Épopée de Gilgamesh

Mesopotamian

(Poème épique, anonyme, sumérien/mésopotamien/akkadien, env. XXe – Xe siècle av. J.-C., environ 1 950 vers)

Introduction - Qu’est-ce que l’Épopée de Gilgamesh ?

« L’Épopée de Gilgamesh » est un poème épique originaire de l’ancienne Mésopotamie et compte parmi les plus anciennes œuvres littéraires connues au monde. Elle trouve son origine dans une série de légendes et poèmes sumériens rédigés en écriture cunéiforme et remontant au début du IIIe millénaire ou à la fin du IIe millénaire av. J.-C., lesquels furent ultérieurement rassemblés en un poème akkadien plus long (la version la plus complète parvenue jusqu’à nous, préservée sur douze tablettes d’argile, date du XIIe au Xe siècle av. J.-C.).

Elle relate l’histoire de Gilgamesh, le mythologique roi-héros d’Uruk, et de son ami à moitié sauvage, Enkidu, qui se lancent ensemble dans une série de quêtes et d’aventures périlleuses, puis dans la quête du secret de l’immortalité que Gilgamesh entreprend après la mort de son compagnon. L’œuvre comporte également le récit d’un déluge universel, très semblable à celui de Noé dans « La Bible » et ailleurs.

Le dieu sumérien Enki

Le dieu sumérien Enki

Résumé - Synopsis de Gilgamesh

L’histoire débute par la présentation de Gilgamesh, roi d’Uruk, dieu aux deux tiers et humain au tiers restant, béni par les dieux d’une force, d’un courage et d’une beauté extraordinaires, et le plus puissant et le plus grand roi qui ait jamais existé. La grande cité d’Uruk est également célébrée pour sa gloire et ses puissantes murailles de briques.

Cependant, le peuple d’Uruk n’est pas satisfait et se plaint que Gilgamesh est trop dur et abuse de son pouvoir en s’unissant à leurs femmes. La déesse de la création, Aruru, façonne alors un être sauvage et puissant nommé Enkidu, rival en force de Gilgamesh. Il mène une vie naturelle parmi les animaux sauvages, mais il ne tarde pas à perturber les bergers et les trappeurs de la région, chassant les animaux des points d’eau. À la requête d’un trappeur, Gilgamesh envoie une prostituée sacrée, Shamhat, pour séduire et dompter Enkidu ; après six jours et sept nuits passés avec la courtisane, il n’est plus une simple bête sauvage vivant parmi les animaux. Il apprend bientôt les coutumes des hommes et est rejeté par les animaux qui furent jadis ses compagnons ; la courtisane finit par le persuader de venir vivre en ville. Pendant ce temps, Gilgamesh fait d’étranges rêves que sa mère, Ninsun, interprète comme le signe de l’imminente arrivée d’un ami puissant.

Enkidu, nouvellement civilisé, quitte la contrée sauvage avec sa compagne pour la cité d’Uruk, où il apprend à aider les bergers et les trappeurs locaux dans leur travail. Un jour, alors que Gilgamesh se présente lui-même à un banquet de noces pour s’unir à la mariée, selon sa coutume, il trouve sa route barrée par le puissant Enkidu, qui s’oppose à l’orgueil de Gilgamesh, à sa manière de traiter les femmes et à la profanation des liens sacrés du mariage. Enkidu et Gilgamesh s’affrontent et, après un combat titanesque, Gilgamesh vainc Enkidu, mais il interrompt le combat et lui laisse la vie sauve. Il commence également à prêter attention aux paroles d’Enkidu et à apprendre les vertus de la miséricorde et de l’humilité, aux côtés du courage et de la noblesse. Gilgamesh et Enkidu sont tous deux transformés en mieux grâce à leur nouvelle amitié et ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre. Avec le temps, ils se considèrent comme des frères et deviennent inséparables.

Statue de Gilgamesh

Statue de Gilgamesh

Des années plus tard, lassé de la vie paisible d’Uruk et désireux de se forger un nom impérissable, Gilgamesh propose de se rendre dans la Forêt des Cèdres sacrée pour y abattre de grands arbres et tuer le gardien, le démon Humbaba. Enkidu s’oppose au projet, car la Forêt des Cèdres est le domaine sacré des dieux, interdit aux mortels, mais ni Enkidu ni le conseil des anciens d’Uruk ne parviennent à dissuader Gilgamesh. La mère de Gilgamesh se lamente également de cette quête, mais finit par céder et demande au dieu-soleil Shamash son soutien. Elle donne également des conseils à Enkidu et l’adopte comme son second fils.

