Les thèmes de Beowulf : bravoure, honneur, loyauté et le code héroïque
Le poème de Beowulf fait office de code de conduite. Il contient des instructions morales qui constituaient une représentation de la culture anglo-saxonne de l’époque. Nul ne connaît l’auteur du poème, mais entre les lignes se dessinent les thèmes de la bravoure, de l’honneur et de la loyauté.
Beowulf, le protagoniste du poème, est décrit comme un homme d’un grand courage. Cela transparaît dans ses actes, depuis le combat contre Grendel, le monstre qui terrorisait les terres danoises, jusqu’à son combat légendaire contre le dragon.
Le message du poème est limpide. Tout comme Beowulf, il vaut mieux mourir jeune avec honneur et dignité plutôt que de vieillir en menant une vie lâche où l’on néglige ses responsabilités.
Représentatifs des valeurs sociales des premiers Anglo-Saxons, les thèmes moraux du poème s’adressaient tout particulièrement aux soldats servant le roi de l’époque, le roi Hrothgar.
Beowulf, tel qu’il est dépeint dans le poème, fit preuve d’une bravoure exceptionnelle, ce qui le rend audacieux, courageux et héroïque. De plus, lorsque Hrothgar se préoccupait de son royaume, Beowulf se présenta par loyauté envers le roi ; pour démontrer sa fidélité, il purgea la terre du mal et vainquit les monstres.
La défaite du monstre Grendel
Grendel est un démon qui vit dans les marécages du royaume du roi Hrothgar. Irrité par le bruit provenant du Heorot de Hrothgar, un méad-hall où ses soldats se rassemblaient pour boire et écouter les récits chantés par les scops ou bardes, Grendel terrorise la terre des Danois chaque nuit. Cela entraîna la mort de nombreux soldats danois.
Beowulf, un guerrier des Geats, apprit la détresse du roi Hrothgar et décida de naviguer vers le Danemark avec sa troupe de soldats. Il était déterminé à affronter Grendel et à le vaincre une fois pour toutes.
Le poème mentionne que le roi Hrothgar avait autrefois rendu un service au père de Beowulf, Ecgtheow. C’est pourquoi, lorsque Beowulf offre son aide pour vaincre le monstre Grendel, le roi l’accepte et organise un festin en l’honneur du héros. Cela souligne la loyauté de Beowulf envers le roi du Danemark.
Lors du festin organisé en l’honneur de Beowulf, Grendel fait irruption. Sachant qu’il est sur le point d’affronter un monstre en duel, Beowulf décide de combattre Grendel sans armes. C’est ici qu’apparaît le thème de l’honneur : Beowulf voulait un combat équitable avec Grendel, et il savait que ce dernier ne possédait ni la connaissance ni la compréhension du combat au bouclier et à l’épée. Ce geste de Beowulf démontre également sa conviction d’être plus fort que le monstre. Combattre Grendel sans armure est donc sa manière d’être équitable envers son adversaire.
Conscient de faire face à un adversaire puissant, Grendel est terrifié. Au corps à corps, Beowulf arrache le bras de Grendel et le blesse mortellement. Cela contraint Grendel à se replier vers son marécage, où il succombe. Le bras sectionné symbolise le triomphe de Beowulf sur Grendel et est ensuite suspendu dans le méad-hall.
La vengeance et la chute de la mère de Grendel
Hrothgar célèbre la victoire de Beowulf en organisant un festin en son honneur. Le festin est empli de chants de louange envers Beowulf et les réjouissances durent bien avant dans la nuit. Aucun d’entre eux ne sait qu’une autre menace plane sur Heorot : la mère de Grendel, une sorcière des marais qui vit dans un lac désolé, s’approche pour venger la mort de son fils.
En l’absence de Beowulf, la mère de Grendel attaque d’abord le conseiller de confiance du roi, Aeschere. Après l’avoir attaqué, elle se replie dans son repaire au cœur du lac désolé.
Pour venger la mort du conseiller du roi, Beowulf et sa troupe de soldats se rendent au lac désolé. Le repaire de la mère de Grendel se trouve dans une grotte sous-marine. Beowulf dut donc plonger dans le marécage sombre pour l’affronter.
