Amenhotep IV : Le souverain révolutionnaire de l'Égypte antique
Amenhotep IV (1332 av. J.-C.–1356 av. J.-C.) fut considéré comme un roi révolutionnaire, voire hérétique, de l’Égypte, car son règne fut marqué par une transformation sans précédent qui dura tout au long de son exercice du pouvoir. Une religion égyptienne traditionnelle et conservatrice se vit imposer une vision radicale autrefois inenvisageable.
Il s’agissait d’un décret improbable que tous devaient respecter : la conviction qu’il n’existait qu’un seul dieu —Aton. Lisez cet article pour découvrir ce qui distingua Amenhotep IV des autres souverains de son époque.
Qui était Amenhotep IV ?
Amenhotep IV était le second fils du grand Amenhotep III et de la reine Tiyi. On savait peu de choses de lui jusqu’à la mort de son frère aîné — le futur roi. Le fils méconnu et non préparé fut alors nommé co-régent auprès de son père pendant près de huit ans. La co-régence permettait aux futurs rois de se préparer au trône en les exposant aux affaires importantes du royaume durant cette période.
Après la mort d’Amenhotep III, Amenhotep IV devint finalement le prochain roi couronné d’Égypte. Il épousa Néfertiti, l’une des femmes les plus célèbres de l’Égypte antique, avec laquelle il engendra six filles. N’ayant pas de fils, il épousa plus tard sa demi-sœur, de laquelle il eut son fils Toutânkhaton. Toutânkhaton devint Toutânkhamon, qui lui succéda ultérieurement sur le trône.
L’influence religieuse d’Amenhotep IV
Nombreux sont ceux qui estiment que la ferveur d’Amenhotep IV pour Aton fut influencée tant par son père, Amenhotep III, que par sa mère, la reine Tiyi. La vénération qu’Amenhotep III, qui se qualifiait lui-même de « Disque solaire resplendissant de toutes les terres », portait à Aton était d’ordre politique. En revanche, la préférence de la reine Tiyi relevait d’un attachement personnel. Elle nomma même son navire « L’Éclat d’Aton ».
Ces actes en apparence anodins révélaient combien le disque solaire prenait de l’importance dans la conception religieuse des souverains égyptiens, bien avant l’engagement spirituel d’Amenhotep IV. Cinq ans après son accession au trône, Amenhotep IV changea son nom pour Akhenaton, ce qui signifie « L’Esprit vivant d’Aton » et/ou « Utile à Aton », en référence au disque solaire Aton.
Son ardeur pour le dieu Aton entraîna des bouleversements indésirables et un mécontentement généralisé à travers l’Égypte, car la religion passa brutalement du polythéisme au monothéisme (de multiples dieux à un seul dieu). Ces modifications dans la vie quotidienne des Égyptiens furent toutefois de courte durée. Après la mort d’Amenhotep IV, tout revint à la normale, y compris les activités religieuses traditionnelles et le retour aux divinités plus familières.
Le roi Amenhotep IV
Au début de son règne, tout était en ordre. Le roi Amenhotep IV hérita d’un royaume riche et prospère. L’Égypte dominait le monde en matière de puissance militaire, de richesse et de technologie, grâce à l’habileté politique de son père.
Fils respectueux, il suivit les traces de son père et l’honora par des monuments. Il offrit des temples et servit les dieux d’Égypte, édifiant au passage une grande famille avec sa belle épouse, Néfertiti. On croyait communément que la reine Néfertiti assuma un rôle essentiel dans la gouvernance du royaume durant la période médiane et ultérieure du règne de son époux.
Cependant, vers le milieu du règne du roi, il changea soudainement son nom d’Amenhotep IV, signifiant « Amon est satisfait », pour Akhenaton, signifiant « L’Esprit vivant d’Aton ». Il décréta que tous les Égyptiens devaient vénérer un seul dieu, à savoir Aton. Dans son zèle, il ordonna la fermeture des temples dédiés à Amon-Rê. Les représentations de tout autre dieu furent également interdites, à l’exception de celles d’Aton, au grand mécontentement des prêtres fortunés.