En route vers la Forêt des Cèdres, Gilgamesh fait de mauvais rêves, mais chaque fois Enkidu parvient à les interpréter comme de bons présages, et il encourage et presse Gilgamesh d’avancer lorsque celui-ci est de nouveau saisi de crainte à l’approche de la forêt. Enfin, les deux héros affrontent Humbaba, le démon-ogre gardien des arbres sacrés, et une grande bataille s’engage. Gilgamesh offre au monstre ses propres sœurs comme épouses et concubines afin de le distraire et de le pousser à abandonner ses sept couches d’armure ; finalement, avec l’aide des vents envoyés par le dieu-soleil Shamash, Humbaba est vaincu. Le monstre supplie Gilgamesh de lui laisser la vie sauve, et Gilgamesh, d’abord apitoyé, hésite en dépit des conseils pragmatiques d’Enkidu qui exhorte à tuer la bête. Humbaba les maudit alors tous deux, et Gilgamesh finit par l’abattre. Les deux héros abattent un immense cèdre, et Enkidu s’en sert pour fabriquer une porte massive destinée aux dieux, qu’il fait flotter sur le fleuve.

Quelque temps plus tard, la déesse Ishtar (déesse de l’amour et de la guerre, fille du dieu du ciel Anu) fait des avances sexuelles à Gilgamesh, mais il la repousse en raison de la malveillance dont elle a fait preuve envers ses anciens amants. Ishtar, offensée, exige de son père qu’il envoie le « Taureau du Ciel » pour venger le rejet de Gilgamesh, menaçant de ressusciter les morts s’il refuse. La bête apporte avec elle une grande sécheresse et une peste sur le pays, mais Gilgamesh et Enkidu, cette fois sans aide divine, abattent la bête et offrent son cœur à Shamash, jetant les arrière-trains du taureau au visage de l’outragée Ishtar.

La cité d’Uruk célèbre cette grande victoire, mais Enkidu fait un mauvais rêve dans lequel les dieux décident de le châtier pour le meurtre du Taureau du Ciel et de Humbaba. Il maudit la porte qu’il a fabriquée pour les dieux, il maudit le trappeur qu’il a rencontré, la courtisane qu’il a aimée et jusqu’au jour même où il est devenu humain. Cependant, il regrette ses malédictions lorsque Shamash parle depuis le ciel et lui fait remarquer combien son attitude est injuste. Il fait également observer que Gilgamesh ne sera plus que l’ombre de lui-même si Enkidu vient à mourir. Néanmoins, la malédiction s’accomplit et, jour après jour, Enkidu tombe de plus en plus malade. À l’article de la mort, il décrit sa descente dans le sombre et terrifiant Monde souterrain (la « Maison de la Poussière »), où les morts portent des plumes comme des oiseaux et se nourrissent d’argile.

Gilgamesh est anéanti par la mort d’Enkidu et offre des présents aux dieux dans l’espoir d’être autorisé à marcher aux côtés d’Enkidu dans le Monde souterrain. Il ordonne au peuple d’Uruk, du plus humble fermier au plus haut prêtre du temple, de porter également le deuil d’Enkidu, et commande l’érection de statues à son effigie. Gilgamesh est si accablé de chagrin qu’il refuse de quitter le côté d’Enkidu, ou de laisser inhumer son cadavre, jusqu’à ce que, six jours et sept nuits après sa mort, des asticots commencent à tomber de son corps.

Gilgamesh est déterminé à échapper au sort d’Enkidu et décide d’entreprendre le périlleux voyage pour aller trouver Utnapishtim et son épouse, les seuls humains à avoir survécu au Grand Déluge et auxquels les dieux ont accordé l’immortalité, dans l’espoir de découvrir le secret de la vie éternelle. Le couple âgé d’Utnapishtim réside désormais dans un contrée merveilleuse située dans un autre monde, Dilmun, et Gilgamesh voyage loin vers l’est à leur recherche, traversant de grands fleuves, des océans et des cols de montagne, luttant et abattant des lions, des ours et autres bêtes monstrueuses.