Au cours du combat, Beowulf trouve une épée forgée pour un géant. Avec cette épée, il tue la mère de Grendel. Là, Beowulf découvre également le cadavre de Grendel, dont il tranche la tête qu’il rapporte en trophée au roi Hrothgar.
La terre des Danois est désormais libérée des monstres terrorisants, ce qui accroît la renommée de Beowulf à travers tout le royaume. Beowulf quitte la terre des Danois et retourne au pays des Geats, auprès de son roi et de sa reine, Hygelac et Hygd. Il leur raconte ses aventures dans la terre des Danois et leur remet la plus grande partie de ses trésors, qui lui avaient été offerts par Hrothgar. En échange de ces richesses, Hygelac le récompense. Cette scène illustre à nouveau le thème de la loyauté de Beowulf** envers son roi**.
Beowulf et le dragon éveillé
Après la mort d’Hygelac dans une guerre contre les Shylfings, et suite au décès du fils du roi, Beowulf accède au trône du royaume des Geats, où il règne pendant cinquante ans.
Durant cette période, Beowulf apporte la prospérité à son peuple, tout comme il avait apporté la paix au pays des Geats lorsqu’il était un jeune guerrier, grâce à sa force et à sa bravoure qui intimidaient ses ennemis.
Sous le règne de Beowulf sur le royaume des Geats, un esclave dérobe une coupe ornée de bijoux dans l’antre d’un dragon, ce qui éveille et provoque la colère du dragon. Celui-ci se met à incendier les terres et les demeures des Geats.
Malgré son âge avancé, Beowulf décide d’affronter le dragon lui-même. Beowulf et ses hommes gravissent la pente jusqu’à l’antre du dragon. Cependant, à la vue de la créature, les hommes de Beowulf fuient terrorisés, conscients qu’ils n’avaient aucune chance face au dragon. Le seul qui reste pour combattre aux côtés de Beowulf est Wiglaf, son parent.
Beowulf fait ses adieux à ses compagnons et se lance à l’assaut du dragon. Il abat son épée sur les écailles du dragon, mais sa force n’est manifestement plus ce qu’elle était dans sa jeunesse. C’est alors que Wiglaf, son compagnon loyal, vient en aide à son roi.
Wiglaf sermonne les autres soldats, leur rappelant leur serment de loyauté envers Beowulf. Il les avertit que c’est le moment où leur fidélité est mise à l’épreuve. Ce faisant, il se porte au secours de son roi.
Beowulf frappe le dragon à la tête, mais son épée se brise. Le dragon plonge ses crocs dans le cou de Beowulf. Tandis que Wiglaf se précipite pour aider Beowulf, il poignarde le dragon au ventre.
Beowulf sort alors un couteau de sa ceinture et l’enfonce profondément dans le flanc du dragon. Il parvient à tuer la bête, mais il est mourant à cause de la morsure venimeuse du dragon. Après avoir demandé à Wiglaf de lui apporter une partie du trésor qu’il avait conquis pour son peuple, Beowulf prie Wiglaf de prendre soin des Geats. Il ordonne à ses hommes de construire un tertre funéraire à son nom. Enfin, Beowulf remet à Wiglaf le collier qu’il porte au cou, puis Beowulf meurt.
Le héros anglo-saxon : Beowulf
Dans la culture et la littérature anglo-saxonnes, il fallait être un guerrier pour être un héros. En tant que héros, il fallait être fort, brillant et courageux. De surcroît, en tant que guerrier, il fallait avoir la volonté d’affronter n’importe quelle adversité et de combattre jusqu’à la mort, pour son peuple et pour la gloire. Un héros anglo-saxon est capable de tout cela, mais doit rester humble et bienveillant.
Ainsi, l’exemple parfait du héros anglo-saxon est Beowulf. Il incarne toutes les vertus du héros anglo-saxon : la force et le courage de Beowulf sont incomparables, et en tant que guerrier, il est humble et honorable.
Pour un guerrier anglo-saxon, il était essentiel de posséder la force et une stature imposante. C’est pourquoi, dans le poème, Beowulf est décrit comme ayant la force de trente hommes dans un seul de ses bras.
