1. Accueil
  2. Récits
  3. Paris (Alexandre) – Le prince troyen qui déclencha la guerre de Troie

Paris (Alexandre) – Le prince troyen qui déclencha la guerre de Troie

Alexandre de Troie, également connu sous le nom de Paris, était le frère cadet du héros de Troie, Hector. Paris ne connut cependant pas l’enfance privilégiée de son illustre aîné. Le roi Priam et son épouse Hécube n’élevèrent pas Paris eux-mêmes.

Avant la naissance de Paris, Hécube avait rêvé que son fils portait une torche enflammée. Inquiète pour l’avenir, elle consulta un devin renommé, Ésacus. Celui-ci lui révéla que son songe signifiait que son fils causerait de grands malheurs et qu’il finirait par provoquer la destruction de sa patrie, Troie.

Hécube et Priam savaient que pour sauver Troie, l’enfant devait mourir. Mais ni l’un ni l’autre ne put se résoudre à accomplir cet acte. Le roi Priam convoqua alors l’un de ses bergers, Agélaos, et lui ordonna d’emmener le nouveau-né dans la montagne pour s’en débarrasser. Agélaos, à l’instar de son maître, fut incapable de lever la main sur un bébé sans défense. Il le déposa sur le flanc de la montagne et l’abandonna à son sort.

Les dieux en avaient cependant décidé autrement. Une ourse découvrit le nourrisson et l’allaita. Les récits divergent, mais pendant cinq à neuf jours, l’ourse maintint l’enfant en vie. Lorsque le berger revint et trouva le bébé toujours vivant, il y vit un signe divin : l’enfant était manifestement destiné à survivre. Il le ramena chez lui pour l’élever comme son propre fils. Pour apaiser ses maîtres royaux, il rapporta au roi la langue d’un chien comme preuve de la mort du bébé.

Le Sac de Troie, illustrant la chute de l'antique cité

Le Sac de Troie

Paris de Troie, du berger au prince

Paris demeura quelque temps auprès de son père adoptif. Comme tous les princes, cependant, il n’était pas destiné à demeurer dans l’anonymat. Les textes antiques ne précisent pas clairement comment Paris fut rétabli dans le foyer royal. Il est possible que le roi et la reine l’aient reconnu après qu’il eut été prié de juger un concours ou qu’il eut participé aux jeux qui étaient courants à Troie à l’époque. Selon une tradition, Paris aurait battu ses frères aînés à la boxe sans que son identité fût connue, attirant ainsi l’attention du roi et obtenant sa réintégration dans la famille royale.

Paris était encore un enfant lorsque des voleurs de bétail tentèrent de dérober les troupeaux des fermiers locaux. Il mit les bandits en déroute et rendit les animaux volés à leurs propriétaires légitimes. De cette aventure lui vint le nom d’« Alexandre », qui signifie « protecteur des hommes ». Sa force, son habileté et sa beauté lui valurent l’amour d’Œnone, une nymphe, fille de Cébrén, un dieu fleuve. Elle avait étudié auprès de Rhéa et du dieu Apollon et acquis des talents dans l’art de la guérison. Même après que Paris l’eut quittée pour Hélène, elle lui offrit de guérir toute blessure qu’il pourrait subir. Elle aimait visiblement encore son infidèle amant, même lorsqu’il la délaissa pour en chercher une autre.

Un autre récit raconte que le père adoptif de Paris, Agélaos, possédait un taureau de prix qu’il opposait à tous les autres, remportant chaque concours. Fier de son animal, Paris offrit une couronne d’or à quiconque amènerait un taureau capable de vaincre le champion. Arès, le dieu grec de la guerre, releva le défi en se transformant en taureau et remporta le concours sans difficulté. Paris lui remit la couronne sans barguigner, concédant la victoire et prouvant ainsi son sens de l’équité — un trait qui jouera un rôle déterminant dans sa mythologie et mènera à la guerre de Troie.

Paris : l’homme, la légende, les mythes

Les rencontres de Paris avec les dieux avaient peut-être commencé dès sa petite enfance, lorsqu’ils envoyèrent l’ourse l’allaiter sur le flanc de la montagne, mais elles se poursuivirent bien après. À la suite de l’épisode avec Arès, Paris acquit une réputation de juge équitable. Celle-ci le conduisit à devenir le juge des déesses.

