Culture soudanaise : comprendre la diversité
La culture soudanaise se comprend mieux en s’intéressant d’abord à son peuple et à son histoire. À l’origine, le terme « Soudan » provient de l’arabe بلاد السودان ou Bilad al-Sudan, qui signifie la « Terre des Noirs ».
Situé dans le Nord-Est de l’Afrique, le Soudan est géographiquement le plus grand pays du continent africain et le neuvième au monde. En termes de population, le Soudan compte environ 34,5 millions d’habitants appartenant à pas moins de 400 groupes ethniques distincts.
Le Nord est dominé par des musulmans arabophones. Dans le Sud, au moins une centaine de langues différentes sont parlées par des populations majoritairement africaines noires et non musulmanes, pour la plupart converties au christianisme.
Une profonde fracture raciale oppose les populations noires du Sud aux Arabes du Nord. En résumé, l’opposition entre les musulmans du Nord et les chrétiens du Sud a engendré un conflit séculaire principalement motivé par des clivages religieux.
Par ailleurs, les forces gouvernementales nordistes affrontent également les rebelles sudistes. Les conflits intertribaux dans le Sud sont endémiques, tandis que le Nord alimente les tensions en fournissant des armes.
Il en résulte une vive hostilité entre les deux groupes, chacun demeurant attaché à sa propre culture et à ses traditions. Leur aversion commune pour les Arabes du Nord s’est révélée être un puissant facteur de division entre ces communautés, paradoxalement soudées par le grand nombre de tribus soudanaises présentes dans leurs régions respectives.
La culture du Nord-Soudan
Le Soudan connaissait autrefois une certaine unité, mais les croyances religieuses et les coutumes ont fini par diviser le pays en régions nord et sud. La République du Soudan, également appelée Nord-Soudan, est un pays frontalier de sept autres nations dans la partie nord-est de l’Afrique. Le territoire nordiste a mené une guerre civile contre la région sudiste, ce qui a provoqué la scission du pays en 2011, au terme de plusieurs décennies de conflit armé acharné.
Les coutumes nord-soudanaises sont étroitement liées aux traditions sociales et culturelles musulmanes et arabes, qui distinguent cette population de celle du Sud-Soudan. Les habitants du Nord-Soudan sont généralement considérés comme particulièrement humbles, discrets et stoïques. Ils partagent certaines valeurs sociales qui promeuvent un sens aigu de l’obligation communautaire.
Si cette identité reflète, pour l’essentiel, la population soudanaise arabophone, il est essentiel de comprendre que toute description de « traditions soudanaises » standard est sujette à des variations considérables. Les populations du Nord-Soudan présentent une diversité sociale remarquable, avec des modes de vie, des moyens de subsistance et des ascendances héréditaires très variés.
Les Arabes soudanais
Le terme « Arabe » au Soudan désigne une appartenance à la population soudanaise musulmane arabophone. La majorité de la population soudanaise se définit ainsi comme arabe. Toutefois, la plupart sont d’origine ethnique métissée et possèdent une ascendance couchitique.
De nombreux Arabes soudanais apprennent le dialecte local propre à leur famille avant même de parler arabe, conservant ainsi un lien linguistique avec leur héritage tribal et leur lignée ethnique. En raison de l’ascendance métissée de la plupart des Arabes soudanais, leur apparence physique peut différer de ceux qui se considèrent comme plus « africains » ou non arabes.
Les moyens de subsistance dans le Nord-Soudan
Historiquement, les modes de subsistance traditionnels des tribus étaient généralement centrés sur la production agricole ou l’élevage nomade. Ces modes de vie typiques ont été bouleversés dans la plupart des villes. Cependant, ils continuent de prospérer dans certaines régions rurales et bourgades, constituant ainsi le socle des traditions culturelles soudanaises.
Les tribus agricoles ont tendance à s’établir dans une région donnée, principalement le long du cours central du Nil. Quant aux tribus dont l’existence est centrée sur l’élevage, elles sont pour la plupart des migrants pacifiques à travers les champs (connus sous le nom de Bédouins ou « Badu »).
L’islam au Soudan
La pratique généralisée de l’islam a exercé une influence déterminante dans la construction d’une identité de « musulman soudanais ». De plus, dans la mesure où l’islam distingue la population du Nord-Soudan de ses homologues chrétiens du Sud-Soudan, la religion est devenue une composante centrale de l’identité nationale.
