Balian d'Ibelin : Le défenseur diplomatique de Jérusalem
Balian d’Ibelin fut un croisé du royaume de Jérusalem. Il est surtout connu comme le défenseur de Jérusalem au XIIe siècle.
La vie de Balian est une histoire empreinte de jalousies, de richesses, de drames et de rebondissements. Nous avons ici reconstitué les pièces de la vie de Balian et la manière dont il remit Jérusalem à Saladin.
Balian d’Ibelin
Balian, croisé de Jérusalem, issu d’une famille de grande renommée. Son entrée dans la guerre et la politique modifia le cours des croisades et de Jérusalem.
Pour comprendre l’essence de Balian d’Ibelin, il convient d’examiner d’abord l’histoire des deux mots : Balian et Ibelin.
Pour mieux situer les choses, commençons par Ibelin :
Ibelin
Connue sous le nom de Yibna par les habitants, Ibelin était un petit village palestinien comptant plusieurs milliers d’âmes. Selon un recensement de 1948, sa population atteignait environ 5 420 habitants. Ibelin était le nom donné à Yibna par les croisés. Elle se situe à environ 15 kilomètres au sud-ouest de Ramla.
Yibna, ou Ibelin, était désignée sous les noms de Yavneh et Jabneh dans les textes hébraïques, ce qui atteste l’existence de cette localité depuis l’âge du Bronze. De nombreux historiens évoquent Yibna comme un lieu au cœur de diverses activités religieuses et comme un carrefour de différentes ethnicités.
Ibelin est surtout connue pour un château qui y fut édifié dans les années 1100. Ce château fut construit par le roi de Jérusalem, Foulque, en 1141. Au XIIe siècle, Ibelin connut l’essor et la chute des croisés, et passa finalement entre les mains du souverain musulman Saladin. Le dernier croisé à tenir le château fut Balian.
Balian
Balian (1143 – 1193) d’Ibelin porte de nombreux noms et titres. Les plus célèbres sont Barisan le Jeune, baron d’Ibelin, Balian le Jeune, Balian II, Balian de Ramla et Balian de Naplouse.
Dans les sources latines, son nom apparaît sous les formes Balian, Barisan, Barisanus, Balianus, Balisan, Balian défenseur de Jérusalem et Balisanus. Certaines sources arabes le nomment Balian ibn Barzan, ce qui se traduit par « Balian, fils de Barzan (ou Barisan) ». Nul doute que Balian fut une figure majeure de l’histoire de Jérusalem et des guerres de croisade.
Balian était le plus jeune fils de Barisan d’Ibelin. Barisan fut le fondateur de la famille d’Ibelin. On pensait que Barisan était originaire du nord de l’Italie. Certains ont également émis l’hypothèse qu’il descendait des vicomtes du Puiset de Chartres, en France.
Il était un personnage important des croisades menées par le roi Foulque. Ce dernier, impressionné par les services rendus par Barisan, lui offrit le château d’Ibelin, où celui-ci établit les fondations de sa lignée.
Barisan épousa Helvis, héritière de Ramla, intégrant ainsi Ramla au patrimoine familial. Barisan et Helvis eurent cinq enfants : Baudouin, Hugues, Ermengarde, Stéphanie et Balian. De ce dernier, Balian était le benjamin. En l’espace de deux générations seulement, la famille d’Ibelin devint l’une des plus puissantes du royaume de Jérusalem et de Chypre.
Balian épousa Marie Comnène, veuve du roi Amaury Ier. Celle-ci étant héritière de Naplouse, Balian, après son mariage, accéda au gouvernement de cette seigneurie. Parmi d’autres changements, Balian devint également le beau-père d’Isabelle, fille de Marie et d’Amaury.
L’histoire présente Balian comme un époux et beau-père loyal. Il déploya de grands efforts pour faire valoir les droits de sa belle-fille.
Le destin avait d’autres projets pour lui. Cette époque de la royauté et de la chute de Jérusalem est riche en péripéties, égoïsmes et jalousies. Les personnages influents de l’époque croyaient fermement à la poursuite de leurs intérêts personnels et à l’accumulation de richesses. C’est la cause principale de la chute de Jérusalem entre les mains des croisés.
La guerre civile de Jérusalem
Pour comprendre l’ensemble du rôle de Balian dans les croisades et sa vie à Ibelin, il importe de saisir les conditions et la situation politique de son époque.
