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Histoire de la Turquie : un pont entre deux continents

L’histoire de la Turquie s’étend sur plus de 4 000 ans. Les Turcs vécurent d’abord en Asie centrale à partir de 2000 av. J.-C., puis édifièrent des empires en Asie et en Europe. Forts de ces empires indépendants, les Turcs conquirent avec vigueur de vastes territoires à travers le monde.

Sainte-Sophie à Istanbul, Turquie

Géographiquement, la Turquie occupe une situation exceptionnelle, puisqu’elle chevauche l’Asie occidentale et le sud-est de l’Europe. Elle constitue un puissant trait d’union entre le grand continent asiatique et l’Europe, bien que d’aucuns considèrent qu’elle fait également office de barrière entre les deux continents.

Située au carrefour des Balkans, du Caucase, du Moyen-Orient et de la Méditerranée orientale, elle est limitrophe de la Grèce et de la Bulgarie au nord-ouest, de la mer Noire au nord, de la Géorgie au nord-est, de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan et de l’Iran à l’est, de l’Irak au sud-est, de la Syrie et de la mer Méditerranée au sud, et de la mer Égée à l’ouest.

Il peut être judicieux de visiter certains grands pays en traversant la Turquie, car elle ouvre la voie à un voyage plus riche de sens en Asie et en Europe.

La capitale de la Turquie est Ankara, mais sa plus grande ville et son principal port maritime sont Istanbul. Le pays occupe une vaste péninsule, ce qui en fait l’un des plus importants de la région tant par sa population que par sa superficie.

Brève histoire de la Turquie

L’histoire de la Turquie révèle un récit façonné par de nombreux peuples de valeur et de courage. Le nom « Turquie » désigne la terre des Turcs (Turchia, Turguia), dont l’orthographe moderne remonte à 1719. Quant au mot « Turcs », il apparaît dans des sources chinoises datant du VIe siècle. On mentionne que « Turk » y figure sous la forme « Tujue », ancien nom de la Turquie, désignant les Göktürks.

Le royaume turc avait édifié dans l’Antiquité des empires qui perdurèrent pendant des siècles. Ces empires produisirent de puissants souverains, indépendants les uns des autres. Parmi eux figuraient le Grand Empire hunnique, qui accéda au pouvoir au IIIe siècle av. J.-C. Lui succédèrent l’Empire göktürk (552-740), l’Empire ouïgour (741-840), l’Empire avar (VIe-IXe siècle apr. J.-C.), l’Empire khazar (Ve-Xe siècle apr. J.-C.), le Grand Empire seldjoukide (1040-1157), ainsi que bien d’autres empires par la suite.

Quand la Turquie a-t-elle été fondée ?

L’histoire de la Turquie révèle une longue suite d’invasions, de triomphes et de défaites. La République de Turquie est l’héritière conjointe de l’histoire de l’Anatolie — la partie asiatique de l’État — et de la Thrace orientale, sa portion européenne. Soumise à l’autorité de l’Empire romain dès le IIe siècle av. J.-C., la région devint ensuite le cœur de l’Empire romano-byzantin.

Les peuples de la Turquie antique constituèrent des territoires qui forment la Turquie actuelle. Conquis par la dynastie seldjoukide, ces territoires s’étendirent durant l’époque médiévale sous le règne de l’Empire ottoman.

L’Anatolie antique

La péninsule anatolienne, qui constitue l’essentiel de la Turquie moderne, figure parmi les régions les plus anciennement et continûment habitées au monde. Selon les sources, les premiers habitants de l’Anatolie étaient les Hattis et les Hourrites. Après la chute des Hittites, de nouveaux États émergèrent, notamment la Phrygie et la Lydie, qui s’affermirent dans la partie occidentale du territoire.

Par la suite, l’âge classique de l’Anatolie — également appelée Asie Mineure — se divise en période classique et époque hellénistique. La Perse gagna en puissance, permettant à de nombreuses cités portuaires de prospérer et de s’enrichir.

