Saladin : Conquérant du Royaume de Jérusalem
Saladin fut l’un des plus grands sultans d’Égypte et de Syrie et l’un des héros musulmans les plus célébrés.
Saladin était réputé pour ses grandes prouesses militaires et pour avoir vaincu les États croisés lors de la bataille de Hattin en 1187. Il fonda la dynastie ayyoubide, qui régna sur le Yémen, la Syrie, l’Égypte, l’Irak et le Hedjaz mecquois.
En unifiant les Musulmans de l’Égypte à l’Arabie, il détruisit les États de l’Orient latin et stoppa avec succès la troisième croisade. Il s’empara également de Jérusalem, mettant fin à neuf décennies d’occupation franque.
Saladin est connu tant dans l’histoire chrétienne que musulmane pour sa nature clémente et sa chevalerie. En tant que chef musulman durant les croisades, son caractère légendaire a été narré dans les récits de diverses cultures. Dès le XIVe siècle, une épopée retraçant sa vie circulait déjà.
Le célèbre écrivain Dante le mentionne également parmi les âmes des païens vertueux séjournant dans le Limbe. Dans le cinéma et la littérature populaires, Saladin est dépeint comme un homme d’honneur et de raison.
Qui était Saladin ?
Saladin (prononcé sa-la-DINE) était le fils d’Ayyub, un mercenaire kurde. Il naquit en 1147 à Tikrit, en Irak, sous le nom de Yusuf ibn Ayyub (Yusuf fils d’Ayyub), avant d’adopter le nom de Salah ad-Din al-Ayyubi. Il naquit au sein d’une éminente famille militaire kurde sunnite originaire du village d’Ajdanakan, près du centre de l’Arménie. Son père était gouverneur de Baalbek.
À l’âge de sept ans, sa famille s’installa au Liban, où son père administra un château. Pendant dix ans, Saladin étudia la théologie sunnite à la cour du souverain syrien Nur ad-Din. Il priait cinq fois par jour sous la direction d’un imam qui le guidait dans la prière. En l’absence de l’imam, il priait derrière un pieux érudit. Saladin ne manqua jamais une prière de sa vie, sauf durant les trois jours précédant sa mort, alors qu’il avait sombré dans le coma.
Grandissant, Saladin était un cavalier habile et un joueur de polo accompli, bien qu’il manifestât davantage d’intérêt pour les études religieuses que pour l’entraînement militaire. Selon ses biographes, Saladin reçut un enseignement sur l’Almageste, l’arithmétique, Euclide et le droit, mais c’est le Coran qui le passionnait le plus. Il possédait également des connaissances sur l’histoire des Arabes, les généalogies, ainsi que les lignées des chevaux arabes. Saladin parlait aussi bien le kurde que l’arabe.
Sa carrière militaire débuta à l’âge de 14 ans, lorsqu’il rejoignit la campagne de son oncle Shirkuh pour conquérir l’Égypte en 1169. Shirkuh était un commandant militaire sous les ordres de Nur ad-Din. Saladin considérait son oncle comme son maître le plus influent. Celui-ci mourut deux mois après la conquête de l’Égypte.
Après la mort de son oncle, Saladin, âgé de 31 ans, fut nommé commandant des troupes syriennes en Égypte. Il fut également désigné conseiller auprès du calife chiite au Caire. Durant cette période, Saladin renonça au vin et à d’autres plaisirs mondains. Il fit également le vœu de délivrer la Terre sainte des Francs.
Son ascension vers le pouvoir fut largement attribuée au clan de sa famille et à ses talents émergents. La position de Saladin se renforça encore lorsqu’en 1171, il renversa le califat fatimide chiite et proclama le retour au sunnisme en Égypte.
Saladin s’avéra remarquable dans la gestion de l’économie égyptienne. Il réorganisa les forces militaires et évita tout conflit avec Nur ad-Din, son suzerain. Il attendit la mort de celui-ci pour entreprendre des actions militaires d’envergure. Après le décès de Nur ad-Din en 1174, il prit le titre de sultan d’Égypte. C’est ce titre qu’il porterait pour le reste de sa vie.