Il parvient enfin aux deux sommets du mont Mashu, aux confins du monde, d’où le soleil se lève depuis l’autre monde, dont la porte est gardée par deux terribles êtres-scorpions. Ils permettent à Gilgamesh de passer lorsqu’il les convainc de sa divinité et de son désespoir, et il parcourt douze lieues à travers le tunnel obsuré où le soleil voyage chaque nuit. Le monde au bout du tunnel est un pays des merveilles éclatant de lumière, peuplé d’arbres aux feuilles de joyaux.

Monstre du chaos et dieu du soleil

La première personne que Gilgamesh y rencontre est la vigneronne Siduri, qui le prend d’abord pour un meurtrier en voyant son allure dépenaillée et tente de le dissuader de sa quête. Mais elle finit par l’adresser à Urshanabi, le nocher qui doit l’aider à traverser la mer jusqu’à l’île où vit Utnapishtim, en naviguant sur les Eaux de la Mort, dont le moindre contact signifie une mort instantanée.

Lorsqu’il rencontre Urshanabi, celui-ci semble entouré d’une compagnie de géants de pierre, que Gilgamesh abat promptement, les croyant hostiles. Il raconte son histoire au nocher et lui demande son aide, mais Urshanabi lui explique qu’il vient de détruire les pierres sacrées qui permettent à la barque de traverser les Eaux de la Mort en toute sécurité. Le seul moyen de traverser désormais est que Gilgamesh abatte 120 arbres et les transforme en perches pour pouvoir traverser les eaux en utilisant une nouvelle perche à chaque fois et en se servant de son vêtement comme voile.

Enfin, ils atteignent l’île de Dilmun et, lorsqu’Utnapishtim constate la présence d’un autre homme dans la barque, il demande à Gilgamesh qui il est. Gilgamesh lui raconte son histoire et demande son aide, mais Utnapishtim le réprimande car il sait que lutter contre le sort des humains est vain et gâche la joie de vivre. Gilgamesh exige de savoir en quoi leur situation diffère, et Utnapishtim lui raconte comment il a survécu au grand déluge.

Utnapishtim raconte comment une grande tempête et un déluge furent infligés au monde par le dieu Enlil, qui voulait détruire toute l’humanité en raison du bruit et du tumulte qu’elle apportait au monde. Mais le dieu Ea mit Utnapishtim en garde, lui conseillant de construire un navire et d’y embarquer ses trésors, sa famille et les semences de tous les êtres vivants. Les pluies survinrent comme promis et le monde entier fut recouvert d’eau, tuant tout excepté Utnapishtim et son navire. Le navire vint s’échouer sur la pointe du mont Nisir, où ils attendirent que les eaux se retirent, lâchant d’abord une colombe, puis une hirondelle et enfin un corbeau pour vérifier la présence de terre ferme. Utnapishtim offrit alors des sacrifices et des libations aux dieux et, bien qu’Enlil fût courroucé de voir quelqu’un survivre à son déluge, Ea lui conseilla de se réconcilier. Ainsi, Enlil bénit Utnapishtim et son épouse, leur accorda la vie éternelle et les emmena vivre au pays des dieux, sur l’île de Dilmun.

Le Déluge, planche I

Le Déluge

Cependant, malgré ses réserves quant aux raisons pour lesquelles les dieux lui accorderaient le même honneur qu’à lui, le héros du déluge, Utnapishtim, décide à contrecœur d’offrir à Gilgamesh une chance d’obtenir l’immortalité. D’abord, il met Gilgamesh au défi de rester éveillé pendant six jours et sept nuits, mais Gilgamesh s’endort presque avant qu’Utnapishtim ait fini de parler. À son réveil après sept jours de sommeil, Utnapishtim raille son échec et le renvoie à Uruk, ainsi que le nocher Urshanabi, exilé avec lui.

