Pourquoi le Golan revêt-il une telle importance pour tant de peuples ?
Le Golan désigne un fertile plateau du sud-ouest de la Syrie dont l’importance politique et stratégique est disproportionnée par rapport à sa superficie. Israël s’est emparé du Golan aux derniers instants de la guerre des Six Jours de 1967.
La Syrie a tenté de reconquérir le Golan lors de la guerre du Moyen-Orient de 1973. Depuis lors, les deux pays ont signé un cessez-le-feu en 1974, et une force d’observation de l’ONU est déployée le long de la ligne d’armistice.
Qu’est-ce que le Golan ?
Le Golan est également connu sous le nom de plateau du Golan. Son nom hébraïque est Ha-Golan ou Ramat Ha-Golan, et en arabe, al-Jawlan. Le Golan est une région escarpée offrant une vue imprenable sur la haute vallée du Jourdain à l’ouest.
Le magnat bancaire franco-juif le baron Edmond de Rothschild acquit une vaste étendue de terres en 1894 afin d’y installer des colons juifs dans le Golan. D’autres groupes en provenance du Canada, des États-Unis et d’Europe suivirent. Les habitants arabes entravèrent toutes les tentatives de colonisation juive, et les lois foncières ottomanes constituaient un obstacle supplémentaire. Celles-ci rendaient plus ou moins illégale l’installation de non-résidents.
La Bible fait référence au Golan sous le nom de « Bachan ». Le mot « Golan » provient de la Bible, qui mentionne « Golan en Bachan » dans le Deutéronome 4:43 et Josué 21:27. Des exilés juifs revenus de Babylone s’y installèrent à la fin du VIe et au Ve siècle av. J.-C.
Gamla devint la cité principale du Golan, le dernier bastion juif de la région à résister aux Romains lors de la Grande Révolte (la première des trois grandes rébellions des Juifs de la province de Judée). Gamla tomba en l’an 67 apr. J.-C.
Le Golan se trouvait sous administration syrienne pendantl’Empire ottoman. Lorsque la Syrie contrôlait le Golan de 1948 à 1967, celui-ci constituait un bastion militaire. Ses troupes tiraient sur les habitants israéliens de la vallée de Houlah en contrebas. Les enfants vivant dans les kibboutzim devaient dormir dans des abris anti-bombes pour échapper aux tirs des snipers.
À l’époque, la Commission mixte d’armistice de l’ONU était chargée de veiller au respect du cessez-le-feu. Israël a protesté à plusieurs reprises contre les bombardements syriens. La commission n’a rien fait pour mettre un terme à l’agression syrienne.
Le Golan s’élève de 400 à 1 700 pieds (120 à 520 mètres) à proximité du nord-est d’Israël. La région offre des paysages remarquables, façonnés par un relief rocheux, parfois lunaire. C’est une destination touristique située à environ deux heures et demie de route de Jérusalem et de Tel Aviv.
Le Golan est réputé pour la diversité de sa flore et ses panoramas grandioses. On dit qu’il est particulièrement beau au printemps, lorsque des fleurs multicolores tapissent la plaine.
Où se trouve le Golan ?
Le Golan relie les frontières d’Israël et de la Syrie. Il se situe à l’extrémité méridionale de la chaîne de l’Anti-Liban. La frontière syro-israélienne, connue sous le nom de « Ligne violette », traverse la région.
Ce plateau de 460 miles carrés (environ 1 190 km²) surplombe la Syrie, le Liban et la vallée du Jourdain et n’est qu’à 40 miles (64 km) de Damas, offrant à Israël une position défensive et offensive solide. C’est également un excellent point d’observation pour détecter les activités militaires de l’autre côté de la frontière.
Le contrôle syrien sur le Golan conférerait à la Syrie des hauteurs stratégiques surplombant Israël. Ce dernier pays saisit désormais l’occasion de faire valoir ses revendications sur le Golan. Le moment est propice, la guerre civile syrienne ayant sapé l’autorité de cet État.
En raison de la position du Golan, Israël s’y est fermement maintenu. De nombreuses résolutions de l’ONU ont appelé Israël à se retirer de la région. Plusieurs tentatives ont été faites pour convaincre Israël de reculer.
La Syrie a tenu des pourparlers secrets avec Israël encore en 2010. Elle a tenté de convaincre Israël de revenir à ses frontières de 1967 en échange d’un accord de paix. Mais la position israélienne s’est durcie depuis les soulèvements du printemps arabe. Elle est restée inflexible depuis le déclenchement de la guerre civile en Syrie en 2011.
Histoire du Golan
Des Persans, des Mongols et des Arabes se sont installés dans le Golan au fil des siècles, des populations venant d’aussi loin que le Yémen. La région abrite également la secte religio-politique connue sous le nom de Druzes. Ils s’y installèrent aux XVe et XVIe siècles et contrôlèrent la région pendant environ 350 ans. Puis les Égyptiens, suivis des Ottomans, s’en emparèrent en succession rapide.
