Le cheval de Troie, l'arme absolue de l'Iliade
Généralement, l’histoire du cheval de Troie est considérée comme mythologique. S’il semble quelque peu farfelu qu’un gigantesque cheval de bois ait pu servir à tromper une cité entière pour l’inciter à ouvrir ses portes à une armée envahissante, de nouvelles découvertes suggèrent que l’épopée d’Homère pourrait receler une part de vérité historique. L’histoire du cheval de Troie ne figure en réalité pas dans l’Iliade. L’événement est évoqué dans l’Odyssée d’Homère, mais la source principale du récit est l’Énéide de Virgile.
Homère termine l’Iliade avec les funérailles d’Hector, le prince troyen. L’Odyssée fait référence au cheval de Troie, mais Homère n’en raconte pas l’histoire complète. Virgile reprend le récit dans l’Énéide, une sorte de fiction dérivée de l’œuvre d’Homère. L’Énéide fut composée entre 29 et 19 av. J.-C. Elle suit Énée, un Troyen en route vers l’Italie. Énée est également un personnage de l’Iliade, et est donc familier aux lecteurs. L’Énéide reprend les thèmes du voyage et de la guerre développés dans l’Iliade et l’Odyssée et tente de les fondre en une œuvre nouvelle. C’est dans les Chants II et III que commence l’histoire du cheval de Troie.
Le cheval de Troie a-t-il réellement existé ?
Comme pour la guerre de Troie, la question de savoir si le cheval de Troie a réellement existé fait l’objet de débats. En 2014, les fouilles du coteau connu sous le nom d’Hisarlik ont pu fournir de nouvelles preuves. Des archéologues turcs fouillent les collines depuis un certain temps, à la recherche de ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Troie. Bien qu’il n’y ait pas suffisamment de preuves pour affirmer avec certitude l’existence d’un grand cheval de bois, la Cité exista bel et bien. En fait, une série de cités se sont succédé dans la région et forment ce que l’on appelle aujourd’hui Troie.
Le célèbre archéologue Heinrich Schliemann entreprit les fouilles du site en 1870. Au fil des décennies, d’autres historiens et archéologues se rendirent sur les lieux jusqu’à ce que le site soit déclaré trésor national et placé sous la protection du gouvernement turc. Pendant plus de 140 ans, plus de 24 fouilles ont été menées. Vingt-trois sections de murs défensifs ont été mises au jour, onze portes, une rampe pavée en pierre, cinq bastions, ainsi qu’une citadelle. Une nette séparation existe entre Troie proper et la Cité Basse. Les habitants de ce secteur se seraient très probablement réfugiés à l’intérieur des remparts de la Cité durant le siège de Troie.
La République de Turquie a reconnu le site comme un lieu historique majeur depuis le début des années 1980, lui accordant d’importantes mesures de protection.
Alors, quelle est l’histoire du cheval de Troie ? Est-il possible qu’une telle structure ait jamais existé ? Jusqu’à une époque récente, la réponse universelle était non. Le cheval de Troie a longtemps été considéré comme un mythe, aussi fictif que les récits d’Homère sur les dieux et les déesses, les semi-immortels et les héros guerriers. Cependant, les fouilles récentes pourraient avoir apporté un nouvel éclairage sur le sac de Troie.
En 2014, des archéologues turcs firent une découverte. Une grande structure en bois a été mise au jour sur le site de la Cité historique de Troie. Des dizaines de planches de sapin ont été exhumées, notamment des poutres atteignant jusqu’à 15 mètres, soit environ 45 pieds, de long. Les pièces furent découvertes à l’intérieur de la Cité, alors que de telles planches de sapin n’auraient ordinairement été utilisées que pour la construction navale.
Un navire terrestre ?
Quelle est cette étrange structure découverte à l’intérieur des remparts de Troie ? Les navires auraient été construits plus près du rivage, et non à l’intérieur des murs de la Cité. Il semble n’y avoir guère d’explication à une telle structure, à part celle qu’offre l’Énéide : le cheval de Troie.
Si les historiens ont émis des hypothèses pendant des années sur la nature réelle du Cheval, c’est la première fois que l’on découvre des preuves matérielles de la structure elle-même.
Les historiens ont autrefois spéculé que le « cheval de Troie » pouvait désigner des machines de guerre, souvent recouvertes de peaux de cheval trempées dans l’eau pour empêcher l’ennemi de les brûler. D’autres pensaient que le « cheval » pouvait même désigner une catastrophe naturelle ou une force de guerriers grecs envahisseurs. L’idée d’une structure construite pour ressembler à un cheval, érigée dans le seul but de faire passer des guerriers au-delà des défenses troyennes, semblait absurde. Les nouvelles découvertes suggèrent cependant que l’histoire pourrait avoir des fondements véridiques.
La structure qui a été découverte correspond aux descriptions données par Homère, Virgile, Augustus et Quintus de Smyrne. Dans le poème épique Posthomerica de Quintus de Smyrne, il est fait référence à une plaque de bronze gravée des mots : « Pour leur retour au foyer, les Grecs consacrent cette offrande à* Athéna *. »
Une plaque portant ces mots gravés fut découverte dans les ruines, parmi d’autres vestiges. La datation au carbone et d’autres analyses révèlent que les planches de bois remontent au XIIe ou XIe siècle av. J.-C,* ce qui situerait la découverte à l’époque approximative à laquelle on estime que la guerre a eu lieu.