Zeus avait organisé une fête somptueuse au Panthéon pour célébrer le mariage de Pélée et Thétis. Tous les dieux y furent conviés, sauf un : Éris, la déesse de la discorde et du chaos. Courroucée par cette exclusion, elle décida de semer le trouble. Éris lança une pomme d’or, portant une inscription, au milieu de l’assemblée. Le message disait « tēi kallistēi », c’est-à-dire « à la plus belle ».

Parmi les dieux et déesses vaniteux, une telle inscription incongrue devint le catalyseur d’une querelle. Trois puissantes déesses estimèrent qu’elles devaient posséder ce cadeau précieux, chacune se considérant comme « la plus belle ». Héra, Athéna et Aphrodite étaient communément considérées comme les déesses les plus belles, mais aucune ne pouvait départager laquelle d’entre elles méritait le titre suprême. Zeus lui-même ne comptait pas juger ce concours, sachant qu’aucune décision ne satisferait les concurrentes et ne ferait qu’engendrer des conflits interminables.

Pour détourner la querelle, Zeus décréta un concours qui serait tranché par un mortel : Paris. Hermès conduisit les déesses aux sources du mont Ida pour qu’elles s’y baignent. Elles s’approchèrent de Paris alors qu’il faisait paître ses troupeaux sur la montagne. Les trois déesses n’allaient pas renoncer aisément au titre de « la plus belle ». Paris, savourant son nouveau rôle, exigea qu’elles défilent nues devant lui afin qu’il pût déterminer laquelle d’entre elles remporterait le titre. Les déesses acceptèrent, mais il ne parvint pas à se décider.

Sans le moindre scrupule d’équité, chacune des déesses lui offrit un luxueux présent dans l’espoir de s’attirer ses faveurs. La mythologie nous apprend qu’Héra lui offrit la domination de l’Europe et de l’Asie. Athéna, déesse de la guerre, lui offrit la sagesse et l’habileté des plus grands guerriers au combat. Aphrodite lui offrit l’amour de la plus belle femme de la terre – Hélène de Sparte. Paris, sans se laisser séduire par la soif de terres ni de prouesses guerrières, choisit le troisième présent, et Aphrodite remporta ainsi le concours.

Hélène de Troie, la plus belle femme dont l'enlèvement déclencha la guerre de Troie

Hélène de Troie

Paris : héros ou vilain de l’Iliade ?

La question de savoir si Paris est un héros ou un vilain de l’Iliade est épineuse. D’une part, la déesse lui avait fait une promesse. D’autre part, il n’avait pas été informé que son prix appartenait déjà à un autre. Hélène de Sparte avait un époux. Aphrodite, à l’instar des dieux en général, ne se soucia guère de la légitimité morale de son offre envers Paris. La mythologie révèle cette forme d’insouciance chez les dieux et les déesses dans presque tous les récits qui les concernent. Que l’offre fût valide ou non, elle fut faite, et Paris n’était pas disposé à renoncer à son prix.

Pour sa part, la déesse Aphrodite influença les sentiments d’Hélène envers Paris. Lorsqu’il arriva à Troie pour l’enlever du foyer de son époux, elle tomba amoureuse de lui et, selon la plupart des récits, le suivit de son plein gré. Cependant, l’époux et le père d’Hélène n’étaient pas disposés à laisser la plus belle femme du royaume être enlevée sans riposter. Le père d’Hélène, Tyndare, avait été conseillé par le célèbre Ulysse, réputé pour sa ruse. Avant son mariage, il avait fait jurer à tous les prétendants éventuels de défendre son union.

En raison de la grande beauté d’Hélène, les prétendants étaient nombreux. Beaucoup comptaient parmi les hommes les plus riches, les plus habiles et les plus puissants des Achéens. Ainsi, lorsqu’Hélène fut enlevée, Ménélas, son époux, put compter sur la force de la Grèce tout entière, une armée qu’il ne tarda pas à mobiliser. La guerre de Troie fut l’entreprise d’un royaume entier se soulevant pour récupérer une femme — l’expression ultime d’une société patriarcale.

Le prix de Paris

Bien que le prince Paris de Troie soit tenu de combattre aux côtés du reste de Troie pour conserver son prix, il est dépeint dans l’Iliade comme un homme lâche et peu habile au combat. Il manque du courage de son illustre frère Hector. Il ne se lance pas au combat l’épée et le bouclier à la main comme les autres guerriers. Il préfère l’arc aux armes de mêlée, choisissant de frapper son ennemi à distance.