Les guerres incessantes provoquèrent le déclin démographique du Golan au fil des siècles. La région était presque déserte vers le milieu du XIXe siècle.
Des groupes juifs tentèrent de coloniser la région méridionale à la fin du XIXe siècle, sans succès. Le mouvement sioniste d’avant l’indépendance revendiqua ensuite la région. Il présenta sa requête lors de la Conférence de la paix de 1919, à l’issue de la Première Guerre mondiale.
Puis, au début des années 1920, la région passa sous tutelle française. La Syrie obtint son indépendance du mandat français en 1946 et prit le contrôle du Golan à peu près à la même époque.
Israël prit ensuite le contrôle du Golan en 1967, à la suite dela guerre des Six Jours. Des escarmouches frontalières sporadiques et des échanges de tirs ont éclaté depuis. L’un de ces épisodes fut la guerre arabo-israélienne de 1973, connue des Israéliens sous le nom de guerre du Kippour.
Deux fronts arabes affrontèrent Israël lors de ce conflit. L’un était égyptien, sur la péninsule du Sinaï, et l’autre syrien, dans le Golan. La Syrie avait pu s’armer d’armes modernes fournies par l’Union soviétique.
Une bataille particulièrement âpre et sanglante s’ensuivit, mais Israël, bénéficiant d’une aide militaire américaine, l’emporta. Il annexa le Golan en 1981. Des escarmouches frontalières sporadiques se produisent encore aujourd’hui.
Dans l’histoire récente, une confrontation tendue a opposé les forces syriennes fidèles au président Bachar al-Assad à Israël. Cela s’est produit avant l’éruption de la guerre civile en Syrie en 2011. Puis, en 2014, des insurgés islamistes antigouvernementaux ont envahi la province de Qouneitra, du côté syrien. La région est restée sous contrôle rebelle jusqu’à l’été 2018.
L’armée d’Assad est ensuite retournée dans la ville aujourd’hui en ruines de Qouneitra et ses environs. Cette avancée faisait suite à une offensive appuyée par la Russie et à un accord autorisant les rebelles à quitter la zone.
Qui contrôle le Golan ?
Les deux tiers du Golan sont sous contrôle israélien depuis 1967. Le reste est sous contrôle syrien.
Israël annexa le Golan le 14 décembre 1981, mais l’ONU ne reconnaît pas cette mesure. La communauté internationale a réagi par la résolution 497 du Conseil de sécurité (1981). Cette résolution qualifiait l’annexion de « nulle et non avenue ». Aucun pays ne l’a légitimée.
Chaque année depuis lors, la résolution de l’ONU intitulée « Le Golan syrien occupé » est examinée. Elle réaffirme le caractère illégal de l’annexion et de l’occupation par Israël.
Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, s’est rendu dans le Golan en 2016. Il y a tenu une réunion du cabinet au cours de laquelle il a lancé un appel spécial. Il a invité la communauté internationale à reconnaître le Golan comme partie intégrante d’Israël.
Le soutien espéré n’est pas immédiatement apparu. Certains observateurs ont vu dans cette démarche une tentative israélienne de tirer parti de la guerre civile en Syrie. L’appel de Netanyahou à la communauté mondiale est resté sans réponse sur le moment. Il semble cependant avoir trouvé un écho auprès de l’administration américaine de Trump.
En 2019, le président Trump a tweeté que les États-Unis reconnaîtraient le contrôle israélien sur le Golan. Il répondait ainsi aux pressions du gouvernement israélien.
Les différentes parties au conflit israélo-arabe au sens large ont réagi de manière contrastée. Ils ont accueilli la nouvelle avec indifférence, désapprobation ou satisfaction. Ces réponses faisaient écho à une décision américaine antérieure : celle de considérer Jérusalem comme la capitale d’Israël.
La population du Golan
La province de Qouneitra, à la veille de la guerre de 1967, comptait une population diversifiée de 147 613 habitants, répartis dans 163 localités et villages ainsi que 108 fermes. Israël s’empara d’environ 70 % du territoire, peuplé d’environ 130 000 personnes vivant dans 139 localités et villages et 61 fermes. En l’espace d’un mois, le Golan était vidé de ses habitants.
Avant l’annexion israélienne du Golan, la région comptait 28 communautés rurales ainsi qu’une ville en devenir : Katzrin. En 2016, la population du Golan atteignait 50 000 habitants, dont environ 22 000 Juifs et 27 000 non-Juifs. Ce chiffre inclut les Druzes, un groupe ethnoreligieux arabophone qui se considère comme syrien.
Le Golan a une densité de population inférieure à celle de toute autre région d’Israël. Il compte quarante habitants au kilomètre carré. Les chiffres du Golan se distinguent particulièrement lorsqu’on les compare à ceux de la Cisjordanie, l’autre région conquise en 1967 et conservée depuis.
Après cinquante ans de contrôle israélien, la Cisjordanie comptait plus de 400 000 colons juifs. La superficie de la Cisjordanie est quatre fois supérieure à celle du Golan. Que se serait-il passé si les Juifs avaient colonisé les deux régions au même rythme ? Quelque 80 000 Juifs vivraient aujourd’hui sur le plateau.