Le déclin économique
L’opulence des prêtres fut mise à mal par ce nouveau décret. Ils s’appauvrirent progressivement avec la disparition de leur source de revenus la plus importante : les temples et les offrandes. De plus, leurs services n’étaient plus requis.
Le soutien financier des prêtres envers les pharaons devint impossible, car Akhenaton s’était proclamé seul prêtre d’Aton. Ainsi commença le déclin économique du royaume.
Le roi Amenhotep IV était si absorbé par sa religion, pour des raisons obscures, qu’il ne remarqua pas que son royaume était désormais menacé de déclin. Un si grand royaume, édifié par ses ancêtres, ne subissait que les conséquences de ses folies.
Le roi Amenhotep IV prit grand soin d’effacer les traces d’Amon-Rê et de son entourage dans presque tous les arts et reliques, y compris les testaments et les mémoriaux. Cet acte mutila les documents historiques de l’ensemble du royaume d’Égypte et affecta même l’histoire de son père, dont le nom contenait le mot Amon.
Fait remarquable, ce même sort le frappa après sa mort. Les traces de son existence furent effacées de l’histoire comme s’il n’avait jamais existé ni joué un rôle important dans le royaume d’Égypte.
Le roi hérétique Amenhotep IV
Contrairement au règne d’Amenhotep III, qui porta l’Égypte antique à son âge d’or, la suprématie d’Amenhotep IV faillit précipiter le royaume dans sa chute. Amenhotep IV fut considéré comme une honte pour l’Égypte, au point que son nom fut délibérément omis de la liste des grands souverains et rois du pays.
C’était comme si le grand dieu Amon-Rê lui-même avait puni Akhenaton pour avoir tourné le dos au dieu suprême. Ses successeurs renièrent également ses enseignements dès sa mort et abandonnèrent la cité qu’il avait édifiée en l’honneur de son dieu, Aton, la laissant en ruines.
Amenhotep IV, également appelé le roi hérétique, régna sur la XVIIIe dynastie de l’Égypte antique avec tant de failles. Il fut un souverain hors du commun, non par ses talents de meneur, mais plutôt en raison de ses convictions religieuses et de ses décrets qui faillirent coûter la prospérité de tout le royaume.
Le pharaon Akhenaton
Peu après son changement de nom, Amenhotep IV, devenu Akhenaton, transféra la capitale de son royaume vers un nouvel emplacement à 200 milles de Thèbes. Il bâtit une ville neuve sur une terre aride, un lieu qui, selon lui, lui avait été révélé par le dieu Aton en personne.
Il choisit cet endroit car il était exempt de toute autre divinité et affirma qu’aucun autre dieu n’y avait jamais pénétré, seul Aton y régnait. Cette ville s’appelle aujourd’hui Tell el-Amarna, et c’est pourquoi ses près de 18 années de règne sont appelées l’Intervalle d’Amarna ou la Période d’Amarna.
Le nouvel emplacement fut nommé Akhetaton, ce qui signifie l’Horizon d’Aton, là où le soleil brille le plus intensément. C’était une cité vouée à l’adoration du dieu Aton. À ses frontières se dressaient des stèles servant de bornes délimitant son territoire. Sur ces marqueurs frontaliers étaient gravés ses enseignements ou sermons, et les gens s’y rassemblaient souvent pour l’écouter prêcher.
Sur la plupart des images historiques découvertes par les experts, on constata qu’Akhenaton menait une vie heureuse avec son épouse et ses filles à Akhetaton. Cela fut représenté dans un art détendu, informel et familier, par opposition aux représentations plus rigides et formelles habituelles des familles royales. Les images montraient une vie exemplaire telle qu’elle était projetée par les éminents adeptes d’Aton.
Un souverain peu conventionnel
Une grande cité, des sujets obéissants et respectueux des lois, et un grand temple pour le dieu qu’il vénérait — tout était conforme au plan d’Akhenaton. Il prit en charge l’aspect religieux, tandis que sa reine joua un rôle significatif dans la gouvernance.
