1. Accueil
  2. Récits
  3. Mahmoud Darwish : révolutionnaire ou romantique ?

Mahmoud Darwish : révolutionnaire ou romantique ?

Mahmoud Darwish fut appelé la voix de la Palestine et proclamé son poète national. Il est principalement rememberé comme un poète de la résistance, mais il s’opposait à ce qu’on l’aimât pour des raisons politiques. Ce poète palestinien décoré fut aimé pour l’ensemble de son apport littéraire.

Cet article propose un examen approfondi de Darwish, de la vie qu’il mena, afin de déterminer s’il fut un révolutionnaire, un romantique, ou les deux à la fois.

Qui était Mahmoud Darwish ?

Mahmoud Darwish

Deuxième enfant de sa famille, Mahmoud Darwish naquit en 1941, une époque riche en bouleversements. Issu d’une famille modeste propriétaire d’une petite parcelle de terre, il passa son enfance principalement à la maison, où son grand-père lui apprit à lire. Il vit le jour dans la région de Galilée, qui allait bientôt façonner ses perspectives sociopolitiques et exercer une influence profonde sur son œuvre. Comme la plupart de ses écrits le montrent, Mahmoud s’opposa fermement aux divers aspects de la présence militaire israélienne.

Il fut un poète amplement décoré sur la scène internationale. Son attachement à la Palestine traverse toute son œuvre, bien que ses écrits ultérieurs s’y réfèrent de manière plus oblique. Il soutenait avoir écrit une partie de sa poésie romantique pour affirmer le droit des Palestiniens à une existence au-delà du conflit. Il composa certains de ses poèmes en exil, mais le lien avec la Palestine demeura intact. Il séjourna au Liban, en Égypte et en Tunisie avant de s’établir à Ramallah dans ses dernières années.

Sa mémoire et son œuvre sont chéries et il demeure le poète palestinien le plus éminent de ces dernières décennies. Son parcours n’est toutefois pas exempte de controverses. Certains de ses poèmes ont été interprétés comme hostiles aux Israéliens en général, bien qu’il ait publiquement contesté cette lecture. Il a même, à l’occasion, froissé les siens.
Quel était le contexte dans lequel il écrivait ?

Le conflit israélo-palestinien trouve son origine dans le fait que deux groupes estiment avoir des droits sur un même territoire. Les deux peuples avancent des revendications historiques sur cette terre, bien que cette histoire soit âprement disputée. La région a changé de mains à de multiples reprises et a subi de nombreux changements de régime. L’influence coloniale de l’Empire britannique y fut un facteur déterminant.

Au milieu du XXe siècle, des Juifs fuirent l’Europe pour échapper aux persécutions nazies. Certains groupes tentèrent d’établir un foyer dans cette région du Moyen-Orient alors disputée. Les populations arabes musulmanes, majoritaires sur place, s’y opposèrent et y virent une invasion. Des médiateurs internationaux tentèrent de partager le territoire, mais sans succès.

Deux guerres majeures ont été menées, entrecoupées de nombreuses luttes et batailles. Les conflits les plus importants eurent lieu en 1948 et 1967. Les forces israéliennes ont occupé les territoires palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie pendant une longue période. Dans ce cadre, elles y ont imposé des politiques de sécurité impopulaires. Ces politiques et les contrôles qui en découlent constituent une perturbation majeure de la vie quotidienne.

Quelle était la place de la famille Darwish dans ce contexte ?

Elle fut déplacée lors du conflit de 1948. Leur village d’Al-Birwa devint territoire israélien. Mahmoud Darwish ne retourna jamais vivre dans son lieu de naissance. La famille résida à Haïfa durant son adolescence.

Darwish se vit interdire l’entrée en Israël, y compris dans les territoires palestiniens, en 1973. Cette mesure faisait suite à son adhésion à l’Organisation de libération de la Palestine. Il ne put revenir qu’en 1995. Le conflit prit ainsi une importance encore plus grande dans sa vie et dans son œuvre.

Les premières années

Mahmoud Darwish et sa famille furent déplacés alors qu’il avait six ans. Encore un jeune garçon, il se joignit au flot de réfugiés fuyant devant les forces israéliennes. L’armée détruisait les villages pour empêcher leurs anciens habitants de revenir. La famille Darwish revint, mais non dans sa demeure. Elle s’enfuit d’abord au Liban et dut compter sur l’aide des Nations Unies aux réfugiés.

Les années qui suivirent furent éprouvantes pour la famille Darwish. Elle perdit ses terres et le père du futur poète dut chercher du travail comme manœuvre pour nourrir les siens. La famille ne s’en remit jamais pleinement. La perte de leur foyer fut dévastatrice.