Au moment de leur départ, l’épouse d’Utnapishtim demande à son mari d’avoir pitié de Gilgamesh pour le long voyage qu’il a accompli ; il révèle alors à Gilgamesh l’existence d’une plante qui pousse au fond de l’océan et qui lui rendra sa jeunesse. Gilgamesh se procure la plante en attachant des pierres à ses pieds pour lui permettre de marcher sur le fond de la mer. Il prévoit d’utiliser la fleur pour rajeunir les vieillards de la cité d’Uruk, puis de l’utiliser pour lui-même. Malheureusement, il dépose la plante sur le rivage d’un lac pendant qu’il se baigne, et elle est dérobée par un serpent, qui perd sa vieille peau et renaît ainsi. Gilgamesh pleure d’avoir échoué dans ses deux tentatives d’obtenir l’immortalité et retourne, accablé, vers les immenses murailles de sa propre cité d’Uruk.

Avec le temps, Gilgamesh meurt à son tour, et le peuple d’Uruk pleure sa disparition, sachant qu’il ne verra jamais plus son pareil.

La douzième tablette est manifestement sans lien avec les précédentes et raconte une légende alternative située plus tôt dans le récit, alors qu’Enkidu est encore vivant. Gilgamesh se plaint auprès d’Enkidu d’avoir perdu des objets que lui avait donnés la déesse Ishtar lorsqu’ils tombèrent dans le Monde souterrain. Enkidu se propose pour aller les récupérer, et Gilgamesh, ravi, indique à Enkidu ce qu’il doit, et ne doit pas, faire dans le Monde souterrain afin d’être sûr de revenir.

Cependant, en partant, Enkidu oublie promptement tous ces conseils et fait tout ce qui lui était interdit, ce qui entraîne son emprisonnement dans le Monde souterrain. Gilgamesh prie les dieux de lui restituer son ami ; si Enlil et Suen ne daignent même pas répondre, Ea et Shamash décident de l’aider. Shamash fend la terre et* Enkidu jaillit du sol* (qu’il s’agisse d’un fantôme ou de son corps réel n’est pas clair). Gilgamesh interroge Enkidu sur ce qu’il a vu dans le Monde souterrain.

Analyse

Les plus anciennes versions sumériennes de « L’Épopée de Gilgamesh » remontent à la troisième dynastie d’Ur (2150 - 2000 av. J.-C.) et sont rédigées en cunéiforme sumérien, l’une des plus anciennes formes d’expression écrite connues. L’œuvre transmet des contes populaires, des récits et des mythes anciens ; il est admis qu’il existait de nombreux récits et mythes plus courts qui, avec le temps, se sont fusionnés en une seule œuvre cohérente. Les plus anciennes versions akkadiennes (l’akkadien est une langue mésopotamienne ultérieure, sans lien de parenté avec le sumérien, qui utilisait également le système d’écriture cunéiforme) datent du début du IIe millénaire.

Tablette de l'Épopée de Gilgamesh

Tablette de l'Épopée de Gilgamesh

La prétendue « version standard » akkadienne, constituée de douze tablettes (endommagées) rédigées par le scribe babylonien Sin-liqe-unninni vers 1300-1000 av. J.-C., fut découverte en 1849 dans la bibliothèque du roi assyrien Assurbanipal (VIIe siècle av. J.-C.) à Ninive, capitale de l’ancien empire assyrien (dans l’Irak actuel). Elle est rédigée en babylonien standard, un dialecte de l’akkadien utilisé uniquement à des fins littéraires. Le titre original, fondé sur les premiers mots, était « Celui qui a vu l’Abîme » (« Sha naqba imuru ») ou, dans les versions sumériennes antérieures, « Surpassant tous les autres rois » (« Shutur eli sharri »).

Des fragments d’autres compositions relatives au récit de Gilgamesh ont été retrouvés en d’autres lieux de Mésopotamie et jusqu’en Syrie et en Turquie. Cinq poèmes plus courts en langue sumérienne (« Gilgamesh et Huwawa », « Gilgamesh et le Taureau du Ciel », « Gilgamesh et Agga de Kish », « Gilgamesh, Enkidu et le Monde souterrain » et « La Mort de Gilgamesh »), vieilles de plus de 1 000 ans par rapport aux tablettes de Ninive, ont également été mis au jour. L’édition standard akkadienne sert de base à la plupart des traductions modernes, les versions sumériennes plus anciennes étant utilisées pour la compléter et combler les lacunes.

