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Agamemnon était-il le roi de Mycènes ou d'Argos ?

Dans la mythologie grecque, Agamemnon est l’un des personnages les plus éminents de la légende de la guerre de Troie. Il fut le chef de la vaste armée grecque qui combattit Troie. Il est communément connu comme le roi de Mycènes. Cependant, était-il véritablement le roi de cette cité-État ? La vérité est bien plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Cet article examinera ce que les sources les plus anciennes nous révèlent réellement et pourquoi cette question revêt une importance capitale.

Ruines de l'antique Mycènes. Photo par Ronny Siegel

Ruines de l'antique Mycènes. Photo par Ronny Siegel, CC-BY 2.0

Qui était Agamemnon ?

Tout d’abord, établissons qui était véritablement Agamemnon. Il apparaît pour la première fois dans l’Iliade d’Homère, composée au VIIe siècle av. J.-C. Selon ce récit et les sources ultérieures, Agamemnon était le roi suprême des Grecs durant la guerre de Troie. Son frère Ménélas avait été fiancé à Hélène de Sparte, avant que celle-ci ne fût enlevée par (ou ne s’enfuit avec) Pâris de Troie.

En conséquence, ainsi que par les alliances entre divers chefs grecs, des milliers de Grecs se lancèrent dans une campagne pour vaincre les Troyens et ramener Hélène. Agamemnon ne régnait pas sur toute la Grèce, mais il était le roi prééminent, le chef suprême des forces grecques alliées. C’est la raison pour laquelle il est régulièrement qualifié de « roi des hommes » tout au long de l’Iliade.

Quant à son royaume proprement dit, de nombreuses sources modernes le décrivent comme le roi de Mycènes. D’autres, comme l’Encyclopædia Britannica, le désignent comme « roi de Mycènes ou d’Argos ». Comparativement, peu de sources modernes se contentent de l’appeler roi d’Argos. D’où vient cette confusion, et est-elle même significative ?

Pourquoi le royaume d’Agamemnon est-il important ?

Examinons pourquoi la question du royaume d’Agamemnon revêt une telle importance. En réalité, elle a une incidence considérable sur notre compréhension de l’époque à laquelle l’Iliade fut composée, des traditions antiques qu’elle préserve et de la période historique qu’elle décrit.

La raison en est assez simple. À différentes époques de l’histoire grecque, différentes cités-États exerçaient la prééminence sur les autres. Puisqu’Agamemnon est présenté dans l’Iliade comme le plus puissant des rois grecs, l’identité de son royaume est évidemment étroitement liée à l’époque à laquelle se déroule le récit, ou du moins à l’ère dont provient la légende.

Dans le cas de Mycènes, il s’agissait de la cité-État la plus puissante de l’ère mycénienne de l’histoire grecque, d’où le nom de cette période. Celle-ci s’étendit d’environ 1600 à 1150 av. J.-C. Mycènes ne retrouva jamais thereafter le statut de royaume grec le plus puissant.

Par conséquent, si l’Iliade présente véritablement Mycènes comme le centre du royaume d’Agamemnon, cela indiquerait que cette légende remonte à l’ère mycénienne. On pourrait ainsi y voir une preuve non seulement de la période à laquelle se déroule le récit, mais aussi de la préservation fidèle d’au moins les rudiments de l’histoire grecque à travers des siècles de tradition orale.

En revanche, si Agamemnon est en réalité présenté dans l’Iliade comme le roi d’Argos, cela conduirait à des conclusions totalement différentes.

Bref historique de Mycènes et d’Argos

Avant d’examiner les témoignages de l’Iliade, il serait utile de rappeler ce que nous savons des histoires respectives de Mycènes et d’Argos.

Mycènes était une cité antique du Péloponnèse, dans la région connue sous le nom d’Argolide. Elle était située près du point le plus profond du golfe Argolique, bien que légèrement à l’intérieur des terres. Argos se trouvait dans le même secteur général, mais plus proche de la côte, à 11 km au sud de Mycènes.

