Les alphabets romains
Dans le centre-ouest de l’Italie s’étendait une région appelée le Latium (aujourd’hui le Latium, en italien Lazio). Les habitants du Latium étaient connus sous le nom de Latins, une tribu ancienne établie sur la rive sud du Tibre, face aux Étrusques installés de l’autre côté du fleuve, en Étrurie (l’actuelle Toscane). Au sud-est voisinait la Campanie, où certaines cités, telles que Cumes, avaient été fondées et colonisées par les Grecs.
C’est dans le Latium que se trouvait la ville de Rome. Les Latins parlaient une langue italique, le latin, que les Romains adoptèrent.
L’italique constitue une sous-famille de la famille linguistique indo-européenne, limitée aux régions de l’Italie. Parmi les autres langues italiques parlées dans l’Italie antique figuraient le falisque, l’osque, l’ombrien et le vénète.
La langue étrusque, en revanche, n’était pas une langue italique ; il s’agit d’une langue isolée, aujourd’hui éteinte, qui n’appartient même pas à la famille indo-européenne. Certains linguistes estiment que l’étrusque pourrait trouver ses origines dans la famille anatolienne, mais cette hypothèse n’a pas été démontrée à ce jour.
L’alphabet étrusque dérivait de l’alphabet grec, lequel provenait lui-même de l’alphabet sémitique (phénicien) (voir l’alphabet grec). L’alphabet étrusque comprenait 21 lettres.
Pourquoi évoquer ici la langue étrusque, pourrait-on demander ? Eh bien, bien que l’étrusque soit une langue fondamentalement distincte du latin, son alphabet joua un rôle déterminant dans la formation du système d’écriture romain, ou latin.
Lorsque les Étrusques conquirent une grande partie de l’Italie centrale, y compris le Latium et la Campanie, un nombre important d’entre eux s’installèrent à Rome. Sous les rois étrusques de Rome, les Romains acquirent des compétences techniques en matière d’architecture, d’urbanisme, de construction de routes et de systèmes d’aqueducs. Ils adoptèrent également des éléments de la culture et des coutumes religieuses étrusques, ainsi que leur système d’écriture.
L’alphabet romain, ou plus exactement l’alphabet latin, devint l’alphabet le plus largement utilisé en Europe, mais il resta profondément redevable au système d’écriture étrusque.
Le latin classique comptait 23 lettres, les Romains ayant adopté les 21 caractères étrusques. Comme l’alphabet étrusque, le latin comportait quatre voyelles additionnelles. La phonétique de l’alphabet latin était identique ou proche de la prononciation anglaise.
Des siècles de conquêtes et d’établissements dans les provinces de l’Empire favorisèrent également la diffusion de la langue et du système d’écriture latins. Bien que l’alphabet soit resté inchangé depuis lors, la langue parlée dans les provinces commença à diverger du latin classique en usage à Rome. En effet, les populations provinciales introduisirent dans le latin de nouveaux vocabulaires et accents. Le bas latin (à partir du IIIᵉ siècle apr. J.-C.) prit le nom de latin vulgaire.
Ce qui surgit du latin vulgaire, ce furent les langues romanes. Bien que le latin demeurât largement employé par les clercs et les érudits médiévaux, les langues romanes supplantèrent progressivement le latin parlé. On compte cinq langues romanes majeures : le français, l’italien, l’espagnol, le portugais et le roumain. Il existe également plusieurs langues mineures en Espagne, en France et en Suisse. Nous n’entrerons pas dans davantage de détails sur les langues romanes.
Au Moyen Âge, le latin vit l’apparition de trois lettres supplémentaires (J, U et W).
De nombreux mots latins subsistent à l’époque moderne et sont fréquemment employés dans d’autres langues européennes telles que l’anglais et l’allemand. Souvent, dans le domaine scientifique, on attribue à un objet un nom latin, principalement à des fins de classification.
Dans le domaine de la mythologie classique, les érudits médiévaux et modernes ont souvent privilégié les noms latins aux noms grecs, par exemple Jupiter au lieu de Zeus, Mars au lieu d’Arès, Hercule au lieu d’Héraclès, et la liste pourrait se poursuivre indéfiniment.