Le premier État appelé Arménie englobait des parties de l’est de la Turquie, à partir du VIe siècle av. J.-C. L’Anatolie joua un rôle déterminant dans l’histoire achéménide, durant laquelle certaines cités locales sous domination perse se soulevèrent au cours de ce que l’on nomme la révolte ionienne.

L’Anatolie vit son autonomie prendre fin avec les conquêtes d’Alexandre le Grand, qui soumit également Darius III entre 334 et 330 av. J.-C. Alexandre s’empara de l’ensemble de la région aux dépens de la Perse au cours de batailles successives, mais son pouvoir fut partagé entre ses généraux de confiance à sa mort.

Le plus vaste des territoires d’Alexandre fut l’Empire séleucide, qui englobait une partie de l’Anatolie. Ce dernier s’engagea ultérieurement dans une guerre dévastatrice contre Rome, qui culmina avec les batailles des Thermopyles et de Magnésie. La domination romaine sur l’Anatolie fut consolidée par la politique de non-ingérence de Rome, laquelle permettait aux gouvernements locaux de régner efficacement tout en bénéficiant d’une protection militaire.

Les mutations au sein du pouvoir romain s’amorcèrent lorsque Constantin le Grand édifia un nouveau centre administratif à Constantinople, ouvrant la voie à la division de l’Empire romain et facilitant ainsi la naissance de sa partie orientale, avec Constantinople pour capitale — ce que l’on désigne sous le nom d’Empire byzantin.

La Thrace

Les Thraces étaient des tribus indo-européennes établies sur un vaste territoire d’Europe centrale et du Sud-Est. Ils parlaient le thrace, une langue éteinte et mal attestée, autrefois largement répandue en Europe du Sud-Est dans l’Antiquité.

La Thrace apparut autour de 1200 av. J.-C., mais l’ensemble des populations thraces indigènes fut vaincu par Darius le Grand au VIe siècle av. J.-C. et incorporé à l’Empire perse en 492 av. J.-C., après la première invasion perse de la Grèce. Le territoire occupé par la Thrace fut unifié par le royaume odrysien, fondé par Térès.

Les populations thraces crurent considérablement en nombre, ce qui amena Hérodote à affirmer qu’elles constituaient le second peuple le plus nombreux de la partie du monde qu’il connaissait, et potentiellement le plus puissant. Cependant, l’absence d’unité affaiblit les Thraces, car ils se fragmentèrent en un grand nombre de groupes et de tribus.

La Thrace fut divisée en trois camps — oriental, central et occidental — après le retrait des Perses, vaincus par la Grèce. Cersobleptès, réputé pour sa férocité, fut la fierté des Thraces orientaux. Il élabora un plan visant à étendre son territoire sur de nombreuses tribus thraces, mais subit ultérieurement une sévère défaite face aux Macédoniens.

En y regardant de plus près, on peut évaluer la culture des Thraces : ils n’étaient généralement pas des bâtisseurs de cités, mais plutôt des habitants de grands villages.

L’Empire byzantin

Monument d'Alexandre le Grand

Alexandre le Grand vainquit l’Empire perse achéménide en 334 av. J.-C., ce qui entraîna une plus grande homogénéité culturelle et une hellénisation accrue dans la région. Après la mort d’Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., l’Anatolie fut subdivisée en un petit nombre de royaumes hellénistiques, qui furent intégrés à la République romaine vers le milieu du siècle av. J.-C.

Constantin Ier choisit Byzance comme nouvelle capitale de l’Empire romain en 324, la rebaptisant Nouvelle Rome. À la suite du décès de Théodose Ier, Constantinople devint la capitale de l’Empire romain d’Orient, que les historiens désignèrent ultérieurement sous le nom d’Empire byzantin. Ce territoire correspond à la Turquie que nous connaissons aujourd’hui, tandis que les autres territoires demeurèrent aux mains des Sassanides perses.