Durant l’âge du Bronze, d’environ 1600 à 1150 av. J.-C., Mycènes fut la cité-État grecque la plus puissante. Cependant, elle perdit sa puissance lors de l’effondrement de l’âge du Bronze au XIIe siècle av. J.-C. Néanmoins, contrairement à certaines affirmations modernes, elle ne se réduisit pas à un village insignifiant. Elle continua d’exister pendant plus de mille ans par la suite.

Argos, en revanche, n’atteignit la prééminence sur la région environnante qu’aux alentours du milieu du VIIIe siècle av. J.-C., bien qu’elle fût déjà un site important dès l’époque mycénienne. Cette prééminence d’Argos ne dura guère longtemps. Dès le milieu du VIIe siècle av. J.-C., elle fut surpassée par Sparte.

Le cadre général de l’Iliade

Avant d’examiner Argos et Mycènes en particulier, il convient de considérer ce que l’Iliade indique dans son ensemble. Pendant de nombreuses décennies, les chercheurs ont tenté d’interpréter l’Iliade à la lumière de l’ère mycénienne, en raison des estimations antiques grecques quant à la date de la guerre de Troie, qui la situent dans cette période.

Cependant, des travaux plus récents ont montré que l’Iliade reflète généralement un cadre correspondant au début de l’époque archaïque. L’époque archaïque s’étend grosso modo du VIIIe siècle av. J.-C. au Ve siècle av. J.-C.

Par exemple, l’Iliade présente Sparte comme l’une des cités-États les plus éminentes et les plus puissantes. Or Sparte ne fut fondée que vers 950 av. J.-C. et ne devint puissante qu’à la fin du VIIIe siècle environ. L’Iliade fait également référence à la richesse de Thèbes d’Égypte et mentionne le royaume des Phrygiens en Anatolie.

Tous ces détails, ainsi que de nombreux autres, ont conduit les spécialistes à avancer que le monde de l’Iliade reflète fondamentalement le monde historique du VIIIe siècle, voire du VIIe siècle av. J.-C.

Mycènes dans l’Iliade

Ceci étant posé, que dit l’Iliade de Mycènes ? Était-elle le centre du puissant royaume d’Agamemnon, ce qui indiquerait que cette légende préserve des informations de l’ère mycénienne ? Si tel était le cas, cela contrasterait avec le reste du monde dépeint dans l’Iliade, comme nous venons de le voir.

Pendant de nombreuses décennies, l’attention s’est portée sur le fait qu’Agamemnon est qualifié de « roi de Mycènes » dans l’Iliade. De prime abord, on pourrait y voir une preuve formelle que le royaume d’Agamemnon était un royaume mycénien. Cependant, la réalité est plus nuancée.

Ruines de l'antique cité de Mycènes. Photo par Hugh Llewelyn

Ruines de l'antique cité de Mycènes. Photo par Hugh Llewelyn, CC-BY-2.0

L’Iliade est un texte très vaste. Elle contient d’innombrables références à des cités et des royaumes grecs. Or Mycènes n’est mentionnée, en tout et pour tout, que huit fois. Trois de ces références suggèrent qu’Agamemnon en était le souverain, celle qui le qualifie de « roi de Mycènes » étant la plus explicite.

Vu les références constantes dans les sources modernes au fait qu’Agamemnon était le roi de Mycènes, on pourrait s’attendre à ce que cette cité soit mentionnée à de multiples reprises tout au long du récit. En réalité, la rareté des références à Mycènes (surtout en lien avec Agamemnon) est frappante.

Il convient également de noter que l’Odyssée, qui relate le retour en Grèce d’un éminent chef grec après la guerre de Troie, ne mentionne Mycènes qu’une seule fois.

Argos dans l’Iliade

En revanche, Argos apparaît à de nombreuses reprises tout au long de l’Iliade et également de l’Odyssée. La première mentionne Argos vingt-neuf fois, tandis que la seconde y fait référence quatorze fois. Comment apparaît-elle en relation avec Agamemnon ?

Plusieurs passages du texte relient explicitement Agamemnon à Argos. Par exemple, un vers qualifie Agamemnon de « seigneur de nombreuses îles et de toute l’Argolide ». Plusieurs autres vers montrent Agamemnon parlant de son « retour à Argos ».

