleuri contre Nestorius. Ce conflit souleva une grande effervescence à Constantinople, notamment parmi le clergé qui n’aimait pas Nestorius et qui condamna immédiatement sa doctrine. En 430 apr. J.-C., Nestorius convoqua une assemblée du concile. Des convocations furent adressées aux patriarches et métropolites.
Le nestorianisme ne reflétait pas la tradition conventionnelle de l’Église. Cela fut même documenté par des historiens anciens tels que Socrate et Héracléide. Ils accusèrent également Nestorius d’adopter les croyances de Paul de Samosate, une théologie qui considérait le Christ comme un homme qui, par ses souffrances et ses vertus, avait atteint la dignité de Fils de Dieu.
Cela était très différent de la conviction de Cyrille quant à la nature du Christ. Pour Cyrille, le Christ avait une seule nature, concrète et existante.
Nestorius ne pouvait concevoir une nature sans substance ni personnalité concrète, c’est pourquoi il ne saisit pas le concept d’existence réelle. Le problème fondamental de Nestorius est qu’il ne parvenait pas à concilier les concepts de « personne » et de « nature. »
Ce que Nestorius appelait des « natures » aurait dû être appelé des « personnes. » Son erreur fut de diviser le Christ en deux personnes — humaine et divine. Le Christ n’est qu’une seule Personne et Marie est la mère de cette Personne.
Les mères donnent naissance à des personnes, non à des natures. De nombreux spéciales affirment que si seulement leurs idées avaient été définies et clarifiées, il n’y aurait pas eu de schisme et la controverse aurait pu être évitée entièrement.
L’exil de Nestorius
En 431, Cyrille s’entretint avec le pape Célestin Ier pour condamner Nestorius et le déclarer hérétique lors du concile d’Éphèse la même année. Nestorius et ses enseignements furent en effet condamnés comme hérétiques non seulement au concile d’Éphèse, mais aussi au concile de Chalcédoine.
Les conciles convinrent que le Christ était une personne unique et que Marie était bien la Mère de Dieu. En 435, l’empereur Théodose II promulgua un édit exilant Nestorius dans un monastère en Égypte. On brûla également tous ses écrits.
L’exil de Nestorius entraîna la séparation de l’Église assyrienne de l’Église byzantine. L’Église assyrienne retira également son soutien à Nestorius et le dénonça comme hérétique. Aujourd’hui, ce sont les protestants qui présentent le plus de similitudes avec le nestorianisme. Les protestants rejettent le titre de Mère de Dieu attribué à Marie.
Les nestoriens
Le terme « nestorien » désigne à la fois la religion et le peuple de langue syriaque établi en Irak et dans le sud de la Turquie. Les nestoriens possèdent une école à Édesse, en Turquie. Ils comptent également des fidèles de diverses origines, notamment des Kurdes, des Assyriens, des Arméniens, des Arabes et des Persans.
Après leur baptême, la plupart d’entre eux furent appelés Syriaques orientaux afin de les distinguer plus aisément des Syriaques occidentaux, qui étaient soit jacobites, soit monophysites.
Les chrétiens assyriens d’aujourd’hui n’aiment pas être appelés nestoriens. Ils estiment que Nestorius n’a pas fondé l’Église de l’Orient. Pour eux, le terme nestorien désigne désormais exclusivement l’hérésie.
En réalité, avoir été accusés d’hérésie conféra aux Églises nestoriennes certains avantages. Avant que le christianisme ne fût légalisé dans l’Empire romain, de nombreux chrétiens cherchaient refuge dans l’Empire perse, ennemi de Rome. Avec la Perse pour base, la puissance et l’influence de l’Église nestorienne s’étendirent le long de la Route de la Soie et dans tout l’Extrême-Orient.
Aujourd’hui, environ un demi-million de nestoriens vivent à Orumiyeh, dans le nord-ouest de l’Iran. On en trouve également en Azerbaïdjan, dans le nord de l’Irak et dans l’est de la Turquie. Les nestoriens ont cohabité avec les Kurdes pendant des siècles et ont développé de bonnes relations avec eux.
