Les Lydiens : l'essor d'une des civilisations les plus riches de l'histoire
Les Lydiens vivaient dans l’Anatolie antique, et leur territoire s’étendait de la mer Égée vers l’est. Ils occupaient les vallées fluviales du Caystre et de l’Hermos.
Selon l’historien grec Hérodote, les Lydiens étaient un peuple de commerçants. Ils partageaient certaines coutumes avec les Grecs, mais ce sont les Lydiens qui les premiers établirent des boutiques permanentes de vente au détail.
La civilisation lydienne accéda au premier plan au VIIe siècle av. J.-C. C’est alors que le célèbre roi Gygès fonda sa dynastie, connue sous le nom de Mermnades.
Qui étaient les Lydiens ?
Hérodote donne un récit pseudo-historique de la Lydie. Ce récit débute au début de l’âge du Fer (1200–700 av. J.-C.), époque où les rois Atyades cédèrent la place aux rois TyLonides. Le dernier roi TyLonide fut Candaule, que son garde du corps Gygès assassina avant d’épouser sa veuve et de fonder la dynastie des Mermnades.
Notre mot moderne « tyran » provient du grec turannos, emprunté à un mot lydien. Les Lydiens l’utilisèrent en premier pour désigner Gygès. Pourquoi ? Parce que Gygès s’empara du pouvoir absolu en assassinant son prédécesseur.
Hérodote rapporte qu’aux alentours de 687 av. J.-C., le roi Gygès fonda la nouvelle nation de Lydie. Celle-ci se situait dans la partie occidentale de la Turquie actuelle, là où les Hittites avaient régné avant l’âge sombre. On la désignait également sous le nom de Méonie.
Les Néo-Babyloniens n’étaient pas très puissants à cette époque, ce qui entraîna l’effondrement de l’Empire assyrien.
Les rois lydiens, dans l’ordre chronologique, furent :
- Gygès – 680–652 av. J.-C.
- Ardys – 652–625 av. J.-C.
- Sadyattès – 625–610 av. J.-C.
- Alyattès – 610–575 av. J.-C.
- Crésus – 575–546 av. J.-C.
Le peuple lydien entretenait des relations assez amicales avec les cités grecques de la côte de l’Asie Mineure. Cette amitié remontait à l’époque de Gygès et se poursuivit par la suite. Les Grecs occupaient ses rivages égéens dès le XIIIe siècle av. J.-C. La Lydie prospéra grâce à ses ressources naturelles. Sa position sur les routes commerciales entre l’Asie et la Méditerranée y contribua également.
Le pays
Le pays de Lydie possédait sa propre langue, d’origine indo-européenne et issue du hittite, du palaïte et du louvite. Il utilisait un alphabet semblable à l’alphabet grec, en usage jusqu’au Ier siècle av. J.-C. La linguistique ne connaît guère la langue lydienne. Nous savons seulement qu’un grand nombre de ses mots sont manifestement d’origine indo-européenne.
L’influence principale était hittite, mais la langue possédait de nombreuses caractéristiques propres. La phonétique lydienne était bien plus complexe que celle du hittite. Son système consonantique comportait plusieurs palatales pour [d], [l], [n], [s] et [t], et les voyelles nasales [a] et [e] faisaient leur apparition. La morphologie lydienne différait également de celle du hittite.
Le pays désigné sous le nom de « Lud » dans l’Ancien Testament (Ézéchiel 30:5) était la Lydie. Certaines versions de la Bible portent d’ailleurs explicitement le nom de Lydie. Les auteurs grecs affirment que le nom des Lydiens dérivait d’un ancien roi. Selon la Genèse 10:22, Lud était un petit-fils de Noé, fils de Sem. La Bible les mentionne à nouveau dans Ésaïe 66:19 ainsi que dans Ézéchiel 27:10.
Où les Lydiens se trouvaient-ils ?
Les Lydiens immigrèrent en Asie Mineure au VIIe siècle av. J.-C. La Lydie occupait une position idéale pour le commerce, située entre les mondes perse et grec.
Les frontières de la Lydie varièrent selon les époques. La nation commença comme un petit royaume à l’est des colonies ioniennes. Le fleuve Caïque séparait la région de la Mysie et de la Troade au nord.
Il existe un débat académique concernant la Catacécaumène, une région volcanique intérieure située sur le cours supérieur de l’Hermos. Certains érudits la placent en Lydie, tandis que d’autres la rattachent à la Mysie, la Lydie et la Mysie se disputant certains territoires.
Le point le plus oriental de la Lydie était le mont sacré Dindyme, que les Lydiens consacraient à la déesse Kuvav (Cybèle des Grecs). La Phrygie s’étendait à l’est et la mer Égée à l’ouest. Sous la domination perse, la Lydie s’étendait au sud jusqu’au fleuve Méandre. Il est possible qu’elle atteignît le mont Messogis.
La Lydie était une terre de plusieurs vallées fluviales fertiles. L’Hermos se trouvait au nord, tandis que la vallée du Caystre, entre le Messogis et le Tmole, occupait la partie méridionale du pays.
