Qu'est-ce qu'une comparaison épique : définition et quatre exemples
Une comparaison (ou similitude) est une figure de style par laquelle une chose est assimilée à une autre de manière à clarifier et enrichir une image. Il s’agit d’une comparaison explicite, facilement reconnaissable à l’usage des mots « comme » ou « tel », contrairement à la métaphore, où ladite comparaison reste plus implicite. William Shakespeare est l’un des nombreux auteurs à avoir employé la comparaison avec brio, comme dans le Sonnet 130, qui s’ouvre sur une comparaison évidente : « Les yeux de ma maîtresse ne sont rien comme le soleil. »
La comparaison épique est également une figure de style fondée sur la comparaison, mais elle s’étend généralement sur plusieurs vers. On l’appelle aussi comparaison homérique, car Homère, l’auteur de L’Iliade et de L’Odyssée, recourait souvent à ce procédé littéraire dans ses poèmes épiques. Les comparaisons qu’écrit Homère sont détaillées et complexes et sont souvent perçues comme un poème dans le poème. Bon nombre des comparaisons épiques d’Homère — et de ses successeurs — établissent des parallèles avec des éléments naturels, tels que les animaux, les plantes ou les étoiles.
À propos des comparaisons épiques
Souvent décrite comme la forme la plus noble de la comparaison, la comparaison épique (ou homérique) se caractérise par de longs parallèles entre deux sujets d’une grande complexité. Ces sujets peuvent être des personnes, des objets ou des actions. La définition et le concept de la comparaison épique sont étroitement liés aux termes littéraires de vers catalogue et de blason. Le blason se définit comme une comparaison impliquant le corps féminin, tandis que le vers catalogue désigne une énumération de personnes, de choses, de lieux ou d’idées dans un poème.
Outre son usage abondant par Homère dans ses deux poèmes épiques, L’Iliade et L’Odyssée, la comparaison épique apparaît dans de nombreux autres poèmes d’une envergure tout aussi épique. On la retrouve, par exemple, dans L’Énéide de Virgile, un poème épique daté d’environ 20 av. J.-C. Rédigée en latin, l’Énéide raconte l’histoire d’Énée, un Troyen qui voyage vers l’Italie et devient le fondateur du peuple romain. En tant que personnage, Énée était déjà apparu dans d’autres textes, notamment dans L’Iliade d’Homère.
Autre grand exemple de comparaison épique : Le Paradis perdu de John Milton. Rédigé plus d’un millénaire après Homère, dans une langue fort éloignée du grec homérique ou du latin virgilien, Le Paradis perdu fut publié en 1667 et relate la tentation d’Adam et Ève par l’ange déchu Satan.
Nous mettrons ci-dessous en lumière quelques exemples de comparaisons épiques tirés des quatre textes susmentionnés : L’Iliade, L’Odyssée, L’Énéide et Le Paradis perdu.
Exemple de comparaison épique dans L’Iliade d’Homère
Il existe plusieurs exemples de comparaisons épiques dans L’Iliade d’Homère ; l’exemple ci-dessous n’illustre donc que la virtuosité poétique du poète grec. Pour résumer, L’Iliade relate la guerre de Troie du point de vue du plus grand guerrier de toute la mythologie grecque, Achille. Dans cet extrait, Homère écrit que les Grecs, se rassemblant en conseil, ressemblent à des abeilles. Le passage suivant est tiré de la traduction de Lattimore. On y voit comment la comparaison épique est plus profonde et plus riche qu’une comparaison ordinaire, comme celle que l’on pourrait trouver chez Shakespeare, par exemple.
« Comme les essaims d’abeilles pressées qui jaillissent sans cesse
en nouvelles nuées du creux de la pierre, et pendent comme des grappes de raisin lorsqu’elles planent sous les fleurs au printemps
voltigeant en essaims çà et là,
ainsi les nombreuses nations d’hommes issus des navires et des abris
le long du rivage de la haute mer marchèrent en ordre
par compagnies vers l’assemblée […] »
Exemple de comparaison épique dans L’Odyssée d’Homère
L’Odyssée, l’autre grand poème épique d’Homère, raconte la quête d’Ulysse** pour rentrer dans son royaume** après avoir combattu lors de la guerre de Troie. Tout comme son poème compagnon, elle offre un éventail de comparaisons épiques variées. L’extrait suivant concerne Scylla, un monstre qui avait coutume de dévorer ses victimes. Voici un passage comparant la manière dont la mer arrache Ulysse des rochers à l’acte d’un pêcheur capturant une pieuvre et l’arrachant de son milieu. La traduction est de Fitzgerald.
« Durant sa méditation, une lourde houle l’emportait, en fait, droit sur les rochers. Il [aurait été] écorché vif, et ses os brisés, si Athéna aux yeux pers ne lui avait indiqué quoi faire : il saisit une corniche des deux mains en passant et s’y tint, gémissant au passage de la houle, pour éviter son déferlement. Puis le ressac le frappa, l’arrachant et le projetant au loin. Une pieuvre, quand on la tire de sa chambre, remonte avec les ventouses pleines de petits cailloux : Ulysse laissa la peau de ses grandes mains déchirée sur la corniche lorsque la vague le submergea. Et maintenant Ulysse aurait enfin péri, roué de coups inhumains, mais il possédait le don de sang-froid que lui avait accordé Athéna aux yeux pers. »
Exemple de comparaison épique dans L’Énéide de Virgile
L’Énéide de Virgile est profondément influencée par Homère. Elle relate le voyage d’Énée vers l’Italie et sa découverte de la beauté et de la nouveauté de ce pays. C’est aussi un récit fondateur des débuts de l’Empire romain. La comparaison ci-dessous fait également appel aux abeilles, mais cette fois pour illustrer la manière dont Énée découvrit la grande ville de Carthage et son ordonnance remarquable. Ce passage est tiré de la traduction de Ruden :
« Comme les abeilles au printemps à travers la terre en fleurs,
actives sous le soleil, menant leur progéniture,
déjà adulte, hors de la ruche, ou garnissant les alvéoles
jusqu’à ce qu’elles gonflent de miel et de doux nectar,
ou recevant les chargements, ou s’alignant
pour garder le fourrage des faux-bourdons paresseux ;
le travail fourmillant exhale le thym et le miel parfumé. »
Exemple de comparaison épique dans Le Paradis perdu de Milton
Le Paradis perdu est un poème épique anglais qui raconte l’histoire de Satan, sa chute du ciel et sa tentation d’Adam et Ève. Il est particulièrement intéressant d’examiner la construction d’une comparaison épique en anglais (par opposition à une traduction anglaise, comme celles présentées plus haut). Les vers suivants comparent l’armée de Lucifer à des feuilles d’automne. On y reconnaît l’influence homérique dans la manière dont Milton construit sa comparaison épique.
« Ses légions — formes angéliques, qui gisaient enchantées
épaisses comme les feuilles d’automne qui jonchent les ruisseaux
à Vallombrosa, où les ombrages étrusques
s’arquent hautement en berceaux ; ou le roseau épars
flottant, quand Orion armé de vents furieux
a tourmenté la côte de la mer Rouge, dont les vagues renversèrent
Busiris et sa chevalerie memphite,
tandis qu’avec une haine perfide ils poursuivaient
les habitants de Goshen, qui contemplaient
depuis le rivage sûr leurs carcasses flottantes
et les roues de leurs chars brisées : ainsi jonchés,
abjects et perdus, gisaient ceux-ci, couvrant le flot,
sous l’émerveillement de leur hideuse métamorphose. »


