Les kennings dans Beowulf : sens, exemples et fonctions
Les kennings dans Beowulf constituent l’un des sujets les plus étudiés par les chercheurs et les étudiants qui se penchent sur cette célèbre épopée. Beowulf est un poème épique en vieil anglais rédigé entre 975 et 1025 apr. J.-C., dont l’action se déroule en Scandinavie. Il fut composé par un auteur anonyme qui relate les aventures d’un héros germanique nommé Beowulf.
L’un des traits les plus remarquables de ce poème est l’usage des kennings, et ce texte vous permettra de tout savoir à leur sujet.
Exemples de kennings dans Beowulf et kennings en général
Pour mieux comprendre les kennings de Beowulf, il est utile de se familiariser avec quelques exemples modernes de kennings.
Voici quelques kennings que vous connaissez peut-être déjà :
- trompe-l’œil : illusion visuelle
- pousse-pousse : véhicule à trois roues tiré à bras d’homme
- grille-pain : appareil pour faire griller le pain
- portefeuille : objet servant à porter de l’argent (littéralement « porte-feuilles »)
- chasse-mouches : dispositif destiné à chasser les mouches
Ces mots composés et ces courtes expressions donnent une description singulière des choses du quotidien. Ils enrichissent la langue, emploient les mots de manière originale, ajoutent du mouvement et de la couleur à notre imaginaire, et nous offrent une compréhension plus fine de la scène.
Voici quelques exemples de kennings dans Beowulf, accompagnés de leur signification dans l’épopée :
- battle-sweat (sueur de bataille) : le sang
- sleep of the sword (sommeil de l’épée) : la mort
- whale-road (route des baleines) : la mer
- raven-harvest (moisson du corbeau) : un ou des cadavres
- sky-candle (bougie du ciel) : le soleil
- ring-giver (donneur d’anneaux) : un roi
- earth-hall (salle de terre) : tertre funéraire
- helmet-bearers (porteurs de casque) : des guerriers
- stout-hearted (au cœur vigoureux) : brave
- dwelling-place (lieu de demeure) : résidence
À certains moments du poème, les kennings font fonction d’énigmes : le lecteur doit deviner quel mot l’auteur anonyme cherche à décrire. Par exemple, si « dwelling-place » est assez facile à déchiffrer, qu’en est-il de « bent-necked wood » (bois à col courbé) ? Ce dernier était le kenning désignant le mot « boat » (bateau).
Descriptions du héros : les kennings qui dépeignent Beowulf, le personnage principal
Certains kennings de Beowulf servent à dépeindre le personnage principal, et non seulement les éléments de l’intrigue. Rédigés dans un style poétique, ces kennings nous donnent une idée plus riche et plus complète du héros lui-même.
Parmi les kennings qui décrivent Beowulf, citons « ring-prince » (prince des anneaux) et « Scylding warrior » (guerrier Scylding). Il existe cependant d’autres kennings qui décrivent son apparence, sa personnalité et même ses actes.
Par exemple, lorsqu’il arrive chez les Danois pour offrir ses services afin de tuer le monstre Grendel, un personnage jaloux fait allusion à sa « sea-braving » (audace marine), c’est-à-dire sa capacité à dompter la mer lors de sa traversée.
Les monstres redoutables : les kennings qui décrivent Grendel
Bien que Beowulf soit le personnage principal du poème, cela ne signifie pas qu’il soit le plus fascinant. Et il n’est pas non plus le personnage auquel le plus grand nombre de kennings sont associés.
Grendel, le monstre terrible et repoussant qui sème la terreur chez les Danois, se voit lui aussi attribuer toutes sortes de kennings. Même sans avoir lu le poème, on peut mesurer l’effroi qu’inspire cette créature rien qu’en parcourant la liste de ses kennings.
Les kennings utilisés dans Beowulf pour décrire Grendel incluent :
- shepherd of evil (berger du mal)
- guardian of crime (gardien du crime)
- Hell’s captive (captif de l’Enfer)
- Sin-stained demon (démon souillé par le péché)
- God-cursed brute (brute maudite par Dieu)
Ces descriptions enrichissent la figure de l’antagoniste du récit ; au fil de la lecture, le portrait de Grendel se précise. L’auteur n’a pas employé des termes ordinaires comme « méchant », « mauvais » ou « dégoûtant ». Il a donné au lecteur une vision véritable de son monstre grâce à l’usage des kennings.
Les différentes traductions de Beowulf et leur incidence sur les kennings
Le poème original fut rédigé en vieil anglais ; au fil des siècles, des centaines de traductions ont vu le jour.
Après la découverte du manuscrit original, celui-ci fut en partie calciné, ce qui détruisit certains passages du poème. La première traduction en anglais moderne fut publiée en 1805. Au cours de ce même siècle, neuf traductions différentes furent achevées.
Dans les siècles qui suivirent, des centaines de traductions parurent, certaines de grande qualité, d’autres nettement moins convaincantes. Les difficultés que présente Beowulf résident dans la métrique des vers, les figures d’allitération, l’usage de la césure (coupe rythmique), ainsi que les variations dialectales au sein du poème.
