La légende de la République

Classical

Le premier article ci-dessous traite de la légende — ou du récit semi-historique — de la révolution à Rome, comprenant le renversement de la monarchie ainsi que la formation et les luttes de la République romaine. Cependant, puisque Tite-Live a rédigé l’Histoire romaine au premier siècle avant notre ère, les premiers temps de Rome sont en réalité enveloppés de légendes. À mes yeux, il s’agit davantage de légende que de faits avérés pour cette période, car il existait guère de documents écrits avant 240 av. J.-C.

Par ailleurs, Tite-Live n’est pas connu pour son impartialité d’historien. Ses récits sont colorés par ses préjugés romains et le besoin de grandir le passé légendaire de Rome au-delà de la réalité. Ainsi, ses livres d’histoire peuvent être considérés comme un instrument de propagande romaine.

Le second article, intitulé Nouvelle Constitution, passe brièvement en revue la forme de gouvernement établie après le renversement de la monarchie. Cette partie relève véritablement de l’histoire, lorsque Rome dut faire face aux problèmes internes de son système politique, tout en menant ses guerres étrangères et ses conquêtes.

Naissance de la République

Fin de la domination étrusque

Lucius Tarquinius Superbus régna sur Rome entre 534 et 510 av. J.-C. Tarquin avait trois fils prénommés Titus, Arruns et Sextus.

Un jour, Titus et Arruns se rendirent à Delphes pour consulter l’oracle en compagnie de leur cousin, Lucius Junius Brutus. Ils voulaient savoir qui serait le prochain roi. Il leur fut répondu que le prochain dirigeant serait le jeune qui, rentrant chez lui, embrasserait sa mère le premier.

Ils crurent tous qu’ils devaient embrasser leur mère. Ils retournèrent à Rome, espérant être les premiers à le faire. C’est Junius Brutus qui trébucha et embrassa accidentellement le sol. Cet incident passa inaperçu, mais c’était bien ce que l’oracle avait prédit. Le dirigeant qui embrasserait la terre-mère serait le prochain roi ou chef.


Des années plus tard, le règne de Tarquinius Superbus devenait de plus en plus impopulaire, car il exerçait un despotisme absolu. Tarquin avait fait mettre à mort de nombreux sénateurs. Le Sénat était devenu de plus en plus inquiet durant le règne de la terreur de Tarquin. Le peuple souffrait également de sa mauvaise administration.

L’ultime offense survint en 510 av. J.-C., lorsque son fils Sextus resta à l’arrière pendant la guerre contre Ardée. Lucrèce était la belle épouse de Lucius Tarquinius Collatinus, neveu de Tarquinius Superbus. Lucrèce vivait à Collatie avec son mari.

Durant l’absence de son père et de son cousin, Sextus se rendit à Collatie et, sous la menace d’une épée, viola Lucrèce. Lucrèce révéla à son père et à son mari ce qui s’était passé. Après avoir obtenu d’eux un serment de vengeance, elle se donna la mort. Junius Brutus, ami de Collatinus, décida de l’aider et les exhorta non seulement à tuer Sextus, mais aussi à renverser le père tyrannique de ce dernier.

Avec l’aide de Lucius Junius Brutus, ils entraînèrent le peuple dans une révolution. Sextus s’enfuit vers la cité latine de Gabies, à l’est de Rome, mais fut assassiné par ceux qu’il avait trahis. Lorsque Tarquinius Superbus apprit ce qui s’était passé à Rome, il leva le siège d’Ardée. Arrivé à Rome, Tarquin constata que les portes de la ville lui étaient fermées.

Tarquin fut contraint de fuir à Caere, en Étrurie. Il sollicita l’aide des cités étrusques de Véies et de Tarquinies pour recouvrer son pouvoir à Rome.