En un sens, l’éducation pastorale de Paris a pu influencer son style de combat. Les bergers combattent généralement au moyen de frondes ou de bolas, préférant affronter les prédateurs à distance plutôt que de se mesurer à la force supérieure d’un loup ou d’un ours en combat rapproché. Tout au long de sa vie, Paris montra peu d’aptitude ou d’inclination pour le combat. Il se révéla habile et juste dans ses jugements, mais sa moralité demeura douteuse dès l’instant où il fut prié de départager les déesses.

Non seulement il profita de l’occasion pour dévisager les déesses, exigeant qu’elles défilent nues devant lui, mais il se laissa corrompre. Dans presque tout autre récit, l’une ou l’autre de ces actions aurait entraîné de graves conséquences. Pour Paris, la mythologie grecque fit exception. C’est peut-être l’exemple le plus frappant de la nature capricieuse des dieux. Tout ce qui précéda la guerre en orienta le déclenchement : du sauvetage de Paris face aux intentions meurtrières de ses parents à son élection comme juge du concours entre les déesses, la prophétie annonçant son rôle dans le déclenchement du conflit qui causerait la chute de Troie semblait orchestrée par le destin.

Paris et Achille

Bien que l’Iliade mette l’accent sur les exploits héroïques d’Hector et d’autres, Paris et Achille auraient dû, en vérité, figurer parmi les principaux antagonistes. Achille servait sous les ordres d’Agamemnon, le chef de l’armée grecque. À un moment crucial de la guerre, il se retira du champ de bataille. Cette retraite entraîna la mort de son ami et mentor Patrocle ainsi que plusieurs défaites grecques.

Suite à la mort de Patrocle, Achille reprit les armes, se reconciliant avec Agamemnon pour assouvir sa vengeance. Les liens familiaux se révèlent complexes dans les deux camps. Agamemnon est le frère aîné de l’époux d’Hélène, Ménélas. Hector, de son côté, est le frère aîné de Paris. Les deux aînés mènent l’affrontement qui est, en réalité, une guerre entre les cadets. Le conflit principal oppose Paris à Ménélas, mais ce sont leurs frères guerriers qui dirigent les combats.

La première fois que Paris affronte Ménélas, c’est lors d’un duel destiné à mettre fin à la guerre. Ménélas, guerrier aguerri, vainquit aisément Paris au combat. Mais les dieux intervinrent une fois de plus. Ils tenaient à la poursuite du conflit. Aphrodite, plutôt que de laisser Paris subir la défaite, l’emporta dans sa propre chambre, où Hélène elle-même soigna ses blessures. Les dieux ne laisseraient pas la faiblesse de Paris détourner leur dessein : la chute de Troie.

Litanie de héros

Après le duel entre Paris et Ménélas, plusieurs affrontements entre héros auraient pu mettre fin à la guerre sans les interventions divines. Ménélas aurait aisément remporté le duel si Aphrodite n’avait pas enlevé Paris avant la fin du combat. Le duel n’ayant pas eu d’issue, la guerre se poursuivit.

La tentative suivante de Paris au combat l’oppose à Diomède, le fléau de Troie. Fils de Tydée et de Déipyle, Diomède est le roi d’Argos. Son grand-père était Adraste. Il est considéré comme l’un des plus grands héros grecs. Comment un roi d’une autre nation se trouva-t-il mêlé à l’assaut grec contre Troie ? La réponse est simple : il avait été l’un des prétendants d’Hélène et était donc lié par le serment de défendre son mariage avec Ménélas.

Diomède vint à la guerre avec 80 navires, la troisième flotte en importance après les 100 navires d’Agamemnon et les 90 de Nestor. Il amena également Sthénélus et Euryale, ainsi que des armées d’Argos, de Tirynthe, de Trézène et de nombreuses autres cités. Il fournit aux Grecs une puissante force navale et terrestre. Il collabora avec Ulysse lors de plusieurs opérations et fut considéré comme l’un des plus grands guerriers grecs. Favori d’Athéna, il reçut l’immortalité après la guerre et prit place au sein du panthéon dans la mythologie post-homérique.

