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Nergal – Dieu mésopotamien de la mort, de la guerre et de la peste (Erra)

L’évocation de Nergal en tant que dieu de la mort constituait une idée particulièrement terrifiante pour tout homme de la Mésopotamie antique. Nul ne souhaitait parler de la mort ou de l’au-delà, ni même laisser entendre la présence de Nergal, le Seigneur des Enfers, dans sa vie quotidienne.

Cependant, la mort n’est pas effrayante aux yeux de Nergal, le dieu de la mort, de la pestilence et de la peste vénéré par les peuples du sud de la Mésopotamie. Bien au contraire, la mort n’est qu’un autre voyage vers l’au-delà, où l’on ne souffre ni n’est châtié.

Relief de Nergal en tant que dieu des enfers

Qui est Nergal ?

Si Nergal incarne la fin infligée aux hommes, il est également associé à la guerre de manière légendaire. Il accompagnait ainsi le roi sur le champ de bataille pour infliger la mort aux ennemis du souverain.

Les ennemis fuyaient aussi vite que possible lorsqu’ils apprenaient la présence de Nergal au combat. On pourrait attribuer cette terreur à son apparence horrible.

Outre sa manifestation terrifiante, Nergal est également doté de pouvoirs surnaturels et d’attributs démoniaques propres à effrayer les hommes, en particulier ceux qu’il méprisait. Nergal est aussi identifié aux Sept Dieux, émissaires de la mort et de l’extermination. Il convient de rappeler que Nergal, divinité de la maladie, est un pourvoyeur de démons et de fléaux qui cherche à dévorer chaque homme.

Le mythe de Nergal : origines et légendes

Les incantations relatives à Nergal apparurent d’abord sous la forme de prières adressées à Meslamtaea, dieu des enfers dans la ville de Kutha. Par la suite, son culte fusionna avec celui du dieu de la mort, Erra.

Fils célèbre d’Enlil et de Ninlil, Nergal était réputé pour ses conquêtes amoureuses, si bien qu’on lui attribua plusieurs épouses, telles que Las, Mamma, Ninsubur, Admu et Ereshkigal.

C’est avec cette dernière qu’il trouva enfin une certaine stabilité dans la dernière partie de son existence. Ces femmes étaient des divinités ou des déesses séduites par ses avances. Ses frères et sœurs comptent parmi eux Nanna, Ninurta, Ninazu, Enbilulu et Pabilsag.

La rencontre de Nergal et Ereshkigal

Selon la légende, l’histoire d’amour de Nergal et Ereshkigal trouva son origine dans l’offense commise par Nergal à l’encontre de Namtar, le ministre de confiance d’Ereshkigal. Lors d’un banquet céleste, la part d’Ereshkigal devait lui être envoyée par l’intermédiaire de Namtar. Or, dans les cieux, Namtar, grand vizir de la déesse des enfers, fut ignoré par Nergal devant l’assemblée des dieux.

Ce manquement n’échappa pas aux autres divinités, et Nergal fut condamné à descendre aux enfers pour s’excuser de la faute qu’il avait délibérément commise envers Namtar. Durant son séjour souterrain, il fut séduit par Ereshkigal. Bien qu’il fût un dieu, il avait lui aussi des désirs charnels et des faiblesses, à l’instar des humains.

Ils s’unirent pendant six jours, et Ereshkigal s’abandonna dans les bras romantiques de Nergal. Néanmoins, pendant qu’elle dormait, le dieu de la guerre l’abandonna en regagnant les cieux.

Aveuglée par son désir charnel pour Nergal, la déesse des enfers ordonna à ses messagers de préparer la grotte froide et lugubre située sous la terre pour un mariage royal unissant deux divinités. Personne ne bougea, car nul n’osait révéler que Nergal avait disparu, les messagers redoutant la colère d’Ereshkigal.

L’abandon d’Ereshkigal

Apprenant la désertion de Nergal, la déesse se mit à gémir et à se lamenter d’une voix si puissante qu’elle atteignit les cieux. Elle porta le deuil au plus profond de son cœur et se mit à se plaindre de son existence malheureuse dans les ténèbres ; un sort qu’elle n’avait pas choisi mais qui lui avait été imposé sans son consentement.