Pour combler le vide laissé dans le gouvernement de Rome, Junius Brutus créa un nouveau système politique appelé république, après l’expulsion de Tarquinius Superbus. Le gouvernement était dirigé par deux hauts magistrats connus sous le nom de consuls. Les consuls détenaient le pouvoir des rois, qu’ils partageaient à égalité, un système appelé l’imperium. Les deux consuls étaient élus annuellement par la Comitia Centuriata. La Comitia Centuriata était une assemblée du peuple qui votait par centuries (groupes de cent).

Junius Brutus et Tarquinius Collatinus furent élus premiers consuls. Cependant, le peuple mécontent ne faisait pas confiance à quiconque portait le nom de Tarquinius. Junius Brutus convainquit son ami de démissionner. Un nouveau consul, Publius Valerius Poplicola, fut nommé pour remplacer Collatinus.

Un mouvement visant à déjouer une conspiration de Romains favorables à Tarquin, désireux de restaurer la monarchie, fut mis en œuvre. Les conjurés furent découverts et arrêtés. Parmi eux se trouvaient les deux fils de Junius Brutus, Titus et Tiberius. Lucius Junius Brutus jugea et condamna ses propres fils pour conspiration. Brutus regarda leurs exécutions. Son dévouement envers le nouveau gouvernement qu’il avait créé fut véritablement du plus haut ordre. La leçon morale de cette histoire est que la responsabilité et le bien de la communauté doivent primer sur les liens familiaux.

La bataille de la Silva Arsia fut indécise. Junius Brutus rencontra son cousin Arruns Tarquinius, fils de Lucius Tarquinius Superbus. Lors d’une charge de cavalerie, Brutus et Arruns s’entretuèrent.

Lars Porsenna

Selon Tite-Live, Tarquin obtint l’aide de Lars Porsenna de Clusium, qui promit de restaurer le roi exilé, mais Porsenna ne parvint pas à s’emparer de la ville.

Horatius Coclès et ses deux compagnons, Spurius Lartius et Titus Herminius, tinrent bravement tête à l’armée de Porsenna sur le pont du Tibre. Les trois champions donnèrent aux Romains le temps de détruire le pont. Horatius ordonna à ses compagnons de se retirer avant l’effondrement du pont, tandis qu’il restait en arrière. Le pont s’effondra, mais Horatius réussit à traverser le Tibre à la nage et à regagner Rome sain et sauf.

Un Romain nommé Gaius Mucius Scaevola tenta sans succès d’assassiner Lars Porsenna. Scaevola s’infiltra secrètement dans le camp étrusque et tua la mauvaise personne. Capturé, Scaevola était furieux d’avoir tué le mauvais homme et d’avoir échoué dans sa mission contre Porsenna. Scaevola plongea sa main droite dans un feu sur l’autel, sans hésitation et sans broncher. Admiratif du courage de Scaevola, Porsenna rendit son épée au héros.

Après avoir été témoin de l’héroïsme de trois champions sur le pont du Tibre, puis du courage de Scaevola, Porsenna décida de faire la paix avec les Romains. Rome demeurerait une république et s’étendrait vers la colline du Janicule, sur l’autre rive du Tibre. Cependant, les Romains devaient livrer des otages à Porsenna.

Parmi les otages se trouvait une jeune fille nommée Clélie, issue d’une noble famille romaine. Clélie demanda à l’un de ses gardiens la permission de se baigner dans le Tibre. Une fois près du fleuve, elle s’élança dans l’eau et commença à nager vers Rome. Les soldats étrusques se mirent à lancer des javelots et à tirer des flèches sur l’héroïne, mais elle atteignit l’autre rive saine et sauve et rentra chez elle.

Son père, respectant le traité avec les Étrusques, la renvoya comme otage à Porsenna. Admiratif de la bravoure de la jeune fille, Porsenna décida de libérer Clélie ainsi que les autres otages.

Le courage de ces héros et de cette héroïne permit aux Étrusques et aux Romains de parvenir à une réconciliation complète.