Il est incontestable qu’Argos occupe une place beaucoup plus éminente que Mycènes dans l’Iliade. Qu’est-ce que cela indique ? Toutes choses égales par ailleurs, cela suggérerait qu’Argos était la cité-État grecque dominante dans l’Iliade, et non Mycènes.

Argos ou Mycènes : quel était le royaume grec dominant ?

Cependant, toutes choses ne sont pas égales, la situation est donc plus complexe qu’il n’y paraît. L’Iliade et l’Odyssée fournissent diverses informations précises sur les deux cités.

Par exemple, il n’y a aucun vers, dans l’un ou l’autre poème, qui indique que Mycènes était la cité-État grecque dominante, au-delà du simple fait qu’Agamemnon en est appelé le roi. En revanche, plusieurs vers dans ces deux poèmes indiquent qu’Argos exerçait la suprématie.

« Argos » désignant une vaste région

Une observation générale s’impose : « Argos » semble être employé comme un synonyme de la Grèce tout entière, ou du moins d’une partie importante de celle-ci.

Par exemple, plusieurs vers évoquent Hélène comme ayant été emmenée d’Argos, alors que d’autres vers affirment clairement qu’elle demeurait et fut enlevée de Lacédémone (c’est-à-dire Sparte). Sparte se trouve également dans le Péloponnèse, mais loin d’Argos et même en dehors de l’Argolide.

Un autre vers évoque les Achéens (c’est-à-dire les Grecs en général) périrent « ici [à Troie] loin d’Argos », comme si Argos était leur patrie, bien que les forces grecques fussent venues de tout le pays.

Ailleurs, un personnage de l’Iliade affirme qu’il existe une cité appelée Éphyré, ou Éphyra, au cœur d’Argos. Il semble s’agir d’une référence à Corinthe. Bien que située également dans le Péloponnèse, celle-ci est loin de la cité d’Argos elle-même. Là encore, cela suggère que « Argos » est employé ici comme un possible synonyme de la Grèce, ou du moins d’une vaste partie de celle-ci. En tout état de cause, cela confirme que le terme ne se limite pas à la cité, puisque Éphyra y est décrite comme une cité au sein d’Argos.

Le nom du royaume d’Agamemnon

Le fait que « Argos » désigne une vaste région, possiblement même parfois comme synonyme de la Grèce tout entière, indique assurément qu’Argos était la puissance dominante de l’époque. En revanche, il apparaît que « Mycènes » n’est jamais employé pour désigner une région plus étendue.

Remarquons également qu’Agamemnon est qualifié de « seigneur de nombreuses îles et de toute l’Argolide ». L’expression « toute l’Argolide » implique plus qu’une simple cité. Elle implique une région. Dès lors, Agamemnon n’était peut-être pas le roi d’un royaume mycénien, mais plutôt le roi d’un royaume argien ?

Autrement dit, Agamemnon régnait sur le royaume d’Argos, qui englobait un vaste territoire, et Mycènes n’était qu’une cité notable au sein de ce royaume. L’usage de ces deux toponymes dans l’œuvre d’Homère indique que tel est bien le cas, mais poursuivons notre examen des témoignages.

Témoignage d’Héra

Il y a un passage d’Héra qui a probablement un lien avec cette question. En réponse à Zeus, Héra déclare :

« J’ai en vérité trois cités qui me sont les plus chères : Argos, Sparte et Mycènes aux larges voies. »

Héra énumère ces trois cités comme lui étant particulièrement chères, ce qui suggère qu’elles étaient particulièrement éminentes. Sparte, bien sûr, est explicitement l’une des cités-États les plus puissantes de Grèce dans l’Iliade, étant le royaume de Ménélas. Mycènes devait également être importante, compte tenu de son association avec Agamemnon.

Ceci étant posé, il est notable qu’Argos figure également dans cette liste. Non seulement elle y figure, mais elle est citée en premier. On peut soutenir que cela suggère qu’Argos était la plus puissante de ces trois cités.