Néanmoins, les colons du Golan ont construit des hôtels de charme, des domaines viticoles et une station de ski. Ils ont transformé cette région pittoresque en une destination touristique israélienne prisée.
La plupart des Druzes du Golan ont choisi de ne pas acquérir la nationalité israélienne. Ils détiennent plutôt un statut de résident, qui leur confère la liberté de vivre et de travailler dans la région. La communauté druze se considère encore comme liée de manière indéfectible à la Syrie.
En mars 2019, le maire de Katzrin, Dmitry Apartzev, a fait une annonce importante. Il a révélé des plans visant à porter la population du plateau à 150 000 habitants. Apartzev espérait que le nombre de Juifs atteigne 100 000 et que les Druzes soient au nombre de 50 000. Il a également prédit que la seule région de Katzrin verrait sa population passer de 8 500 à 50 000 habitants.
Apartzev, s’exprimant dans le sillage du tweet de Trump, a ajouté que la reconnaissance du contrôle israélien sur le Golan ouvrirait de nouvelles perspectives. Il espérait des investissements étrangers dans la région. Il espérait également que cette reconnaissance contribuerait à contrer les campagnes de boycott mondiales. Certains pays avaient mis en garde les investisseurs contre tout investissement dans les territoires occupés.
En juin 2019, le gouvernement israélien a balayé les critiques de la communauté internationale. Il a inauguré une nouvelle colonie juive dans une zone venteuse et isolée du Golan. Il l’a nommée en l’honneur du président Trump en personne.
Le nom de la nouvelle colonie est Ramat Trump en hébreu, ou Trump Heights. L’objectif était de refléter la volonté d’Israël de consolider le soutien récent de l’ancien président. Israël se réjouissait qu’il appuie sa revendication de contrôle sur ce territoire contesté.
Où devrait passer la frontière syro-israélienne ?
La Syrie souhaite contrôler le Golan car cela lui conférerait une position stratégique surplombant Israël. Un autre enjeu crucial concerne les ressources en eau dans une région aride. Les deux principales sources d’eau d’Israël sont le lac de Tibériade et le Jourdain. Le bassin versant du Golan alimente les deux. Les terres du Golan sont fertiles ; les agriculteurs y exploitent des vergers et des vignobles.
Un point de discorde a toujours été le tracé de la frontière. Israël plaidait pour la limite établie en 1923 par la France et le Royaume-Uni. La Syrie estimait qu’elle devait suivre la ligne d’armistice de 1949.
Les frontières d’Israël ne sont pas encore définitivement réglées. Pourtant, plus de 70 ans se sont écoulés depuis la proclamation de cet État. Pendant des siècles, ces terres ont fait partie de l’Empire ottoman, dirigé par la Turquie. Les puissances alliées victorieuses ont délimité et attribué la zone à l’ouest du Jourdain. La Grande-Bretagne devait l’administrer après la Première Guerre mondiale, lors de l’effondrement de l’Empire ottoman.
Les troupes syriennes ont pénétré en Palestine/Israël à plusieurs endroits lors de la guerre arabo-israélienne de 1948. Les forces syriennes occupaient encore des blocs de territoire à l’ouest de la frontière internationale de 1923. Les deux pays signèrent l’armistice en juillet 1949.
L’administration Trump a déclaré qu’elle mettrait à jour les cartes du gouvernement américain. Celles-ci refléteraient la décision de Trump de reconnaître le contrôle d’Israël sur le Golan. Netanyahou a reçu une copie de la nouvelle carte en cadeau du gendre de Trump, Jared Kushner. Elle reconnaissait désormais le Golan comme partie intégrante d’Israël.
L’annexion israélienne : quelles conséquences ?
La population locale s’est soulevée après l’annexion du Golan par Israël. La Syrie a porté plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. Le Conseil de sécurité a réaffirmé que les pays ne peuvent s’approprier un territoire par la force. Le président américain Ronald Reagan a suspendu un contrat d’armement de 300 millions de dollars et a également gelé un protocole d’accord sur la coopération en matière de défense.
La Syrie a vivement critiqué l’administration Trump, qualifiant son changement de politique d’« acte d’agression ». Elle a juré de conserver le contrôle de la région du Golan par tous les moyens disponibles. Le ministre des Affaires étrangères du pays a déclaré que « le Golan a été et restera une partie de la Syrie arabe ».
Conclusion
Depuis la bataille du Golan, les Juifs israéliens se sont montrés favorables au maintien de la région sous leur contrôle. Ils ne souhaitent pas revivre une guerre du Golan. C’est pourquoi ils refusent d’abandonner l’avantage stratégique qu’offre cette zone.
Ils défendaient cette position même avant la guerre civile syrienne. Ces sentiments sont antérieurs aux atrocités commises par le régime Assad. Il est donc probable que le Golan reste sous contrôle israélien, indépendamment de la désapprobation du reste du monde.