La Carie se trouvait sur la rive sud du fleuve Méandre et au sud de Milet. Les villes cariennes de Tralles, Nysa, Aromata et Magnésie du Méandre pourraient avoir été des villes lydiennes. Les érudits débattent encore de cette question. Strabon mentionne le Méandre comme frontière entre la Carie et la Lydie.
Avec sa capitale à Sardes, la Lydie atteignit une grande renommée. Cette ville se situait dans l’actuelle province de Manisa, en Turquie occidentale, près de la localité de Sart. Sardes occupait un site stratégique et tirait parti des ressources minérales et du bois des montagnes environnantes.
De riches terres agricoles s’étendaient dans la plaine, arrosées par l’eau douce de sources, de ruisseaux et de lacs. Le commerce, de la côte vers l’intérieur des terres, contribuait également à sa prospérité. Les défenses naturelles de la citadelle imprenable protégeaient Sardes. La ville disposait également d’or provenant de certaines des meilleures sources de l’Antiquité.
Le dernier roi, Crésus, étendit son empire par plusieurs guerres victorieuses. Il conquit l’ensemble de la partie occidentale de l’Asie Mineure. Encore aujourd’hui, il est connu pour son immense richesse et fut aussi l’inventeur d’un ingénieux système monétaire.
Pour quoi les Lydiens sont-ils les plus célèbres ?
Les Lydiens étaient célèbres pour leur dernier roi, Crésus, fils d’Alyattès. Il acquit une richesse et une renommée considérables durant sa vie. Il hérita d’une grande partie de cette fortune de ses prédécesseurs et enrichit également son royaume par la conquête. Encore aujourd’hui, on utilise l’expression « riche comme Crésus » pour désigner une personne dotée d’une vaste fortune.
Les Lydiens sont également célèbres pour avoir inventé la monnaie comme moyen d’échange. Ils frappèrent les premières pièces en électrum, un alliage d’or et d’argent. Ils produisirent aussi les premières pièces en or pur et en argent pur sous le règne de Crésus.
Les empires et les cités avaient vécu sans monnaie pendant des millénaires. La frappe monétaire gagna en popularité après l’introduction de ces pièces, qui présentaient déjà bon nombre des caractéristiques des pièces modernes. Elles avaient un poids et une taille précis. Elles étaient également estampillées d’images d’animaux, de souverains et de créatures mythologiques.
La monnaie aurait pu se développer en Lydie car ce pays contrôlait d’importantes réserves d’or. C’était aussi un centre commercial. Avant l’introduction des pièces, les gens pesaient des morceaux d’or ou d’argent ou recouraient au troc. Les pièces lydiennes avaient un poids uniforme, si bien que les balances n’étaient plus nécessaires pour les transactions.
La Lydie devint également célèbre par la mythologie grecque. Tantale était le souverain primordial de la Lydie mythique pour les Grecs, et Niobé était sa fille orgueilleuse. Les Grecs racontaient également que le roi Midas lava son don de Midas dans le fleuve Pactole. Ce cours d’eau recelait d’importants gisements aurifères, qui contribuèrent à la richesse du légendaire roi Crésus.
À une époque, les Lydiens étaient le peuple le plus riche d’Asie. Leur nation devint la plus luxueuse et la plus opulente de cette région. La Lydie est aussi célèbre pour Ésope, qui vécut sous le patronage de Crésus.
Les artisans lydiens étaient des maîtres dans le travail et l’affinage de l’or. Les merveilleux bijoux d’argent et d’or retrouvés comme offrandes funéraires dans les tombes lydiennes sont révélateurs : ils offrent une riche impression de la magnificence qu’affichaient leurs classes privilégiées. Ces découvertes, ainsi que les objets plus rares provenant de Sardes, présentent des parallèles avec d’autres cultures. Ils ressemblent aux ex-voto en or mis au jour dans le sanctuaire d’Artémis à Éphèse.
L’histoire retient Sardes pour les nombreux sièges qu’elle soutint, lors de l’un desquels Cyrus s’en empara. Scipion vainquit Antiochus le Grand à Magnésie du Sipyle, au pied du mont Sipyle. Avec Philadelphie et Thyatire, cette ville fut l’un des sièges des sept Églises d’Asie.
Culture
En décembre 2016, des archéologues découvrirent une cuisine lydienne encore munie de tous ses ustensiles. L’équipe, enthousiaste, put étudier les traditions culinaires et les habitudes de boisson des Lydiens. Ils trouvèrent notamment des coquilles d’huîtres, ce qui suggère que les Lydiens possédaient une culture alimentaire liée au lac Manyas. Ils mirent également au jour des vestiges organiques provenant d’ossements d’animaux et de poissons d’époques diverses, ainsi que des pots, des poêles et deux foyers de cuisine.
La culture lydienne était anatolienne. Mais dès le VIe siècle av. J.-C., l’État entretenait d’étroits contacts avec les cités grecques à l’ouest. Il semble avoir eu de nombreux échanges avec la Phrygie.
Les archéologues trouvèrent des fibules phrygiennes anciennes, des vases en métal, de la poterie et des tuiles décorées. La poterie lydienne est très reconnaissable. L’une de ses caractéristiques distinctives est une forme appelée « lydion », qui semble avoir contenu un produit cosmétique.
