Mehmed III : Le Conquérant Courageux qui Vainquit les Autrichiens
Mehmed III fut le dernier prince de l’Empire ottoman à être nommé gouverneur et à participer en personne aux champs de bataille. Il s’empara d’Eger et remporta la bataille de Keresztes contre les Autrichiens.
Arrière-petit-fils de Soliman le Magnifique, il exsudait confiance et bravoure, établissant ainsi un précédent dans l’histoire ottomane.
Dans cet article, nous aborderons son style de commandement et sa gloire ; poursuivez donc votre lecture pour découvrir tout ce qu’il faut savoir sur ce sultan légendaire.
Qui était Mehmed III ?
Le sultan Mehmed III fut le 13e sultan ottoman et le 72e calife de l’islam, monté sur le trône en 1595 après la mort de son père Murad III. Plus important encore, il était l’arrière-petit-fils de Soliman le Magnifique. De surcroît, ayant été instruit par l’éminent précepteur Sadeddin Efendi, il se distinguait également par son assurance et son intelligence. Cela fit de lui l’un des souverains et chefs militaires les plus admirés de l’Empire ottoman.
Parents et grands-parents de Mehmed III
Son père était Şehzade Murad (Murad III), fils de Şehzade Selim (Selim II), et sa mère était Safiye Sultan, une Albanaise.
Il convient de préciser que Selim II était le fils de Soliman le Magnifique et de Hürrem Sultan. Soliman le Magnifique, ayant entendu parler du prince Mehmed, le nomma Mehmed le Conquérant en hommage à son arrière-grand-père, le sultan Mehmed II.
Éducation et gouvernorat de Mehmed III
Le sultan Mehmed III fut formé par les plus éminents précepteurs et exerça la fonction de gouverneur de Manisa, ce qui lui conféra de remarquables qualités de commandement dès son plus jeune âge. En outre, il fut le dernier prince à occuper un poste de gouverneur. Après lui, aucun prince ne quitta plus le palais pour exercer cette charge. Cette expérience de gouvernorat le rendit encore plus perspicace, puisqu’il menait lui-même son armée sur les champs de bataille, ce qui lui valut une réputation exceptionnelle.
Famille
Le nom de l’épouse de Mehmed III demeure introuvable dans les sources historiques. Toutefois, les noms de deux importantes consortes nous sont parvenus.
On pense que Mehmed III eut trois consortes ; l’une d’elles mourut lors de l’épidémie de peste de 1597. Les deux autres étaient Halime Sultan et Handan Sultan.
On considère donc qu’il eut, au total, huit fils et quatre filles.
Personnalité
Le sultan Mehmed III est considéré comme un homme pieux qui priait cinq fois par jour, conformément aux obligations religieuses des musulmans. Il respectait les chefs religieux de sa communauté et accordait une grande valeur aux érudits.
Il posa les fondations d’une école religieuse à Médine et fit construire la Yeni Cami (Nouvelle Mosquée), qui se dresse aujourd’hui à Istanbul.
Parmi ses loisirs figurèrent la chasse et la composition poétique. Il écrivait des poèmes pour exprimer sa dévotion au Tout-Puissant.
Mort de Mehmed III
En 1603, Mehmed III fut inhumé à l’âge de 37 ans seulement. Certains estiment que l’exécution de son fils, le prince Mahmud, eut un impact dévastateur sur sa santé, car il cessa dès lors de s’alimenter et de boire. D’autres pensent qu’il succomba à la peste ou à une attaque cérébrale. Il fut enterré dans la mosquée Sainte-Sophie et Ahmed Ier lui succéda comme nouveau sultan.
Maintenant que nous connaissons son histoire personnelle, examinons ce qui se déroula dans sa vie politique et comment il accéda au pouvoir.
L’accession au pouvoir : un début sanglant
Après la mort de Murad III, il s’empara du siège du sultanat. Dans l’histoire ottomane, Mehmed III est également tristement célèbre pour avoir fait exécuter ses dix-neuf frères et demi-frères. Il chargea ses serviteurs sourds-muets de cette tâche, lesquels étranglèrent ses frères, ne laissant à Mehmed III aucune concurrence pour le trône.
Premières luttes bureaucratiques à Constantinople après son avènement
La lutte pour le pouvoir éclata entre deux de ses vizirs, Sinan Pacha et Ferhad Pacha. Cela entraîna un affaiblissement de l’appareil administratif, les Janissaires — les redoutables combattants de l’armée ottomane — commençant à créer des troubles.
Bénéficiant du soutien de sa mère, Sinan Pacha fut préservé de la désapprobation de Mehmed III. Sinan devint Grand Vizir après que Ferhad Pacha eut été renvoyé pour sa défaite en Valachie.
La guerre austro-hongroise et Mehmed III
L’événement majeur de son règne fut la guerre entre les Autrichiens et les Ottomans. Au cours de ce conflit, Mehmed III participa en personne aux opérations militaires ; il fut le premier calife à le faire après Soliman Ier. Cette décision fut motivée par les conseils de son précepteur Sadeddin Efendi, après la cruelle défaite des Ottomans en Valachie.
Avant la guerre austro-hongroise : le coup dur de Valachie
Les Autrichiens s’emparèrent d’Esztergom et de Visegrád en 1595 en raison de l’échec de Mehmed Pacha, fils de Sinan. Toutefois, Sinan Pacha occupa la Valachie sans y établir de véritable sécurité. Ainsi, lors de l’attaque lancée par Michel Ier, voïvode de Valachie, les Ottomans perdirent la Valachie ainsi qu’un nombre considérable de troupes akıncı (cavaliers de raid), ce qui valut à Sinan et Mehmed Pacha une infamie historique.
