Temple de Philae : le sanctuaire des dieux à travers les siècles
Le temple de Philae fut, dès l’Antiquité, consacré au culte de la déesse de la magie et des enchantements, Isis ; on peut également l’appeler le temple d’Isis.
Il fut édifié initialement sous le règne du roi Taharqa (690–664 av. J.-C.), puis agrandi principalement par le pharaon Ptolémée II Philadelphe durant son règne, de 285 à 246 av. J.-C.
Ce temple se trouvait sur une île du sud du fleuve Nil, dans la ville d’Assouan, en Égypte. Découvrons comment ce temple fut préservé des crues et comment il se dresse encore à l’époque actuelle.
L’île du temple de Philae
L’île du temple de Philae correspond au site originel du temple d’Isis, situé à proximité de la vaste première cataracte du Nil en Haute-Égypte. Cependant, depuis la construction initiale du bas barrage d’Assouan en 1902*, *le temple de Philae fut menacé de disparaître, la majeure partie des structures se trouvant submergées. Des poètes et écrivains, tels que Sénèque, Strabon, Ptolémée, Diodore de Sicile et Pline l’Ancien, lancèrent un appel à travers divers écrits afin de sauver ce temple historique de la montée des eaux.
En 1906, le niveau d’eau du haut barrage d’Assouan fut rehaussé, et la voix des Nubiens et des Égyptiens fut entendue par le gouvernement égyptien. Celui-ci, conjointement avec l’UNESCO dans le cadre de sa campagne de Nubie, lança un projet visant à pomper l’eau, puis à démonter et relocaliser l’intégralité du temple sur une île voisine, pierre après pierre, vers l’île d’Agilkia, en Égypte.
La reconstruction s’étala sur une longue période en raison des près de 50 000 pierres à réassembler dans leur nouveau site. Néanmoins, après trente mois de travaux, le temple fut restauré dans un état remarquable, surpassant même son apparence antérieure.
Ce lieu historique ne se composait pas uniquement du temple d’Isis ; il englobait également de petits temples égyptiens et des sanctuaires sauvés des inondations. On y trouvait le kiosque de Trajan, le temple d’Imhotep — dieu de la médecine — et le temple d’Hathor — déesse du ciel, des femmes, de la fertilité et de l’amour. Il y avait des chapelles dédiées au fils et à l’époux d’Isis, Horus et Osiris respectivement. En outre, certains portails et vestiges datant de la période ptolémaïque jusqu’à l’occupation chrétienne y étaient inclus.
L’île d’Agilkia
Peu avant que le temple de Philae ne soit relocalisé sur l’île d’Agilkia, le gouvernement égyptien et l’UNESCO durent remodeler et réaménager l’île afin de reproduire aussi fidèlement que possible la topographie de l’île de Philae, de sorte que le temple puisse s’intégrer à un terrain de dimensions équivalentes. Même après le transfert du temple sur l’île d’Agilkia, de nombreux habitants et touristes continuent de l’appeler temple de Philae, comme on peut le constater sur les sites de voyage locaux, les sites informatifs et Google Maps.
Architecture et récits du temple de Philae
À mesure que le bateau s’approche de l’île par l’est, on aperçoit le premier pylône du temple de Philae. Devant celui-ci se dresse la porte de Ptolémée II Philadelphe, située entre le temple d’Imhotep, orné de représentations du pharaon conduit par Isis. Juste avant le portail principal se dressent deux lions sculptés en granite rose. En outre, l’entrée adjacente, sur le côté ouest du premier pylône, est une porte donnant directement accès à la maison de la naissance, ou mammisi.
Premier pylône
Le premier pylône constitue l’entrée menant à la cour antérieure, ou espace principal du temple. La tour orientale représente Ptolémée XII Néos Dionysos saisissant une bande d’ennemis qu’il met à mort, sous le regard d’Horus au tête de faucon et d’Hathor, déesse du ciel, des femmes, de la fertilité et de l’amour. Au-dessus, on distingue deux reliefs de Néos Dionysos présentant la Haute et la Basse-Égypte à Horus et Nephthys, ainsi qu’offrant de l’encens à Isis et Harpocrate.
Deuxième pylône
Le deuxième pylône se trouve après le mammisi, ou maison de la naissance, qui n’est visiblement pas aligné parallèlement au premier pylône. Le mur du deuxième pylône représente des scènes du pharaon offrant des présents aux dieux.