C’est dans le sillage de ce déplacement que Mahmoud Darwish s’éveilla à la poésie. Un gouverneur militaire local réprimanda Darwish pour un poème qu’il avait écrit alors qu’il était encore au lycée. Celui-ci dénonçait les inégalités, mais ne survécut pas à ses années scolaires. À la fin de son adolescence, il publiait ses textes et s’attirait des réprimandes officielles.

Poèmes sur la Palestine : l’évolution d’un poète de la résistance

Les premières contributions formelles de Darwish furent des poèmes sur la Palestine et les difficultés des Palestiniens. Son œuvre early se présentait sous une forme classique mais abordait la colère collective contemporaine et le deuil.

Son premier recueil de poésie fut « Oiseaux sans ailes », publié en 1960. « Feuilles de l’olivier », « Un amoureux de Palestine » et « Fin de la nuit » parurent peu après. L’exploit n’était pas mince. Son militantisme et ses récitals publics de poésie lui valurent d’être fréquemment détenu durant cette période.

Darwish adhéra au parti communiste dans les années 1960 et devint un pilier du journal communiste. Son imagerie se concentrait sur des thèmes parlant aux Palestiniens déplacés. Il écrivit sur les oliveraies, les terres rocailleuses et les vergers, tout autant que sur l’injustice et l’inégalité. Ces thèmes captèrent l’imagination des Palestiniens en quête de justice, et Darwish devint un repère culturel.

La poésie de Mahmoud Darwish : est-elle traditionnelle ?

Les premiers poèmes de Darwish relevaient d’un style arabe classique. Ils adoptaient souvent la monorime, une forme peu courante en anglais, bien que traditionnelle dans d’autres langues comme le latin.

Au fil du temps, Darwish gagna en assurance et se mit à expérimenter le vers libre. Il continua à écrire sa poésie en arabe, bien qu’il parlât également l’anglais, l’hébreu et le français.

Il puisait son inspiration chez les poètes arabes classiques, mais ceux-ci ne furent pas ses premières influences.

Qu’est-ce qui relie la poésie de Mahmoud Darwish à la Palestine ?

La poésie de Mahmoud Darwish adressée à la Palestine

Mahmoud Darwish vécut toute sa vie avec le doigt sur le pouls du peuple palestinien. Ses premiers poèmes mobilisaient une mémoire partagée du paysage pour créer un sentiment de communauté. Le fait qu’il conservât des formes traditionnelles tout en traitant de problèmes contemporains séduisit son public. Il offrit également une représentation brute de l’indignation et de la douleur, des sentiments qui résonnaient avec l’ensemble de la communauté.

Avec son poème « Carte d’identité », Darwish toucha littéralement une corde sensible. Un poème qui s’achève sur les vers brûlants :

« Si j’ai faim

Je mangerai la chair de mon usurpateur.

Prenez garde, prenez garde à ma faim

Et à ma colère. »

Le poème est placé dans la bouche d’un homme arabe, arrêté par un soldat israélien pour un contrôle. C’est une défense de l’existence palestinienne face à l’occupation. Il revendique la dignité des Palestiniens ordinaires et exprime la colère. Le poème devint un chant de protestation et valut à Darwish une période d’assignation à résidence.

Il composa des poèmes sur la Palestine qui la personnifient. Des métaphores telles que la Palestine comme un palmier tenant bon dans le désert, ou une femme séparée des siens. Le sentiment de blessure est puissant dans son œuvre early et demeura pertinent bien après sa mort. Ses œuvres ultérieures, plus abouties et populaires, ne firent pas oublier que ses premiers textes furent fondateurs.

Les poèmes : sont-ils tous consacrés à la Palestine ?

Oui et non. Mahmoud Darwish affirmait clairement vouloir parler pour la Palestine, mais il ne souhaitait pas ne parler que pour un seul peuple.

Ses incursions dans la poésie amoureuse furent sincères et personnelles. L’amour dans ses poèmes reflète ce sentiment de nostalgie mêlée d’impermanence. Après avoir quitté l’Organisation de libération de la Palestine, Darwish chercha une voie nouvelle. Il croyait toujours en la cause, mais ne voulait plus faire partie de l’organisation. Le poète adopta une approche différente de son travail, ce qui le conduisit vers la poésie romantique.

Darwish publia un recueil intitulé « Le Lit de l’étranger », consacré aux poèmes d’amour. Il contenait de nombreux textes appréciés, mais pour beaucoup, le plus accompli demeure le poème nostalgique « Ni plus ni moins ». Il espérait qu’en écrivant sur l’humanité commune, il contribuerait à promouvoir l’harmonie.

Comment sa vie personnelle a-t-elle influencé son œuvre ?

