Eurydice de Thèbes — L'épouse de Créon dans Antigone, reine tragique
Lorsqu’il est question d’Antigone, connaître les personnages secondaires tels qu’Eurydice, plus connue sous le nom d’« épouse de Créon », est essentiel. Ils apportent profondeur et relief au récit et permettent de mieux en saisir les enjeux. Explorons ensemble l’histoire, le rôle et la fonction d’Eurydice, épouse de Créon.
Qui est l’épouse de Créon ?
Eurydice de Thèbes, épouse de Créon, n’apparaît qu’à la fin de la pièce, se plongeant un poignard dans le cœur. Bien que son rôle soit bref, son personnage incarne une force tragique et saisissante de réalisme. Pour comprendre la complexité de son caractère et ses tourments, il convient d’appréhender qui est véritablement Eurydice.
Qui est Eurydice ?
Eurydice est l’épouse de Créon, ce qui fait d’elle la reine de Thèbes. Elle est décrite comme une mère aimante et une femme au cœur généreux. Bien qu’absente pendant la majeure partie de la pièce, elle témoigne néanmoins de son amour et de son dévouement envers ses fils, même depuis sa réclusion.
Sa solitude l’a peu à peu conduite à la folie, et lorsqu’elle apprit la mort de son fils Hémon, elle résolut de s’enfoncer un poignard dans le cœur. Mais que s’est-il exactement passé pour qu’elle mette fin à ses jours avec une telle détermination ? Pour le comprendre pleinement, il nous faut remonter au début, à l’origine de sa tragédie.
Qui est Créon ?
Créon est l’époux d’Eurydice et roi de Thèbes qui refusa d’ensevelir Polynice, abandonnant son corps aux vautours. C’était un souverain orgueilleux qui exigeait la loyauté de ses sujets par la crainte. Son intransigeance sur cette question sema la discorde et le conflit parmi son peuple.
Aussi obstinée que Créon, Antigone, ferme dans ses convictions, transgresse le décret et ensevelit son frère. Ce geste irrite Créon ; ses décisions ultérieures et son refus d’écouter tout conseil et tout avertissement conduisent à la mort de son fils bien-aimé et d’Eurydice.
La tragédie d’Eurydice
La tragédie d’Œdipe Roi se poursuit dans sa seconde pièce, Antigone. Mais cette fois, ce n’est pas seulement la famille directe d’Œdipe qui subit la malédiction ; elle s’étend également à la famille de son beau-frère. Les événements qui menèrent jusqu’à la mort d’Eurydice se déroulent ainsi :
- Lors de la guerre pour la prise de Thèbes, l’un des fils d’Eurydice, Ménoécée, participe au combat
- Dans la bataille sanglante pour Thèbes, Polynice, Étéocle et Ménoécée perdent la vie
- Créon s’empare du pouvoir et interdit l’ensevelissement de Polynice
- Cela provoque la colère d’Antigone, qui défend le droit de son frère à une sépulture, comme l’exige la loi divine
- Antigone est surprise en train d’ensevelir son frère et condamnée à mort
- Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone, implore son père de la libérer
- Créon refuse et le renvoie
- Hémon, dans le dessein de libérer Antigone, se rend à la grotte où elle est emmurée
- Il la découvre pendue, pâle et glacée
- Accablé de douleur, il se donne la mort
- Créon se précipite pour libérer Antigone sur les avertissements de Tirésias
- Il découvre son fils et Antigone sans vie
- Pendant ce temps, Eurydice est enfermée dans sa chambre
- Le chagrin causé par la mort de son fils Ménoécée l’a plongée dans la folie
- Ses profondes lamentations furent décrites comme déchirantes : elle se lacérait le visage de ses ongles, s’arrachait les cheveux et finit par perdre la voix dans ses gémissements
- Alors qu’elle perd peu à peu la raison dans ses lamentations, la nouvelle de la mort de son second fils lui parvient
- La mort d’Hémon fut le point de bascule de la santé mentale d’Eurydice
- Elle saisit un poignard et s’en transperça le cœur en maudissant son époux
Le début de la guerre
La guerre commence par le refus d’Étéocle d’abdiquer le trône et par les événements qui s’ensuivent. Polynice, exilé par son frère, se rend à Argos, où il est fiancé à une princesse. Il fait part à son beau-père de son désir de reconquérir le trône de Thèbes.
Le roi d’Argos lui confie sept armées pour s’emparer de la cité, et Polynice et ses troupes se lancent dans la guerre. Au cours de la bataille de Thèbes, Tirésias informe Créon d’un oracle : le sacrifice de son fils Ménoécée assurerait la victoire d’Étéocle et mettrait fin au bain de sang. Créon refuse de sacrifier son fils et l’envoie plutôt en lieu sûr.
Ménoécée, redoutant d’être qualifié de lâche, participe au combat en dépit de son absence de formation militaire et finit par périr dès le premier affrontement. Cette fin tragique est ce qui plonge Eurydice dans la démence et pousse Créon à maudire Polynice.
La descente d’Eurydice
Eurydice de Thèbes, après la perte de son fils, est accablée d’un chagrin et d’une douleur immenses. Ses lamentations profondes inquiètent ses serviteurs, qui finissent par l’enfermer dans sa chambre pour préserver la sécurité de la reine. Dans la solitude, Eurydice perd peu à peu la raison et tient Créon pour responsable de la mort de son fils.
Créon, qui n’avait pu empêcher la mort de son fils malgré l’oracle. Créon, qui n’avait pu conseiller à Étéocle de mettre fin à la guerre. Créon, qui n’avait cessé d’alimenter le conflit en soutenant Étéocle, lui laissa un goût amer.