Héra et Zeus représentés sur les sculptures du Parthénon. Photo par Jamie Heath

Héra et Zeus représentés sur les sculptures du Parthénon. Photo par Jamie Heath, CC-BY 2.0

Témoignage de Théoclymène

Un autre passage intéressant provient de l’Odyssée. Un personnage nommé Théoclymène y relate qu’il a fui Argos pour avoir tué un homme. Il déclare :

« Moi aussi je suis exilé de ma patrie, car j’ai tué un homme de mon clan, et il a de nombreux frères et parents dans l’Argos nourricier de chevaux, et ils détiennent un grand pouvoir sur les Achéens. »

Selon ce passage, Théoclymène dut fuir Argos parce qu’il avait tué un homme qui y avait de nombreux « frères et parents ». Il ajoute que ces hommes « détiennent un grand pouvoir sur les Achéens », c’est-à-dire sur les Grecs.

Puisque ces « nombreux frères et parents » au sein d’Argos détenaient un grand pouvoir sur les Grecs, le roi d’Argos lui-même devait logiquement être puissamment important. Fait intéressant, l’expression traduite par « grand pouvoir » n’apparaît nulle part ailleurs dans l’Iliade.

Argos, la plus riche des terres

Revenons à l’Iliade : le chant IX fournit une autre référence notable à la prééminence d’Argos. Agamemnon entame un propos par ces mots :

« Et si nous retournons dans l’Argos achéenne, la plus riche des terres… »

Cela qualifie explicitement Argos de « plus riche des terres ». Précisons qu’il n’est pas ici question de richesse financière, mais plutôt de la fertilité de la terre elle-même, en tant qu’elle était propice à la production de récoltes. Bien que cela ne confirme pas qu’Argos fût matériellement riche ou politiquement importante, cela est cohérent avec la conclusion selon laquelle il s’agissait d’un lieu très éminent.

Il convient également de noter que c’est bien de la cité qu’il s’agit ici, et non de la vaste région appelée Argos. Homère emploie l’expression « Argos achéenne » spécifiquement pour désigner la cité, par opposition à une autre cité appelée Argos ailleurs en Grèce, en Thessalie.

Le Catalogue des Nefs

Jusqu’ici, tout indique qu’Agamemnon était le roi du royaume d’Argos, qui englobait une grande partie du Péloponnèse, Mycènes n’étant qu’une cité éminente au sein de ce domaine plus vaste.

Cependant, il est un passage de l’Iliade qui pourrait être invoqué pour contester cette conclusion. Il s’agit du Catalogue des Nefs. C’est une section de l’Iliade qui présente une très longue liste des forces provenant d’innombrables cités de toute la Grèce. Elle inclut également les noms des chefs de chaque groupe de cités.

Les contingents d’Agamemnon

Pour notre propos, le plus pertinent est qu’Agamemnon est cité comme le chef des contingents des cités suivantes :

Mycènes, Corinthe, Cléonae, Ornées, Aréthyreæ, Sicyone, Hypérésia, Gonoessa, Pellène, Égion et Hélice.

Notamment, Mycènes est citée en premier, tandis qu’Argos n’est pas mentionnée. Que pouvons-nous en conclure ? Tout d’abord, ce qu’il ne faut pas conclure, c’est que Mycènes devait nécessairement être le centre du royaume d’Agamemnon.

Nous l’affirmons car la partie suivante du Catalogue des Nefs présente la liste des contingents menés par Ménélas. Cette liste commence par Pharès, un site relativement obscur, alors que Ménélas était indubitablement le roi de Sparte.

Par ailleurs, il ne s’agit pas d’une description du domaine de chaque souverain, mais simplement des contingents de troupes qu’ils menaient durant la guerre de Troie. Il va de soi que nous pouvons supposer que le domaine de chaque roi était étroitement lié aux troupes qu’il menait, mais nous ne pouvons postuler une équivalence parfaite.

Diomède, le roi d’Argos

Juste avant la liste des contingents d’Agamemnon, nous trouvons une liste qui inclut Argos. Le contexte montre qu’il s’agit évidemment de la cité elle-même, et non de la région au sens large. Là, les hommes d’Argos (et de divers autres sites) sont décrits comme étant menés par un personnage nommé Diomède.

Homère n’appelle pas explicitement Diomède un roi, mais il est fortement sous-entendu que c’est là sa fonction à Argos. Les sources grecques ultérieures le confirment explicitement. Dès lors, cela contredit-il la conclusion selon laquelle Agamemnon était le roi du royaume d’Argos ?