Bien que la force fût considérée comme une caractéristique vitale des héros dans la culture anglo-saxonne, elle ne suffisait pas à définir la véritable valeur d’un héros. Il fallait aussi la foi pour accompagner la force. Beowulf est cité comme disant (Beowulf, 12) : « le sort sauve souvent l’homme qui n’est pas condamné quand son courage est grand. »
Lorsque Beowulf déclara à Hrothgar, le roi des Danois, qu’il tuerait Grendel sans son épée, il le fit avec conviction. Cela prouve le grand courage de Beowulf. De surcroît, il afficha l’attitude courageuse propre à un guerrier anglo-saxon. Pour les Anglo-Saxons, la mort au combat était honorable. De plus, le courage devait se manifester par des actes, même s’ils conduisaient à la mort.
Par conséquent, un héros doit être prêt à mourir pour atteindre la gloire, à faire preuve de courage face à des forces écrasantes, et à avoir la force d’appuyer son courage.
Beowulf n’était pas seulement un guerrier fort et courageux, il était également humble. L’humilité était aussi un trait important chez les héros anglo-saxons. L’humilité de Beowulf se manifeste clairement dans son action de refuser humblement l’offre de la royauté, ainsi que dans son geste de remettre ses trésors conquis à son roi Hygelac.
En conclusion, en tant que héros anglo-saxon, Beowulf constitue l’exemple parfait, car il rassemble toutes les caractéristiques du guerrier selon la culture anglo-saxonne, à savoir la force, le courage et l’humilité.
Thèmes On distingue trois thèmes principaux dans Beowulf. Ces thèmes sont l’importance de l’établissement de l’identité, les tensions entre le code héroïque et d’autres systèmes de valeurs, et la différence entre un bon guerrier et un bon roi.
L’importance de l’établissement de l’identité Le concept d’identité entre l’héritage ancestral et la réputation individuelle est fondamental dans le poème. Cela apparaît dès le passage d’ouverture qui plonge le lecteur dans un monde où chaque personnage masculin est connu comme le fils de son père. Ces personnages sont incapables de se présenter sans mentionner ou faire référence à leur lignée familiale. Cela indique que le poème met l’accent sur les liens de parenté, d’où cette dépendance marquée envers l’histoire familiale.
Une bonne réputation est également considérée comme la clé pour consolider et construire son identité. Nous constatons que dans la culture guerrière païenne de Beowulf, la gloire était un moyen pour une personne d’être retenue par la mémoire après sa mort.
Les tensions entre le code héroïque et d’autres systèmes de valeurs
Les valeurs du code héroïque anglo-saxon étaient :
- La force, le courage et la loyauté chez les guerriers ;
- L’hospitalité, la générosité et l’habileté politique chez les rois ;
- La décence cérémonieuse chez les femmes ;
- Une bonne réputation parmi le peuple.
Les actions individuelles ne pouvaient être perçues que comme se conformant au code ou le transgressant, et ainsi tous les jugements moraux des personnages découlent des injonctions de ces codes. Cependant, le poème comporte des passages qui nous indiquent que le code n’offre pas de orientation pratique sur la manière d’agir.
Cela se manifeste dans la tension entre le code et les valeurs du christianisme médiéval. Par exemple, le christianisme affirme que la gloire se trouve dans l’au-delà, tandis que le code maintient que l’honneur s’acquiert tout au long de la vie par les actes. Nous le voyons clairement dans l’exploit héroïque de Beowulf vainquant Grendel, qui le rendit célèbre dans toute la terre des Danois.
La différence entre un bon guerrier et un bon roi Tout au long du poème, nous assistons à l’évolution du personnage de Beowulf : il passe d’un guerrier courageux à un roi sage. À mesure qu’il mûrit, il manifeste des caractéristiques différentes à mesure que son rôle évolue de guerrier à roi.
Lorsque Beowulf était jeune, il estimait n’avoir rien à perdre et il désirait afficher sa force et atteindre la gloire personnelle. Pendant ce temps, le vieux roi Hrothgar cherchait à protéger son peuple. En effet, le code héroïque exigeait qu’un roi assure la protection et le refuge de son peuple.
Plus tard, face au dragon, Beowulf n’agit plus par désir de gloire personnelle comme lors de son affrontement avec Grendel, mais par devoir royal de protéger son peuple du danger. Ainsi, nous constatons qu’à mesure que Beowulf vieillit, passant d’un jeune guerrier à un vieux roi sage, ses valeurs et ses caractéristiques évoluent pour s’adapter aux attentes de la société.