La douzième tablette, souvent ajoutée comme une sorte de suite aux onze tablettes originales, a très probablement été adjointe ultérieurement et semble n’avoir que peu de rapport avec l’épopée en onze tablettes, œuvre achevée et finement construite. Il s’agit en fait d’une copie quasi conforme d’un récit antérieur dans lequel Gilgamesh envoie Enkidu récupérer certains de ses biens dans le Monde souterrain, mais Enkidu meurt et revient sous forme d’esprit pour décrire la nature du Monde souterrain à Gilgamesh. La description pessimiste qu’Enkidu fait du Monde souterrain dans cette tablette constitue la plus ancienne description connue de ce type.

Mythes de Babylone et d'Assyrie

Gilgamesh pourrait bien avoir été un souverain réel de la fin de la période Dynastique archaïque II (env. XXVIIe siècle av. J.-C.), contemporain d’Agga, roi de Kish. La découverte d’artefacts datant d’environ 2600 av. J.-C., associés à Enmebaragesi de Kish (mentionné dans les légendes comme le père de l’un des adversaires de Gilgamesh), a renforcé la crédibilité de l’existence historique de Gilgamesh. Dans les listes royales sumériennes, Gilgamesh figure comme le cinquième roi régnant après le déluge.

Selon certains érudits, il existe de nombreux vers parallèles, ainsi que des thèmes ou des épisodes, qui témoignent d’une influence substantielle de « L’Épopée de Gilgamesh » sur le poème épique grec ultérieur « L’Odyssée », attribué à Homère. Certains aspects du mythe du déluge dans « Gilgamesh » semblent étroitement apparentés au récit de l’arche de Noé dans « La Bible » et le Coran, ainsi qu’à des récits similaires dans les mythologies grecque, hindoue et d’autres traditions, jusqu’à la construction d’un navire destiné à abriter toute forme de vie, son échouage final au sommet d’une montagne et l’envoi d’une colombe pour trouver la terre ferme. Il est également admis que le mythe d’Alexandre le Grand dans les cultures islamique et syriaque subit l’influence du récit de Gilgamesh.

« L’Épopée de Gilgamesh » est essentiellement un récit profane ; rien ne permet de penser qu’elle ait jamais été récitée dans le cadre d’un rituel religieux. Elle est divisée en épisodes lâchement reliés entre eux, couvrant les événements les plus marquants de la vie du héros, bien qu’aucun récit de la naissance miraculeuse de Gilgamesh ni de légendes enfantines ne soit proposé.

La version standard akkadienne du poème est rédigée en vers rythmique libre, à quatre temps par ligne, tandis que la version sumérienne plus ancienne présente un mètre plus court, à deux temps. Elle emploie des « épithètes formulaires » (des termes descriptifs récurrents appliqués aux personnages principaux) de la même manière qu’Homère, bien que leur usage soit peut-être plus parcimonieux que chez ce dernier. Par ailleurs, comme dans de nombreuses traditions de poésie orale, on relève des répétitions mot à mot de passages narratifs et dialogués (souvent assez longs), ainsi que de longues et élaborées formules de salutation. Divers procédés d’embellissement poétique sont employés, notamment des jeux de mots, des ambiguïtés délibérées et l’ironie, ainsi que l’usage occasionnel mais efficace de comparaisons.

En dépit de l’antiquité de l’œuvre, le lecteur est confronté, à travers l’action, à une préoccupation profondément humaine face à la mortalité, à la quête du savoir et à la recherche d’une échappatoire à la condition commune des hommes. Une grande part de la tragédie du poème naît du conflit entre les aspirations de la part divine de Gilgamesh (héritée de sa mère déesse) et le destin de l’homme mortel (sa condition mortelle conférée par son père humain).

L’homme sauvage Enkidu fut créé par les dieux à la fois comme ami et compagnon pour Gilgamesh, mais aussi comme un repoussoir, un exutoire pour son ardeur et son énergie excessives. Fait intéressant, l’évolution d’Enkidu d’animal sauvage à homme civilisé de la cité représente une sorte de « Chute » biblique à l’envers, et une allégorie des étapes par lesquelles l’homme accède à la civilisation (de la sauvagerie au pastoralisme, puis à la vie urbaine), ce qui suggère que les premiers Babyloniens auraient pu être des théoriciens de l’évolution sociale.

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Créé :1 janvier 2025

Modifié :29 octobre 2024