On y voit Néos Dionysos offrir des animaux égorgés à Horus et Hathor, et au-dessus se trouvent deux petits reliefs représentant une guirlande pour Horus et Nephthys offrant de l’encens à Horus, Isis et Osiris, tout en versant de l’eau sur l’autel. Le portail central du deuxième pylône comporte une petite série de marches menant au vestibule du sanctuaire intérieur du temple d’Isis.
L’architecture intérieure du temple de Philae
La cour centrale du temple, le mammisi, fut initialement érigée sous le règne de Ptolémée II Philadelphe et de Ptolémée III Evergète. Elle était dédiée au fils d’Isis, Horus. Elle est entourée de quatre colonnades.
Les murs, les colonnes et les parois entre les colonnes sont couverts de reliefs et d’inscriptions représentant des scènes de l’enfance d’Horus. La majeure partie des travaux fut achevée sous les pharaons Ptolémée VIII et Ptolémée XII à l’époque romaine ; cependant, l’ensemble ne fut jamais terminé.
La cour antérieure ouverte, attenante au mammisi, mène au deuxième pylône du temple. On y trouve six portes donnant accès aux murs arrière et aux pièces annexes, qui servaient à entreposer divers objets cultuels et encens, à conserver les livres sacrés, et peut-être de logements pour les prêtres.
Le côté est de la cour antérieure est orné d’une gracieuse galerie de colonnes à chapiteaux floraux et en forme de feuilles de palmier. Les inscriptions de la galerie représentent Ptolémée VII Evergète II ; en outre, on trouve également des sculptures de Ptolémée XII devant les dieux sur les murs.
Le temple intérieur
Un vestibule, situé à l’intérieur du sanctuaire du temple, comporte huit colonnes. Ses reliefs muraux montrent comment les dieux présentèrent les couronnes de Basse et de Haute-Égypte et comment le dieu Osiris fut porté par un crocodile. On y voit également le dieu du fleuve Nil, un serpent enroulé autour du corps, versant de l’eau depuis une jarre.
Sur le côté droit figure l’âme d’Osiris sous forme d’oiseau, vénérée par Hathor, Isis, Nephthys, Horus et Amon. Malheureusement, certains reliefs restèrent inachevés et furent dégradés lors de l’occupation chrétienne, comme en témoignent les croix coptes gravées sur certains murs.
Au-delà de trois autres vestibules, on parvient au sanctuaire intérieur, la demeure d’Isis. À l’origine, deux pierres de granite y étaient dressées : l’une supportait la statue d’or d’Isis, l’autre une barque portant l’image d’Isis.
La barque fut emportée il y a longtemps, transférée à Florence et à Paris. Le piédestal en pierre portait l’inscription du nom de Ptolémée III et de son épouse, Bérénice. À ce jour, deux petites fenêtres éclairent le sanctuaire, et l’on peut également admirer les reliefs du roi en présence d’Isis dans les antichambres.
Autres temples et monuments
Le côté ouest du sanctuaire intérieur mène hors du temple vers le portail d’Hadrien. Celui-ci fut édifié sous le règne de l’empereur Hadrien, et les reliefs furent décorés par Hadrien lui-même, Marc Aurèle et Lucius Verus. Sur le linteau, Hadrien est représenté offrant un présent à la déesse Isis et à d’autres divinités. À l’intérieur du portail, des reliefs représentent Marc Aurèle et Lucius Verus.
Le kiosque de Trajan est l’une des structures les plus visibles lors d’une visite de l’île de Philae ; il se dresse juste à côté du temple d’Isis. Ce monument historique fut édifié avec 14 imposantes et magnifiques colonnes dotées de chapiteaux floraux sculptés de forme carrée. À l’intérieur du kiosque, on trouvait des reliefs du roi Trajan brûlant de l’encens en l’honneur d’Osiris, d’Isis et d’Horus. Bien que dépourvu de toit aujourd’hui, les emplacements de chevilles au sein des structures — conçus en bois — témoignent d’une construction antique demeurée inachevée.
Situé sur le côté est du temple d’Isis, le temple d’Hathor fut construit par les souverains ptolémaïques Ptolémée VI Philométor et Ptolémée VIII Evergète II, puis modifié ultérieurement par l’empereur Auguste. Le temple comprend une terrasse cultuelle face au Nil, une chambre principale dotée de deux colonnes végétales reliées aux murs par un écran, ainsi que 14 piliers à tête d’Hathor. Les magnifiques reliefs du temple représentent des musiciens exécutant gracieusement leurs mélodies devant les divinités de l’Égypte antique.
Périodes historiques et souverains
Le premier édifice religieux sur l’île de Philae à l’époque pharaonique fut très probablement construit par le pharaon Taharqa en l’honneur d’Amon, durant la XXVe dynastie. Les traces archéologiques n’en sont plus visibles aujourd’hui car les blocs ou pierres utilisés pour cet édifice furent réemployés pour une autre construction.