L’Église nestorienne
L’Église nestorienne était une église chrétienne orientale de rite syriaque oriental. Elle était située en Mésopotamie. Elle constitua autrefois une branche majeure du christianisme oriental, fondée lors des controverses christologiques.
Les deux autres branches à cette époque étaient les Églises orthodoxes orientales et l’Église orthodoxe chalcédonienne. Durant la période primitive, ces Églises ont revendiqué l’héritage de l’Église de l’Orient.
L’Église nestorienne fut autrefois l’Église nationale de l’Empire sassanide. En 424 apr. J.-C., cette Église se déclara indépendante de la structure ecclésiale de l’Empire romain. À l’époque, l’Église nestorienne — fondée par Thomas l’Apôtre au Ier siècle — était dirigée par le Patriarche de l’Orient, dont le siège se trouvait à Séleucie-Ctésiphon.
Elle faisait partie de la Grande Église, originellement en communion avec l’Empire romain, jusqu’à sa condamnation par le concile d’Éphèse.
L’organisation nestorienne et ses partisans se réfugièrent dans la Perse sassanide. Là, l’Église refusa de condamner Nestorius. Elle fut alors qualifiée d’Église nestorienne par toutes les autres Églises orientales.
Par ailleurs, durant cette période, les empires perse et romain étaient en guerre l’un contre l’autre. Cela contraignit l’Église de l’Orient à s’éloigner des Églises situées sur le territoire romain.
Après la conquête musulmane de la Perse, l’Église nestorienne joua un rôle déterminant dans l’expansion du christianisme en Asie. Entre les IXe et XIVe siècles, l’Église nestorienne devint la plus grande confession chrétienne au monde en termes d’étendue géographique. L’Église nestorienne établit également des diocèses et des communautés au-delà de la mer Méditerranée. Aujourd’hui, on trouve ces églises en Irak, en Iran, en Inde, en Asie centrale et en Chine.
Conclusion
À ce stade, vous pouvez vous considérer comme un expert de la doctrine chrétienne du nestorianisme ! Voici quelques points clés à retenir de cet article :
- Le nestorianisme est une secte chrétienne fondée en Syrie et en Asie Mineure. Cette croyance souligne l’indépendance des natures divine et humaine du Christ.
- Dans la mariologie nestorienne, Marie ne reçoit pas le titre de « Mère de Dieu. » Cela met en relief la distinction entre les aspects divins et humains de l’Incarnation.
- Le terme « nestorien » désigne à la fois la religion et le peuple de langue syriaque établi en Irak et dans le sud de la Turquie.
- Nestorius, celui qui créa l’hérésie nestorienne, naquit à Germanicia, en Syrie. La date de sa naissance est inconnue mais il mourut en Égypte en 451 apr. J.-C.
- Nestorius était moine au monastère d’Euprepius. Il fut également l’élève de Théodore de Mopsueste.
- Nestorius popularisa les enseignements de Théodore et les fit nommer d’après lui-même. Il fut choisi par l’empereur Théodose II pour devenir patriarche de Constantinople en succession à Sisinnius.
- En raison de ses enseignements peu orthodoxes, Nestorius entra en conflit avec des chefs de l’Église, dont Cyrille d’Alexandrie.
- En 431, Cyrille s’entretint avec le pape Célestin Ier pour condamner Nestorius et le déclarer hérétique lors du concile d’Éphèse.
- Le nestorianisme est la dernière grande hérésie qui suscita la réponse définitive de l’Église concernant la personne du Christ au concile de Chalcédoine en 451.
- L’exil de Nestorius entraîna un schisme et la séparation de l’Église assyrienne de l’Église byzantine.
- Aujourd’hui, environ un demi-million de nestoriens vivent à Orumiyeh, dans le nord-ouest de l’Iran. On en trouve également en Azerbaïdjan, au Kurdistan, dans le nord de l’Irak et dans l’est de la Turquie.
Nous espérons que vous avez trouvé toutes les informations que vous cherchiez dans cet article. Vous pouvez désormais parler du nestorianisme en toute confiance !