Le règne du roi Amaury
Jérusalem était sous la couronne d’Amaury après la mort du roi Foulque en 1143. Le roi Amaury avait épousé Marie Comnène. Sous son règne, Jérusalem s’allia à l’Empire byzantin. Les relations commerciales et diplomatiques étaient bonnes.
Amaury était le père de Sibylle, de Baudouin IV et d’Isabelle I. Ces trois siblings deviendraient les futurs rois et héritières de Jérusalem et joueraient un rôle majeur dans le cours du royaume.
En 1150, Barisan d’Ibelin mourut, léguant son domaine à son fils aîné Hugues. Son autre fils, Baudouin, devint seigneur de Ramla. Après la mort d’Hugues en 1169, Balian fut nommé seigneur d’Ibelin.
Baudouin IV et sa décision
Après la mort du roi Amaury en 1174, son fils Baudouin IV monta sur le trône de Jérusalem. Il était le deuxième fils d’Amaury et de sa première épouse, Agnès de Courtenay.
Baudouin IV est surtout connu pour avoir contracté la lèpre après son avènement. Cette affection affecta profondément son règne. En raison de son état, Raymond III de Tripoli agit comme régent en son nom.
La prochaine dans l’ordre de succession était Sibylle. Baudouin envisagea de la marier à un noble et choisit Guillaume de Montferrat en 1176. Malheureusement, Guillaume mourut l’année suivante, et Sibylle épousa rapidement Guy de Lusignan. Ce mariage s’avéra problématique dans les années qui suivirent.
Baudouin méprisait Guy et le jugeait indigne du trône. Guy et Sibylle eurent un fils nommé Baudouin V. Baudouin IV couronna Baudouin V comme futur roi de Jérusalem et désigna Raymond de Tripoli comme régent jusqu’à la majorité de Baudouin V. Cet arrangement ne plut pas à Guy et marqua le début de ce que l’on pourrait appeler la chute de Jérusalem aux mains des Musulmans.
Baudouin IV répudia publiquement Guy. Cela irrita ce dernier au point qu’il rejeta ouvertement Baudouin IV comme son roi. Ce fut le début des troubles civils dans la région. Le patriarcat était divisé, et les bonnes relations avec les autres royaumes semblaient se détériorer gravement.
La mort de Baudouin IV
Guy passa à l’acte en attaquant une caravane de Musulmans de passage, ce qui provoqua la colère de Saladin. Saladin était alors un chef militaire et politique musulman de l’Empire byzantin. Baudouin IV fut choqué d’apprendre le massacre perpétré par Guy. Cependant, il ne put engager de dialogue de réconciliation entre son royaume et Saladin en raison de la dégradation de sa santé.
Baudouin IV fut pris de fièvre et perdit la vue en raison de la progression fulgurante de sa lèpre. Il pouvait à peine marcher et tenir la tête haute. Dans ses derniers jours, il nomma Raymond de Tripoli, son seul véritable ami, régent de Baudouin V.
Le roi de Jérusalem, Baudouin IV, mourut en mars 1185, léguant le trône de Jérusalem à son neveu Baudouin V.
Guy contre Raymond
Désormais, deux figures principales s’affrontaient pour la royauté de Jérusalem. D’un côté, Guy, époux de Sibylle, et de l’autre, Baudouin V, fils de Guy mais pupille du régent Raymond de Tripoli.
Baudouin, frère de Balian, soutenait Raymond de Tripoli et se rangeait à ses côtés. Balian, désormais marié à Marie (sœur de Sibylle et de Baudouin IV), soutenait également Raymond, car il était le choix de leur roi.
La mort de Baudouin V
En 1186, le jeune Baudouin V mourut. Balian et Marie, avec l’aide de Raymond, proposèrent le nom d’Isabelle comme héritière légitime du trône. Mais l’époux d’Isabelle, Onfroy IV de Toron, rejeta la prétention de sa femme au trône et se rangea du côté de Guy. Balian dut à contrecœur se ranger du côté de Guy à cause de son gendre.
Alors que les troubles civils à Jérusalem atteignaient leur paroxysme, le sultan ayyoubide Saladin jugea que le moment était venu d’assiéger Jérusalem. Il disposait d’une puissante armée de chevaliers et d’archers. Il commença à réagir vigoureusement aux conflits mineurs entre croisés et Musulmans. Peu à peu, il constitua un solide prétexte à son soulèvement et à son attaque imminente sur Jérusalem.