Les Göktürks furent le premier peuple turc à rédiger le turc ancien au moyen de l’écriture de l’Orkhon. Leur khaganat fut également le premier État officiellement reconnu comme turc. L’Empire göktürk s’effondra ensuite de manière spectaculaire en raison d’une série de conflits dynastiques, mais le nom « Turk » fut repris par de nombreux États et peuples par la suite.

Les peuples turcs migrèrent vers l’ouest, depuis le Turkestan — l’actuelle Mongolie — en direction de l’Europe orientale, du plateau iranien, de l’Anatolie et de la Turquie moderne. La date de cette expansion initiale demeure inconnue. Ils conquirent farouchement ces terres et fondèrent ultérieurement l’Empire ottoman. L’essentiel de cette migration eut lieu à l’époque médiévale, lorsqu’ils se répandirent à travers la majeure partie de l’Asie, jusqu’en Europe et au Moyen-Orient.

La conquête turque de l’Anatolie

Les origines de l’Anatolie turque remontent au début du XIe siècle apr. J.-C., lorsque les Turcs commencèrent à s’établir dans la région par le biais de migrations et d’invasions continues. Une fois les portes de l’Anatolie ouvertes aux Turcs, ceux-ci luttèrent avec acharnement pour fonder l’État seldjoukide d’Anatolie (1080-1308), premier État turc en Anatolie, également connu sous le nom de Sultanat de Konya.

L’Empire seldjoukide

Les Turkmènes seldjoukides édifièrent un empire classique au Moyen Âge, contrôlant un territoire s’étendant de l’Hindou Kouch à l’est de l’Anatolie, et de l’Asie centrale au golfe Persique.

Il est particulièrement inspirant de s’intéresser à Tughril Beg, le fondateur de l’Empire seldjoukide. Élevé par son grand-père, Seljuk-Beg, qui le forma pour en faire un chef redoutable, il unifia le paysage politique instable du monde islamique oriental. Les Seldjoukides jouèrent un rôle déterminant dans la première et la deuxième croisades. La plupart des traditions et de la culture seldjoukides s’inspirèrent de la culture perse, qui exerça une influence majeure dans l’élaboration de la tradition turco-perse.

La naissance de l’ère ottomane (1299-1923)

La Turquie médiévale fut une période sombre et difficile. Le Sultanat de Konya connut un déclin rapide sous les coups de l’armée mongole. Tandis que leur chute semblait inéluctable, de nombreuses principautés turques se replièrent vers l’Anatolie à la fin du XIIIe siècle.

Celui qui régna sur l’Empire ottoman fut un guerrier turc nommé Osman. Les Ottomans acquirent leur puissance tout au long du XIVe siècle, affirmant leur force économique et militaire tout en édifiant l’Empire ottoman. Cet État perdura pendant 623 ans, s’étendant sur un vaste territoire réparti sur trois continents, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale.

Ils s’emparèrent de Constantinople en 1453, entraînant la chute de l’Empire byzantin. Le règne de l’Empire ottoman fut marqué par une expansion rapide, mais il commença à s’affaiblir au XVIe siècle, alors que la Révolution industrielle prenait son essor. Les Ottomans perdirent progressivement leur puissance économique et militaire face à leurs rivaux européens.

Qui a fondé la Turquie ?

Animé par l’ambitieux dessein de faire de la Turquie une nation, Mustafa Kemal Atatürk, commandant militaire ottoman, mena une campagne d’une vigueur exceptionnelle en faveur du courage et de l’indépendance turcs.

Il parvint à proclamer la nation en tant que république le 29 octobre 1923, ce qui lui valut le nom d’Atatürk, soit « Père des Turcs. » Cet homme consacra sa vie à la transformation de l’ensemble du royaume turc.