Cependant, les interprétations de l’islam et les degrés de conservatisme varient à travers le pays. Il existe une pratique traditionnelle très répandue liée au soufisme (une branche mystique de l’islam qui met l’accent sur la relation personnelle du croyant avec Dieu).
Les individus expriment leur foi au quotidien par le vêtement, les pratiques alimentaires, les prières régulières et les références constantes à la volonté ou à la faveur d’Allah (Dieu). Par exemple, la dévotion envers Allah est manifeste dans la manière dont de nombreuses personnes s’expriment ; il est courant de glisser des louanges divines dans une conversation ordinaire.
Il est également habituel d’entendre l’une des coutumes soudanaises consistant à invoquer fréquemment Dieu par l’expression « inshallah » (« si Dieu le veut »). Cela semble enraciné dans la conviction profonde que la volonté divine détermine en définitive l’avenir.
Pour la plupart des tribus soudanaises, la foi demeure une affaire essentiellement personnelle. Toutefois, l’application par le gouvernement d’un code pénal fondé sur la charia a renforcé le conservatisme religieux, amenant les musulmans du Soudan à affirmer publiquement leurs convictions islamiques.
L’identité politique du Nord-Soudan
On comprend mieux la culture nord-soudanaise lorsqu’on connaît l’histoire politique du pays. Le Nord-Soudan et le Sud-Soudan formaient autrefois un seul pays, placé sous la puissance coloniale du Royaume-Uni, puis de l’Égypte.
Durant cette période coloniale, une identité soudanaise profonde s’est forgée, assortie des coutumes et traditions qui caractérisent cette culture. On peut notamment observer le port du « tob », un long drapé enveloppant devenu le vêtement traditionnel national soudanais.
L’intégration de la foi islamique dans l’identité nationale et la législation fondée sur la charia serait à l’origine de la division entre les deux régions. De même, la décision gouvernementale d’imposer l’arabe comme langue standard dans tout le pays et la volonté de modeler l’État selon les principes de la gouvernance islamique ont été mal acceptées par les chrétiens de la région sud.
Il en a résulté deux guerres civiles en l’espace de cinquante ans, la région sudiste s’opposant à la domination politique du gouvernement arabe soudanais.
La famille et le mariage dans le Nord-Soudan
On peut se demander comment une famille nord-soudanaise manifeste le respect et l’amour. La famille constitue le socle fondamental de la société, et chacun tire fierté de la réputation et de l’histoire de son clan.
Les familles sont généralement nombreuses, composées de dix membres ou plus par foyer. Fortement patriarcale, la société soudanaise attend des pères qu’ils soient les pourvoyeurs du foyer, tandis que les mères sont chargées des tâches domestiques. Les hommes de la famille ont pour devoir de protéger leurs proches, et les femmes se doivent d’y obtempérer.
Les habitants considèrent le mariage comme nécessaire au renforcement de leurs liens religieux et familiaux. C’est pourquoi chacun est tenu d’épouser une personne de même confession. En effet, pour des raisons évidentes, le mariage interconfessionnel n’est pas autorisé par la loi.
Par ailleurs, on peut être surpris par la précocité des mariages. Les garçons et les filles peuvent se marier légalement dès la puberté, soit à 13 ans pour les filles et 15 ans pour les garçons. La polygamie est pratiquée dans certaines régions ; il n’est donc pas rare de rencontrer un homme de famille avec quatre épouses. Le divorce, en revanche, reste considéré comme honteux par une grande partie de la population.
La culture du Sud-Soudan
Le Sud-Soudan possède une riche biodiversité, avec de vastes savanes, des marécages et des forêts tropicales qui abritent de nombreuses espèces sauvages. Les populations y élèvent du bétail et cultivent des terres pour assurer leur subsistance.
Les vêtements de style occidental sont couramment portés, en particulier dans les villes et les bourgades. En revanche, l’habillement traditionnel varie à travers le pays en fonction du statut économique et des appartenances ethniques. En raison du climat chaud, les vêtements sont généralement amples, confectionnés en coton et en matières légères.