Le plus ancien temple encore debout à ce jour est le premier petit sanctuaire édifié par Psammétique II lors de la XXVIe dynastie. Il fut suivi de contributions dues à Amasis II et à Nectanébo Ier. Cependant, l’édifice ancien qui a principalement survécu est le vestibule construit par Nectanébo Ier dans le temple d’Isis, ainsi que le portail menant au premier pylône du temple.
Durant la période ptolémaïque, l’île constituait l’un des principaux lieux de pèlerinage pour les Égyptiens et les Nubiens, qui marquèrent leur passage par diverses inscriptions, la structure principale ayant été édifiée à cette époque par Ptolémée II. Outre les contributions des souverains ptolémaïques, certains archéologues évoquent une collaboration entre les gouvernements nubien et ptolémaïque pour préserver ce lieu sacré.
À l’époque romaine, le nombre de pèlerinages vers le temple déclina, mais celui-ci demeura sacré, en particulier pour les Nubiens. Le temple de Philae conserve la dernière inscription connue en hiéroglyphes égyptiens. À l’époque byzantine, avec l’avènement du christianisme, l’extrémité nord du complexe de Philae conserva des vestiges de l’occupation, notamment deux églises coptes, des fragments du monastère et les ruines du temple d’Auguste.
L’arrivée du christianisme
Le temple d’Isis fut l’un des derniers temples de l’Égypte antique à rester en activité jusqu’à la période byzantine. L’empereur Justinien (526–565 apr. J.-C.) ordonna la fermeture de tous les temples païens et convertit le temple d’Isis en église chrétienne, tâche confiée à l’évêque Théodore.
De nombreuses inscriptions furent détruites intentionnellement, des statues furent mutilées et les reliefs muraux furent recouverts de stuc et peints. En outre, des croix chrétiennes furent gravées sur les murs et sur certaines colonnes.
La thèse principale de Dijkstra fournit le second texte du livreGuerres persiques, qui indique que le temple d’Isis fut officiellement fermé en 535–537 apr. J.-C., en exécution de l’édit de l’empereur byzantin Justinien Ier.
Site touristique
Le temple de Philae comptait parmi les derniers temples de l’Égypte antique à incarner la vitalité de la religion égyptienne à travers différentes périodes de l’histoire. Lorsque les touristes se rendent en Égypte, ce temple historique figure parmi leurs destinations.
Les habitants et les visiteurs accèdent à l’île en bateau, avec une traversée d’environ dix minutes jusqu’au quai du temple de Philae. Le moment idéal pour visiter l’île est le matin, peu après l’ouverture du site, car la période allant de midi à quatorze heures est la plus fréquentée.
Il n’est pas nécessaire de s’inquiéter du trajet : après l’achat du billet et la traversée en bateau, un excellent guide vous aidera à saisir la majesté des lieux et l’histoire qui s’y attache. Vous pourrez admirer directement les inscriptions sur chaque monument et sanctuaire. Vous ne risquez pas de vous perdre, car de nombreuses signalisations et des habitants locaux sont là pour vous orienter.
Conclusion
La construction du temple de Philae fut initiée par le roi Taharqa et Ptolémée II Philadelphe, mais l’édifice fut ensuite modifié par les souverains des périodes romaine, grecque et byzantine. La conservation de ce lieu historique fut rendue possible, et il devint l’un des sites les plus vénérés, ainsi qu’une destination touristique.
Voici les points essentiels concernant ce temple historique :
- Le temple fut principalement édifié en offrande à la déesse Isis, puis en l’honneur de son fils et de son époux, Horus et Osiris respectivement.
- La maison de la naissance, ou mammisi, fut construite pour Horus.
- Le temple fut préservé en 1906 par le gouvernement égyptien et l’UNESCO. Il fallut trente mois pour le transférer de l’île de Philae vers l’île d’Agilkia.
- L’île fut enrichie de sanctuaires, de monuments et de temples par des souverains de différentes époques, de la période ptolémaïque à la période byzantine. Cependant, l’empereur Justinien Ier ordonna la fermeture de tous les sites païens et leur conversion en églises chrétiennes.
Ce magnifique temple de Philae, qui a traversé les siècles, témoigne de la dévotion et de la fidélité du peuple égyptien envers ses dieux. L’étude de cette histoire fait d’autant plus apprécier le lieu lorsque l’on a le privilège de le visiter à Assouan, en Égypte.


