La catharsis dans Œdipe Roi : comment Sophocle suscite la crainte et la pitié
La catharsis dans Œdipe Roi désigne les événements de la tragédie qui libèrent les émotions de la crainte et de la pitié — la crainte de ce qui pourrait advenir du héros tragique et la pitié pour le châtiment qu’il devra subir.
Dans la pièce, plusieurs moments de catharsis méritent d’être relevés, et cet article se propose de les examiner en détail.
Ces événements jouent un rôle essentiel dans la progression de l’intrigue tragique et contribuent grandement à son dénouement singulier. Poursuivez votre lecture pour découvrir les principaux moments de catharsis dans Œdipe Roi de Sophocle.
Les moments de catharsis dans Œdipe Roi
Plusieurs scènes conduisent à des moments de catharsis pour le spectateur dans Œdipe Roi. En voici l’analyse :
La peste dans la terre de Thèbes
Le premier événement qui éveille les émotions de la crainte et de la pitié se trouve dans le prologue, où le peuple de Thèbes est frappé par une peste. La mort sévit dans la cité dès les premiers vers. Le Prêtre du pays décrit la mort des jeunes enfants, y compris ceux encore dans le sein maternel, ainsi que celle des adultes.
Cette scène suscite la pitié pour le peuple thébain souffrant et, en même temps, le spectateur redoute l’avenir de la cité si l’épidémie n’est pas enrayée. Œdipe lui-même exprime sa compassion pour la douleur des Thébains en confiant que son cœur saigne en les voyant souffrir.
Le Chœur se joint également à cette lamentation lorsqu’il chante l’une des citations les plus célèbres de la catharsis dans Œdipe Roi : « Mon cœur se déchire de crainte, crainte de ce qui sera révélé. La peur s’abat sur nous. » Cependant, lorsqu’Œdipe s’engage à mettre fin à la malédiction et à la souffrance en en cherchant la cause, un certain sentiment de soulagement se fait jour. Celui-ci est de courte durée, car Œdipe prononce des imprécations contre le coupable et décrit avec effroi le destin qui attend le meurtrier.
La confrontation d’Œdipe avec Tirésias
L’événement suivant est la scène qui met en scène la violente confrontation entre Œdipe et Tirésias, le devin aveugle. Le spectateur craint pour Tirésias, houspillé et bousculé par l’irascible Œdipe.
Cette pression contraint Tirésias à lancer : « Époux de la femme qui l’a enfanté, parricide et supplantant de son père », désignant publiquement Œdipe comme le meurtrier. Le spectateur commence alors à redouter le sort d’Œdipe et à éprouver de la pitié pour ce qui pourrait advenir si les paroles du devin se révèlent véridiques.
La confrontation d’Œdipe avec Créon
Dans un premier temps, la crainte s’empare du spectateur lorsqu’Œdipe prononce une sentence de mort contre Créon, et vu le tempérament dont il fait preuve, le public redoute pour la vie de Créon. Cependant, cette tension retombe rapidement lorsqu’Œdipe retire ses menaces de mort.
La peur ressurgit lorsque Jocaste apprend à Œdipe que Laïos a été tué au carrefour des trois chemins. Œdipe se souvient avoir lui-même tué un homme en ce même lieu, et soudain l’effroi le saisit.
Il se rappelle la prophétie qui le concerne et la rapporte à Jocaste, qui la balaye d’un revers de main en l’assurant que toutes les prophéties ne se réalisent pas. Pour le rassurer, Jocaste raconte comment les dieux avaient prédit que le roi Laïos serait tué par son propre enfant — une prophétie qui ne s’est jamais accomplie.
Le chant du Chœur
Œdipe se calme, mais le Chœur admoneste le tyran orgueilleux, ce qui éveille à nouveau la crainte et la pitié chez le spectateur. Cette intervention suggère subtilement qu’Œdipe pourrait bien être coupable des actes qu’il reproche aux autres.