Saladin ne devint jamais calife, car cette fonction était davantage cérémonielle. Les califes étaient les chefs religieux des Musulmans, tandis que le sultan gérait tous les aspects politiques de l’État. De son vivant, Saladin devint à la fois sultan d’Égypte et de Syrie. Cependant, il n’intégra pas le califat, qui résidait à Constantinople. Bien qu’il ne fût pas calife, Saladin parvint à bâtir une dynastie à travers le monde musulman. Celle-ci ne fut démantelée qu’au Moyen Âge par les Ottomans.
Durant son règne, une confrérie secrète appelée les « Assassins » tenta de tuer Saladin à plusieurs reprises. L’armée de Saladin marcha sur leur quartier général et menaça de détruire leur forteresse s’ils ne cessaient pas leurs agissements. Saladin épousa Ismat ad-Din Khatun. Il avait deux frères : Al-Adil Ier et Turan Shah. Les enfants de Saladin s’appelaient : Al-Afdal ibn Salah ad-Din, Al-Aziz Uthman, Al-Zahir Ghazi et Ishaq ibn Salah al-Din.
Dans les années suivantes, il ordonna la conquête fructueuse du Yémen, mena des raids contre les Croisés en Palestine et réprima des révoltes en Haute-Égypte, fondant ainsi la dynastie ayyoubide. Fort de sa puissance et de ses richesses, Saladin se rendit en Syrie avec une armée et revendiqua la régence au nom du jeune fils de son ancien suzerain. Il abandonna bientôt cette prétention, et de 1174 à 1186, il entreprit d’unifier tous les territoires musulmans de Syrie.
Saladin combattit ses coreligionnaires musulmans afin de rassembler tous les territoires sous une même bannière politique et religieuse. Parallèlement, il affronta également les armées chrétiennes. Il était manifeste que le but premier de Saladin était d’éliminer le contrôle et l’influence chrétienne au Moyen-Orient. Il y parvint par l’usage habile de la force militaire et de la diplomatie. Ses stratégies étaient simples et il n’engageait que les batailles qu’il savait pouvoir gagner. Son héritage d’unificateur des Musulmans perdure jusqu’à nos jours.
En tant que Musulman pieux, l’une de ses politiques consistait à répandre la religion partout où il le pouvait. Durant son règne, Saladin fit édifier de nombreuses mosquées et madrasas. Son leadership efficace inspira de nouvelles générations de soldats islamiques prêts à se battre et à mourir pour sa cause.
L’aigle de Saladin symbolise l’unité arabe et on le retrouve dans les armoiries de l’Égypte, du Yémen, de la Palestine et de l’Irak. Au sommet de sa puissance, son autorité s’étendait de l’Égypte à la Syrie, de la Haute Mésopotamie à l’Arabie occidentale, de la Nubie à l’Afrique du Nord.
Bientôt, il fut réputé comme le souverain le plus généreux et le plus vertueux du pays. Meneur né, il privilégiait la propagande à la force brute. La réputation de Saladin comme sultan chevaleresque lui valut le respect même de ses ennemis. En 1189, une Franque dont le bébé avait été volé et vendu s’approcha de Saladin. Il usa de ses propres deniers pour racheter l’enfant et le rendre à sa mère. Cela se passait en pleine guerre entre les Francs et les Musulmans.
Que signifie Saladin ?
Le nom Saladin est une appellation occidentale ; il naquit en réalité sous le nom de Salah al-Din ibn Ayyub. Saladin est l’un des rares Musulmans dont le nom fut occidentalisé.
Son autre nom, « Al-Malik An-Nasir Salah ad-Din », est une épithète honorifique signifiant « le puissant défenseur, la rectitude de la foi ». Saladin est également considéré comme un Waliullah, ce qui signifie « l’ami de Dieu » pour les Musulmans sunnites.
Saladin et les Croisés
Saladin et les Croisades constituèrent des symboles puissants de leur époque au Moyen-Orient. Leurs récits incarnent l’unité arabe et sa victoire face à l’Occident. Les Croisés étaient des soldats venus d’Europe qui luttaient pour maintenir la Terre sainte entre les mains des Chrétiens.
Saladin fut le plus grand adversaire des Croisés. Guerrier musulman et sultan d’Égypte, il possédait de grandes compétences militaires qui lui permirent de vaincre les Croisés au XIIe siècle. Il affronta les Croisés pendant fort longtemps et finit par triompher, arrachant la Terre sainte aux puissances européennes.