Ce fut là un autre exploit peu conventionnel initié par ce souverain inattendu, car les femmes n’étaient pas autorisées à assumer de grandes responsabilités à cette époque, et encore moins celle de diriger un royaume. Tel ne fut pas le cas sous son règne.
Cette paix fut néanmoins suivie de tragédies successives, la première étant la mort de la mère du pharaon, la reine Tiyi. Vint ensuite la mort de la reine Néfertiti, sa belle épouse, suivie de celle de l’une de ses filles. Bien que les causes de ces décès ne fussent pas abondamment documentées par l’histoire, il s’agissait sans conteste d’épreuves dévastatrices dans sa vie.
Ces heures sombres poussèrent Akhenaton à intensifier sa croisade contre les temples et les prêtres d’Amon-Rê. Ultérieurement, il apparut que la campagne d’Akhenaton n’affecta que les hautes sphères de la société, celles qui pouvaient avoir directement bénéficié de l’obéissance aux ordres du pharaon. L’ampleur de sa campagne reste sujette à débat, car les fouilles révélèrent que les couches les plus modestes de la société conservèrent leurs anciens dieux et déesses, comme en témoignent les vestiges découverts dans la cité d’Akhetaton.
La mort du pharaon Amenhotep IV
Avant qu’il ne pût récolter les fruits de ses entreprises fanatiques, le pharaon Amenhotep IV mourut dans la cité qu’il avait lui-même édifiée. La cause de sa mort ne fut pas consignée de manière exhaustive dans les annales de l’histoire, mais nombreux sont ceux qui estiment qu’il fut inhumé dans sa ville, sa tombe ayant été pillée par les disciples d’Amon-Rê. D’autres, en revanche, pensent que son corps fut enseveli dans la Vallée des Rois.
Le temple d’Amenhotep IV
Traditionnellement, Karnak était un lieu religieux pour les Égyptiens. C’était un emplacement où s’élevaient des temples honorant les nombreux dieux qu’ils vénéraient, tout particulièrement le dieu suprême, Amon-Rê. De même, Amenhotep IV fit construire des temples pour son dieu. À Akhetaton, le temple monumental dédié à Aton constituait l’un des joyaux de la cité.
Gem-pa-Aten, qui signifie littéralement « L’Aton est découvert », fut l’un des temples érigés par Amenhotep IV à Karnak pour le dieu Aton. Fait notable, l’édifice fut construit de manière inhabituelle, car il ne comportait que des piliers et des espaces ouverts pour laisser pénétrer la lumière du soleil, avec de grandes tables pour les offrandes alimentaires.
Contrairement aux temples traditionnels enserrés dans d’imposants murs, cet édifice possédait des parois spécifiques où étaient consignés les hauts faits des pharaons. Il fut édifié sans toit en signe de respect pour le dieu du disque solaire.
Les temples traditionnels étaient ornés de peintures et de statues de diverses divinités apportées par des fidèles pieux de toute l’Égypte, mais tel ne fut pas le cas de Gem-pa-Aten. On n’y trouvait qu’une représentation d’Akhenaton, le canal vivant entre le peuple et le dieu. Akhenaton se considérait, ainsi que sa famille, comme le représentant du dieu Aton, l’intermédiaire.
Les accomplissements d’Amenhotep IV
La religion
Les contributions du roi révolutionnaire de l’Égypte antique ouvrirent la voie aux conceptions et cultures modernes dont le monde hérite aujourd’hui. Un exemple notable est la pratique du monothéisme, soit la croyance en un seul dieu et la négation de l’existence d’autres divinités. Les trois grandes religions du monde — le judaïsme, le christianisme et l’islam — sont des pratiquants fervents du monothéisme.
Bien que impopulaire de son temps, Amenhotep IV permit à l’Égypte d’expérimenter cette vision religieuse singulière et cette croyance que le monde embrassa par la suite. Une autre nouveauté initiée par Amenhotep IV fut la représentation des dieux de manière plus abstraite plutôt que sous leur apparence anthropomorphique habituelle. Ainsi, Aton fut le plus souvent figuré uniquement sous forme de rayons solaires atteignant la famille royale en contrebas.