Le Chœur contribue de manière significative à la pièce en livrant des informations que les autres personnages ne peuvent transmettre au public. Ainsi, sa réprimande adressée à Œdipe indique que celuici a pu accomplir la prophétie par ses propres actes et décisions.
Œdipe et Jocaste découvrent que la malédiction s’est accomplie
Après que le Chœur a repris Œdipe, la tension dramatique s’apaise jusqu’à l’arrivée du messager de Corinthe. Dans un premier temps, la révélation du messager concernant la mort du roi Polybe et de la reine Mérope de Corinthe réjouit Œdipe.
Cependant, l’angoisse s’épaissit lorsque le messager révèle qu’Œdipe n’était pas le fils biologique du roi et de la reine de Corinthe — un moment de péripétie dans Œdipe Roi.
Au moment où Jocaste comprend que la prophétie s’est réalisée, elle adjure Œdipe de ne pas pousser plus loin l’enquête — un moment d’anagnorisis dans Œdipe Roi.
Cependant, l’orgueil et l’obstination d’Œdipe (ce que l’on nomme également l’hamartia dans Œdipe Roi) l’empêchent de voir la raison, et il continue de fouiller. La catharsis atteint son paroxysme lorsqu’Œdipe comprend qu’il a tué son père et épousé sa mère, exactement comme l’avait prédit l’oracle.
Le spectateur redoute alors ce qu’il pourrait faire de lui-même à présent qu’il a découvert la vérité. En même temps, il éprouve de la pitié : bien qu’Œdipe ait tenté à maintes reprises d’échapper à la funeste malédiction, ses efforts n’ont pu empêcher la catastrophe de se produire.
Questions fréquemment posées
Comment Œdipe suscite-t-il un sentiment de catharsis dans Œdipe Roi ?
Œdipe atteint la catharsis en se crevant les yeux lorsqu’il découvre qu’il a accompli le destin qu’il cherchait à fuir. Ce geste émeut le public, qui éprouve à la fois de la pitié et de la crainte pour lui.
Quel est un exemple de catharsis dans une œuvre littéraire ?
On trouve un exemple de catharsis dans Roméo et Juliette, lorsque les deux amants épris se donnent la mort parce que leurs familles s’opposent à leur union. Cette scène émeut le public aux larmes, qui éprouve de la pitié pour le couple. Lorsque les deux familles finissent par se réconcilier, le spectateur ressent un sentiment d’apaisement et de résolution.
Pourquoi la catharsis est-elle un élément essentiel de la tragédie grecque ?
La catharsis est nécessaire pour porter le spectateur à une tension émotionnelle extrême, puis libérer cette tension en l’amenant à une résolution.
Conclusion
Nous avons examiné comment l’auteur d’Œdipe Roi a atteint la catharsis au moyen d’une intrigue complexe.
Voici un résumé de ce que nous avons étudié :
- Un moment de catharsis se produit au début de la pièce, lorsque la mort s’abat sur le peuple de Thèbes et qu’Œdipe vient à son secours.
- Un autre exemple est la confrontation d’Œdipe avec Tirésias, qui finit par désigner Œdipe comme le meurtrier et suggère que la prophétie s’est réalisée.
- La confrontation d’Œdipe avec Créon constitue également un bref moment qui éveille la crainte chez le spectateur — la peur de ce qu’Œdipe pourrait faire à Créon.
- Le rôle du Chœur étant de révéler des informations et de donner des indices, le public est ému de crainte et de pitié lorsque le Chœur admoneste Œdipe pour sa tyrannie.
- Enfin, la mort de Jocaste et la cécité d’Œdipe émeuvent le spectateur, qui éprouve de la pitié pour le fils qui a tué son père et épousé sa mère.
L’histoire d’Œdipe Roi est l’exemple même de la tragédie grecque classique qui captive le public en exaltant ses émotions avant de l’amener à une résolution apaisée à la fin.