Parmi les autres héros de l’épopée figurent Ajax le Grand, Philoctète et Nestor. Nestor joua un rôle relativement secondaire mais néanmoins important dans les batailles. Fils de Nélée et de Chloris, il comptait également parmi les célèbres Argonautes. Lui et ses fils, Antiloque et Thrasymède, combattirent aux côtés d’Achille et d’Agamemnon dans le camp grec. Le rôle de Nestor fut souvent de nature consultative. En tant que l’un des guerriers les plus âgés, il fut un conseiller précieux pour les jeunes héros de la guerre et joua un rôle déterminant dans la réconciliation d’Achille et d’Agamemnon.

Des commencements à la fin

Une frappe lâche peut blesser même le puissant Diomède. Lors de l’une des charges grecques contre Troie, Zeus envoie Iris pour informer Hector qu’il doit attendre qu’Agamemnon soit blessé avant d’attaquer. Hector suit sagement ce conseil et attend qu’Agamemnon soit blessé par le fils d’un homme qu’il a tué. Il reste sur le champ de bataille assez longtemps pour tuer celui qui l’a blessé, mais la douleur le contraint à se retirer.

Saisissant l’occasion, Hector passe à l’attaque, repoussant la ligne achéenne. Ulysse et Diomède parviennent à rallier les troupes. Une lance lancée par Diomède étourdit Hector et le force à battre en retraite. Paris répond à cette attaque contre son frère en blessant Diomède d’une flèche au pied, une blessure qui contraint Diomède à se retirer du combat.

Hector reprend son offensive jusqu’à ce que Paris blesse le guérisseur Machaon. Hector et Ajax se replient et Nestor supplie Patrocle de convaincre Achille de reprendre le combat. Cette supplication conduit Patrocle à emprunter l’armure enchantée d’Achille et à mener une attaque contre les Troyens, qui se solde par la mort de Patrocle de la main d’Hector. Fou de rage et assoiffé de vengeance, Achille rejoint le combat et repousse les Troyens jusqu’à leurs portes. Finalement, il affronte Hector en combat singulier et ce dernier tombe sous les coups d’Achille.

Au mépris de la tradition et même de la volonté des dieux, Achille outrage le corps d’Hector, le traînant nu derrière son char et refusant de le rendre aux Troyens ou de lui accorder des funérailles décentes. Finalement, Priam se glisse lui-même dans le camp grec et supplie qu’on lui rende le corps de son fils. Achille, sachant qu’il est lui-même condamné à mourir sur le champ de bataille tout comme Hector, prend pitié de Priam et lui permet d’emporter le corps de son fils. Les deux armées observent une trêve de quelques jours tandis qu’Hector et Patrocle sont pleurés et honorablement honorés dans la mort.

Achille atteint au talon par une flèche empoisonnée tirée par Paris

La Mort d'Achille

La mort de Paris

Paris lui-même ne survécut pas à la guerre. Bien qu’il ne fût responsable que de la mort de trois guerriers grecs, contre trente pour Hector, il devait partager le sort de son frère. L’un des prétendants d’Hélène qui avait juré de défendre son mariage était Philoctète. Philoctète était le fils de Poas, l’un des Argonautes et compagnon d’Héraclès mourant du poison de l’hydre. Nul n’avait accepté d’allumer le bûcher funéraire qu’il avait érigé pour lui-même. On raconte que ce fut soit Philoctète, soit son père qui alluma le bûcher. Bien qu’ils n’attendissent aucun paiement pour ce service, Héraclès, en signe de gratitude, leur légua son arc magique et ses flèches empennées du poison mortel de l’hydre. C’est avec cette arme que Philoctète tira sur Paris, le blessant d’une flèche empoisonnée. Ce ne fut pas la blessure elle-même qui le tua, mais bien le poison.

En voyant son époux si grièvement blessé, Hélène transporta son corps au mont Ida. Elle espérait obtenir l’aide de la première épouse de Paris, la nymphe Œnone. Œnone avait aimé Paris et avait promis de guérir les blessures qu’il pourrait subir. Face à la femme pour laquelle Paris l’avait abandonnée, Œnone refusa de lui offrir ses soins.

Finalement, Paris fut ramené à Troie, où il mourut. Œnone, apprenant son décès, se rendit à ses funérailles. Accablée de remords, elle se jeta dans le bûcher et périt ainsi aux côtés du prince maudit.

Créé : 16 février 2024

Modifié : 28 décembre 2024