En tant qu’homme, sa vie amoureuse ne connut pas de dénouement heureux. Marié deux fois, divorcé deux fois. Il écrivit abondamment sur une femme juive qu’il avait aimée dans sa jeunesse, sous le nom de « Rita ». Aucun de ses mariages ne donna d’enfants. Le poète palestinien déclara à un journaliste du Guardian en 2002 : « J’aime être amoureux. Mon signe astrologique est le poisson ; mes émotions sont changeantes. Quand c’est fini, je me rends compte que ce n’était pas l’amour. L’amour se vit, il ne se rappelle pas. »

Ses premières années révèlent également un entrelacs entre le personnel et le poétique. Au début de sa carrière, il composa le poème déchirant « À ma mère », largement interprété comme une métaphore de la nostalgie de sa patrie. Il l’écrivit en partie en prison. Il soutenait qu’il s’agissait littéralement de sa mère qui lui manquait.

Darwish s’opposa à l’occupation militaire de la Palestine tout au long de sa vie. Il ne croyait pas que cela dût l’empêcher d’aimer des Israéliens à titre individuel. Sa poésie témoigne de cette dualité. Une opposition amère à l’occupation, conjuguée à l’amour qu’il porta à plusieurs femmes juives. Il souligna dans un entretien au Guardian (2002) que son premier amour et la première personne à l’envoyer en prison étaient tous deux juifs.

Controverses

En 1988, le poème « Ceux qui passent entre des paroles fugaces » suscita une vive polémique. Le poème demande à « ceux qui passent entre des paroles fugaces » de ne pas s’attarder sur les rivages de Darwish ni de vivre parmi « nous ». Certains, en Israël, y virent un appel à l’expulsion ou à l’incitation au départ de tous les Israéliens.

Des commentateurs israéliens de droite accréditèrent la thèse selon laquelle Darwish se retournait contre les Israéliens de gauche. Darwish affirma que le poème visait spécifiquement les forces d’occupation à Gaza et en Cisjordanie. Il déclara qu’il n’était pas destiné à désigner l’ensemble du territoire ni tous les Israéliens. Ce fut un épisode tumultueux, car Darwish est souvent perçu comme un modéré, ouvert à la réconciliation. Jusqu’à ses explications, certains Israéliens libéraux se sentirent trahis.

En l’an 2000, les poèmes de Darwish provoquèrent une tempête politique de manière inattendue. Le ministre de l’Éducation tenta d’intégrer la poésie de Darwish au programme des lycées. M. Sarid déclara qu’il était temps que les élèves israéliens découvrent la perspective palestinienne. Les conservateurs de la coalition menacèrent de déposer une motion de censure et le projet échoua.

Dernier chapitre

Après des années de problèmes cardiaques, Darwish s’éteignit en 2008, quelques jours après une chirurgie à cœur ouvert. La réaction à sa disparition témoigna de l’affection qu’il inspirait. Son corps fut rapatrié à Ramallah, territoire occupé où il vivait ses dernières années. Ses funérailles réunirent des milliers de personnes. Un cortège accompagna son dernier voyage et le président palestinien, Mahmoud Abbas, s’exprima sur la perte de la nation. Le président Abbas décréta trois jours de deuil national pour marquer sa mort.

Il est rememberé bien au-delà des territoires occupés. Les livres de Mahmoud Darwish ont été traduits dans plus de vingt langues. Ses confrères plumes de l’autre côté du clivage israélo-palestinien pleurèrent sa perte. Sa mère déclara qu’à sa mort, elle sentit que toute la Palestine avait perdu un fils.

Conclusion

La poésie de Mahmoud Darwish constitue une part majeure de la représentation internationale de la Palestine. Le poète lui-même est un être complexe. Il aimait sa patrie et son œuvre sur ce sujet est poignante, mais il écrivit également sur l’amour et la perte avec un immense talent. Il ne put échapper à sa double nature de révolutionnaire et de romantique. Il écrivit sur la résistance avec romantisme, et des échos de la résistance imprègnent ses poèmes d’amour.

  • Mahmoud Darwish fut déplacé de son foyer durant l’enfance, une expérience fondatrice et traumatique.
  • Ses poèmes et sa conscience politique l’accompagnèrent dès son plus jeune âge.
  • Il fut emprisonné à plusieurs reprises par les autorités israéliennes pour avoir protesté et enfreint des ordonnances.
  • Ses premiers poèmes étaient plus explicitement politiques et de forme plus classique.
  • Son œuvre ultérieure est moins explicitement politique et davantage en vers libres.
  • Il fut une voix modérée, mais connut quelques moments controversés.
  • Sa poésie est surtout aimée des Palestiniens, mais elle s’adresse à tous.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 20 mars 2024