En un mot, non. Rappelons qu’Agamemnon est appelé le roi de « toute l’Argolide », ce qui suggère plus qu’une simple cité. Il n’y a rien d’incompatible dans le fait qu’Agamemnon fût le roi d’Argos si « Argos », dans son cas, désigne le royaume dans son ensemble, tandis que « Argos » dans le cas de Diomède désigne la cité (comme ce doit être le cas dans le contexte du Catalogue des Nefs).

En l’espèce, Diomède aurait exercé une fonction analogue à celle d’un gouverneur, régnant directement sur la cité tandis qu’Agamemnon était le roi suprême de l’ensemble de la région, Argos étant la capitale et donnant ainsi son nom au royaume.

Témoignage de l’Odyssée

Un témoignage confirmant cette interprétation provient de l’Odyssée. On y trouve une description des ancêtres de Théoclymène et de la manière dont l’un d’eux accéda au trône d’Argos. Dans ce bref récit, nous lisons la description suivante concernant l’un de ses ancêtres :

« Mélampous se rendit dans le royaume d’autres hommes, dans l’Argos nourricier de chevaux, car il lui était destiné d’y vivre en tant que souverain sur de nombreux Argiens. »

Remarquons qu’il est précisé que l’endroit où il s’établit était déjà un royaume, qualifié explicitement de « royaume d’autres hommes ». Il n’est fait aucune mention d’un combat contre le roi de ce royaume existant, d’une expulsion de ses souverains ou de quoi que ce soit de semblable. L’interprétation la plus naturelle, au vu des termes employés, est qu’il s’installa dans un royaume existant et qu’on lui en confia une partie à gouverner.

Cela est corroboré par l’affirmation selon laquelle il devint le souverain de « nombreux Argiens » et non de « tous les Argiens » ou simplement « des Argiens ». Cela suggère qu’il existait des Argiens sur lesquels ce nouveau roi ne régnait pas. Cela indique fortement que le roi de la cité d’Argos ne régnait pas sur l’ensemble du royaume argien.

Ruines de l'antique Argos. Photo par Michael Kogan

Ruines de l'antique Argos. Photo par Michael Kogan, CC-BY 2.0

Parallèles antiques

On trouve un précédent clair dans d’autres textes du Proche-Orient de l’âge du Fer. Le livre biblique du Deuxième Livre des Rois fut rédigé par Jérémie et est donc à peu près contemporain de l’Iliade. Dans ce livre, le roi Achab, souverain de l’ensemble du royaume des Dix Tribus d’Israël, est décrit comme le « roi de Samarie ».

Cela s’explique par le fait que la cité de Samarie était la capitale du royaume. Il en irait de même pour le royaume d’Agamemnon, appelé « Argos » parce que cette cité en était la capitale. Or, fait significatif, le Deuxième Livre des Rois mentionne également un gouverneur de Samarie, distinct du roi.

Par conséquent, il n’y a rien d’invraisemblable dans l’idée qu’Agamemnon régnait sur un royaume dont Argos était la capitale, tandis qu’un autre personnage, le roi Diomède, avait la charge de gouverner la cité elle-même.

La description d’Agamemnon

Qu’en est-il du fait qu’Agamemnon est une fois qualifié de « roi de Mycènes » ? Faut-il nécessairement en déduire que Mycènes était le centre de son royaume ?

Là encore, il existe un précédent manifeste pour qualifier le roi d’un vaste territoire de roi d’une partie spécifique de celui-ci, même d’une partie qui n’était pas la capitale. On compte au moins deux exemples de ce procédé dans la Bible. Dans le Livre d’Esdras, le roi Cyrus est appelé « roi de Babylone », alors qu’il était le souverain de l’Empire perse tout entier.

Il ne s’agit pas d’une erreur, car Esdras témoigne d’une connaissance approfondie de l’Empire perse et du rôle de Cyrus en son sein. C’est simplement un exemple de l’association du souverain à un lieu éminent au sein de son domaine plus vaste. On retrouve ce même titre pour Cyrus sur certains documents cunéiformes antiques, comme le Cylindre de Cyrus.