Pendant la guerre austro-hongroise : la conquête d’Eger et la défaite de l’armée des Habsbourg
En 1596, les Ottomans s’emparèrent d’Eger sous le commandement personnel du sultan Mehmed. Après la victoire ottomane, l’armée des Habsbourg commença à approcher. Mehmed III voulait d’abord battre en retraite, mais il en fut dissuadé par son précepteur, Sadeddin Efendi.
Il entra sur le champ de bataille, galvanisant le moral de son armée, qui finit par vaincre les forces des Habsbourg et de Transylvanie. Son commandant Cigalazade Yusuf Sinan Pacha devint un héros sans précédent.
Dernière victoire contre les Autrichiens : les pertes après la bataille de Keresztes et le siège de Nagykanizsa
Après la défaite des Habsbourg à Keresztes, les Ottomans perdirent bientôt Győr au profit des Autrichiens et furent une nouvelle fois battus par les Valaques menés par Michel le Brave à Nikopol. Après un siège d’un mois, les troupes ottomanes commandées par Tiryaki Hasan Pacha s’emparèrent de Nagykanizsa en 1600 et parvinrent à la défendre contre une force d’invasion nettement supérieure lors du siège de Nagykanizsa. Ce fut la dernière victoire contre les Autrichiens.
Les révoltes des Djélali durant les dernières années de Mehmed III
Les révoltes des Djélali en Anatolie, qui se produisirent au cours des dernières années du règne de Mehmed III, eurent de graves répercussions sur l’Empire ottoman et affectèrent profondément la santé du sultan, ce qui s’avéra fatal à terme. Examinons de plus près ce qui se passa afin de comprendre l’impact de ces événements sur le règne de Mehmed III.
Ce que signifie Djélal et les causes des révoltes des Djélali
Le nom Djélal provient de Bozoklu Djélal, un officier de cavalerie qui s’était révolté à l’époque de Selim Ier en Anatolie.
Par ailleurs, lors de la bataille de Keresztes, environ 30 000 soldats avaient déserté le champ de bataille. Ils furent immédiatement expulsés de l’armée, tout comme ceux qui n’avaient pas participé au combat pour diverses autres raisons. Le mécontentement de ces troupes fut la force motrice de la révolte.
Le chef des révoltes des Djélali
Karayazıcı Abdülhalim, un ancien officier de l’armée, se souleva contre le sultan. Pour l’apaiser, on lui offrit le gouvernorat d’Amasya. Cependant, en 1600, il conquit Urfa et se proclama souverain.
La nouvelle de ses actions se répandit à Constantinople, et Mehmed ordonna que les rebelles fussent brutalement châtiés afin d’éradiquer les rumeurs. Hüseyin Pacha, Grand Vizir de Karayazıcı Abdülhalim, fut exécuté en conséquence.
L’exécution de Şehzade Mahmud
Şehzade Mahmud, le fils de 16 ans du sultan, demanda à son père de le nommer commandant en chef d’Anatolie, affirmant qu’il pourrait vaincre les révoltes des Djélali. Le jeune prince se retrouva au cœur d’un complot en raison de son attitude imprudente et fut exécuté par Mehmed III en 1603.
La défaite d’Abdülhalim
Le gouverneur de Bagdad, Sokulluzade Hasan Pacha, vainquit Abdülhalim, qui se replia vers la région de Samsun. Son frère, Deli Hasan, en revanche, assassina Sokulluzade Hasan Pacha et anéantit ses forces. Il marcha ensuite sur Kütahya, où il s’empara de la ville et y mit le feu.
Les conséquences des révoltes des Djélali
Le chah d’Iran Abbas III y vit une opportunité. En s’alliant avec les royaumes européens, il franchit la frontière ottomane. Le 21 octobre 1603, le Chah envahit Tabriz et massacra les habitants de la ville. En raison de la coalition formée par Abbas, Nakhitchevan et Erevan tombèrent aux mains des Perses.
La trêve entre la reine Élisabeth Ire et Mehmed III
La reine Élisabeth Ire envoya des présents à Murad III afin d’établir des liens solides entre les deux puissances. Ces cadeaux parvinrent à Mehmed III et engendrèrent des relations amicales entre les Ottomans et les Britanniques alors que la menace d’une conquête militaire espagnole de l’Angleterre se précisait.
Les présents envoyés par la reine
Un impressionnant orgue à horloge incrusté de joyaux fut érigé sur les pentes du Jardin Privé Royal dans le cadre de ces offrandes. Un véhicule de cérémonie figurait également parmi les présents anglais, accompagné d’une lettre de la reine adressée à la mère de Mehmed, Safiye Sultan.
Conclusion
Vous avez découvert tout ce qu’il faut savoir sur Mehmed III et ses accomplissements personnels et politiques.
Voici un résumé de ce que vous avez appris :
- Mehmed III fut un grand sultan qui, selon les sources, affronta l’une des armées les plus puissantes de son époque, celle des Autrichiens.
- Sa bravoure lui valut une réputation distinguée et son approche se démarqua de celle de ses successeurs.
- Il ne se distingua pas seulement par les armes, mais donna l’exemple par sa vie personnelle.
- Les révoltes des Djélali demeurent une période sombre de son existence, marquée par la perte de son fils dans une conspiration.
- Néanmoins, il parvint à entretenir des relations pacifiques avec la reine Élisabeth Ire d’Angleterre, qui lui envoya des présents en son honneur.
Mehmed III est assurément l’un des sultans les plus mémorables de l’histoire ottomane.
Sa vie brève mais glorieuse en témoigne !