Les Lydiens jouissaient de l’un des niveaux de vie les plus élevés de l’Antiquité, bénéficiant d’une position favorable et de ressources abondantes. Ils étaient réputés pour leur or et la magnificence de leurs chars blindés.
Les autres nations enviaient les objets de luxe que possédaient les citoyens lydiens. Ceux-ci disposaient d’une grande richesse et de nombreuses occasions de loisir. Pourtant, ils ne réussirent à n’apporter qu’une seule contribution durable à la civilisation : l’invention de la monnaie.
L’Empire lydien
C’est Hérodote qui forgea le concept d’Empire lydien. Il le dépeignit uniquement dans la littérature classique. Il convient de noter qu’il rédigea son récit plus d’un siècle après les événements qu’il prétendait relater.
Hérodote rapporte que Gygès, le premier roi de Lydie, marcha sur Smyrne et Milet. Il s’empara de la ville de Colophon. Gygès fut le fondateur de l’Empire lydien, qui naquit de la chute des Phrygiens et des Néo-Hittites.
Les principales villes du royaume lydien comprenaient Magnésie et Philadelphie. Aucune de ces grandes villes n’existe aujourd’hui. Sardes fait désormais partie de la Turquie actuelle.
La vie de Sardes commença comme une forteresse sur une colline où résidait le roi de Lydie. La ville se développa en deux parties, le palais se dressant dans la ville haute. Ce quartier était réservé aux membres de la famille royale et aux citoyens fortunés, tandis que la ville basse s’étendait sur les rives du Pactole, où vivaient les citoyens ordinaires.
Hérodote raconte que Crésus entra en guerre peu après avoir accédé au trône de Lydie. Il lança une campagne militaire contre les Grecs, attaquant d’abord Éphèse, puis poursuivant sa campagne contre les cités ioniennes l’une après l’autre. Il attaqua ensuite les villes d’Éolide à tour de rôle, conquérant une grande partie de la côte occidentale de l’Anatolie.
Une chose en particulier distingue l’Empire lydien : il était immensément riche. Des familles royales, des nobles et de riches aristocrates vivaient à travers tout l’empire. Il prospéra jusqu’en 546 av. J.-C., date à laquelle Cyrus vainquit Crésus. Après cela, l’Empire lydien devint une province de l’Empire perse.
Le peuple lydien antique
Les tribus lydiennes s’assimilèrent à la population hittite locale. Elles adoptèrent certains aspects de sa langue et maintenaient un système de stratification sociale rigide. Le roi régnait au sommet, suivi de l’ancienne noblesse, puis de la classe supérieure, et enfin de la classe sacerdotale. La classe laborieuse comprenait artisans, marchands, serfs, hommes libres et esclaves.
Religion
La mythologie grecque exerça une forte influence sur la religion lydienne. Le peuple lydien antique était polythéiste, vénérant de nombreux dieux et déesses. La religion lydienne était également un culte de la nature, qui parfois devenait sauvage et sensuel. À l’instar des Phrygiens, ils vénéraient Medeus, le dieu suprême, et Attis, le dieu du soleil — Attis étant à la fois le fils et l’époux de la déesse Cybèle.
Comme les Cariens et les Lélèges voisins, ils vénéraient Cybèle. Certains historiens ont qualifié leur religion de culte.
Cybèle était la déesse mère de l’Anatolie. En tant que « Mère de toute chose », son pouvoir était illimité. Elle était la déesse de la chasteté et de la nature, ainsi que la protectrice des marins et des animaux sauvages.
Dans la tradition phrygienne, Cybèle était la mère de tous les dieux. Elle était aussi la déesse de la fertilité, de la maternité et des contrées sauvages des montagnes. Cybèle présentait des affinités étroites avec plusieurs déesses grecques. Par exemple, elle est associée à Rhéa, la mère grecque des dieux, et elle entretient également un lien avec Déméter, Aphrodite et Artémis.
Les Lydiens vénéraient également les déesses Artémis et Coré, également connue sous le nom de « La Jeune Fille ». Les preuves du culte des dieux à l’époque lydienne sont plus rares que celles du culte des déesses.
Zeus apparaît dans les textes funéraires et les ex-voto lydiens. Apollon reçut de somptueuses offrandes de la part de Gygès, Alyattès et Crésus. Ces offrandes furent déposées dans ses sanctuaires de Didymes et de Delphes. Les textes lydiens font allusion au culte de Bacchus, et une référence à Hermès figure dans un poème d’un ancien Éphésien.
Conclusion
Le royaume lydien tomba aux mains de l’Empire perse en 546 av. J.-C. Cependant, les Lydiens parvinrent à résister à la domination perse. Les Grecs tentèrent également de les soumettre et y réussirent en 334 av. J.-C., lorsqu’ils mirent Sardes à sac.
Aujourd’hui, ce puissant peuple est surtout connu pour l’introduction de la monnaie lydienne. Il est également célèbre pour le dernier roi de la dynastie des Mermnades : Crésus.