Les arts et la culture
Là où il y a religion, les arts et la culture suivent. Un art peu conventionnel fut encouragé par Amenhotep IV. Lui et son épouse furent représentés non pas de la manière idéale et formelle associée à la royauté, mais plutôt dans une intimité domestique, par exemple le roi et la reine se tenant par la main, ce qui n’était pas courant à cette époque.
Les sculptures des pharaons et des rois étaient traditionnellement exécutées avec des angles plus marqués pour représenter la force, la vigueur et la jeunesse. Cependant, Amenhotep IV s’écarta également de cette convention. Les artistes s’accordent à montrer que les sculptures d’Amenhotep étaient plus féminines que celles de ses contemporains, arborant des ventres arrondis et saillants, des cuisses épaisses, des épaules inclinées, des cous fins, un visage et un menton allongés, ainsi que des jambes graciles.
Les concepts de naturalisme et de réalisme furent également introduits par Amenhotep IV. Le réalisme désigne la création de ce que les artistes percevaient, en particulier dans la représentation du corps humain. De nombreux articles évoquèrent le fait qu’Amenhotep IV souffrait lui-même d’une déformation physique d’origine médicale, possiblement le syndrome de Marfan. Les représentations qui en furent faites reflétèrent donc cet aspect.
La talatat
Un autre accomplissement de cet intervalle, la Période d’Amarna — ainsi nommée d’après la capitale qu’il avait édifiée — fut le développement de la talatat, qui désignait de petits blocs utilisés pour la construction de nouveaux édifices.
Ces petits blocs étaient aisément manipulables même par un seul ouvrier. Ils ne ressemblaient en rien aux matériaux précédemment employés, constitués de blocs massifs considérablement lourds et nécessitant plusieurs hommes pour en soulever un seul.
La talatat devint un matériau fort pratique pour la construction des temples et autres édifices, sans toiture pour entraver la pénétration de la lumière solaire. La talatat s’avéra un choix remarquable pour ces structures, et la magnifique cité d’Amarna fut édifiée à partir de ces modestes petits blocs.
Conclusion
Malgré son impopularité auprès d’un grand nombre de ses sujets, nul ne saurait nier qu’Amenhotep IV apporta de nombreuses visions et idées novatrices durant son règne. Ses conceptions n’étaient peut-être pas populaires alors, mais elles frayèrent la voie vers le monothéisme aujourd’hui pratiqué par les adeptes des plus grandes religions contemporaines.
- Amenhotep IV était le second fils du grand Amenhotep III et de la reine Tiyi.
- Il fut l’époux de Néfertiti et le père de Toutânkhamon.
- Au milieu de son règne, il changea son nom pour Akhenaton et décréta que tous les Égyptiens devaient vénérer un seul dieu, à savoir Aton.
- Ce décret entraîna finalement le déclin du royaume.
- Il transféra la capitale de son royaume vers un nouvel emplacement à 200 milles de Thèbes et le nomma Akhetaton.
- Il prit en charge l’aspect religieux, tandis que sa reine joua un rôle significatif dans la gouvernance, ce qui était peu conventionnel à l’époque.
- Le pharaon Amenhotep IV mourut dans la cité qu’il avait édifiée, sans que la cause de sa mort ne soit clairement établie.
- Amenhotep IV construisit des temples pour son dieu, dont l’un fut Gem-pa-Aten.
- Ses contributions frayèrent la voie aux conceptions et cultures modernes dont le monde hérite aujourd’hui, telles que le monothéisme.
- Il initia également le développement de la talatat, de petits blocs maniables utilisés pour la construction de nouveaux édifices.
Le règne d’Amenhotep IV, bien que terni par le déclin de la prospérité de l’Égypte antique, engendra de nombreuses idées et innovations nouvelles, faisant de son exercice du pouvoir un règne véritablement mémorable.