Tel que le relate l’Énéide, l’histoire du cheval de Troie veut que le cheval ait été poussé par les rusés Grecs jusqu’aux portes de Troie et abandonné là. Un seul soldat grec fut laissé en arrière pour présenter le don aux Troyens. Il convainquit ces derniers qu’il avait été abandonné en sacrifice à la déesse Athéna, que les Grecs avaient offensée lors de leur invasion initiale. La profanation de son temple constituait un affront grave, que les Grecs espéraient expier par ce présent. Le soldat volontaire resté sur place, Sinon, persuada les Troyens que les Grecs avaient délibérément construit le cheval trop grand pour que les Troyens puissent aisément le faire entrer dans la Cité, les empêchant ainsi d’offrir le sacrifice eux-mêmes et de s’attirer la faveur d’Athéna.
Les Troyens, convaincus, s’empressèrent de faire entrer l’offrande par les portes, impatients de s’assurer la faveur d’Athéna.
Laocoon, le prêtre troyen, fut méfiant. Dans le récit de Virgile, il prononça la célèbre phrase : « Je crains les Grecs, même lorsqu’ils portent des dons. » Les Troyens ignorèrent ses soupçons. L’écrivain Apollodore relate le destin de Laocoon. Il semblerait que Laocoon avait offensé le dieu Apollon en s’unissant à son épouse devant l’« image divine » du dieu dans l’Odyssée. Apollon envoya de grands serpents dévorer Laocoon et ses deux fils en représailles, avant que ses soupçons à l’égard du don ne puissent être pris en considération.
La fille du roi Priam, Cassandre, est une voyante. Cassandre est condamnée à formuler des prédictions véridiques qui ne seront ni crues ni entendues. Elle prédit que le cheval sera la perte de Troie, mais est, comme on pouvait s’y attendre, ignorée. Enfin, Hélène de Sparte, la victime enlevée par Pâris et la femme dont le retour motivait la guerre, soupçonne la ruse. Elle fait le tour du cheval, appelant les soldats par leur nom, imitant même la voix de leurs épouses.
La ruse faillit fonctionner, tentant certains soldats de crier. Ulysse, un guerrier grec,** plaqua sa main sur la bouche d’Anticlès juste à temps,** empêchant l’homme de les trahir.
La fin du cheval et de Troie
Les récits divergent quant à l’ouverture effective du cheval de Troie. Certains affirment que seuls quelques soldats étaient dissimulés dans la structure. Ils sortirent après que tous les Troyens furent allés se coucher pour ouvrir les portes et laisser entrer le reste de l’armée. Dans d’autres versions, le cheval contenait une importante force déchaînée sur la Cité après l’ouverture du cheval.
L’Odyssée relate l’histoire
« Quelle chose aussi que celle qu’accomplit et endura ce héros puissant dans le cheval sculpté, où nous étions assis tous les chefs des Argiens, portant aux Troyens la mort et le destin ! Mais allons, change ton propos, et chante la construction du cheval de bois, qu’Épéios façonna avec l’aide d’Athéna, le cheval qu’Ulysse mena jadis dans la citadelle en guise de ruse, après l’avoir rempli des hommes qui mirent Ilion à sac. »
Épéios était un constructeur naval et un redoutable combattant grec. Sa force était bien connue, et son savoir-faire en construction navale lui conférait l’habileté et les connaissances nécessaires pour façonner une statue creuse destinée à abriter une force armée. Les récits varient, mais entre 30 et 40 hommes furent dissimulés à l’intérieur du cheval. Ils attendirent patiemment que les Troyens examinent le présent et le fassent entrer. Les Grecs avaient brûlé leurs tentes et feint de prendre la mer. En dépit des soupçons de Laocoon, de Cassandre et même d’Hélène elle-même, les Troyens furent trompés et firent entrer le cheval dans la Cité.
Les Grecs cachés dans la structure, sous le couvert de la nuit, s’infiltrèrent dans la Cité, ouvrant les portes et permettant au reste des armées d’entrer. La Cité fut surprise par la force envahissante, et il ne fallut pas longtemps avant que la fière Troie ne fût réduite en ruines.
Qu’advint-il ensuite ?
Lorsque les Grecs envahirent les murs de la Cité, la famille royale fut décimée. Le fils d’Achille, Néoptolémos, tua Politès, fils du roi Priam et frère d’Hector, alors qu’il se cramponnait à un autel de Zeus, implorant protection. Le roi Priam réprimanda Néoptolémos, et fut à son tour égorgé sur le même autel. Astyanax, le fils en bas âge d’Hector, est assassiné dans la mêlée, ainsi que l’épouse d’Hector et la majeure partie de la famille royale. Quelques Troyens parvinrent à s’enfuir, mais la cité de Troie fut, pour l’essentiel, anéantie.
La guerre de dix ans terminée, les Grecs entamèrent leur voyage de retour. Ulysse** mit le plus de temps, mettant dix ans à rentrer chez lui après la guerre.** Son voyage constitue le poème épique l’Odyssée. Hélène, la cause présumée de la guerre, retourna à Sparte pour rejoindre son époux, Ménélas. Après sa mort, certaines sources rapportent qu’elle fut exilée sur l’île de Rhodes, où une veuve de la guerre la fit pendre, mettant ainsi fin au règne du « visage qui lança mille navires. »


