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Quels rôles les dieux jouaient-ils dans l'Iliade ?

Les dieux dans l’Iliade, comme dans la plupart de la mythologie grecque, ont exercé une influence considérable sur le déroulement des événements.

Sculpture de Zeus, roi des dieux grecs dans l'Iliade

Sculpture de Zeus, roi des dieux

Tandis que Zeus, le roi des dieux, demeurait neutre, plusieurs divinités mineures choisirent leur camp, défendant soit la cause grecque, soit la cause troyenne.

En réalité, l’ensemble du conflit trouva son origine dans une rencontre entre les dieux.

Tout commença par une pomme

L’Iliade ne fait que de brèves allusions au jugement de Pâris, ce qui laisse entendre que le public de l’Iliade connaissait déjà intimement cette histoire.

L’histoire est simple. Zeus organise un banquet pour célébrer le mariage de Thétis, une nymphe, et Pélée, un guerrier mortel. Le couple deviendra par la suite les parents d’Achille.

Éris, la déesse de la discorde, est exclue de la célébration. Courroucée par ce affront, Éris s’empare d’une pomme d’or dans le jardin des Hespérides. Elle inscrit sur la pomme « À la plus belle » et la lance au milieu de la fête.

Trois déesses revendiquent la pomme : Athéna, Héra et Aphrodite. Les trois exigent que Zeus soit leur juge, mais Zeus, qui n’était pas sot, refuse de se prononcer. Pâris, un mortel troyen, fut désigné comme arbitre entre les trois déesses.

Il avait auparavant rencontré le dieu Arès, qui s’était transformé en taureau pour défier Pâris. Les bovins de Pâris étaient réputés pour leur qualité exceptionnelle.

Invité à se prononcer entre le dieu déguisé et son propre bétail, Pâris accorda sans hésiter un prix à Arès, révélant ainsi son honnêteté et son sens de la justice. Ayant prouvé la justesse de son jugement, Pâris fut choisi pour départager les déesses.

Les trois déesses se présentèrent à Pâris, allant jusqu’à se dévêtir pour défiler nues devant lui afin qu’il puisse les juger équitablement.

Ne souhaitant pas s’en remettre à leurs seuls atouts, chacune offrit un pot-de-vin à Pâris pour s’attirer ses faveurs. Athéna lui offrit la sagesse et l’habileté à la guerre. Héra lui offrit le pouvoir et des terres pour faire de lui le souverain de l’Europe et de l’Asie. L’offre d’Aphrodite, cependant, fut la plus convaincante. Elle lui promit la main de « la plus belle femme du monde » en mariage.

Aphrodite omet de préciser que ladite femme, Hélène, était déjà mariée au Spartiate Ménélas. Sans se laisser décourager, Pâris réclama son prix et l’emmena à Troie.

Quel rôle les dieux jouent-ils dans l’Iliade ?

Une fois les lignes de bataille tracées, les dieux et déesses se rangèrent de chaque côté du conflit pour en observer le déroulement selon leurs caprices et leurs désirs.

Bien que la déesse Aphrodite n’ait sans doute pas rendu un véritable service à Pâris en lui offrant une femme mariée, elle prit néanmoins fait et cause pour les Troyens dans le conflit, favorisant Pâris et allant même jusqu’à le secourir au cours des batailles. À ses côtés se trouvait son amant, Arès, le dieu de la guerre, ainsi que son demi-frère Apollon.

Apollon, dieu de la pestilence et des fléaux, prend d’abord le parti d’Athéna. Il est incertain s’il agit par loyauté ou par provocation. Son courroux est éveillé par le comportement d’Agamemnon envers la fille de l’un de ses propres prêtres.

Agamemnon et Achille ont capturé deux femmes, Briséis et Chryséis, comme butin de guerre lors du sac d’une cité. Le père de Chryséis, Chrysès, est prêtre d’Apollon. Voyant ses appels à Agamemnon pour la rançon de sa fille repoussés, il se tourne vers le dieu pour obtenir son aide. Apollon, complaisamment, déchaîne une peste sur les Grecs, décimant d’abord leur bétail et leurs chevaux, puis les hommes eux-mêmes.

Pour arrêter la peste, Agamemnon est contraint de rendre Chryséis. En retour, il exige qu’Achille lui cède Briséis, un acte qui met Achille en fureur et le pousse à se retirer du combat, ce qui, avec le temps, suscite de nouvelles ingérences divines.

Ulceré par le manque de respect d’Agamemnon à l’égard de sa position et de son honneur, Achille en appelle à sa propre mère immortelle, Thétis. Celle-ci se dresse contre les Grecs. Elle exerce également une certaine influence sur Poséidon, qui a déjà des raisons de haïr le roi troyen en tant que nymphe marine.