Par compassion, les dieux refusèrent d’accueillir Nergal dans les cieux, et les portes de la demeure divine furent verrouillées pour empêcher son retour. L’assemblée divine convint que l’offense faite à la déesse des enfers constituait une faute colossale, et qu’abandonner Ereshkigal était un acte fatal de la part d’un dieu respectable. Il ne lui resta d’autre choix que de retourner auprès d’Ereshkigal dans les enfers et d’y séjourner six mois par an.

Plein de ressentiment, Nergal retourna aux enfers. À son arrivée, il s’empara du trône royal d’Ereshkigal et se proclama roi.

Malgré cela, on imagine l’allégresse d’Ereshkigal au retour de son bien-aimé ! Cette retrouvaille se solda par une nouvelle période d’intimité, qui scella leur rôle de co-dirigeants des enfers, faisant de lui le véritable dieu mésopotamien de la mort.

On peut toutefois avancer que Nergal fut contraint à cette relation par compassion pour Ereshkigal, enfermée à tout jamais dans les enfers. Quoi qu’il en soit, l’union de ces divinités ouvrit la voie à une réconciliation harmonieuse entre les parties septentrionale et méridionale de la Mésopotamie.

Le lieu de culte de Nergal

Tous les dieux et déesses possédaient leurs lieux de culte et de vénération respectifs. Il s’agissait de sanctuaires où les divinités établissaient leur trône et recevaient les offrandes des fidèles. Le centre de culte de Nergal se trouvait à Kutha. Certaines sources mentionnent également des lieux de culte secondaires à Dilbat, Isin, Uruk et Nippur.

Kutha est la capitale d’Irkalla, le monde souterrain, et constitue un lieu de prières pour les défunts. Certaines sources identifièrent Nergal à Kutha, le désignant par le nom de la ville elle-même. La Bible hébraïque elle-même mentionne son nom en tant que dieu de la ville de Cuth ou Cutha. Autrement dit, l’existence de Nergal est reconnue par la plupart des sources religieuses.

Nergal et ses symboles

On peut comparer la mythologie mésopotamienne aux mythes grecs et romains, qui présentaient leurs dieux munis de symboles et d’attributions spécifiques. Les symboles sont particulièrement essentiels pour distinguer chaque divinité des autres.

Les symboles de Nergal comprennent une masse d’armes à tête de lion. Il est également représenté sous les traits d’un taureau. Il était un contemporain d’Irra — Meslamtaea dans le panthéon suméro-akkadien — le dieu de la terre desséchée et de la guerre.

Le dieu mésopotamien Nergal était celui qui ressuscitait les morts. Ce n’est que plus tard qu’il fut reconnu comme dieu de la pestilence, de la famine et de la désolation, puis comme le dieu suprême de la peste dans le monde antique.

Dans les enfers, il apparaît comme un dieu entouré de démons. On peut se le représenter sous la forme d’un personnage masculin à l’aspect léonin, brandissant un cimeterre surmonté d’une tête de lion redoutable.

Tous ses symboles témoignent de sa capacité à susciter l’hostilité. Néanmoins, Nergal est aussi un dieu de la conscience, comme l’illustre son retour aux enfers et sa réconciliation avec Ereshkigal, reconnaissant que l’abandonner constituaient une transgression indigne d’un dieu.

Les attributs de Nergal

Nergal a été décrit de diverses manières, et ses attributs furent soigneusement consignés par les populations et les prêtres du monde antique. Certains affirment que Nergal ressemble à la divinité solaire Shamash. Il est dépeint dans des mythes colorés comme un dieu de la pestilence.

Ainsi, il incarne également le soleil et le solstice d’été en tant qu’agent de catastrophe, l’été profond représentant une phase stérile dans le cycle annuel du temps. En tant que démon de la pestilence, il prend le commandement lorsque la destruction est requise. Son domaine est l’anéantissement, et il dispose de toutes les créatures démoniaques nécessaires pour dévorer quiconque si besoin.

Dans les enfers, il siège sur le trône aux côtés de sa parèdre Ereshkigal, déesse de la mort. Il se tient à la tête d’un sanctuaire pour veiller sur les défunts rassemblés dans une région souterraine appelée Irkalla. Son devoir se limite à surveiller les morts dans la caverne de la mort, non à leur nuire.

Dans les enfers mésopotamiens, les défunts sont assemblés pour y demeurer à jamais, mais ils ne sont pas physiquement châtiés. Il leur est interdit de franchir les portes de la mort, car les dieux l’ont décrété comme le point de non-retour. En somme, aucun mort ni aucun dieu envoyé dans ces lieux ne peut jamais revenir sur terre, ni accéder à une mort véritable.