Atatürk guida la nation vers des réformes nationales, englobant des changements économiques, politiques, juridiques, éducatifs et culturels. Son administration accorda une attention particulière à l’amélioration généralisée. Il proposa que la langue nationale fît l’objet d’une attention renouvelée ; ainsi naquit le turc moderne, proclamé langue officielle de l’État.

Par ailleurs, son leadership instaure un nouveau système politique et juridique inspiré de la démocratie parlementaire occidentale, fondé sur les droits de l’homme, la souveraineté nationale, la séparation des pouvoirs, la privatisation, la laïcité et la séparation de la religion et de l’État.

Un nouveau système éducatif laïque fut mis en place, dans lequel l’alphabet arabe fut remplacé par l’alphabet latin.

Atatürk souhaitait une réforme d’envergure incluant des codes civils et pénaux calqués sur ceux des voisins européens du pays. Sous son administration, les femmes turques obtinrent des droits égaux devant la loi, notamment le droit de vote et celui d’être élues à des fonctions publiques. Cette avancée plaça la Turquie en tête de nombreuses nations européennes en matière de droits des femmes.

Ce fut une manœuvre politique d’une ampleur sans précédent dans l’histoire mondiale. Ce pas de géant projeta une nation musulmane sur la scène internationale, dotée d’une image nouvelle conforme aux standards européens.

La République de Turquie

Drapeau de la Turquie

La Turquie après la Première Guerre mondiale marqua le début d’une ère nouvelle. Les Alliés occupèrent certaines parties du pays, ce qui suscita la naissance du mouvement national turc. La poigne de Mustafa Kemal ouvrit la voie à la bataille de Gallipoli, également appelée guerre d’indépendance turque, dont l’objectif était d’abroger les dispositions du traité de Sèvres.

Le 18 septembre 1922, les armées d’occupation furent chassées, et le 1er novembre, le nouveau parlement abolit purement et simplement le Sultanat musulman. Cela mit fin, hélas, à 623 années de domination ottomane.

Le traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923, valut reconnaissance internationale à la jeune République de Turquie, issue de l’Empire ottoman. Des réformes furent entreprises dans toutes les régions afin de forger une Turquie nouvelle et moderne ; l’indépendance turque était ainsi acquise.

Restant neutre pendant la Seconde Guerre mondiale tout en obtenant de la Grande-Bretagne la garantie qu’elle défendrait la Turquie en cas d’attaque allemande, la Turquie rejeta les demandes allemandes de transit de troupes vers la Syrie ou l’URSS. L’Allemagne avait été son principal partenaire commercial avant la guerre, mais les Alliés s’efforcèrent de limiter les achats de chrome allemands auprès de la Turquie.

Les dirigeants turcs conclurent un accord avec Roosevelt et Churchill en novembre 1943 et s’engagèrent à entrer en guerre. En février 1945, la Turquie déclara la guerre à l’Allemagne et au Japon. Ce geste décisif permit à la Turquie de rejoindre les Nations unies.

Ayant participé aux forces des Nations unies durant la guerre de Corée, la Turquie intégra également l’OTAN en 1952. Sur le plan de la sécurité nationale, le gouvernement turc fut confronté à des coups d’État en 1960, 1971 et 1980, au cours desquels des factions opposées déclenchèrent des insurrections soudaines contre le pouvoir en place.

Ces coups d’État interrompirent la démocratie turque. En 1984, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) lança une insurrection contre le gouvernement turc, qui fit plus de quarante mille morts. Parallèlement, le gouvernement engagea une libéralisation économique dans les années 1980, engendrant une croissance et une stabilité économiques accrues sur la péninsule.

Conclusion

Carte de la Turquie

On aura remarqué que l’édification de la Turquie fut marquée par des agressions perpétuelles, des guerres et des trahisons. Cette péninsule éblouissante, qui relie l’Asie et l’Europe, n’est pas appelée un pont pour rien. Pourtant, le pays a traversé les épreuves du temps, ce qui lui confère une contribution exceptionnelle à l’humanité.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 25 mars 2024