Thétis se rend auprès de Zeus pour plaider la cause des Grecs au nom d’Achille, et Zeus, entendant sa requête, aide effectivement les Grecs pendant un temps, infligeant à Agamemnon des défaites importantes tandis que celui-ci tente de combattre sans l’aide d’Achille.

D’autres dieux grecs dans l’Iliade jouent un rôle moins actif, mineur ou changeant, prenant parti pour un camp ou l’autre pour une durée plus courte ou dans une ou deux circonstances seulement.

Par exemple, Artémis est courroucée lorsque le chef grec Agamemnon capture un cerf dans ses terrains de chasse sacrés. Agamemnon est contraint de sacrifier sa propre fille, Iphigénie, pour l’apaiser avant de se lancer dans la bataille contre Troie.

Quels dieux ont combattu pour la Grèce ?

Sculpture d'Apollon, l'un des dieux de l'Iliade qui soutint Troie

Sculpture d'Apollon

Le rôle des dieux dans l’Iliade a parfois évolué et changé comme le sable au gré du vent. Dans d’autres cas, certains dieux demeurèrent les champions fidèles de leur camp tout au long de la bataille.

Combattant du côté des Grecs, on trouvait Thétis, la mère d’Achille ; Poséidon, le dieu de la mer ; Athéna, la déesse de la guerre, et Héra, blessée par Pâris lors du concours visant à décider dont la beauté était la plus grande. Chacun des dieux et déesses grecs, à l’instar des dieux troyens, avait ses propres desseins et raisons d’agir, fussent-ils les plus futiles.

Les raisons d’Athéna et d’Héra de soutenir la cause des Grecs étaient les plus évidentes. Les deux déesses étaient furieuses d’avoir été éconduites par Pâris lors du concours de beauté. Chacune estimait qu’elle aurait dû être choisie de préférence à Aphrodite et cherchait à se venger.

Athéna joue un rôle actif, intervenant et apportant son soutien direct à plusieurs reprises. Lorsqu’Agamemnon s’empare de Briséis, elle empêche le guerrier impulsif de le frapper sur-le-champ pour l’insulte subie.

Plus tard, elle inspire Ulysse pour rallier les troupes grecques. Elle semble prendre Ulysse en affection particulière, l’assistant à plusieurs reprises tout au long du poème.

Dieux et déesses neutres dans l’Iliade

Tous les rôles des dieux et déesses dans l’Iliade n’étaient pas aussi nets. Zeus lui-même refuse de prendre ouvertement parti, se contentant de superviser la bataille afin que les décrets du destin déjà arrêtés s’accomplissent.

Les morts de Patrocle et d’Hector sont prédéterminées, et Zeus veille à ce qu’elles se produisent, allant même jusqu’à permettre que son propre fils mortel, Sarpédon, périsse sous les coups de Patrocle afin de l’empêcher d’être tué par quiconque d’autre qu’Hector.

Le rôle de Zeus est celui d’un superviseur, un équilibre mainteneur du destin. Il veille à ce que les événements fatidiques se réalisent afin que l’ordre des choses soit préservé.

Les interventions de Zeus favorisent d’abord un camp puis l’autre, à mesure qu’il cède à la volonté des autres dieux. Son épouse, Héra, a choisi un camp, tandis que sa fille Aphrodite a choisi l’autre.

Zeus ne peut se permettre de favoriser ouvertement un camp, de sorte que sa loyauté semble constamment fluctuer tout au long du récit, ne favorisant véritablement aucun des deux groupes d’hommes mortels mais s’en tenant au cours tracé par le destin.

Comment les dieux ont-ils influencé l’issue de la guerre de Troie ?

L’intervention divine dans l’Iliade a indéniablement modifié le cours de l’histoire, non seulement pour les individus impliqués dans la guerre, mais aussi pour l’issue de la bataille elle-même.

Non seulement les dieux ont déclenché la guerre par leur querelle autour d’une pomme d’or, mais ils continuent également à s’immiscer et à se mêler des affaires humaines tout au long de l’épopée. Du simple choix des camps jusqu’à la participation directe aux combats, les dieux jouent un rôle actif dans la majeure partie de l’épopée.

À partir du moment où Agamemnon s’empare du cerf sacré, les caprices des dieux s’entremêlent aux affaires des mortels. Même lorsque Zeus décrète qu’ils doivent tous laisser les mortels à leur propre destin, ils continuent d’intervenir à leur guise et interdisent toute ingérence ultérieure.

Les dieux et déesses trouvent des moyens plus subtils d’intervenir et continuent de soutenir leurs favoris, un peu comme des supporters lors d’un événement sportif — s’ils pouvaient pénétrer sur le terrain sous un déguisement et perturber le jeu à leur convenance.