La première croisade débuta en 1099, lorsque les Croisés s’emparèrent de Jérusalem et massacrèrent ses habitants. Lorsque la deuxième croisade éclata, Saladin était déjà un jeune homme. Il vit comment les chevaliers européens s’emparèrent de Jérusalem pour en faire un royaume européen. Devenu sultan, il sut qu’il devait reprendre la Terre sainte.
Pendant des années, les armées de Saladin et des Croisés s’affrontèrent sans relâche. En 1187, sous le commandement de Saladin, l’armée ayyoubide vainquit les Croisés à la bataille de Hattin. Il remporta une victoire éclatante en battant Guy de Lusignan et Renaud de Châtillon. La vie de Guy de Lusignan fut épargnée, mais Renaud fut exécuté.
Lors de la bataille de Hattin, Saladin tendit un piège à l’armée croisée. Il attaqua la ville de Tibériade afin d’attirer les Croisés dans une marche à travers des terres arides. Quand les Croisés furent épuisés et assoiffés, Saladin frappa de toutes ses forces. Il traversa le fleuve Jourdain depuis Karak et déploya 500 tirailleurs contre l’armée affaiblie.
La victoire de Saladin sur les Croisés lui donna le contrôle de la Palestine, y compris la ville de Jérusalem que les Croisés avaient gouvernée pendant 88 ans. Ce fut une perte considérable pour les Croisés. En dépit de sa réputation de sultan redoutable et puissant, il était un érudit et un politique sage. Il était connu pour traiter les Chrétiens et les Juifs avec bienveillance, contrairement au traitement que les Croisés réservaient aux Musulmans.
Selon les sources historiques, Saladin attendit le 2 octobre pour conquérir la ville, car cette date correspondait à l’anniversaire de l’ascension du Christ au ciel selon le calendrier musulman.
Il exigea une rançon des familles européennes fortunées vivant sur son territoire, mais n’exigea rien des familles pauvres. Lorsqu’il prit le contrôle de Jérusalem, il autorisa les Chrétiens à partir avec leurs biens et accueillit même les pèlerins. Saladin s’attira le respect en faisant preuve d’équité et de miséricorde envers ses ennemis. Contrairement aux Croisés qui avaient massacré la population lors de leur prise de Jérusalem, Saladin permit aux habitants de quitter la ville en paix.
Il était aussi courageux que compatissant. Cependant, Saladin n’était pas naïf. À la suite de sa victoire, Imad ad-Din, le compagnon de Saladin, relata comment celui-ci fit rechercher tous les Templiers capturés. Il veilla à ce qu’ils fussent exécutés plutôt que rançonnés, car ils représentaient une menace s’ils étaient libérés. Grâce à sa sagesse et à sa brillance sans égal, il est l’un des rares Musulmans immortalisés dans la littérature européenne.
La défaite subie à Hattin déclencha la troisième croisade, réclamée par de nombreux Chrétiens. En 1189, plusieurs souverains européens tentèrent de reconquérir la Terre sainte face à Saladin. Cette entreprise fut en grande partie financée par l’Angleterre sous le nom de « dîme de Saladin ».
Les Croisés étaient principalement sous le commandement du roi Richard d’Angleterre. Le roi fit préparer des provisions et utilisa des navires pour transporter ses troupes. Lorsque Richard arriva dans la campagne, Saladin avait déjà dépouillé les terres de leurs vivres. Il avait également empoisonné les puits. En raison de dissensions avec les armées allemande et française, les forces chrétiennes s’affaiblirent. Néanmoins, elles réussirent à s’emparer des villes de Jaffa et de Saint-Jean-d’Acre. Elles échouèrent toutefois à reprendre Jérusalem, objectif principal de la croisade.
En 1191, l’armée de Saladin affronta le roi Richard Ier d’Angleterre à labataille d’Arsuf. Saladin et Richard Ier se témoignaient un respect mutuel autant qu’une rivalité militaire. Conscient qu’il ne parviendrait pas à prendre Jérusalem, le roi Richard conclut un traité avec Saladin.
De nombreuses histoires rapportent les bonnes actions de Saladin. Lorsque Richard fut blessé, Saladin lui offrit les services de son médecin personnel. Lorsque Richard perdit son cheval, Saladin lui en envoya de remplaçants. Richard alla même jusqu’à proposer sa sœur en mariage au frère de Saladin.
En 1192, les deux chefs conclurent un traité appelé le traité de Ramla. Le traité permit à la ville de rester entre les mains des Musulmans tout en stipulant qu’elle serait ouverte aux pèlerinages chrétiens.