Une alliance entre Guy et Raymond
La même année, Saladin menaça d’attaquer Jérusalem. Balian, devenu conseiller de Guy, se rendit à Tripoli avec d’autres dignitaires importants pour forger une alliance entre Guy et Raymond. L’unique objectif de cette alliance était de repousser les forces extérieures de Saladin et de constituer une Jérusalem fortifiée.
L’armée musulmane marchait sur Jérusalem. Dans ces circonstances, Guy fut proclamé roi, et les autres combattraient sous son commandement.
La bataille de Hattin
L’armée de Saladin, forte de quelque 30 000 hommes, avançait pour le siège de Jérusalem. Balian fut chargé de recruter et d’adouber des chevaliers dans l’armée des croisés. Balian fut également désigné pour mener l’armée dans la bataille contre Saladin. Balian prit sur ses épaules la défense de Jérusalem.
Le 4 juillet 1187, la bataille de Hattin fut livrée entre l’armée des croisés de Jérusalem et l’armée musulmane du sultan ayyoubide Saladin. Elle se déroula près d’un volcan éteint, le Kurun Hattin. La forme de ce volcan explique pourquoi cette bataille est également connue sous le nom de bataille des Cornes de Hattin.
Alors que Balian d’Ibelin menait l’armée des croisés, ses enfants et son épouse, Marie, furent envoyés à Tripoli. Ils y seraient en sécurité et attendraient l’issue de la guerre depuis là-bas.
Cette guerre s’avéra fatale pour les croisés. L’armée de Saladin captura la majeure partie des forces croisées et tua le reste. Les fantins connurent le pire sort : ils furent vendus comme esclaves à divers marchands d’esclaves.
Après que Saladin eut pris ville après ville, Guy craignit que Saladin ne le décapitât. Guy, fait prisonnier, fut conduit dans la tente de Saladin. Celui-ci lui offrit de l’eau.
Saladin assura Guy que les rois ne tuent pas les rois. Guy fut plutôt fait prisonnier de guerre et fut libéré plus tard en 1188.
Les suites de la guerre
Aucun des croisés du précédent royaume de Jérusalem n’étant resté après la guerre, Balian fut considéré comme plus ou moins l’égal du roi de Jérusalem. Balian tenait encore la ville depuis certains remparts. Saladin invita Balian à venir discuter de la reddition. Balian lui répondit que les habitants encore à l’intérieur des murailles refusaient de se rendre et qu’ils détruiraient la ville si Saladin avançait davantage.
Balian révéla ici son véritable talent de diplomate. Son intelligence et sa présence d’esprit sauvèrent la vie de nombreux habitants de Jérusalem.
Après de longues discussions et des compromis des deux côtés, Saladin accepta de libérer les prisonniers de guerre en échange d’une prise de contrôle pacifique de la ville.
Le 2 octobre, Balian remet les clés de la tour de David, grande citadelle de Jérusalem, à Saladin. Les habitants quittèrent la ville en colonnes. Balian accompagna le dernier groupe de départs et se rendit à Tripoli, où il retrouva sa famille.
Balian à Tripoli
Après avoir remis Jérusalem à Saladin et à son armée, Balian se rendit à Tripoli. Là, il retrouva son épouse Marie et ses enfants. La question de la succession au trône restait en suspens, et Balian faisait valoir les droits d’Isabelle. Même si Jérusalem n’était plus entre leurs mains, le peuple avait besoin d’une figure de référence.
Comme le mari d’Isabelle ne voulait pas qu’elle accédât au trône, Balian estima qu’il valait mieux faire annuler le mariage. L’archevêque de Pise annula le mariage d’Isabelle avec Onfroy.
La meilleure option pour Isabelle était d’épouser Conrad de Montferrat. Même après ce mariage, la succession fut retardée en raison de l’ingérence de forces extérieures.
L’arrivée de Richard Ier d’Angleterre et de Philippe II de France retarda le couronnement d’Isabelle car ils lancèrent la troisième croisade. Richard soutenait l’ancien roi, Guy, tandis que Philippe appuyait Conrad, l’époux d’Isabelle.
Le 2 avril 1192, Conrad fut assassiné alors qu’Isabelle attendait son premier enfant. Elle épousa Henri II de Champagne une semaine plus tard pour préserver son statut.