De même, une autre partie du Livre d’Esdras qualifie un roi perse ultérieur de « roi d’Assyrie », l’Assyrie étant une autre partie éminente de l’Empire perse.

Par conséquent, le fait qu’Agamemnon soit appelé roi de Mycènes ne signifie pas qu’il régnait sur un royaume mycénien, pas plus que Cyrus qualifié de roi de Babylone ne signifie qu’il régnait sur un royaume babylonien.

Ce que cela implique pour l’Iliade

Que signifie tout cela pour le cadre de l’Iliade ? Comme nous l’avons vu précédemment, le monde politique et géographique présenté par Homère semble refléter la réalité historique des VIIIe ou VIIe siècles av. J.-C. Dès lors, le rôle d’Argos dans l’Iliade, y compris sa domination sur Mycènes, semble cohérent avec cette conclusion.

Cependant, il n’y aurait de sens à distinguer Mycènes comme étant gouvernée par Agamemnon que si elle constituait une partie éminente de son royaume argien. Cela est-il vraiment compatible avec la réalité du VIIIe siècle av. J.-C. ?

Mycènes à l’époque archaïque

Bien qu’il soit communément affirmé que Mycènes disparut après l’âge du Bronze, cela est tout simplement inexact. Il est vrai que nous savons fort peu de choses sur elle à l’époque archaïque, mais l’archéologie montre qu’elle existait encore et demeurait habitée. En fait, au-delà de sa simple occupation, elle était manifestement encore une cité puissante.

Nous pouvons le conclure sur la base des travaux de reconstruction entrepris sur les imposantes murailles de la ville, comme l’a révélé l’évidence archéologique. De tels travaux nécessitaient une organisation et une main-d’œuvre considérables, ce qui démontre que la cité ne pouvait être affaiblie à cette époque.

Par ailleurs, le seul fait que ces murailles fussent encore en usage conférait à la cité un certain prestige. Elles avaient été édifiées à l’âge du Bronze, et de telles murailles étaient qualifiées de « cyclopéennes » en raison de leur taille monumentale. Elles auraient dépassé les fortifications de presque toutes les cités grecques de l’âge du Fer, telles que Corinthe ou Sparte.

La composition de l’Iliade

Fort de ces informations, il n’est guère surprenant que Mycènes ait été distinguée comme une cité dont le roi était Agamemnon. Toutes les références à cette cité dans l’Iliade sont cohérentes avec la réalité de l’époque archaïque.

Qu’est-ce que cela signifie pour l’Iliade elle-même ? Eh bien, cela n’a pas nécessairement de lien direct avec l’époque à laquelle ces événements se seraient réellement produits, s’ils ont un fondement historique quelconque. Bien entendu, cela pourrait y être lié, puisque nous savons que les Grecs anciens avaient tendance à exagérer l’antiquité des événements.

Cependant, on peut également y voir simplement le fait qu’Homère décrit le récit en fonction du monde qu’il connaissait personnellement. En tout état de cause, ce que cela signifie, c’est que la référence à la royauté d’Agamemnon sur Mycènes ne constitue pas une tradition transmise depuis l’âge du Bronze.

Conclusion

En conclusion, nous pouvons constater qu’Agamemnon était le roi du royaume d’Argos. En fait, l’Iliade affirme que le domaine d’Agamemnon englobait même plusieurs îles. Quoi qu’il en soit, son royaume était indéniablement argien. Argos était la cité-État la plus éminente du Péloponnèse, parfois même employée comme synonyme de la Grèce tout entière.

Agamemnon était également le roi de Mycènes, mais en ce sens seulement que Mycènes était une cité éminente au sein du royaume d’Argos. Le roi Diomède, quant à lui, était le souverain de la cité d’Argos elle-même, remplissant une fonction analogue à celle d’un gouverneur.

Sources

van Wees, Hans, The Homeric Way of War: The Iliad and the Hoplite Phalanx (II), 1994

Britannica (Agamemnon)

Britannica (Mycènes)

Britannica (Argos)

[WorldHistory.org](https://www.worldhistory.org/Agamemnon_(Person%29/) (Agamemnon)

History.com

WorldHistory.org (Argos)

Créé : 18 novembre 2024

Modifié : 18 novembre 2024