Un conflit est né de la tentative du Nord-Soudan d’imposer l’expansion de la loi et de la culture islamiques à l’ensemble du territoire, y compris aux chrétiens du Sud. Ces derniers, constituant la majeure partie de la population du Sud-Soudan, se sont opposés à cette politique par crainte que le Sud ne soit marginalisé par le gouvernement basé au Nord.
Hélas, ces craintes ont conduit à une longue guerre civile.
Au fil des années, la culture a été profondément influencée par les pays voisins du Sud-Soudan. De nombreux Sud-Soudanais se sont réfugiés en Éthiopie, au Kenya et en Ouganda, où ils ont été en contact avec les populations locales, apprenant leurs langues et découvrant leurs cultures.
À bien des égards, la vie au sein des traditions soudanaises ressemble à celle de toute autre localité africaine, avec des jeunes vivant en communautés qui remplissent une fonction familiale et des populations parvenant à vivre heureuses malgré la pauvreté et la guerre civile.
Le christianisme au Soudan
On observe une population croissante de chrétiens et de chrétiens orthodoxes grecs au Sud-Soudan. La plupart de ces chrétiens se sont établis dans les zones urbaines, où ils ont mené des activités missionnaires. De nombreuses autres confessions chrétiennes sont également pratiquées, notamment le catholicisme romain, le protestantisme et de nombreuses églises évangéliques.
L’habitat au Sud-Soudan
Les établissements ruraux au Soudan sont le plus souvent regroupés le long des cours d’eau en raison des problèmes d’approvisionnement en eau, particulièrement pendant les mois secs. Dans le Nord, les villes s’étirent fréquemment le long des cours d’eau.
Dans la partie septentrionale et quelques zones centrales et méridionales, les maisons sont construites en briques séchées au soleil et dotées de toits plats, tandis que plus au sud, les habitants érigent des huttes circulaires aux toitures coniques recouvertes d’herbe, de tiges de mil et de perches en bois.
Bien que les villes soient encore peu nombreuses et très dispersées, environ un tiers de la population soudanaise peut être considérée comme urbaine. L’urbanisation, en tant que composante de la culture soudanaise, est plus marquée dans les régions du pays où le commerce est le plus développé. À quelques exceptions près, toutes les grandes villes et bourgades du Soudan se situent le long du Nil ou de l’un de ses affluents, ou encore sur la côte de la mer Rouge.
Les modèles familiaux et de parenté
Dans la société soudanaise, la lignée paternelle demeure prédominante, mais des changements significatifs sont apparus ces dernières années. Par exemple, le lieu de résidence du couple peut se trouver chez la famille de l’épouse ou à proximité, mais si le mari est en désaccord avec ses beaux-parents, il peut emmener son épouse vivre au sein de son propre clan. En outre, certaines pratiques matrimoniales peuvent être instituées entre cousins ; on recourt également à la sororat et au lévirat. La polygynie est également pratiquée.
L’économie
Le Sud-Soudan figure parmi les pays les plus pauvres et les moins développés au monde, et près des quatre cinquièmes de ses habitants dépendent de l’agriculture vivrière ou de l’élevage pour leur subsistance. La cruelle guerre civile qui a éclaté fin 2013 a gravement perturbé l’économie du Sud-Soudan.
Le pays doit trouver les moyens de moderniser sa technologie en dépit de ressources naturelles abondantes, notamment des terres agricoles très fertiles et un cheptel considérable, comprenant plus de 60 millions de têtes de bétail, ovins et caprins.
Il n’en demeure pas moins qu’une partie de la culture soudanaise est entachée par l’instabilité politique, la mauvaise gouvernance et la corruption, qui entravent le développement du plus jeune pays du monde.
La réalité est difficile à affronter, mais le Sud-Soudan reste largement sous-développé : la plupart des villages du pays ne disposent ni d’électricité ni d’eau courante. En outre, les infrastructures générales du pays sont notoirement insuffisantes.
Conclusion
Le Soudan est confronté à une profonde fracture entre ses régions nord et sud, imputable à leurs différences religieuses. Le Nord est peuplé d’Arabes musulmans, tandis que le Sud est habité par des populations africaines subsahariennes majoritairement chrétiennes.
C’est également l’un des pays les moins développés au monde, et une guerre civile continue de compromettre la paix et le progrès économique dans la région. En conclusion, comprendre la diversité culturelle de cette nation peut ouvrir la voie vers une réconciliation nationale tant attendue.