Balian devint conseiller de Richard. Il contribua par la suite à régler la troisième croisade et à instaurer la paix entre Richard et Saladin. Le traité stipulait qu’Ibelin serait sous le contrôle de Saladin, mais que les autres villes côtières seraient restituées aux Chrétiens. En vertu de ce traité, Saladin offrit à Balian un château à Caymont et d’autres domaines en gage de bonne volonté et de gratitude.
L’héritage de Balian d’Ibelin
Vers 1194, Balian disparut des sources historiques. C’est à cette époque qu’il est présumé mort de causes naturelles. Il se peut toutefois qu’il se fût rendu en mission diplomatique dans un pays étranger ou qu’il aidât ses neveux et nièces à Chypre. Quelle que soit la date exacte de sa mort, Balian d’Ibelin laissa assurément une empreinte dans l’histoire.
Ses deux fils, Jean et Philippe, prirent sa succession et perpétuèrent le nom de la famille. Jean fut nommé connétable de Jérusalem en 1198, puis seigneur de Beyrouth et régent de Jérusalem de 1205 à 1210. Philippe devint régent du roi de Chypre de 1218 à 1227.
Balian eut deux filles, Helvis et Marguerite, ainsi qu’une belle-fille, Isabelle. Ses deux filles contractèrent des alliances matrimoniales avec des maisons riches et illustres.
Marie, l’épouse de Balian, serait morte en 1217. L’histoire et la littérature ne dépeignent pas Marie comme une femme sage, mais la décrivent plutôt comme impie et cruelle.
Une telle réputation tient sans doute à sa détermination à voir sa fille, Isabelle, monter sur le trône. Néanmoins, elle est également décrite comme une épouse fidèle à Balian et une bonne mère pour Isabelle, Jean, Philippe, Marguerite et Helvis.
Grâce à Balian et à ses fils et filles, le nom de la famille d’Ibelin s’étendit de Jérusalem aux États latins de la Méditerranée. Fondée par Barisan, la famille d’Ibelin demeurait l’une des plus illustres trois cents ans plus tard.
Balian devint un prénom courant après sa disparition. Ce nom se retrouve à diverses époques de l’histoire ultérieure. Sa fille Helvis donna le nom de Balian à son premier fils. Le fils de Balian, Jean, nomma également l’un de ses fils Balian.
Balian d’Ibelin : arts et littérature
L’histoire de Balian d’Ibelin a été largement exploitée dans les films historiques d’Hollywood et du cinéma européen. Un film hollywoodien de 2015, Kingdom of Heaven, s’inspire de l’histoire de Balian d’Ibelin. De nombreux auteurs ont écrit des ouvrages primés sur sa vie. Le livre le plus acclamé consacré à son nom est Knight of Jerusalem d’Helena P. Schrader.
Balian d’Ibelin demeure assurément un chef et une figure diplomatique majeure du XIIe siècle. Ses décisions, ses alliances et sa volonté inébranlable modifièrent le cours de l’histoire de Jérusalem, de Chypre et des croisades. Il honore pleinement les titres qui lui furent conférés, tels que Défenseur de Jérusalem ou Chevalier de Jérusalem.
Conclusion
Voici les points clés de l’héritage de Balian :
- Balian d’Ibelin fut un croisé du royaume de Jérusalem au XIIe siècle.
- Il était le fils de Barisan d’Ibelin et d’Helvis de Ramla.
- Il épousa Marie Comnène, veuve du roi Amaury.
- Balian eut une belle-fille, Isabelle, et quatre autres enfants : deux fils, Jean et Philippe, et deux filles, Helvis et Marguerite.
- Il joua des rôles diplomatiques majeurs entre les croisés et l’armée musulmande de Saladin.
- Sa loyauté envers sa famille est digne d’éloges.
Références
- Mayer, Hans Eberhard. “Ibelin versus Ibelin: The Struggle for the Regency of Jerusalem 1253-1258.” Proceedings of the American Philosophical Society, vol. 122, no. 1, American Philosophical Society, 1978, pp. 25–57, http://www.jstor.org/stable/986261.
- https://military-history.fandom.com/wiki/Balian_of_Ibelin
- https://www.wikiwand.com/en/Balian_of_Ibelin
- https://www.britannica.com/event/Crusades/The-institutions-of-the-First-Kingdom
- Chronicle of the Third Crusade, a Translation of Itinerarium Peregrinorum et Gesta Regis Ricardi, translated by Helen J. Nicholson. Ashgate, 1997.