De surcroît, le poème fut à l’origine imprégné de thèmes païens en raison de l’époque de sa composition, mais des éléments chrétiens y furent ultérieurement intégrés.
Avec toutes les traductions existantes de nos jours, les kennings ont subi de légères modifications. Ainsi, par exemple, dans une traduction, Grendel était nommé « Hell’s captive » (captif de l’Enfer), tandis que dans une autre, il devenait « fiend out of Hell » (démon venu de l’Enfer).
La différence n’est pas radicale, mais ces contrastes peuvent modifier subtilement le récit et notre expérience de lecture. Néanmoins, la fonction des kennings demeure identique : enrichir le plaisir que procure l’épopée.
Qu’est-ce qu’un kenning et pourquoi est-il utilisé en littérature ?
Les kennings sont des expressions composées servant à décrire l’intrigue de manière vive et créative, tout en conférant au texte une dimension poétique. Ils étaient très répandus dans la littérature vieil-anglaise et vieux-norroise, et le poème de Beowulf regorge de kennings de toutes sortes. Le mot « kenning » vient du vieux-norrois « kenna », qui signifie « connaître ». On retrouve cet usage dans le verbe dialectal écossais « ken », qui signifie savoir ou connaître quelque chose.
Les kennings sont des descriptions belles, lyriques et expressives, prenant la forme d’un mot unique, de quelques mots ou de mots composés avec des tirets. Leur fonction principale est d’apporter une dimension supplémentaire au poème, à l’instar d’adjectifs descriptifs ou d’images fleuries.
Ils ont pour rôle d’enrichir l’imaginaire du récit en révélant sa beauté. Dans Beowulf, les kennings servent à renforcer l’effet allitératif tout en approfondissant notre compréhension de l’histoire.
La poésie anglo-saxonne (ou vieil-anglaise) diffère quelque peu de la poésie que nous connaissons aujourd’hui, car la rime n’y occupait pas une place prépondérante, voire n’y figurait pas du tout. En revanche, elle privilégiait les temps forts et les syllabes, chaque vers comportant un nombre déterminé de pieds.
On y trouvait également de l’allitération, c’est-à-dire la répétition de la même lettre ou du même son dans des mots adjacents. Les kennings venaient s’ajouter à cet effet allitératif et contribuaient au plaisir de la lecture.
Genèse de Beowulf, la célèbre épopée à l’auteur anonyme
Beowulf est un poème épique rédigé en vieil anglais entre 975 et 1025 apr. J.-C. qui relate l’affrontement d’un héros épique avec un monstre. Nous ignorons qui l’a composé, et il est vraisemblable qu’il s’agissait à l’origine d’un récit transmis oralement.
Quelqu’un finit par le mettre par écrit, mais l’intrigue avait pu changer à de multiples reprises avant d’être couchée sur le parchemin. L’histoire se déroule au VIe siècle en Scandinavie et a pour protagoniste le célèbre et valeureux guerrier Beowulf.
Le récit commence lorsque les Danois sont tourmentés par un monstre effroyable, et Beowulf se propose de le terrasser afin de forger sa renommée de héros. Non seulement il parvient à ses fins, mais lorsque la mère du monstre attaque à son tour, il parvient également à la vaincre. Il vécut en héros, mais périt plus tard au cours d’un combat contre un dragon. Beowulf constitue un parfait exemple de poème épique et témoigne du type de littérature en vogue à cette époque.
Conclusion
Voici les points essentiels à retenir sur Beowulf et les kennings qui s’y trouvent :
- Beowulf est un poème épique en vieil anglais composé par un auteur anonyme, transmis oralement avant d’être couché par écrit
- Le terme kenning vient du vieux-norrois « kenna », signifiant « connaître » ; il s’agit de mots composés ou de courtes expressions, parfois liés par des tirets, servant à désigner un autre mot
- Dans Beowulf, les kennings sont abondamment employés comme métaphores, apportant de la couleur à l’imaginaire du lecteur
- Le poème a probablement subi de nombreuses modifications au fil des générations et des traductions
- Parmi les kennings les plus notables de Beowulf, citons « battle-sweat » pour le sang, « raven-harvest » pour les cadavres, « whale-road » pour la mer et « sleep of the sword » pour la mort
- Grendel, le monstre, se voit attribuer plusieurs kennings saisissants : « Hell’s captive », « sin-stained demon » et « God-cursed brute »
Les kennings de Beowulf créent une image belle et saisissante pour les lecteurs qui suivent Beowulf dans son aventure pour tuer la bête Grendel. Nous avons le héros épique avec son « light of battle » (lumière du combat, c’est-à-dire son épée), et la bête terrifiante ou « God-cursed brute » pour ennemi.
Beowulf le terrasse en véritable héros, et sans les kennings, le poème ne serait pas le même et ne serait probablement pas aussi célèbre.
Par Monde Mythique
Créé : 16 février 2024
Modifié : 25 décembre 2024