Depuis le moment où Athéna empêche Achille de frapper l’insolent Agamemnon jusqu’à l’appel de Thétis à Zeus en faveur de son fils, les dieux et déesses participent à presque tous les événements majeurs de la guerre.

Athéna tient sans doute le rôle le plus actif, ce qui sied à la déesse de la guerre, mais Apollon avec sa peste et Poséidon se joignent également à la mêlée. Hermès est peut-être le plus passif des participants immortels, agissant principalement comme messager des autres dieux et comme guide, menant Priam dans le camp grec pour récupérer le corps d’Hector.

Comment étaient les dieux grecs ?

Sculpture d'Aphrodite, la déesse qui déclencha la guerre de Troie dans l'Iliade

Sculpture d'Aphrodite

Les dieux de l’Iliade se comportaient fort à la manière des mortels qu’ils cherchaient à contrôler. Ils étaient souvent superficiels, égoïstes, mesquins, voire ridicules dans leur comportement.

Ils ne faisaient certes preuve d’aucune compassion ni d’aucun souci à l’égard des mortels. Les hommes comme les femmes n’étaient que des pions entre leurs mains, manipulés dans le cadre d’un dessein plus vaste visant à gagner faveur et pouvoir auprès de leurs pairs.

Une fois qu’Aphrodite promet à Pâris qu’il aura Hélène, permettre qu’elle soit reprise par Ménélas constituerait un échec de la part de la déesse à honorer son serment. Refusant de perdre la face devant les autres dieux et déesses, Aphrodite fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher le retour d’Hélène à Sparte. Elle va même jusqu’à soustraire Pâris à un duel avec Ménélas, lui sauvant ainsi la vie.

Plus tard, elle s’engage à nouveau dans la bataille, pénétrant sur le champ de bataille lui-même. Elle tente de secourir son fils Énée mais est blessée par Diomède, le fléau de Troie.

Apollon intervient et sauve son fils. Au livre sept, Athéna et Apollon décident d’organiser un combat singulier entre deux guerriers.

Ils réunissent Hector et Ajax pour un affrontement. Au livre 8, Zeus, excédé par les extravagances des dieux, leur interdit sommairement de participer davantage aux affaires humaines. Il se retire ensuite sur le mont Ida, où il pèse les destins des deux armées pour déterminer l’issue des prochaines batailles. Les Grecs perdent, et Zeus regagne l’Olympe.

Qu’ont gagné et perdu les dieux dans la guerre de Troie ?

La guerre naquit d’un concours, la femme dont le « visage lança mille navires » constituant le prix âprement disputé. Au fil du conflit, chaque die et déesse avait quelque chose à gagner et quelque chose à perdre.

Zeus ne pouvait pas davantage prendre parti entre les trois déesses belligérantes — l’une étant son épouse — qu’il n’aurait pu juger le concours. Son gain dans l’épopée résida dans le maintien du statu quo en tant que souverain des dieux.

Il subit cependant plusieurs pertes, parmi lesquelles son fils mortel, Sarpédon. Au livre 17, il déplore également le destin d’Hector, mais les destins ont tranché, et même en tant que dieu, il est impuissant à s’opposer au Destin.

Thétis a sans doute le plus à perdre, parmi les dieux et déesses impliqués dans la guerre de Troie. Son fils, Achille, a fait l’objet d’une prophétie : il mènerait soit une longue vie sans éclat, soit gagnerait une gloire immense et mourrait jeune à la guerre de Troie.

Lorsqu’Achille était un nourrisson, elle le plongea dans le fleuve Styx pour lui accorder l’immortalité par son contact avec les eaux magiques. Sa tentative le protégea, à l’exception du talon qu’elle avait tenu lorsqu’elle plongea le nourrisson. En dépit de ses efforts, elle finit par perdre son fils face au Destin. Elle tente d’abord de le cacher sur une île pour l’empêcher de prendre part à la guerre.

Lorsque cette stratégie échoue, elle fait en sorte qu’Héphaïstos forge une armure spéciale avec des renforts d’argent au talon pour le protéger. Lorsqu’Hector s’empare de l’armure d’Achille, elle lui fait fabriquer une nouvelle armure. Elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour encourager son fils à quitter le champ de bataille, mais en vain. Achille a choisi sa voie, et le Destin ne saurait être nié. À la guerre, même les dieux et les déesses ne l’emportent pas toujours.

Le déroulement et le dénouement du récit furent grandement influencés par les décisions et les rôles joués par les dieux et les déesses dans l’Iliade. À chaque choix qu’ils firent, ils gagnèrent ou perdirent quelque chose.

Créé : 16 février 2024

Modifié : 10 janvier 2025