Selon Tacite (qui florissait vers 100 apr. J.-C.) et d’autres historiens, une version différente du récit affirme que Porsenna s’empara de Rome (508 av. J.-C.). Au lieu de restaurer Lucius Tarquinius Superbus sur le trône, Porsenna décida de gouverner Rome lui-même. Les Romains furent interdits d’utilisation d’armes en fer. Les cités latines, de plus en plus agitées sous le joug étrusque, décidèrent de se révolter. Elles formèrent une organisation connue sous le nom de Ligue latine. Elles conclurent également une alliance avec Aristodème de Cumes, en Campanie (une région au sud du Latium).

Ce fut Aristodème de Cumes qui mena les Latins à la victoire contre l’armée de Porsenna à Aricie, vers 506 av. J.-C. Cela permit à Aristodème de chasser les Étrusques du Latium et de couper la liaison entre l’Étrurie et la Campanie. Dans cette version de l’histoire, Rome eut peu de part dans la défaite de Porsenna par les Latins.


De nombreux débats ont eu lieu sur la question de savoir si les récits concernant Rome, depuis sa fondation et la période monarchique jusqu’à l’établissement de la République, reposent sur des faits historiques avérés ou s’ils furent inventés pour rehausser l’image du passé prétendument historique de Rome.

Après tout, Tite-Live, l’historien romain (59 av. J.-C. – 17 apr. J.-C.), a rédigé l’histoire des premiers temps de Rome plusieurs siècles après les événements. Tite-Live était un contemporain de Virgile et d’Ovide. Il aurait pu avoir du mal à distinguer l’histoire des traditions orales. Il est également possible que Tite-Live ait inventé ou exagéré son récit des origines de Rome.

Quoi qu’il en soit, la légende — ou l’histoire — de Rome demeure passionnante. Vous trouverez davantage d’éléments sur l’histoire de Rome à la page À propos de la mythologie classique ; voir Qui étaient les Romains ?

Informations connexes

Sources

L'Histoire romaine fut rédigée par Tite-Live.

Articles connexes

Nouvelle Constitution

Il se peut que cela n’ait pas de rapport direct avec les mythes romains, mais j’ai pensé qu’il ne serait pas inutile de donner un aperçu du fonctionnement du nouveau gouvernement (la République). Vous pouvez passer cet article si vous le souhaitez.

Si l’on en croit le récit traditionnel de la manière dont Rome est devenue une République, alors Lucius Junius Brutus fut le grand réformateur et révolutionnaire qui élabora la nouvelle constitution.

Les deux magistrats qui remplacèrent le monarque étaient appelés praetors, mais ils furent plus tard plus communément désignés sous le nom de consuls. Les consuls étaient élus annuellement et partageaient un pouvoir égal (imperium). Ils détenaient le pouvoir d’un roi, mais n’exerçaient leur charge que pour une durée d’un an. Ils servaient de magistrats suprêmes et de généraux en temps de guerre.

L’assemblée du peuple, organisée en centuries et appelée Comitia Centuriata, élisait les consuls. Les anciens consuls étaient anoblis à vie et obtenaient un siège au Sénat à l’issue de leur mandat.

Lucius Junius Brutus et Marcus Horatius Pulvillus furent les premiers élus au consulat sous la nouvelle constitution. Bien qu’Auguste ait mis fin à la République en 27 av. J.-C., les consuls continuèrent d’être élus, mais ils ne détenaient plus le même pouvoir dont ils jouissaient sous la République. La charge de consul devint de plus en plus cérémonielle dès le IIe siècle apr. J.-C.

Au début, les familles aristocratiques romaines (les patriciens) dominaient le consulat. Bien que les plébéiens ne fussent pas exclus de la présentation de candidats, il était difficile pour un simple citoyen d’accéder à ces fonctions. Les sécessions de 494 av. J.-C., puis de 449 av. J.-C., conférèrent aux plébéiens une protection contre les aristocrates ou patriciens et leur reconnurent le droit de se présenter à toute magistrature.