Ménoécée, reflet de l’orgueil de Créon
Ménoécée, fils d’Eurydice, était décrit comme ayant une stature imposante et constitue l’incarnation physique de l’orgueil de Créon. En quoi Ménoécée représentait-il l’orgueil de son père ? Permettez-moi de m’expliquer : dans les événements de « Les Sept contre Thèbes », nous voyons se réaliser la vision de Tirésias concernant un sacrifice.
Le prophète aveugle déclare que si Créon sacrifie son fils Ménoécée au puits, Étéocle remportera la victoire. Créon envoie son fils loin pour le protéger, mais Ménoécée refuse, de peur d’être qualifié de lâche.
Sans formation, sans expérience de la guerre, sans talent pour l’épée, Ménoécée se joint à une bataille sanglante où il risque de perdre la vie uniquement pour ne pas passer pour un lâche.
Son orgueil fut placé avant sa sécurité, prioritaire sur toute autre considération. Sa forte corpulence contribue également à la signification symbolique de sa mort : son ego, à la mesure de sa réputation, le conduit à la mort, tout comme l’orgueil de Créon en tant que souverain mène ses proches à la perte.
La mort de son second fils
Hémon, fils de Créon et d’Eurydice, devait épouser Antigone. Cette même Antigone qui avait enseveli son frère en dépit des volontés de Créon, et qui affronta les conséquences avec courage. Elle fut emmurée vivante en punition et condamnée à mort par son oncle et futur beau-père.
Hémon, qui aimait Antigone profondément, vint trouver son père pour exiger sa grâce et sa libération. Lorsque Créon s’y refusa, Hémon laissa présager sa propre mort dans celle d’Antigone.
Dans sa tentative de libérer Antigone, Hémon découvre son corps pendu dès son arrivée dans la grotte. Accablé de douleur, Hémon se donne la mort pour rejoindre celle qu’il aime, laissant son père et sa mère dans le deuil.
Le chagrin d’une mère
En apprenant le suicide apparent de son fils et les circonstances qui y ont mené, Eurydice maudit Créon. Déjà endeuillée par la mort de Ménoécée, elle ne pouvait supporter une nouvelle source de douleur. Elle aimait ses fils par-dessus tout, au point de perdre la raison face à leur fin tragique.
La chaîne de désespoir engendrée par la mort de ses fils bien-aimés découle de la dure réalité de l’incompétence et des erreurs de son époux. Dans la mort de Ménoécée, Créon n’avait su protéger son fils malgré l’avertissement de sa fin imminente. Dans la mort d’Hémon, Créon avait poussé son fils vers sa perte en raison de son entêtement et de sa funeste obsession pour un cadavre.
Eurydice, mère d’Hémon, se demande où tout a dérapé et, à ce stade, tient son mari pour responsable. Dans une extrême douleur et une angoisse déchirante, Eurydice décide de quitter le monde des vivants pour suivre ses fils dans l’au-delà. Elle s’enfonce une épée dans le cœur et attend sa fin dans les larmes.
La morale de l’histoire
La morale de ce récit est de montrer les conséquences qu’encourt celui qui se place sur un pied d’égalité avec les dieux. Elle souligne les effets tragiques qui frappent ceux qui placent leur obstination et leur orgueil au-dessus de toute autre chose. Elle montre également que les dieux ne pardonnaient pas, mais se montraient au contraire vindicatifs et ne devaient pas être provoqués.
La malédiction originelle née de la relation incestueuse d’Œdipe avec sa mère et du péché qu’il commit en assassinant son père témoigne de leur nature vengeresse. De la foudre qui le frappe aux combats de ses fils, jusqu’à la mort morbide et au suicide des membres de la famille, les dieux ne montrèrent aucune pitié dans leurs châtiments.
Conclusion
Nous avons examiné Eurydice, ses fils, son chagrin et les événements qui menèrent à sa mort. Résumons l’ensemble de ce qui a été dit :
- Eurydice est la reine de Thèbes et l’épouse de Créon
- La bataille qui tua les frères jumeaux d’Œdipe est la même qui tua Ménoécée
- La mort de son fils plonge Eurydice dans de profondes lamentations ; ses serviteurs, craignant pour sa vie, l’enferment et, dans sa solitude, elle perd peu à peu la raison
- Créon, en tant que souverain, ordonne que le corps de Polynice pourrisse sans sépulture, refusant de lui accorder toute forme d’ensevelissement
- Antigone ensevelit son frère malgré tout, attisant la colère de Créon
- Créon, qui commet des actes impies en refusant d’ensevelir les morts et en emmurant une femme bien vivante, reçoit un avertissement de Tirésias
- Antigone se donne la mort, et ce faisant, Hémon se tue également
- Eurydice apprend la mort de son fils Hémon et maudit Créon ; elle le tient responsable de la mort de ses deux fils
- Dans sa raison déclinante et sa douleur accrue, Eurydice s’enfonce un poignard dans le cœur
- Ménoécée est une représentation de l’orgueil de Créon : son refus de suivre les ordres de son père pour sa propre sécurité, de peur d’être traité de lâche, révèle l’étendue de son ego et de son orgueil
- Ménoécée comme Créon s’attirèrent la tragédie en plaçant leur orgueil au-dessus de tout, ce qui renvoie au premier avertissement de Tirésias : « Un souverain ne peut régner sagement s’il règne avec orgueil », déclare-t-il lors de la dispute sur ses lois
- Le refus obstiné de Créon d’ensevelir les morts et son acte sacrilège d’emmurement des vivants attirent la tragédie sous forme de mort sur ses proches
Voilà ! Une analyse d’Eurydice, qui elle est, quelle mère elle fut, comment son chagrin l’égara et comment les actes de son mari la menèrent à sa perte.