Nergal est également présent dans les épithètes, où il est symbolisé par un coq, un brasier, le roi furieux, l’irascible et le seigneur de la grande demeure. Cette dernière épithète symbolise son rôle de dieu des enfers.

La popularité de Nergal

Les Babyloniens de l’Antiquité consultaient le monde astro-théologique, dans lequel Nergal est associé à la planète Mars. Reconnu comme dieu de la guerre et de la destruction, Nergal fut rattaché à Mars, la planète rouge, comme les Babyloniens le jugeaient opportun. Il fut également rapproché d’Héraclès, demi-dieu grec, pour sa force redoutable, ainsi que du dieu de la guerre Arès — Mars dans le panthéon latin.

De nombreux symboles et noms furent associés à Nergal, notamment les colosses à tête de lion babyloniens qui représentaient les gardiens des temples. Leur structure est remarquable par ses dimensions et son conception artistique.

On constate que le nom de Nergal commença à se populariser dès la période akkadienne. Son héritage et sa puissance se manifestèrent parmi les Hourrites et les Hittites, qui le reconnaissaient sous le nom d’Aplu, signifiant « le Fils d’Enlil ».

Il reçut également un hommage lorsque les pestes se répandirent en Égypte, car les peuples pensaient que s’il avait envoyé ces fléaux, il avait aussi le pouvoir de les faire cesser.

En raison de ses liens avec la mort, les pestes, les maladies et les démons, Nergal était plus souvent craint que vénéré. Si les fidèles lui rendaient un culte et honoraient son trône, ils veillaient à ne pas l’offenser.

On pouvait percevoir la terreur qu’inspirait son nom en raison de son lien avec le monde satanique. Nergal fut également comparé à des démons, en particulier à Satan. De multiples fonctions et symboles lui furent attribués, mais l’un des plus récents est son identification comme la police secrète de l’enfer ou un espion honoraire de Belzébuth.

Les enfers mésopotamiens

Les peuples connaissaient les enfers mésopotamiens, désignés sous les noms de Kur, Irkalla ou encore Kigal en akkadien. Cette région sombre et désolée se trouvait dans les profondeurs de la terre. Les âmes résidant en Irkalla se nourrissaient de poussière sèche, à moins que leurs familles sur terre ne se souviennent d’elles et versent des libations ou des offrandes pour les défunts.

Nergal, souverain des enfers, et sa parèdre Ereshkigal, déesse de la mort, résidaient dans un palais à Ganzir. Ils veillaient sur les sept portes des enfers avec le gardien Neti.

Les accompagnaient le dieu Namtar, principal messager et serviteur divin d’Ereshkigal. Dumuzid, le dieu des bergers, séjournait six mois par an dans les enfers, tandis que sa sœur, Geshtinanna, tenait le rôle de scribe chargé d’inscrire les noms des défunts.

Nergal et le cyclope babylonien

Nergal ne se contentait pas de veiller sur les morts ; il côtoyait également une multitude de démons, d’esprits malins et de forces sataniques qui hantaient les airs d’Irkalla. Tous étaient invariablement terrifiants, parmi lesquels Lamashtu, la dévoreuse d’enfants, et le dieu Pazuzu, démon qui traînait les défunts vers les enfers.

Le voyage de l’âme vers les enfers

Après la mort, toutes les âmes devaient se rendre aux enfers, et il convient de rappeler que la bonté ou la générosité manifestées sur terre n’avaient aucune incidence sur le destin de chacun dans le royaume des morts. Il n’y avait nul jugement, sauf lorsque Ereshkigal prononçait l’annonce du décès.

Il faut savoir que le sort d’une personne dépendait des conditions de son inhumation. Ceux qui recevaient des obsèques convenables avaient davantage de chances de prospérer dans les enfers. En revanche, ceux dont l’ensevelissement était misérable ne pouvaient espérer être traités avec égards.

Les portes des enfers se trouvaient dans les monts Zagros. Les fidèles croyaient qu’un escalier descendait vers la partie profonde et glaciale des enfers, réservé exclusivement aux morts.

Pénétrer aux enfers, que l’on fût vivant ou mort, signifiait ne jamais revenir. Fait remarquable, les dieux eux-mêmes avaient interdiction d’entrer dans les enfers.