Les plébéiens créèrent un nouvel ensemble de magistrats connus sous le nom de tribuns (tribuni plebs) et une assemblée appelée Concilium Plebis. Les tribuns et le Concilium Plebis ne furent formellement reconnus qu’après le vote d’une nouvelle loi, la Lex Publilia Volernonis, en 471 av. J.-C. Ce ne fut qu’en 449 av. J.-C. que la loi Lex Valeria-Horatia définit correctement les pouvoirs des tribuns. Il incombait aux tribuns de protéger les plébéiens contre les magistrats, les aristocrates et le Sénat. Chaque tribun recevait le droit d’opposer son veto à un projet de loi présenté par un magistrat. Les tribuns devinrent de puissants instruments durant les troubles civils et la guerre civile de la fin du IIe siècle et du Ier siècle av. J.-C.

Les plébéiens se virent également accorder le droit d’en appeler au peuple romain s’ils s’estimaient victimes de l’exercice du pouvoir des magistrats.

Le premier consul plébéien, Lucius Sextius, fut élu en 366 av. J.-C.


À mesure que les attributions des consuls s’alourdissaient, il apparut que la charge était trop lourde pour eux. On introduisit donc un nouveau magistrat appelé le praetor. Le préteur agissait en tant que juge suprême. Avec l’accroissement de la population et de l’empire, le nombre de préteurs fut augmenté. Ils étaient placés au-dessous des consuls en matière de pouvoir.

Une autre magistrature fut créée pour gérer les revenus financiers, notamment le trésor public. Ces magistrats étaient appelés questeurs. Les questeurs étaient placés au-dessous des préteurs. Il y eut d’abord quatre questeurs, mais leur nombre augmenta au fil de l’expansion de l’empire.


Le Sénat exerçait ses fonctions en conseillant les magistrats. Il semblerait que le nombre de sénateurs s’élevait à environ 300. Les sénateurs détenaient un pouvoir considérable concernant les consuls, qui étaient des candidats aux différentes magistratures.

À la fin de la République, de nombreux sénateurs et magistrats devinrent de plus en plus corrompus. Ils se divisèrent en diverses factions ; la distinction la plus courante entre les sénateurs étant celle entre patriciens et plébéiens.

Bien que la puissance de Rome atteignît de nouveaux sommets au Ier siècle av. J.-C., plusieurs guerres civiles entraînèrent l’affaiblissement du pouvoir du Sénat et le renforcement des proconsuls (anciens consuls servant comme gouverneurs de province) appuyés par la force militaire des légions romaines. Les guerres civiles — entre Marius et Sylla, entre Pompée le Grand et Jules César, puis entre Marc Antoine (Marcus Antonius) et Octavien (Auguste) — mirent au jour de graves failles et faiblesses dans la position du Sénat.

Lorsque César fut nommé dictateur à vie, les sénateurs l’assassinèrent dans l’espoir de sauver la République. Ils commirent une grave erreur, car les troubles constitutionnels ne firent que s’aggraver avec les guerres civiles, d’abord entre les partisans de César et ses meurtriers, puis entre deux de ses partisans, Marc Antoine et Octavien.

La dernière guerre civile porta le coup de grâce à la République romaine lorsqu’Octavien sortit victorieux en 30 av. J.-C. Octavien obtint le pouvoir suprême, inaugurant une nouvelle forme de gouvernement ainsi qu’un nouvel âge : celui de la Rome impériale.

La Rome impériale perdura plus de 450 ans après Auguste avant de tomber aux mains des Ostrogoths, en 476 apr. J.-C., mais l’Empire romain d’Orient (Empire byzantin) survécut encore mille ans avant que sa capitale, Constantinople (Byzance), ne tombât aux mains des Turcs ottomans en 1453.

Informations connexes

Articles connexes

Créé :10 septembre 2000

Modifié :3 juillet 2024