Comment Saladin a-t-il transformé le Moyen-Orient ?
La victoire de Saladin et son contrôle sur la Terre sainte inaugurèrent l’Empire islamique qui allait remodeler le monde. Elle améliora les relations entre l’Asie occidentale et l’Europe.
La stratégie militaire de Saladin alliait guerre et diplomatie. Il convainquit tous que lui seul était capable de mener une guerre sainte contre les Chrétiens qui constituaient les États latins et le Royaume de Jérusalem.
À travers les âges, Saladin demeura une source d’inspiration pour de nombreux Musulmans. Des souverains ont tiré parti de la réputation de Saladin pour asseoir leur propre légitimité. Dans l’Irak moderne, un gouvernorat et une université portent son nom.
Bien que de nombreux spécialistes considèrent que les accomplissements de Saladin furent réinterprétés afin de forger une image de tradition et de pouvoir, pour le monde islamique, Saladin demeure un héros musulman qui triompha des infidèles et des hérétiques. Il devint le symbole de l’unité arabe, de l’indépendance et du courage. Sa puissance et sa sagesse influenceront de nombreux sécularistes, notamment Gamal Abdel Nasser, Hafez al-Assad et même Saddam Hussein.
Comment Saladin est-il mort ?
Saladin mourut de la fièvre le 4 mars 1193, à Damas. Il avait alors 57 ans. À ce moment-là, sa maison ne valait que 47 dirhams et un dinar. Il ne possédait aucune autre terre ni propriété, ayant distribué toute sa richesse à ses sujets. De son vivant, Saladin était réputé pour consacrer ses ressources à la sadaka (philanthropie).
Après sa mort, ses descendants continuèrent à régner sur l’Égypte et la Syrie pendant plusieurs générations. Il fut inhumé dans un mausolée voisin de la mosquée des Omeyyades. Ce lieu est aujourd’hui une attraction populaire en Syrie. L’empereur Guillaume II d’Allemagne offrit deux sarcophages de marbre au mausolée. Saladin ne fut déposé dans aucun des deux. Son corps fut en réalité placé dans un sarcophage de bois.
La mort de Saladin incita également le pape Innocent III à lancer la quatrième croisade, mais celle-ci ne parvint pas à vaincre l’empire que Saladin avait déjà établi. L’héritage de Saladin perdura pendant des siècles après sa mort. Il devint le Musulman le plus célèbre dans la culture occidentale après le Prophète Muhammad.
Les récits romantiques des croisades rédigés durant le Nouvel Impérialisme contribuèrent à magnifier davantage l’image de Saladin. Sa chevalerie et son honneur furent célébrés. L’écrivain Harold Lamb décrivit Saladin comme un chef brillant et honorable. L’influence de Saladin fut si grande qu’au XIIIe siècle, des parents européens donnaient même le nom de Saladin à leurs enfants.
Résumé
- Saladin fut le plus grand sultan d’Égypte et de Syrie. Il est connu pour avoir vaincu les Croisés et pris le contrôle de Jérusalem en 1187.
- Saladin fonda la dynastie ayyoubide en unifiant les Musulmans de l’Égypte à l’Arabie.
- Saladin naquit au sein d’une éminente famille militaire kurde sunnite originaire du village d’Ajdanakan, près du centre de l’Arménie.
- Saladin devint à la fois sultan d’Égypte et de Syrie. Cependant, il n’intégra pas le califat qui résidait à Constantinople.
- En 1192, le traité de Ramla fut établi. Le traité permit à la ville de rester entre les mains des Musulmans tout en stipulant qu’elle serait ouverte aux pèlerinages chrétiens.
- Saladin naquit sous le nom de Yusuf ibn Ayyub. Le nom « Al-Malik An-Nasir Salah ad-Din » est une épithète honorifique signifiant « le puissant défenseur, la rectitude de la foi ».
- En dépit de sa réputation de sultan redoutable et puissant, il était un érudit et un politique sage. Il était connu pour traiter les Chrétiens et les Juifs avec bienveillance.
- Saladin mourut de la fièvre le 4 mars 1193, à Damas. Il avait alors 57 ans.
- L’héritage de Saladin perdura pendant des siècles après sa mort. Il devint le Musulman le plus célèbre dans la culture occidentale après le Prophète Muhammad.