Les relations de Nergal avec les autres dieux

Nergal fut associé aux noms d’autres divinités. Le syncrétisme de son nom avec d’autres dieux fut admis et compris par les peuples. Par exemple, le dieu Erra fut couramment rattaché au nom de Nergal.

Resheph, invariablement associé à Nergal, était populaire à Ebla et à Ougarit. Outre ces amalgames onomastiques, Nergal entretenait une relation particulière avec Astabi, Simkut, le dieu élamite et la planète Mars. La divinité Lagamar lui fut également liée. Dans le cadre de la mythologie grecque, Nergal fut rapproché d’Héraclès et de la ville de Tarse.

Le vizir de Nergal

Les pharaons égyptiens gouvernaient leur peuple avec l’aide d’un vizir, ou sukkal. Le vizir de Nergal était Uqur, dont l’autorité s’apparentait à celle d’une épée ou d’une arme divine. Cependant, son pouvoir déclina avec le temps, et il fut remplacé par Ishum, dieu des veilleurs de nuit et des hérauts. Par ailleurs, Namtar ou Ninshubur fut également désigné comme le vizir de Nergal.

L’Épopée d’Erra

Les épopées sont des récits d’aventure, d’héroïsme et de bravoure. La mythologie mésopotamienne est également célèbre pour ses épopées monumentales relatant les aventures divines aux cieux et sur la terre. Nergal et Erra sont tous deux liés aux protagonistes de ces récits d’héroïsme des temps anciens.

Une épopée célèbre débuta par le projet guerrier de Nergal. Deux influences opposées s’exerçaient sur lui : ses armes réclamaient la guerre, tandis que son vizir, Ishum, cherchait à l’en dissuader. Soucieux de préserver l’honneur de son nom, Nergal choisit de rejeter ce dernier. Jetant son dévolu sur Babylone, il eut recours à la sorcellerie pour convaincre Marduk de quitter le temple.

Ce fut un commencement propice pour lancer sa campagne, mais Marduk revint promptement. Nergal exposa sa cause au moyen d’une longue argumentation, donnant aux dieux des raisons de s’apitoyer sur son sort et de se souvenir de lui.

Les dieux furent émus par son discours, et l’univers bascula dans un chaos galactique. Ishum supplia Nergal de s’arrêter, mais ce dernier refusa de l’écouter. Au contraire, Nergal prononça des paroles enflammées qui poussèrent Marduk à quitter sa demeure une nouvelle fois.

Nergal déclara son intention de renverser l’ordre cosmique, mais Ishum mit fin au bain de sang. Il y parvint en déclenchant une guerre contre les habitants du mont Sharshar. La révolution d’Ishum fut présentée sous un jour différent à Nergal, qui se déclara satisfait de son vizir et de l’acceptation par les dieux de sa fureur.

Il demanda à Ishum de répandre la nouvelle qu’il avait apaisé sa fureur, et éprouva de la gratitude de n’avoir pas anéanti le monde entier, parvenant au contraire à retrouver la raison.

Conclusion

Nergal joua un rôle essentiel dans la vie des peuples antiques de Mésopotamie. Portant de nombreux titres associés à son nom, Nergal était avant tout célèbre comme le dieu des morts et gardien des enfers. Fils d’Enlil et de Ninlil, il était également connu comme le dieu de la pestilence, des maladies et de la guerre.

Il était tout-puissant dans sa demeure d’Irkalla, siège de son culte. La mythologie mésopotamienne serait bien moins riche sans la puissance de Nergal, qui exerçait une autorité considérable sur la vie des hommes terrifiés par la mort.

En raison de son orgueil, il fut châtié par les dieux et contraint de descendre aux enfers. Son désir charnel le rendit vulnérable à la séduction d’Ereshkigal. Fait intéressant, c’est avec humilité qu’il retourna aux enfers pour y accomplir la peine qui lui avait été infligée.

Nergal avec ses symboles

Les œuvres de Nergal en tant que pourvoyeur de maladies, de fléaux et de guerre furent consignées avec précision dans les annales de l’histoire mésopotamienne. Nul ne pouvait jamais défier sa puissance, car les portes des enfers étaient entre ses mains. Les hommes savent que nous naissons pour entamer un voyage sur terre qui s’achève dans l’au-delà, le lieu sans retour.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 26 février 2024